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Comment Bastien a créé une entreprise innovante à Paris

Dans cette vidéo, j’interviewe Bastien Yverneau de Happy Families, qui a créé une entreprise au concept novateur sur Paris, alors que Bastien a une formation… d’ingénieur dans le spatial !! 🙂

Il nous explique comment il a réussi à créer et à trouver le lieu « parfait » sur Paris, et partage ses conseils pour créer notre entreprise.

Note : par transparence je précise que je suis investisseur chez Happy Families.

Transcription texte

Olivier Roland : Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle vidéo du blog « Des livres pour changer de vie ». Je suis actuellement avec Bastien. Bonjour Bastien !

Bastien Yverneau : Bonjour !

Olivier Roland : J’ai rencontré Bastien à l’évènement de Tim Ferriss à San Francisco, c’était en 2011. On était les deux seuls français, en fait, dans une salle de 120 personnes. Tout de suite, ça rapproche. Il était venu me voir à l’époque en me disant : « Voilà, j’ai ce projet d’entreprise, est-ce que ça t’intéresserait de participer en tant qu’investisseur ? »

Là, tu viens de créer ta boîte qui est « Happy Families ». On va revenir sur le concept qui est vraiment innovateur, intéressant puisque là, tu dois le créer sur Paris. On est actuellement dans un des locaux de ton entreprise. En gros, le concept c’est qu’on peut venir avec son enfant et le garder dans une crèche pendant un après-midi ou quelques heures. On peut se faire plaisir, on peut se faire masser, on peut faire des cours de yoga, on peut avoir des ateliers sur des tas de sujets pour apprendre à méditer, à faire autre chose.

Bastien Yverneau : On peut tout faire chez Happy Families. C’est le premier lieu pour parents heureux.

Olivier Roland : En totale transparence, je suis investisseur dans cette entreprise et j’ai voulu interviewer Bastien tout simplement pour savoir un petit peu ce qui l’a poussé à l’entrepreneuriat parce qu’à la base, tu n’as pas du tout un cursus qui pouvait t’amener à l’entrepreneuriat.

Là, tu es ingénieur de formation. C’est ça ?

Bastien Yverneau : Ingénieur spatial. Ça mène à tout.

Olivier Roland : C’est ce qu’on voit. D’accord.

Tu as eu un cursus normal d’ingénieur ?

Bastien Yverneau : Au niveau des études, oui. Après, j’ai fait quand même de l’humanitaire. J’étais basé en Jordanie, mais j’ai surtout travaillé en Irak, au Liban et en Palestine, en plus au moment où ça pétait pas mal là-bas. Tout ça, c’était juste au sortir de mes études. J’ai fait aussi un an en Nouvelle-Calédonie. J’ai déjà pas mal bourlingué.

Avant de monter Happy Families, quand on s’est vus, je partais de Prague où j’ai passé 3 ans, où je travaillais plus dans l’énergie. C’est un boulot d’ingénieur, mais ce n’était pas ingénieur tel qu’on peut l’imaginer, on va dire. C’était plus du consultant en fait à l’époque.

Olivier Roland : T’étais quand même employé ?

Bastien Yverneau : Ouais

Olivier Roland : Qu’est-ce qui t’a donné l’étincelle, qui t’a donné l’envie de créer ta boîte ?

Bastien Yverneau : Déjà, certains bouquins. Comme beaucoup, j’ai lu « La semaine de 4 heures » de Tim Ferriss. J’en ai lu pas mal d’autres depuis.

Je pense, en fait, que j’avais la fibre depuis le départ. Un élément déclencheur assez important dans mon cas, c’est que j’ai fait un bilan de compétences avec la boîte de ma sœur qui est spécialisée là-dedans. En fait, un bilan de compétences, c’est tout un processus justement qui t’amène à réfléchir sur « qu’est-ce que t’as vraiment envie de faire dans ta vie ? » Tu reviens pas mal sur tes expériences professionnelles passées, mais pas que, c’est-à-dire, tu vas aussi regarder quels sont tes hobbies, quels projets t’as voulu lancer, etc. Donc, c’est vraiment assez large dans sa vision. Et derrière, on affine petit à petit le projet.

Moi, ce que ça m’a vraiment montré très fortement, c’est que justement il y avait vraiment une envie de créer, de faire ces choses, etc. Ça se voyait parce que j’organisais plein de voyages pour des amis. J’ai monté des assos. Même quand j’étais dans des boîtes, il y avait un côté toujours à vouloir améliorer, vouloir créer des choses, lancer des projets.

Le processus du bilan de compétences, ça m’a vraiment permis de comprendre qu’il y avait cette fibre-là qui était très forte et que justement elle n’était pas du tout exploitée. À l’époque, à Prague, j’étais vraiment dans une multinationale avec 50 000 employés. Vraiment, la grosse structure. Résultat, après le chemin était assez évident, c’est-à-dire, il fallait trouver l’idée, mais il y avait même des ferments dans mon passé. Il y avait deux occasions où j’ai failli lancer une boîte quand j’étais plus jeune et je n’y étais pas allé. Donc il y avait déjà, on va dire, un terreau largement favorable. Et c’est à l’époque où ma sœur m’a parlé d’Happy Families, ce qui à l’époque était juste une idée, on s’est lancé quoi.

Olivier Roland : Elle t’a donné l’idée au moment où toi-même, tu avais fait ce bilan de compétences.

Donc, c’est intéressant parce que finalement t’as toujours eu cette fibre en toi. Tu le savais plus ou moins que tu voulais créer l’entreprise, mais quand t’as fait ce bilan de compétences, ça t’a mis en face de la réalité. Il y a eu un déclic ?

Bastien Yverneau : Oui, c’est ça. Il y a eu un déclic. Des fois, il y a des évidences comme ça qu’on ne voit pas pendant plusieurs années et puis d’un coup, il y a un élément déclencheur qui permet de se dire : « Je ne peux plus perdre de temps dans cette boîte où j’étais pourtant bien traité, boulot très intéressant ». Enfin, je voyais les gens en permanence, moi, j’avais vraiment rien à me plaindre. Mais c’est juste que ça ne me correspondait pas le côté très politique, administratif, les lourdeurs, etc. d’une énorme boîte. Quand on a la fibre entrepreneuriale, qu’on a envie de créer des trucs, qu’on est dynamique, qu’on est proactif, bon, il y a un moment, il faut faire ce pour quoi on est fait.

Olivier Roland : T’as eu ce déclic. Il t’a fait prendre conscience que c’était fini d’attendre et qu’il fallait y aller.

Bastien Yverneau : Ouais.

Olivier Roland : C’est intéressant parce que je pense qu’il y a forcément parmi ceux qui nous regardent des gens qui sont comme toi, qui ont ce profil, cette flamme de l’entrepreneur, mais qui n’ont pas encore vraiment osé franchir le pas et qui font comme toi, qui sont intrapreneurs ou qui se lancent dans des projets humanitaires. Donc, c’est intéressant.

Un bilan de compétences, ça peut être comme tu l’as dit, un déclic. T’as eu ce déclic et à ce moment-là, ta sœur, c’est génial, l’univers s’est improvisé pour toi.

Bastien Yverneau : Il m’apporte une idée sur un plateau.

Olivier Roland : Et là tu dis : « Banco, j’y vais ».

Bastien Yverneau : Au tout début, honnêtement, je n’y ai pas trop cru. J’ai relu le mail qu’elle m’a envoyé à l’époque pour expliquer. Après surtout, on a parlé au téléphone. Là, déjà je me suis plus dit : « Ah ouais, peut-être quand même. » Et c’est surtout après, tout de suite, on a étudié les besoins. On a rencontré plein de parents. On a fait des études qualitatives et quantitatives. Plus on creusait, plus c’était évident qu’il y avait quelque chose à faire. Et résultat, après on a déroulé.

Olivier Roland : L’idée à la base, c’était la même qu’aujourd’hui ?

Bastien Yverneau : Ouais. Honnêtement, c’est marrant puisqu’on en parle, puisqu’il y a encore des petits détails qu’on est en train d’affiner, qu’on n’a pas forcément fait ce qu’on voulait faire sur des petits détails sur le concept général. On revient quand même assez vite à l’idée, honnêtement, de base. Elle n’a pas énormément évolué. Si, il y a quand même des parties qui évoluent. C’est ça, en fait, d’ailleurs le…

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Il y a une petite difficulté, il faut quand même être à l’écoute des autres et ne pas être figé sur son truc, être complètement fermé. On va nous donner des conseils qu’il faudra savoir écouter, mais on va nous donner aussi plein de conseils qu’il faudra savoir ne pas écouter. C’est vraiment ça un peu, je pense, la valeur ajoutée d’un bon entrepreneur. C’est qu’on est bombardé d’infos et de conseils contradictoires, et il faut vraiment arriver à suivre les bons conseils et à ignorer les mauvais.

Olivier Roland : Ce qui est un art très délicat parce que comme tu dis, il faut garder cette ouverture d’esprit. Il faut faire un choix.

Bastien Yverneau : C’est ça. C’est un peu le chemin sur la crête. On tombe facilement d’un côté ou de l’autre.

Je ne dis pas qu’on a été bon sur tout. Honnêtement, il y a probablement des choses qu’on aurait dû changer, d’autres qu’on n’a peut-être pas changées et qu’on aurait dû. Mais on en a parlé aussi encore ce matin, ne serait-ce qu’on a d’abord autant de services rassemblés sur un seul lieu, il y a plein de gens qui nous ont dit : « Ouais, commencez plus petit » puisque c’est un projet un peu mégalo quand même, 450 m2 à Paris, de proposer comme ça autant de services rassemblés, etc.

Olivier Roland : Vous êtes très bien situés là, vous êtes à côté du centre Georges Pompidou.

Bastien Yverneau : C’est ça. Voilà, vraiment en plein cœur de Paris, à Châtelet où il y a tous les RER, les bus, les métros qui se croisent. Nous, notamment les banquiers, les avocats, les comptables ou plein de gens extérieurs, on en a plein qui nous ont dit : « Démarrez plus petit. Mettez qu’un ou deux services, etc. » Et constamment, on leur expliquait : « Ben non, nous, c’est le concept justement d’avoir autant et que quelqu’un qui vient faire du yoga ici va peut-être se dire je vais me faire coiffer les cheveux et puis en même temps, je vais me faire masser. Puis, je vais manger un morceau. En plus, je vais faire garder mes enfants sur le même lieu. » Et, c’est vraiment la base du truc. Ça, on ne les a pas écoutés. Et c’est ce qu’on voit, ce qui marche aujourd’hui. Les gens, ils disent : « Mais c’est génial. Je vais venir, je peux tout réserver en un coup de fil et un clic de souris. Résultat, je viens passer deux heures chez vous et j’ai fini tout ce que j’avais à faire. »

Olivier Roland : Tu as cru en ton concept, tu l’as défendu et voilà. Des fois, il faut savoir ne pas écouter les autres.

Bastien Yverneau : C’est ça. Et des fois, il faut savoir.

Olivier Roland : C’est tout l’art délicat des entrepreneurs. Mais en même temps, de croire en son projet. Et là donc tu as démarré il y a un mois et ça démarre très fort.

Bastien Yverneau : Ça démarre très fort. D’un point de vue médiatique, là en une semaine, on a fait JT TF1, France 2, M6, France 5. Enfin, tous les plus gros médias, plein de radios et de presses. On est plein tous les week-ends depuis l’ouverture. Donc, ça marche très fort. Puis, les ateliers là commencent à prendre de plus en plus d’ampleur et c’est vraiment super d’avoir autant de retours positifs des gens. Nous, ça fait quand même un petit moment qu’on imagine ce projet et maintenant de le voir vivant avec des gens qui viennent régulièrement, parce que c’est un lieu public. Les gens viennent, repartent, reviennent, etc. On commence à avoir de plus en plus d’habitués aussi qu’on voit. Voilà, je t’en ai montré une tout à l’heure, une nana qui vient pour la dixième fois minimum en six semaines.

Olivier Roland : Effectivement, c’est une fan, ça y est.

Bastien Yverneau : Puis l’équipe aussi, parce que pendant longtemps, on a porté le projet un peu en indépendants ma sœur et moi. Pour la part de lancement, on s’est fait aider par Marie pendant quatre mois. Et là, par contre, on est passé quasiment du jour au lendemain de trois à dix personnes. Ça aussi, vraiment, c’est dans les étapes. Dans le projet, il y a plusieurs phases. Clairement, là on est passé… Après l’ouverture, ça a été une phase complètement différente et qui apporte énormément de joie. On voit le lieu en activité, tous les retours des gens qui sont toujours très positifs. C’est bien de voir un peu le résultat de ses efforts des années précédentes.

Olivier Roland : Oui parce que t’as mis combien de temps entre l’idée et l’envie de concrétiser cette réalisation ?

Bastien Yverneau : Grosso modo, ça a duré deux ans. Mais après c’est comme tout le temps puisqu’on ne faisait pas que ça non plus. Donc, il n’y a pas eu tout le temps des périodes ultra-intensives.

Ce qui a été vraiment long, en fait, c’est la différence avec des projets sur Internet, c’est que nous, c’est un lieu physique. Donc, il a fallu trouver le local, voilà. Pour un lieu physique comme le nôtre, l’emplacement est extrêmement important. Résultat : On en a visité beaucoup avant de choisir. Dans l’immobilier, je pense qu’il faut être prêt à voir beaucoup de trucs pour être prêt justement à prendre la perle rare parmi les 20. Sinon, si on ne prend pas ce temps-là, on prend vite le produit moyen du marché au prix moyen du marché et qu’il n’y a pas d’avantage particulier.

Clairement, il est très bien situé, et d’un prix relativement bon marché par rapport aux prix de Paris. Tout est relatif.

Après le financement, ça a été long aussi parce que pareil, ben, concept physique, il a fallu quand même pas mal investir pour les travaux. Nous, on a quand même eu un prêt de 300 000 € auprès d’une banque. Les banques, il a fallu aussi rencontrer un certain nombre. Vu qu’en France, on n’est quand même pas très ouvert à l’innovation. C’est ce que je te disais tout à l’heure. On aurait ouvert un kebab ou une pizzeria, ça aurait été beaucoup plus facile. Malheureusement, les mecs qu’on rencontre en face, ce n’est pas toujours très… ouais, on va dire. Donc ça, c’était aussi un peu long.

Le local, ça a dû prendre un an, le financement, six mois. Après, les travaux même, ça n’a pris que deux mois puisqu’on a tout refait, etc. Je t’ai fait visiter tout à l’heure.

Olivier Roland : Ça va encore, vu l’ampleur des travaux.

Bastien Yverneau : On a trouvé une très bonne entreprise et ça allait relativement vite. Les deux derniers mois avant l’ouverture, ça a été quand même particulièrement intensif parce qu’il a fallu recruter les douze personnes qu’on a aujourd’hui, il fallait choisir tout le matériel, affiner les plans. C’est comme si on aménageait un appart de 450 m2. Les gens, je pense, peuvent faire le calcul, l’ordre de grandeur, c’est quand même un truc assez costaud.

Ça, je pense que c’est un des trucs qui nous a aidés quand même à… parce que ce qui est intéressant, c’est que quand les gens visitent, il y a plusieurs personnes qui nous ont dit qu’apparemment, on ne s’est pas trop gouré dans la conception, etc. On a placé les postes de coiffure là, la taille des miroirs, enfin, plein de petits détails, mais qui ont leur importance au quotidien. Apparemment, tout le monde trouvait que c’était très bien pensé alors que nous, on n’est pas des gens du métier. On n’est ni coiffeur, ni restaurateur, ni esthéticienne, ni des créateurs de crèche. Donc, il a fallu apprendre un peu tout ça.

Et un des trucs, je pense, qui nous a pas mal aidés, c’est qu’on a su s’entourer aussi. Pour chacun de ces pôles d’activités principaux, on avait une personne qui jouait plus ou moins le rôle de consultant, qui était pour le coup quelqu’un qui avait dix ans d’expérience dans la coiffure alors qu’il n’avait pas la main sur tout puisque nous, on aime bien aussi réfléchir, etc. Donc, c’était toujours une discussion. On avait quand même quelqu’un qui avait cette expérience-là et que le résultat a permis d’avancer et de pas juste imaginer le truc sur le plan sans avoir de point de vue concret et opérationnel, quand après, on est là et que le mur il est à tel endroit et pas à 150 cm plus loin.

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Olivier Roland : T’as su donc t’entourer de gens qui avaient des compétences que tu n’avais pas.

Bastien Yverneau : Ouais.

Olivier Roland : Ça, c’est important. Waouh, super quand même ! T’as arrêté ton boulot d’ingénieur quand alors ?

Bastien Yverneau : Ben, j’ai arrêté il y a deux ans. Grosso modo, c’était le moment où une fois on a commencé sérieusement.

Olivier Roland : Donc, pendant deux ans, tu n’avais pas de salaire ? Tu t’es concentré sur ton…

Bastien Yverneau : J’ai tout lâché, honnêtement. Après, ça va puisque comme j’étais très bien payé avant, j’avais quand même un bas de laine. J’ai pu vivre sur mes réserves, mais je me suis mis aussi en mode, on dépense un minimum, etc. frugal.

Je pense que quand on croit à quelque chose, il faut aussi se donner les moyens d’atteindre son objectif. C’est sûr que quand on rentre dans une aventure entrepreneuriale, il y a énormément de côtés positifs qui sont attachés à la liberté, au fait de créer son projet, etc. Mais il faut aussi se préparer et puis à être prêt à vraiment s’engager dans son projet. C’est sûr que moi, j’ai démissionné de mon boulot, j’ai déménagé de Prague. C’était juste avant qu’on se rencontre, et je me suis consacré à 100 % au projet.

Olivier Roland : Deux ans sans salaire.

Tout le monde ne peut pas faire ça évidemment. Après, il y a des solutions qu’on peut toucher. Peut-être ce n’est pas possible pour toi, mais on peut toucher des ASSEDIC pendant un an par exemple, une fois qu’on a créé son entreprise si on a droit à ça.

Il y a des tas de solutions possibles. Tout le monde ne peut pas faire comme toi. Mais voilà. Quand on veut, on peut en général. Comme tu dis, il faut faire quelques sacrifices. T’as été frugal pendant un moment, t’avais les bas de laine, etc. Mais, on retrouve en tout cas chez toi cette flamme, cette envie de… C’est un vrai challenge pour toi, une véritable aventure. Et t’es prêt à faire ce qu’il faut pour la faire réussir.

Bastien Yverneau : Ah ben oui. De toute façon, une fois qu’on est engagé sur la route aussi, il faut… C’est ça. Je pense d’ailleurs que dans notre génération, les défauts principaux qu’on a, c’est qu’on abandonne rapidement. Au bout d’un moment, on passe d’un truc à un autre. Ça dépend des projets. Il y en a qu’on peut abandonner au bout de six mois, ça ne prête pas beaucoup à conséquence. Mais là, quand on a investi 500 000 € dans les travaux, il y a un moment, il faut être prêt à s’engager quand même sur le long terme.

Olivier Roland : Complètement ouais.

Bastien Yverneau : Ça a des défauts à côté, on va dire, territorialiser ou matérialiser, contrairement à tout ce qui peut se faire sur Internet, mais ça a aussi des avantages, notamment le fait justement que tout le monde cherche des lieux, etc. Donc, les gens viennent naturellement chez nous.

Olivier Roland : Oui, t’as un emplacement et ça amène automatiquement des gens. On regardait tout à l’heure au restaurant, toutes les cinq minutes, tu as quelqu’un qui regarde c’est quoi ce truc, regarde ce qui est marqué et tout ça, c’est…

Bastien Yverneau : Et c’est vrai que lorsqu’on a expliqué le concept, etc., le fait qu’on soit un lieu physique, ça attire beaucoup plus les gens puisqu’il y a pas mal de sites autour de la parentalité, etc., mais eux ben, ça a plein d’avantages forcément d’être sur Internet, mais souvent, voilà. Quand ils veulent se rencontrer dans leur communauté ou simplement proposer plus que ce qu’ils peuvent proposer sur Internet, ils ont vite besoin d’un lieu et là pour le coup, nous, on est un peu le partenaire idéal quoi.

Non. Mais en fait, ça me faisait penser aussi quand tu parlais tout à l’heure de la niaque, je pense à quelque chose, qu’on vit tous aussi dans une aventure entrepreneuriale. Pour moi, les projets qui aboutissent c’est justement à ceux qui ne lâchent pas l’affaire. Alors que forcément dans un projet, s’il est un minimum ambitieux, il y a des périodes où ça va très bien, toutes les portes s’ouvrent, les gens répondent et tout, c’est génial. Et puis il y a des périodes, il ne faut pas se leurrer, où au contraire, ça fait six mois qu’on cherche du financement, ça ne marche pas. Le truc, ça ne décolle pas. Enfin voilà, où ça patine grave.

Pour moi, d’expérience, j’ai quelques projets quand même derrière moi. Les projets qui arrivent au bout c’est justement les gens qui ne lâchent pas l’affaire. Et même dans les périodes où ça patine, on continue à avancer même si ça avance moins vite. On continue à faire ce qu’on peut, etc., et il faut croire qu’au bout d’un moment, ça va se débloquer. Et nous, c’est vraiment ce qu’on a vécu.

Dans Happy Families, il y a des moments où le local, on ne le trouvait pas, il n’y avait pas de truc super bien. Les travaux, on a eu du mal à les faire démarrer. Les banques, c’était compliqué pour les convaincre. On n’a pas lâché l’affaire.

Olivier Roland : Il y a des moments quand même où tu t’es un peu découragé ?

Bastien Yverneau : Ah ouais, clairement. Ouais, les banques, j’en ai rencontré quarante quand même.

Olivier Roland : Quarante ?

Bastien Yverneau : J’en ai même rencontré plusieurs agences d’une même banque en fait puisque les mecs sont tellement désorganisés entre eux qu’ils ne communiquaient pas. J’ai dû me faire choper une fois ou deux fois, ouais. Sachant qu’il y a cinq groupes bancaires en France qui font 90 % du marché, c’est tous les mêmes. J’ai vu beaucoup d’agences en fait des mêmes banques. J’ai vu trois fois ou quatre fois la Société Générale, enfin voilà. La moitié du temps, il y a vraiment des mecs en face qui ne comprennent… enfin, des mecs limités quoi.

Et bien là, on ne s’est pas découragé. On a poursuivi et puis finalement, on a trouvé une banquière qui est géniale, puis surtout une nana qui est une maman, qui comprend au résultat beaucoup plus naturellement l’intérêt du projet que d’autres. Et je pense que là-dessus aussi, pour ne pas se décourager et justement poursuivre, ça a aussi aidé d’être deux parce qu’on n’a pas forcément les mêmes cycles à deux. Quand ça patine, c’est sûr qu’on est tous les deux un peu déprimés. Mais il y en a toujours un pour relancer l’autre, etc.

Olivier Roland : Tu as fait ça avec ta sœur.

Bastien Yverneau : Ouais, vraiment avec ma sœur, on est vraiment à fond dessus. Je pense que ça aussi, ça a beaucoup aidé, d’une part parce qu’on a des profils très complémentaires et d’autre part, parce que dans la vie du projet, il y en a toujours un pour relancer l’autre, pour avoir de nouvelles idées, pour aussi confronter les idées de l’un et de l’autre, etc. et résultat, ça enrichit vraiment le projet quoi.

Olivier Roland : Ouais alors voilà. Donc ça, c’est les avantages de travailler à plusieurs. Après, il y a les inconvénients.

L’avantage de travailler tout seul c’est qu’on est, en général, toujours d’accord avec soi sauf si on est schizophrène. Mais effectivement comme tu le dis, c’est aussi un effet d’entraînement. Quand ça marche bien, on peut aller plus loin tout seul. Ça, c’est clair.

C’est intéressant. Vous avez fait quoi comme erreur ?

Bastien Yverneau : Qu’est-ce qu’on a fait comme erreur ? Je pense que des fois, on a perdu un peu de temps à courir les concours.

Olivier Roland : Les concours des jeunes entrepreneurs, quelque chose comme ça ?

Bastien Yverneau : Ouais voilà. Les concours d’entreprises, y’en a 150 000. Honnêtement, quand je dis courir, ce n’est pas comme si on en avait fait quarante, mais on a fait peut-être 5, 6 dossiers. En même temps, on en a gagné quand même pas mal et ça a aidé aussi au début. C’est toujours l’enjeu quand on a un projet très jeune, c’est de crédibiliser le projet. Et donc les concours, ça le crédibilisait. Ça apportait des médias, etc. Mais c’est sûr que les gens gagnent très rarement de l’argent. Honnêtement, c’est plus honorifique qu’autre chose. Puis, remplir les dossiers, c’est juste la galère quoi. On passe quatre heures à faire du copier-coller, bon voilà.

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Je pense que j’aurais dû être peut-être plus sélectif aussi dans les locaux qu’on a choisis. Il est assez vague quand même de comment on allait implémenter notre lieu. Donc si j’avais su aujourd’hui comment on construit un lieu comme le nôtre, ben résultat, je pense qu’il y a les ¾ des lieux que j’ai visités ou des annonces que j’ai vues que je pourrais assez vite éviter, même si j’étais déjà très sélectif avant d’aller voir physiquement sur place.

Olivier Roland : T’aurais pu gagner du temps.

Bastien Yverneau : J’aurais pu gagner du temps.

Olivier Roland : OK, mais bon, c’était l’expérience.

Bastien Yverneau : Ouais, c’est aussi l’expérience qui me manquait. Sinon, je ne sais pas. Ça se passe quand même très bien. Jusqu’à maintenant, je ne me plains pas quoi.

Olivier Roland : Un mois après le démarrage, c’est vrai que c’est très fort.

Bastien Yverneau : D’ailleurs, notamment, les banquiers n’y croyaient pas. Ils disaient : « Oui, dans le commerce, c’est très long les gens pour venir, etc. » Nous, on a toujours dit qu’on aurait une « com » de malade. Bon ben aujourd’hui… Franchement, je ne vois pas trop.

Olivier Roland : En tout cas, je vous montrais qu’être entrepreneur, ce n’est pas être quelqu’un de parfait, qui a un projet parfait. C’est un parcours d’obstacles avec des challenges et aussi des joies.

Bastien Yverneau : C’est super valorisant.

Olivier Roland : Très valorisant, très exaltant. Puis vraiment, t’as l’impression de faire quelque chose qui vaut la peine d’être fait. Et ça mérite quelques sacrifices largement.

Bastien Yverneau : Et comme tu disais, enfin au début quand on est parti sur le projet, on avait un concept général, et ça s’est vraiment affiné avec le temps. C’est exactement ce que tu disais, il faut vraiment accepter au départ de lancer le truc même si tout n’est pas clair. Enfin, notre projet qui est quand même un peu… enfin voilà, qui a énormément de composants, de facettes, des aspects du projet, si on avait voulu tout définir…

Ah oui, d’ailleurs, c’était une erreur que j’ai faite. C’est qu’au tout début, j’ai créé un plan d’affaires qui faisait, je crois, 40 pages, qui était justement un peu pensé comme ça, genre : « Ah oui, comment on va organiser les plannings des gens, etc. » On se posait plein de questions d’ordre opérationnel qui étaient honnêtement vraiment trop tôt. Moi, je mettais un peu par écrit pour me rassurer ce que j’avais lu sur le site de la PCE, qu’il fallait faire un plan d’affaires, etc. j’étais arrivé assez vite à un pavé de 40 pages. Et honnêtement, ce truc n’a servi strictement à rien. Personne ne le lisait puisque c’était trop gros de toute façon ou quoi. Si tu as fait une présentation de 10 pages, c’est beaucoup mieux.

Et voilà, c’était un peu dans l’idée au début. Je suis pas mal formation ingénieur, donc des fois, j’ai besoin que les choses soient carrées, etc. alors qu’en fait, ça s’est affiné avec le temps. Donc, il y avait plein de questions qu’on s’est posées au départ notamment et que j’ai traduites dans ce plan d’affaires, qui étaient juste non pertinentes à ce moment-là et qu’on s’est posées un mois avant l’ouverture, au moment où là c’était intéressant de se les poser quoi.

Olivier Roland : D’accord.

Bastien Yverneau : Et ça, ça a pris quand même un peu de temps de travail pour l’écrire, pour réfléchir, etc.

Là, le côté réflectif, enfin réflexion, penser aux questions quand même plus importantes est intéressant, mais c’est beaucoup plus rapide de prendre un bout de papier, de poser les données du problème et dire « OK, on va faire comme ça ». Et c’est beaucoup plus long de le rédiger après dans un document qui va être publié et donné à des partenaires institutionnels, etc. où là, c’était vraiment complètement inutile quoi.

Olivier Roland : On a eu un bon panorama de tes erreurs et aussi de ce que t’as fait de bien.

Pour terminer cette interview, est-ce que tu aurais un conseil à donner à quelqu’un qui serait comme toi, qui sent au moins la fibre, mais qui hésite encore à franchir le pas ?

Bastien Yverneau : Pour moi le premier conseil, c’est vraiment de se lancer honnêtement. Je ne sais plus si c’est la citation exacte, mais « la première des erreurs, c’est de ne pas essayer » ou un truc comme ça, mais c’est vraiment d’essayer. Enfin pour moi, on peut essayer et se planter. Ce sera toujours moins grave que de ne pas essayer et de se réveiller à 50 ans en disant : « merde, je ne sais pas ce qui se serait passé si j’avais essayé, etc. »

Ne pas essayer pour moi c’est vraiment la pire des solutions. Quand on a envie de faire quelque chose, il faut suivre ses envies, etc., et être prêt à se lancer. Et puis après, quand on se lance, ne pas abandonner en cours de route, ce que moi je constate autour de moi. Notamment, je pense à la génération Y, on est un peu à la génération zapping, etc., on passe vite d’un truc à un autre. C’est de ne pas abandonner une fois qu’on s’est lancé. C’est vraiment d’aller au bout.

C’est ce que disait Tim Ferriss : « Si vous visez un objectif qui vous motive vraiment, etc., vous serez prêts à escalader les montagnes et à traverser les océans, etc. »

Olivier Roland : Et quand les enjeux sont forts, on est motivé à….

Bastien Yverneau : La motivation à fond.

Olivier Roland : Tandis que si c’est juste un truc qu’on fait comme ça, en passant, en disant pourquoi pas, bon, c’est…

Ce n’est pas pareil de vouloir genre « Ouais, je voudrais » et de vouloir « je le veux ». Ce n’est pas pareil. On n’a pas la même motivation intrinsèque.

Bastien Yverneau : Toute la niaque, il en faut quand même. C’est quand même des projets. Quand on est dédié sur son projet, c’est quand même vite enthousiasmant, mais très prenant. Et le résultat, si on n’est pas très motivé par son projet, ça va assez vite se voir.

Olivier Roland : Je pense que le message de l’interview est clair. C’est que voilà, le parcours de l’entrepreneuriat et la création d’entreprise, ce n’est pas un parcours qui est de tout repos.

Justement c’est ça qui est exaltant. C’est ça qui est vraiment intéressant. C’est ça qui fait que ça fait un challenge, qui vaut la peine d’être vécu et il ne faut pas que ça vous fasse peur, mais au contraire, laissez-vous emporter par l’excitation, par l’enthousiasme et vous pourrez déplacer des montagnes.

Bastien Yverneau : C’est ça. Ce n’est pas la maison de retraite, c’est plus la compétition sportive où il faut gagner quoi. C’est des J.O. Il faut avoir la médaille d’or. C’est sympa quoi.

Olivier Roland : Alors, qu’est-ce que vous voulez ? Maison de retraite ou les compétitions sportives ? Voilà, à vous de voir.

Écoute, merci, Bastien.

Pour ceux qui sont intéressés, qui ont des enfants et qui veulent se détendre, s’amuser, prendre un petit peu soin d’eux, Happy Families, c’est juste à côté du centre Georges Pompidou à Paris. On a mis le lien juste en dessous de la vidéo. Donc, vous pouvez voir le site. Et c’est super sympa. En plus, il y a un petit restaurant. Vous pouvez venir manger juste pour découvrir un petit peu le lieu.

Merci d’avoir regardé cette vidéo, et à très bientôt pour de prochaines aventures. Au revoir.

5 Commentaires pour :

Comment Bastien a créé une entreprise innovante à Paris

  • Eric

    8 Mai 2014 à 20:01

    Très intéressant ! C’est à peu de choses près le projet que ma fille est en train de monter ! Je ne savais pas que cela existait en France ! Heureux de constater la réussite de Bastien dans le domaine !
    Un grand merci Olivier pour cette interview et pour tout l’optimisme que cela va apporter à ma fille !
    A bientôt.
    Eric

    Répondre



    • Pascal

      8 Mai 2014 à 22:42

      Bonjour Olivier,
      on voit dans le parcours de Bastien qu’il a du faire face à l’adversité. Je retiens entre autres deux caractéristiques primordiales pour un entrepreneur qui se lance: la persévérance et le fait de brûler les ponts (ou les navires) de sorte qu’aucun retour en arrière ne soit possible. La seule option est le succès. Bravo et bon succès à Bastien.

      amicalement,

      Pascal

      Répondre



      • Olivier Roland interviewe Bastien Yverneau ! | Happy Families

        10 Juin 2014 à 21:45

        […] par l’auteur Olivier Roland, Bastien nous raconte son parcours et nous fait partager l’aventure qu’a été la création d’Happy Families dans […]

        Répondre



        • hasna

          17 Août 2014 à 17:24

          bonjour Roland
          je suis une Algérienne à peu prés dans le même cas que Bastien :en plein projet, motivée, déterminée, prête à tous les sacrifices pour défendre mon projet et le mener au bout : « création d’une crèche avec un système éducatif innovant le savoir être au sein de l’apprentissage  »
          cependant il y a eu un incident qui a tous chamboulé : vol et agression du gardien sabotage menace pour quitter l’endroit
          j’ai désespérée et j’ai décidé de tous laisse tomber ai je raison ?

          Répondre




          • […] j’avais vingt ans et que j’ai décidé de créer ma propre entreprise, je me suis éloigné de mes parents et de mes frères et sœurs parce […]

            Répondre









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