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Pensées pour moi-même

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Chronique et résumé du livre “Pensées pour moi-même” de Marc Aurèle

Résumé du livre “Pensées pour moi-même” de Marc Aurèle : Ces notes de l’empereur romain sont un condensé de belles phrases à méditer, ainsi qu’un guide pour vous engager sur la voie de la philosophie. Vous voulez changer de vie et vous initier aux arcanes de la pensée d’un chef de guerre ? Allez donc jeter un œil à ce qui se trouve ci-dessous !

Par Marc Aurèle, 170-180 apr. J.-C., 176 pages.

Marc Aurèle, l’empereur philosophe

Marc Aurèle, un empereur philosophe

Un enfant singulier

Marc Aurèle vient d’une famille noble d’Espagne ayant émigré depuis plusieurs générations en Italie, sur une colline de Rome. Il se fait adopter par l’empereur Antonin qui succède lui-même à Hadrien. Dès son plus jeune âge, Marcus Aurelius se sait donc promis à un avenir exceptionnel.

Pourtant, il se signale tout particulièrement par son désir de rester en retrait des affaires humaines. Enfant, il préfère la vie austère des philosophes, et d’abord des philosophes cyniques.  Il demande à porter une robe de tissu grossier et à dormir par terre, pour le plus grand malheur de sa mère !

Peu à peu, il modifie son attitude et accepte d’endosser les responsabilités liées à sa charge. S’apprêter à devenir empereur, ce n’est pas rien !

Un destin d’empereur

Marc Aurèle a 39 ans lorsque Antonin, son père adoptif, meurt. Il devient à son tour empereur. Il associe tout de suite son frère d’adoption, Lucius Verus, à cette charge. Mais celui-ci meurt huit ans plus tard en allant défendre l’empire contre des invasions barbares.

Lorsqu’il parvient au pouvoir, les temps sont durs à Rome. Et tout au long de son règne qui durera près de vingt ans, Marc Aurèle aura à combattre les barbares aux frontières du Danube et de la Syrie. Lui qui détestait la guerre se trouve enrôlé dans une destinée plus forte que lui.

Il doit également affronter des catastrophes naturelles et la peste qui ravage Rome peu après les campagnes militaires de Syrie. Il mourra lui-même de cette maladie en 180 apr. J.-C., à 58 ans seulement.

Marc Aurèle se distingue par son souci de justice et sa charité : il ouvre par exemple un centre d’éducation pour les jeunes filles défavorisées de la capitale. Afin de ne pas prélever d’impôts à son peuple en vue des guerres, il décide de vendre tous les biens précieux de son propre palais et de sa famille ! Un geste rare, de la part d’un homme riche et puissant…

Par contre, il ne fait pas bon être chrétien sous sa loi ; Marc Aurèle a en effet participé à leur persécution, considérant qu’ils mettaient en péril les fondations religieuses de l’empire romain.

À sa mort, l’empereur-philosophe est immédiatement déifié par les Romains, qui le considèrent comme un être d’exception ayant sa place auprès des immortels.

Une femme et treize enfants

Marc Aurèle épouse la fille d’Antonin, Faustine la jeune, en 145 apr. J.-C. Il aura treize enfants avec sa femme. Sept d’entre eux mourront avant d’atteindre l’âge adulte. Cinq filles et un fils grandiront auprès de lui.

Commode, seul héritier mâle de la famille, deviendra empereur après la mort de son père. Il se fait toutefois remarquer pour son goût immodéré des jeux de gladiateurs, sa cruauté et son égoïsme. Ce changement fera dire à l’historien romain Dion Cassius, contemporain de Marc Aurèle : “l’histoire est tombée d’un règne d’or dans un règne de fer et de rouille.”

La voie philosophique

Marc Aurèle a étudié les philosophes dès sa plus tendre enfance, puis dans son adolescence. Il a eu de nombreux maîtres, dont certains lui ont transmis les idées qui se retrouveront dans les Pensées pour moi-même.

Suivre une voie philosophique, à l’époque antique, ne signifie pas seulement lire et écrire des livres. Le philosophe dédie sa vie aux principes philosophiques qu’il a choisi et vit en fonction d’eux.

Marc Aurèle est influencé par les grandes écoles de la tradition grecque, puis romaine : l’Académie (l’école de Platon), le Lycée (école d’Aristote), le Portique (école de Zénon), le Jardin d’Épicure, le cynisme (Antisthène).

Le stoïcisme, qui découle de la doctrine professée au sein de l’école du Portique, le marquera tout particulièrement. C’est son maître le plus important, Junius Rusticus, qui lui fera connaître le Manuel d’Épictète.

Les autres représentants majeurs du stoïcisme romain sont Cicéron, Sénèque (ses célèbres Lettres à Lucilius). Comme Marc Aurèle, ces deux auteurs ont également été de puissants hommes politiques ayant charge de l’empire.

Présentation des Pensées pour moi-même

Homme écrivant

Des notes personnelles

Ce qu’on appelle aujourd’hui les Pensées pour moi-même est un nom donné à postériori à des liasses de documents retrouvées après la mort de l’empereur. Rien n’indique que Marc Aurèle souhaitait les publier.

Pourtant, vu l’importance du document, d’autres que lui se décidèrent à en copier manuellement le contenu. Peu à peu, le texte se diffusa et devint un classique de la philosophie. Il fut imprimé pour la première fois au XVIe siècle.

Il vaut mieux parler de notes personnelles que de journal intime. Pourquoi ? Parce que Marc Aurèle cherche moins à raconter sa vie qu’à trouver une discipline à laquelle se tenir dans les différents moments de son existence.

Il écrit sans doute le matin ou le soir, après sa journée de “travail” – c’est-à-dire, pour lui, faire la guerre et s’entretenir avec ses conseillers ou ses sujets ! – lorsqu’il est seul et retiré du monde.

Bien sûr, à cette époque, les neurosciences n’avaient pas encore démontré l’intérêt de l’écriture pour réaliser ses rêves, mais c’est en quelque sorte ce que fait déjà Marc Aurèle, qui rêve de vivre moralement !

L’influence stoïcienne

Parmi les différentes références (à la philosophie d’Aristote, de Platon ou d’Épicure, notamment) qu’on trouve dans les Pensées, c’est au stoïcisme que se rattache de la façon la plus forte Marc Aurèle.

Refusant de se laisser aller dans mille directions différentes, il choisit un ensemble de principes ou de dogmes qu’il met en application, de façon répétitive, en fonction des événements qui lui arrivent dans la journée.

C’est très certainement le Manuel d’Épictète qui est la source principale de sa connaissance de la philosophie stoïcienne. On retrouve en effet dans les Pensées de nombreux thèmes communs aux deux ouvrages :

  • Le principe qui fait de l’homme la partie d’un grand Tout ;
  • La méditation sur la mort ;
  • L’idée qu’il faut accepter la vie telle qu’elle est ;
  • L’importance capitale de la vertu pour être heureux ;
  • La place essentielle de la rationalité dans la conduite vertueuse.

Pourquoi lire les Pensées pour moi-même aujourd’hui ?

Même s’il est empereur, et qu’il se trouve donc immergé dans l’action toute la journée, Marc Aurèle veut être un philosophe ! C’est cette alliance singulière qui fait des Pensées un livre qui doit être lu, même aujourd’hui.

On y voit en effet un homme puissant et pourtant humble qui cherche à vivre du mieux qu’il le peut en fonction des principes stoïciens.

En écrivant, Marc Aurèle se dit “tu” à lui-même et entame un véritable dialogue intérieur qui lui permet d’accorder sa vie à ses principes. Mais en fait, tout se passe comme s’il vous interpellait, vous !

C’est pour ça que sa lecture est diablement efficace : elle vous parle par l’intermédiaire de textes souvent très brefs (on appelle ça des aphorismes) qui vous touchent pile au bon endroit !

Vous faites partie d’un grand Tout

Les noms du Tout

La rationalité universelle, la nature, Zeus, Dieu, le cosmos… Voici des noms différents qui désignent, dans la philosophie stoïcienne, une idée ou un premier principe unique.

Le monde est un Tout ordonné, en mouvement perpétuel, dans lequel chaque partie a sa place et son rôle à tenir. Les rochers, les plantes, les animaux, les hommes, les dieux, tous s’agencent selon un plan harmonieux nommé aussi providence.

Se régler sur l’harmonie du Tout, c’est se régler sur l’ordre du monde. Les éléments meurent et naissent selon la raison universelle du monde, dont vous faites partie. Une fois mort, votre corps et votre âme se dissolvent en une variété d’éléments qui migrent ailleurs.

L’être humain n’a de valeur qu’en tant qu’il participe à l’harmonie de ce Tout ou cosmos. C’est une différence de taille avec la façon moderne de penser l’individu comme “la” valeur suprême !

À méditer : “Tout me convient qui te convient, ô Monde ! Rien pour moi n’est prématuré ni tardif, de ce qui est pour toi de temps opportun. Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô nature ! Tout vient de toi, tout réside en toi, tout retourne en toi. Quelqu’un dit : “Chère cité de Cécrops !” Et toi, ne diras-tu pas : “Chère cité de Zeus !” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Vous avez un destin

Tous les événements du monde sont enchaînés au sein du grand Tout qu’est le monde. Tout arrive donc nécessairement. C’est cela qu’on appelle, pour l’homme, le destin. L’idée selon laquelle la vie humaine suit un enchaînement nécessaire de causes ou de raisons.

C’est votre destin de subir, par exemple, une guerre ou une pandémie. Le fait que ceci ou cela arrive, vous ne pouvez pas le changer.

Pourtant, vous avez néanmoins le pouvoir de contrôler ce qui vous arrive ! En effet, en tant qu’être humain, vous êtes un être rationnel. Autrement dit, vous êtes capable de prendre conscience de votre situation dans le monde et de maîtriser votre façon de réagir aux événements qui surviennent dans votre vie.

Vous êtes tout particulièrement responsable du rapport que vous entretenez avec vous-même.

“Trouve asile en toi-même et fais en sorte que ce qui t’arrive dépende de toi” dit Marc Aurèle dans les Pensées pour moi-même.

À méditer : “Regarde l’achèvement et la réalisation de ce qui a paru bon à la nature universelle, comme tu regardes ta propre santé. Accueille aussi avec autant d’empressement tout ce qui t’arrive, même si tu le trouves trop dur, dans la pensée que par là tu travailles à la santé du monde, à la bonne marche et au bonheur de Zeus” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Le monde est comme une cité

Pour Marc Aurèle, comme pour Épictète, le monde est comme une cité. Cela signifie que vous partagez avec les autres êtres de la nature un même monde, qui a des lois uniques.

Tous les êtres qui existent sur la terre sont comme des concitoyens, qui, comme vous, sont mus par les mêmes règles. La spécificité des êtres rationnels, tels que les êtres humains, est de collaborer consciemment à cet ordre du monde.

Dans la cité humaine (c’est-à-dire, à l’époque, Rome et plus largement l’empire), les hommes doivent s’apporter un soutien mutuel et obéir aux lois qui les gouvernent.

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Pour l’empereur Marc Aurèle, ce point est capital : les hommes sont des êtres qui sont faits pour vivre ensemble, en bonne harmonie. Vivre avec les autres est une donnée première de l’existence humaine.

À méditer : “Si l’intelligence nous est commune, la raison qui fait de nous des êtres qui raisonnent, nous est commune aussi. Si cela est, la raison qui commande ce qu’il faut faire ou non, doit être commune. [Alors], la loi aussi nous est également commune. [Et donc], nous sommes concitoyens. [Cela signifie aussi que] nous participons à une certaine administration commune. [Finalement], le monde est comme une cité.” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, citation légèrement adaptée).

Vous ne devez pas craindre la mort

Apprenez à voir la mort de façon objective

Vous allez mourir. Est-ce que cela est si terrible ? Non, dit Marc Aurèle ! Pourquoi ? Parce que les éléments qui vous composent retourneront au monde, au grand Tout. Or, c’est lui seul qui compte, finalement.

Cela ne vous rassure pas ? Marc Aurèle insiste pourtant : il faut apprendre à voir la mort de façon objective, comme un événement qui vous est extérieur. Vous êtes né sans le vouloir et vous mourrez : c’est une donnée première de l’existence humaine, à laquelle vous avez le devoir de vous habituer.

En analysant de façon objective votre mort, vous la rendrez plus insignifiante, vous lui donnerez moins d’importance. Bref, vous vous réconcilierez avec votre nature de mortel. Ce qui est une bonne chose, non ?

À méditer : “La mort est, comme la naissance, un mystère de la nature : combinaison dans l’une des mêmes éléments qui se séparent dans l’autre. En somme, rien dont on puisse être déshonoré, car mourir n’est pas contraire à la disposition d’un animal raisonnable, ni à la logique de sa constitution” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Combien sont morts avant vous ?

Une autre manière de se faire à l’idée de sa mort consiste à faire défiler, par votre imagination, le cortège impressionnant d’êtres humains qui sont morts avant vous. Certains petits, d’autres grands, peu importe : finalement, tous sont morts !

Marc Aurèle lui-même cherchait à se convaincre de l’insignifiance de sa mort. L’oubli est un thème important des Pensées pou moi-même. Pour le philosophe stoïcien, ni le corps, ni l’âme ne sont éternels.

Bientôt tu seras oublié, bientôt tous t’auront oublié” se répète Marc Aurèle.

À méditer : “Considère sans cesse combien d’hommes de toutes sortes, de toutes professions, de toutes races, sont morts […] Tous ces gens-là, pense qu’ils sont morts depuis longtemps. Qu’y a-t-il à cela de terrible pour eux ? Qu’y a-t-il donc là de terrible aussi pour ceux dont le nom n’est jamais prononcé ? Une seule chose ici-bas est digne de prix : passer sa vie dans la vérité et dans la justice, en se gardant indulgent aux menteurs et aux injustes” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Vivez cette journée comme si c’était la dernière

Vous préparer à mourir n’a rien de lugubre. Au contraire, c’est se préparer à vivre pleinement le moment présent ! Vivre en pensant que cette journée sera la dernière lui donne une intensité particulière ; vous aurez aussi une autre attitude envers votre entourage. C’est un exercice à faire, au moins de temps en temps.

D’ailleurs, ce qui compte, ce n’est pas combien de temps vous vivez, mais ce que vous faites de votre vie, maintenant. Essayez de vivre chaque instant de façon cohérente avec vous-même. Faites de votre mieux, dès maintenant !

À méditer : “Dusses-tu vivre trois mille ans, et même autant de fois dix mille, souviens-toi toujours que personne ne perd d’autre existence que celle qu’il vit, et qu’on ne vit que celle qu’on perd. Ainsi la plus courte et la plus longue reviennent au même. Car le présent est égal pour tous ; et donc égal aussi ce qui périt ; et la perte apparaît donc instantanée ; car on ne peut perdre ni le passé ni l’avenir ; comment, en effet, pourrait-on vous enlever ce que vous ne possédez pas ?” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Apprenez à aimer les imperfections

Celles des choses

Même si vous faites partie d’un grand Tout ordonné, vous remarquez que certaines choses semblent imparfaites. Vous observez la nature et vous rencontrez des imperfections. Ou, du moins, ce qui vous paraît l’être.

Mais pensez-y : si vous vivez dans un cosmos dont les lois sont universelles, même les erreurs, même les imperfections, même la mort a un sens. Éventuellement, cherchez-le. Mais surtout, apprenez à aimer ces imperfections et à ne pas vous sentir frustré à cause d’elles.

En réalité, les éléments imparfaits peuvent même vous attirer.

Dans ses Pensées pour moi-même, Marc Aurèle prend notamment l’exemple du pain :

“Le pain, par exemple, en cuisant par endroits se fendille et ces fentes ainsi formées et qui se produisent en quelque sorte à l’encontre de l’art du boulanger ont un certain agrément et excitent particulièrement l’appétit”.

Il en va aussi ainsi des erreurs et des imperfections plus graves : bien aperçues, elles vous donneront envie de vivre plus et mieux. Elles vous mettront en appétit pour continuer à vivre plus moralement, c’est-à-dire de façon vraie et juste.

À méditer : “Tout provient de là-haut, directement mû par ce commun principe directeur, ou indirectement, par voie de conséquence. Ainsi donc, même la gueule du lion, même le poisson, et enfin tout ce qui est nocif, comme l’épine, comme la fange, sont des conséquences de tout ce qu’il y a là-haut de vénérable et de beau. Ne t’imagine donc pas que tout cela soit étranger au principe que tu révères ; mais réfléchis à la source d’où procèdent les choses” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Celles des autres

Cessez d’exiger des autres – les inconnus dans la rue, votre entourage professionnel, vos proches – une attitude parfaite. Vous faites non seulement souffrir ceux et celles à qui vous adressez vos reproches, mais vous vous faites aussi du mal à vous-même.

Pourquoi ? Parce que vous serez inévitablement déçu. Ceux qui font le mal ne le font pas exprès, mais parce qu’ils sont mus par de mauvais principes. En ne vous fâchant pas, vous ne renoncez pas à vos droits, mais vous choisissez d’adopter une attitude plus réaliste et pacifiste.

À méditer : “Dès l’aurore, dis-toi par avance : “Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Quelques règles pour vivre avec vos concitoyens

La vie est ainsi faite. Ceux qui ont pris une mauvaise voie dans l’existence sont, eux aussi, nécessaires au grand Tout. Comment, malgré tout, supprimer la colère ou la tristesse vis-à-vis d’autrui ? Lorsque l’une ou l’autre survient, rappelez-vous ceci :

  1. Les hommes sont des êtres raisonnables et sociables ;
  2. La justice naturelle ordonne aux hommes de se supporter les uns les autres ;
  3. C’est involontairement que les hommes commettent des fautes et/ou des erreurs ;
  4. Tous les hommes sont des créatures mortelles et leurs imperfections seront bientôt oubliées.

En vous remémorant régulièrement ces quatre principes, vous en viendrez à pardonner l’importun, et à considérer l’étranger comme votre propre parent. Autrement dit, vous ne vous sentirez plus offensé par les bévues des autres. Pas mal, non ?

À méditer : “Bonheur de l’homme : faire ce qui est le propre de l’homme. Et ce qu’est le propre de l’homme, c’est d’être bienveillant envers ses pareils, de mépriser les mouvements des sens, de discerner les idées qui méritent créance, de contempler la nature universelle et tout ce qui arrive conformément à ses lois” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Apprenez à aimer vos propres imperfections aussi !

Eh oui, il ne suffit pas d’être indulgent avec les autres et avec les choses : il faut l’être avec soi-même ! Tous, nous nous trompons. Vous aussi. Marc Aurèle est très clair là-dessus dans ses Pensées pour moi-même.

Loin de s’isoler dans la tour d’ivoire de sa fonction d’empereur, Marc Aurèle vit avec les autres en égal. Et il doute de lui-même, de la justesse de ses actions. Il redoute par-dessus tout de devenir un tyran emporté par la colère, n’écoutant que lui-même.

Cherchez à vous contrôler en profitant de chaque obstacle, de chaque échec aussi, pour vous corriger.

“Sers-toi des obstacles qu’on t’oppose pour pratiquer une autre vertu”, dit l’empereur.

Ou encore, au sujet de la doctrine qu’il cherche à apprendre : “Persiste jusqu’à ce que tu te sois approprié ces pensées, comme un robuste estomac s’approprie tout, comme un feu fait flamme et lumière de tout ce que tu y jettes“.

Si vous vous emportez contre un proche, par exemple, analysez cette action et demandez-vous comment mieux agir la prochaine fois. C’est ainsi que vous deviendrez vertueux. Si, au contraire, vous persistez dans votre erreur, vous deviendrez “vicieux” ou “pervers”.

Marc Aurèle se donne, par exemple, des conseils à lui-même pour ne pas être paresseux. Vous avez, vous aussi, du mal à vous extirper du lit ? Alors, (re)lisez ceci.

À méditer : “Lorsque tu as peine à t’arracher au sommeil, rappelle-toi qu’il est conforme à ta constitution et à la nature humaine d’accomplir des actions utiles au bien commun, alors que dormir t’est commun avec les êtres dénués de raison. Or, ce qui est conforme à la nature de chaque être est plus particulièrement propre à lui, plus naturel et, par conséquence, plus agréable aussi” (Pensées pour moi-même).

Allez hop, debout !

Soyez vertueux, vous serez heureux

Devenez droit et vertueux

Agissez de façon droite

Pour Marc Aurèle, comme pour les stoïciens, le seul vrai moyen d’être heureux consiste à agir de façon droite ou vertueuse.

C’est-à-dire ? Veillez à rectifier constamment votre attitude en fonction des principes que vous vous êtes choisis. Pour devenir droit, il faut donc éviter d’être nostalgique, ou bien s’échapper en imagination dans des mondes alternatifs.

Il faut plutôt donner son assentiment au monde et à son propre destin, tout en contrôlant ce qui peut l’être : à savoir ses propres jugements.

Il n’y a pas de bonheur, c’est-à-dire de tranquillité d’âme, sans exercice des vertus. Cela passe bien sûr par la méditation, mais aussi par la mise en action des principes.

Pour le dire autrement, c’est l’exercice continu du courage, de la tempérance, de la justice, etc. qui permet d’acquérir la vertu suprême qu’est la droiture morale.

C’est cette droiture qui rend content, satisfait. Bref, heureux ! On voit ici toute la différence avec une philosophie du plaisir. Ceux-ci doivent être strictement soumis à l’attitude vertueuse.

À méditer : “Celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d’un autre ; celui qui aime le plaisir, dans ses propres penchants ; mais l’homme intelligent, dans sa propre conduite” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Posez-vous les bonnes questions

Comment conserver la vertu dans son esprit, sans devenir capricieux, envieux ou colérique ? Comment garder constamment à l’esprit cette droiture de l’âme, seule capable de vous maintenir dans une attitude sereine ?

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En se convainquant que la vertu (ou la droiture dans l’action) est le seul bien qui vaille la peine d’être suivi de façon absolue. Les honneurs, la richesse et même la santé ne sont que des objectifs secondaires qu’il est éventuellement bon d’acquérir, mais qui ne sont pas du tout nécessaires. Autrement dit, ils ne sont pas capables de rendre notre âme heureuse.

À l’opposé, il y les maux secondaires tels que la mort ou la maladie. Ceux-ci peuvent sans aucun doute nous faire du tort (la pensée de la mort ou la douleur, par exemple, peuvent nous perturber), mais notre cerveau peut les contrôler. En fait, si l’on y pense bien, ces maux n’en sont pas vraiment.

Ils ne peuvent toucher notre raison et il ne faut donc pas s’en attrister. Le seul mal véritable est l’injustice à l’égard de soi-même (c’est-à-dire l’incapacité à se maintenir dans la vertu).

L’art de la méditation peut certainement vous aider à comprendre cela.

À méditer : “À quoi donc en ce moment fais-je servir mon âme ? En toute occasion, me poser cette question à moi-même et me demander : “Qu’y a-t-il à cette heure dans cette partie de moi-même, qu’on appelle principe directeur, et de qui ai-je l’âme en cet instant ? N’est-ce pas celle d’un enfant, d’un jeune homme, d’une femmelette, d’un tyran, d’une tête de bétail, d’un fauve ?” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Contrôlez vos jugements

Pour trouver le bonheur, il faut prendre conscience que ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui vous troublent, mais les représentations que vous en avez et les jugements que vous émettez à leur sujet. Tout est affaire de jugement pour les stoïciens et pour Marc Aurèle.

Prenons un exemple. Face à une tempête, vous allez paniquer, vous cacher, être diablement malheureux. Mais pourquoi donc ? Parce que vous jugerez que cette tempête est un mal horrible. Or il ne s’agit que d’eau, de vent et de sable.

Reprenez vos esprits et faites face. Soyez tel une citadelle imprenable. Votre intelligence est capable de contrôler le flots des émotions qui vous submerge. Si vous enlevez de votre esprit que ce qui vous arrive est un mal, vous supprimez le mal lui-même.

À méditer : “Les choses elles-mêmes ne touchent notre âme en aucune manière ; elles n’ont pas d’accès dans l’âme ; elles ne peuvent ni modifier notre âme, ni la mettre en mouvement. Elle seule se modifie et se met en mouvement, et les accidents sont pour elle ce que les font les jugements qu’elle estime dignes d’elle-même” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Restez calme

Attardons-nous encore sur un autre cas. Vous vous blessez physiquement (par exemple au cours de la tempête). Vous pourrez aller jusqu’à dire que la blessure est une excellente épreuve.

Pourquoi ? Car elle vous donnera l’occasion de devenir plus prudent, ou moins sensible à la douleur. La santé elle-même n’est pas un bien en soi et vous pouvez apprendre beaucoup de la douleur comme de la maladie. Vous mourrez dans la tempête ? Eh bien soit, vous retournerez alors au grand Tout dont vous êtes issu.

Comprenez-vous mieux, maintenant, l’expression “rester stoïque” ? Il s’agit de se convaincre que les événements, les choses et les autres, pris en eux-mêmes, n’ont pas le pouvoir d’ébranler votre âme.

Face aux événements, votre mission consiste à rester serein, c’est-à-dire à maîtriser votre esprit. C’est le maître-mot de la confiance en soi.

À méditer : “Ressemble au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots. Lui, reste debout et, autour de lui, viennent s’assoupir les gonflements de l’onde” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Vous pouvez aider les autres jusqu’à un certain point

Marc Aurèle ne vit pas isolé des autres. Il combat, voit des hommes mourir, entend les plaintes de ses ministres et de ses concitoyens. L’empereur doit aussi faire face à des mensonges et à des tentatives de trahison.

Pourtant, il cherche à rester droit dans la cité elle-même, et non pas en vivant reclus dans un jardin secret ou dans un tour d’ivoire. Son rôle, pense-t-il, est d’aider ceux et celles qui viennent à lui.

Lorsque l’empereur rencontre quelqu’un de “vicieux”, c’est-à-dire qui a pris des habitudes qui vont contre la vertu (intempérance, colère, incontinence sexuelle, etc.), il cherche à le remettre dans “le droit chemin”.

Pourtant, il n’est pas toujours possible d’aider autrui. Parfois, on est face à des personnes presque irrécupérables. Que faire, alors ? Sa réponse est nette : passez votre chemin.

Ne risquez pas de perdre le contrôle de vous-même, car vous donneriez alors un mauvais exemple et cela ne ferait qu’empirer les choses. Il vaut toujours mieux porter le bien en soi-même et fuir toute configuration où celui-ci est mis en danger.

À méditer : “Le meilleur moyen de te défendre d’eux (ceux qui agissent mal), c’est de ne pas leur ressembler” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

N’oubliez pas : nul ne fait le mal volontairement

Après Platon, les stoïciens considèrent que nul ne fait le mal volontairement. Comme on l’a vu, c’est parce qu’ils ont perdu de vue la vertu que certains agissent mal. Ne sachant pas quel est le seul bien véritable, ils en prennent un autre à la place : l’argent, le pouvoir ou le plaisir, par exemple.

C’est ce bien secondaire, inessentiel, qui les conduit à agir de façon sournoise et courbe. Votre rôle est de comprendre leurs motivations afin de les aider à modifier leur attitude, tout en demeurant vous-même vertueux.

À méditer : “Celui qui n’admet pas que le méchant commette des fautes est semblable à celui qui n’admettrait pas que le figuier porte du suc aux figues, que les nouveau-nés vagissent, que le cheval hennisse, et toutes autres nécessités de cet ordre. Que peut-on supporter, en effet, en se trouvant dans une telle disposition ? Si tu es exaspéré, guéris-toi de cette façon d’être” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Cultivez votre génie intérieur

Cultivez votre génie intérieur

Le génie intérieur est la partie rationnelle de votre âme

Marc Aurèle parle souvent, dans les Pensées pour moi-même, de son “génie intérieur” (daemon, en grec). Socrate avant lui, parlait déjà d’un génie intérieur qui le conseillait sur les actions à mener ou à éviter.

Pour l’empereur philosophe, le génie intérieur désigne avant tout la partie rationnelle de l’âme, celle qui doit dominer les autres. Cette partie rationnelle de l’âme n’est rien d’autre qu’une parcelle de la rationalité universelle, une parcelle de la divinité (c’est-à-dire de la nature, du cosmos).

Toutefois, grâce à notre raison, nous avons le pouvoir de prendre distance par rapport au monde. Nous pouvons le comprendre et décider d’y prendre part volontairement.

À méditer : “L’homme qui, avant tout, a opté pour sa raison, son génie, et le culte dû à la dignité de ce génie, ne joue pas la tragédie, ne gémit pas et n’a besoin ni d’isolement ni d’affluence” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

La raison vous donne le contrôle

C’est elle qui vous permet de contrôler vos jugements et de vous mettre en accord avec l’ordre des choses. Pour le philosophe stoïcien, c’est donc bien la raison qu’il faut honorer. plus que l’étonnement ou l’imagination (qui sont d’autres émotions chères aux philosophes).

“Le principe directeur est ce qui s’éveille à soi-même, se dirige et se façonne soi-même tel qu’il veut, et fait que tout événement lui apparaît tel qu’il veut” (Pensées pour moi-même).

Cultiver la partie rationnelle de son âme, ce n’est pas se retirer hors du monde pour lire toute la journée. Quelques principes suffisent, dit Marc Aurèle. L’important est de s’y tenir et de se rectifier, autant de fois que cela s’avère nécessaire.

À méditer : “Car un tel homme, qui ne néglige aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, est comme un prêtre et un serviteur des Dieux, attaché aussi au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserve l’homme de la souillure des voluptés, le rend invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté ; il en fait l’athlète du plus noble combat, de celui qui s’engage pour ne point se laisser abattre par aucune passion ; il l’immerge à fond dans la justice, et lui fait accueillir, de par toute son âme, les événements et tous les lots de son destin” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Évitez l’étonnement et l’érudition

Ne vous étonnez pas trop face aux choses de la vie. Considérez que les choses ont du charme, mais ne faites pas de l’étonnement une règle de vie, car cela vous distrairait du but de l’existence.

Comme tout événement s’intègre dans la chaîne des causes et des effets, tout est naturel et normal. L’étonnement n’a de sens que dans un monde régi par le hasard ; vous qui considérez que tout est ordonné, vous cherchez plutôt à harmoniser votre âme à cet ordre cosmique.

À méditer : “Combien est ridicule et étrange l’homme qui s’étonne de quoi que ce soit qui arrive en la vie” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Évitez aussi de ne chercher qu’à accumuler l’érudition. Les livres sont une source d’inquiétude et de fuite hors de la vie réelle des hommes :

« Quant à ta soif de livres, rejette-la, afin de ne pas mourir en murmurant, mais véritablement apaisé » (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Abandonnez l’imagination

D’autre part, faites un usage modéré de l’imagination. Bien sûr, elle peut vous aider pour pratiquer certains exercices, par exemple pour accepter votre mort prochaine. Pourtant, rejetez-là dès qu’elle vient vous leurrer sur le monde, dès qu’elle vous invite à vouloir que les choses soient autrement.

Ne spéculez pas au sujet de choses que vous ne connaissez pas. N’allez pas imaginer qu’on raconte des horreurs sur vous. Si vous ignorez quelque chose et que vous ne pouvez avoir d’opinion vraisemblable à son sujet, laissez tomber.

Bref, ne laissez pas vagabonder votre imagination, qui risque toujours de vous faire croire au pire.

À méditer : “Le bonheur, c’est de posséder un bon génie, ou une bonne raison. Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t’en, par les Dieux, comme tu es venue !” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Préférez plutôt la gratitude

Ayez de la gratitude pour :

  • La beauté du monde que vous pouvez contempler ;
  • Les autres êtres humains, et notamment pour vos parents et votre entourage, qui vous ont donné les biens et les aptitudes que vous possédez.

C’est là une excellente manière d’accepter votre destin. Demandez-vous ce que votre famille, vos maîtres, vous ont apporté. Vos aptitudes et vos qualités, d’où viennent-elles ?

Aimez la vie pour ce qu’elle est, soyez heureux de ce que vous avez ; comprenez qu’aucun mal ne vous a été fait.

À méditer : “Accommode-toi aux choses que t’assigne le sort ; et les hommes, que le destin te donna pour compagnons, aime-les, mais du fond du cœur” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Et surtout : vivez l’instant présent !

Pour rester droit, il faut éviter d’être nostalgique ou de s’imaginer des mondes alternatifs ou lointains. Il faut plutôt prendre le contrôle de soi dès maintenant, en affirmant et le monde et soi-même. Quels sont les effets bénéfiques d’une telle attitude ?

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C’est dans cette présence à vous-même, ici et maintenant – qui ne signifie pas débauche de plaisir mais contemplation et assentiment au monde – que vous aurez pleinement accès à votre génie intérieur.

Si vous parvenez à vivre en accord avec lui, en conservant par exemple à l’esprit l’imminence de votre mort prochaine, vous deviendrez naturellement vertueux, et donc heureux. Autrement dit, vous réussirez à :

  • Contrôler votre discours intérieur ;
  • Rendre service à la communauté humaine ;
  • Accepter les événements que vous apporte votre destin.

Ne spéculez pas sur l’avenir, ne regrettez pas le passé. Vivez l’instant présent !

À méditer : “Si tu t’exerces à vivre seulement ce que tu vis, c’est-à-dire le présent, tu pourras vivre tout le temps qui te reste jusqu’à la mort en le passant dans le calme, dans la bienveillance et l’amabilité envers ton génie” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Cela ne signifie pas renoncer

Vivre dans l’instant présent ne signifie donc pas que vous deveniez fainéant ou totalement amorphe, perdu dans la contemplation. Au contraire, il n’y a pas de bonheur sans vertu, c’est-à-dire sans assurance de faire le bien. Être tranquille – serein ou heureux – et faire le bien sont deux choses qui vont profondément ensemble.

Pour conquérir votre tranquillité intérieure, vous ne devrez donc pas vous retirer du monde tel un ermite s’en allant, par exemple, dans les campagnes ou en montagne. Vous devrez agir ici et maintenant dans le monde, en conformité avec les principes de la raison universelle et de votre cité.

C’est aussi pour cela que vous ne devez pas perdre de temps à lire, à vous étonner ou à imaginer. Ne vagabondez plus : venez-vous en aide dès maintenant, car c’est au présent que vous devez vivre.

À méditer : “La perfection morale consiste en ceci : à passer chaque jour comme si c’était le dernier, à éviter l’agitation, la torpeur, la dissimulation” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

La sagesse peut-elle être atteinte ?

Atteindre la sagesse

C’est une chose rare, mais qui vaut la peine d’être recherchée

Se mettre en cohérence avec soi-même et le monde est une chose exceptionnelle et rare. Pourtant, c’est bel et bien un cheminement qui mérite d’être suivi. Le sage stoïcien est égal à la divinité, c’est-à-dire à la raison universelle.

La raison humaine n’est qu’une émanation, une partie de cette Raison universelle. Mais elle peut s’obscurcir, se déformer par suite de la vie dans le corps, par l’attrait du plaisir.

Seul le sage est capable de faire coïncider sa raison avec la Raison universelle. Bien sûr, cette coïncidence parfaite ne peut être qu’un idéal.

Le sage est nécessairement un être d’exception ; il y en a très peu et, finalement, c’est un idéal presque inaccessible. Pour autant, Marc Aurèle ne se lasse pas de décrire cet état auquel il aspire.

La voie philosophique

Rappelons que la philosophie n’est pas la sagesse, elle est seulement l’exercice de la sagesse. Le philosophe n’est pas un sage mais celui qui tend vers ce but.

Comme l’avait dit Socrate, le philosophe est celui qui sait qu’il ne sait pas. Il n’est pas sage, mais au moins il le sait et peut, à partir de là, tenter de le devenir, même si la tâche est ardue. En effet, votre raison doit agir sans nécessairement avoir une vue claire du vrai. Elle doit bien souvent agir en s’appuyant sur du vraisemblable, plutôt que sur du vrai.

À méditer : “Qu’est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose : la philosophie. Et la philosophie consiste en ceci : à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans dommage, et soit au-dessus des plaisirs et des peines ; à ce qu’il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu’il ne s’attache pas à ce que les autres font ou ne font pas” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

L’écriture comme discipline

Les Pensées de Marc Aurèle sont l’instrument d’une transformation. Pour se réconcilier avec ce que l’on est, il faut s’exercer à agir en tant qu’homme. Il ne suffit pas de savoir que l’homme est une rationalité qui doit agir moralement. L’écriture permet d’accomplir ce travail sur les principes.

Deux images sont souvent utilisées :

  • L’âme est comme un muscle qui doit s’exercer quotidiennement à devenir droite et forte ;
  • Les principes sont comme des aliments qui doivent être ingérés, intégrés progressivement.

Les Pensées pour moi-même sont un exercice personnel pour modeler son âme. Pour ce faire, Marc Aurèle utilise certaines techniques rhétoriques telles que la réduction à l’insignifiance.

Par exemple, pour affronter la mort, il insiste sur la dissociation physique des éléments et neutralise ainsi le pouvoir affectif qu’elle pourrait avoir.

La répétition est également fortement présente dans les Pensées. Pourquoi répéter ? Justement que les dogmes ne sont pas des règles mécaniques qui s’appliquent une fois pour toute une fois énoncés. Ils doivent se transformer en bonnes habitudes.

L’acte d’écrire, c’est-à-dire de tracer et retracer encore un texte sur le support, permet d’ancrer le sens physiquement en vous. Bien sûr, cela requiert un apprentissage et une pratique quotidienne.

À méditer : “Dans l’art de l’écriture et de la lecture, tu ne peux enseigner avant d’avoir appris. Il en est de même, à plus forte raison, de l’art de vivre” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Le philosophe donne l’exemple

Le philosophe stoïcien ne s’éloigne pas du bien commun et de la cité des hommes.

Il sait que son exemple, même imparfait, peut en inspirer d’autres. C’est pourquoi il veut, dans la mesure du possible, les aider à respecter l’ordre du monde.

La philosophie, c’est donc bien d’abord une manière de vivre son existence. Éclairant sa vie à partir des principes du stoïcisme, l’empereur tente de mieux vivre et de participer ainsi au monde du mieux qu’il peut.

À méditer : “Tous nous collaborons à l’accomplissement d’une œuvre unique, les uns en connaissance de cause et avec intelligence, les autres sans s’en rendre compte. […] L’un collabore d’une façon différente de l’autre, de même, par surcroît, celui qui murmure et celui qui tente de s’opposer à ce qui s’y fait et de le détruire. Le monde, en effet, a aussi besoin de gens de cette sorte. Reste à savoir parmi quels collaborateurs tu entends toi-même te ranger” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Conclusion sur “Pensées pour moi-même

Les Pensées pour moi-même sont imprégnées des conditions dans lesquelles elles ont été écrites : la mort sur les champs de bataille, les conflits politiques, les babillages de la cour et la difficulté à se tenir droit face à toute cette agitation.

L’empereur, pourtant, cherche à agir au mieux, selon la doctrine stoïcienne qu’il a choisie. L’écriture quotidienne forme un exercice par lequel l’empereur met ses paroles et ses gestes en conformité avec ses principes philosophiques.

Dans cet ouvrage, vous rencontrez donc non seulement une théorie, mais un homme qui tente de bien agir. Marc Aurèle se critique, s’examine, s’exhorte à agir dans un sens ou dans un autre, se persuade ou se dissuade d’adopter telle ou telle attitude. Il s’exerce à devenir un homme meilleur.

En lisant ce livre, vous entrez dans l’esprit d’un empereur-philosophe et d’un homme d’exception. Marc Aurèle se parle à lui-même et pourtant, c’est comme s’il vous parlait, à vous.

Un dernier exemple à méditer : “Cet homme demande : “Puissé-je dormir avec cette femme !” Toi, dis plutôt : “Puissé-je ne pas désirer cette femme !” Cet autre : “Puissé-je être débarrassé de ce souci !” Toi : Puissé-je n’avoir pas besoin d’en être débarrassé !” Un autre : “Puissé-je ne pas perdre mon enfant !” Toi : “Puissé-je ne pas être affligé de le perdre !” Bref, retourne ainsi tes prières et vois ce qui arrive” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même).

Ce qu’il faut retenir des “Pensées pour moi-même

Voici six principes qui pourront vous aider à ordonner votre vie selon les principes stoïciens travaillés par Marc Aurèle dans les Pensées pour moi-même :

  1. Le génie intérieur est la rationalité de l’âme, l’étincelle divine que vous devez chérir ;
  2. Le seul moyen de prendre soin de votre raison consiste à respecter les principes universels de la nature ;
  3. Aimez votre destin, car c’est ce qui vous unit au cosmos ;
  4. Rien ne sert de vous irriter contre les erreurs et les défauts des hommes ;
  5. Il faut apprendre à contrôler vos représentations pour être heureux, c’est-à-dire serein ;
  6. Considérez la mort comme un bien qui vous aide à vivre l’instant présent.

Dans la Rome antique, le philosophe est d’abord quelqu’un qui vit selon des principes philosophiques. Il ne doit pas nécessairement écrire de traités, ni commenter les auteurs de la tradition, ni inventer un nouveau système. Il fait un choix de vie et s’y tient.

C’est en ce sens que Marc Aurèle est philosophe, et il est tout particulièrement un philosophe stoïcien. En tant que tel, il ne propose pas de concepts neufs ; il ne révolutionne pas cette pensée, mais il l’incarne et la colore de son noble tempérament et de son style propre.

S’il écrit, c’est d’abord pour se remémorer les principes qui guident sa vie ; c’est pour chercher à rester droit et fidèle au type de vie qui lui tient à cœur.

Contrairement à ce qu’en disent parfois les traités de développement personnel, la philosophie stoïcienne de l’empereur romain n’exhorte pas tant à “devenir soi-même” qu’à se conformer aux lois (de la raison, de l’univers, de la cité) et à bien vivre en société.

Cet aspect de la philosophie stoïcienne de Marc Aurèle ne cadre donc plus très bien avec l’envie de réussir à tout prix et/ou à devenir le plus original possible. Mais est-ce vraiment un point faible ? À vous d’en juger !

Points forts :

  • Un classique absolu de la littérature universelle
  • La personnalité attachante de Marc Aurèle
  • Le style ciselé et les phrases qui restent longtemps en tête
  • Un ouvrage qui se lit facilement, même près de 2000 ans plus tard !

Points faibles :

  • Les Pensées pour moi-même sont des notes, elles manquent donc un peu d’organisation
  • On pourrait également lancer le débat et affirmer que la pensée de Marc Aurèle est une pensée conformiste et austère

Ma note :

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