Les Neurones de la Lecture

Les neurones de la lecture - Stanislas Dehaene

Phrase-résumée de “Les Neurones de la Lecture” : À travers les Neurones de la Lecture, Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique propose ses découvertes et théories sur la manière dont notre cerveau de primate apprend à lire.

Par Stanislas DEHAENE, 2007, 475 pages.

Note : Cette chronique est une chronique invitée écrite par Linette du Blog Lecture Active, qui partage ses connaissances sur la lecture rapide.

Chronique et résumé de « Les Neurones de la Lecture »

INTRODUCTION : LA SCIENCE DE LA LECTURE

Force est de constater que l’acte de lire est extrêmement complexe pour notre cerveau de primate. En effet, dès qu’il s’agit d’apprendre à lire, tous les enfants éprouvent des difficultés, qu’ils surmontent tant bien que mal.

La science de la lecture en est encore à ses balbutiements ; ce qui est certain, c’est que le circuit cérébral de la lecture est toujours identique, quelle que soit la nationalité de celui qui lit. Stanislas Dehaene partage avec son lecteur ses découvertes en la matière ainsi que les conséquences de notre fonctionnement sur les modalités d’apprentissage de la lecture.

CHAPITRE 1 : COMMENT LISONS-NOUS ?

La psychologie cognitive décortique depuis une trentaine d’années les mécanismes mis en œuvre dans l’acte de lire.

Tout commence avec l’œil, et plus précisément la fovéa, une étroite zone de la rétine qui reconnaît les signes écrits. Sa petitesse explique que nous soyons obligés de bouger sans cesse nos yeux au cours de la lecture. En effet, notre œil est un « capteur imparfait » qui ne distingue nettement que les éléments vus par la fovéa, le pourtour restant flou.

Notre regard parcourt le texte par saccades, au cours desquelles il ne parvient à capter qu’une dizaine de lettres. La largeur de ces saccades correspond à ce que l’on appelle « l’empan visuel ». Il est certes possible de l’optimiser, mais il semble difficile d’aller au-delà de 400 à 500 mots par minute. Notre vitesse de lecture est ainsi limitée par nos capacités physiques.

Ce qui est par ailleurs extraordinaire dans l’acte de lire, c’est notre capacité à identifier les caractères, quelles que soient leur mise en forme, leur position et leur typologie. Peu importe le contour du mot, nous sommes aussi bien capables de lire TrOis, que TROIS ou encore trois…

Enfin, il est légitime de s’interroger sur l’influence du son dans la lecture : lorsque nous lisons, nous ne prononçons pas les mots. Est-ce à dire de manière formelle que nous lisons sans jamais passer par la prononciation des mots ?

En fait, deux voies de lecture existent : la voie phonologique, qui implique de passer par le son pour lire un mot (généralement les mots nouveaux), et la voie lexicale, qui reconnaît l’enchaînement des lettres pour aller jusqu’au sens du mot.

Pour devenir un lecteur expert, nous sommes contraint d’allier chacune de ces deux voies de lecture, indissociables pour parvenir à une lecture fluide.

Enfin, notre cerveau est confronté à de multiples choix au cours de la lecture : sur la base de quelques traits sur la rétine, il réalise la performance de choisir le mot approprié parmi une encyclopédie d’au moins 50 000 entrées.

CHAPITRE 2 : LE CERVEAU AU PIED DE LA LETTRE

Les premières découvertes en neurologie de la lecture ont été faites à la fin du XIXéme siècle. Le Docteur Déjerine joue alors un rôle clef : à travers le cas de l’un de ses patients, il a ainsi été le premier à supposer qu’il existe dans le cerveau des régions spécialisées dans la lecture, qui transmettent des informations sur l’identité visuelle des lettres et des mots en même temps que sont actionnées les aires du langage.

Grâce aux techniques récentes d’imagerie médicale, il a été découvert que l’analyse visuelle des mots se fait dans la région occipito-temporale gauche. Toutefois, ce n’est pas la seule à entrer en jeu dans l’acte de lecture. En effet, après la reconnaissance visuelle du mot, d’autres informations doivent être retrouvées : les racines des mots et leur sens, leur sonorité…

À chaque fois, ce sont des régions corticales distinctes qui sont activées. La région occipito-temporale agit comme un aiguillage qui distribue l’information vers les régions corticales adéquates. La complexité de ces opérations n’a pas encore été totalement comprise par les scientifiques, malgré les progrès réalisés en imagerie cérébrale.

Une seule certitude : quelles que soient notre nationalité et la langue lue, de la droite vers la gauche ou de la gauche vers la droite, nous lisons tous selon le même circuit cérébral (source : Hasson, Levy, Behrmann, Hendler & Malach, 2002).

Il faut savoir que chacun de nos deux hémisphères joue un rôle dans la reconnaissance des mots et des visages. Toutefois, c’est le côté gauche de notre cerveau qui intervient le plus dans la lecture, le droit étant plus dédié à la reconnaissance des visages.

Stanislas Dehaene s’interroge ensuite sur la manière dont notre cerveau de primate a pu anticiper la lecture au point d’y consacrer tout un territoire cortical.

Force est de constater que l’invention de l’écriture et donc de la lecture sont trop récentes pour que notre cerveau ait eu le temps de se modifier. Nous allons voir que certaines fonctions de nos régions cérébrales ont en fait été détournées pour permettre l’acte de lecture.

Enfant qui cherche un livre - Les Neurones de la Lecture - Stanislas Dehaene

CHAPITRE 3 : LES NEURONES DE LA LECTURE

Pour lire, nous faisons appel aux neurones de la vision. Dans Les Neurones de la Lecture, Stanislas Dehaene propose de comparer le fonctionnement du cerveau humain à celui des primates, suivant ainsi les hypothèses darwiniennes selon lesquelles l’étude des chimpanzés peut permettre d’y voir plus clair dans le fonctionnement humain.

Ses conclusions sont étonnantes : il en ressort que la reconnaissance des mots écrits est rendue possible grâce à une zone spécialisée depuis toujours dans l’identification visuelle des objets.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Ces Idées qui Collent - Pourquoi Certaines Idées Survivent et d’Autres Meurent - 2

Cette zone a fait l’objet d’un « recyclage neuronal » : des fonctions cérébrales autrefois employées à d’autres fins sont aujourd’hui celles qui nous permettent de lire. Par ailleurs, certains de nos neurones sont spécialisés dans la reconnaissance d’un seul et même objet, mais sous différentes vues (de face, de profil, en gros, en petit, en italique, etc.).

Stanislas Dehaene prend ainsi l’exemple d’un patient épileptique dont un neurone n’était stimulé qu’à la vue de Jennifer Aniston ou de son nom !

Mais qu’en est-il de notre capacité à apprendre à lire ? Nos enfants découvrent la lecture vers l’âge de 5–6 ans ; c’est en effet à ce moment-là que notre cerveau a la plus grande plasticité et s’adapte ainsi à de nouvelles fonctions, comme la lecture. L’enfant a été préparé dès son plus jeune âge à la reconnaissance des lettres et des mots et surtout à l’apprentissage de formes nouvelles.

Des zones de son cerveau se sont reconverties pour correspondre à des besoins nouveaux liés à un contexte culturel différent. En ce qui concerne la lecture, il est donc absurde de séparer l’inné de l’acquis : les deux sont imbriqués l’un dans l’autre, nos compétences innées de reconnaissance visuelle des objets sont le socle sur lequel notre cerveau s’appuie pour s’adapter à ses besoins.

CHAPITRE 4 : L’INVENTION DE LA LECTURE

Ces découvertes posent ensuite la question du « comment » : comment notre cerveau a-t-il inventé un alphabet ? Quelles raisons sous-tendent le choix de telle ou telle combinaison de formes pour exprimer un sentiment, décrire un objet, une personne à l’aide de lettres et de mots ?

Par une étude comparative de plusieurs alphabets (grec, cyrillique, hébreu, arabe, thaï ou encore chinois), à travers une étude de collègues américains, Stanislas Dehaene démontre combien ces alphabets comportent de similitudes. Tout d’abord, chaque lettre est formée d’environ trois traits, un nombre qui serait optimal pour sa bonne compréhension par notre cortex.

Ensuite, la configuration de ces traits serait issue de formes que l’on retrouve dans la nature (comme le T ou le L). En effet, les images issues du monde extérieur ont été analysées, que ce soient des images tirées de la nature ou de l’activité humaine.

Les contours de ces images analysées tracent très souvent les formes simples du T et du L notamment, ce qui laisse supposer que les « pères de l’écriture » ont choisi des caractères aux formes tirées de leur observation de la nature pour créer leurs alphabets.

Ces formes seraient ainsi plus faciles à lire et auraient été choisies, consciemment ou non, pour définir nos systèmes d’écriture.

En effet, comme notre cerveau a dû s’adapter pour écrire puis lire, il a dû composer avec ses capacités, réduites dans le cadre de ce que Stanislas Dehaene appelle le « recyclage neuronal ».

Tout a commencé par les gravures rupestres, avec lesquelles l’Homme a inventé une première forme de stimulation de son système visuel, visant à représenter son quotidien.

C’est ensuite l’utilisation de petits objets servant à compter qui a joué un rôle dans l’invention de l’écriture. En effet, lors de fouilles archéologiques en Perse ont été retrouvées des sacoches regroupant ces petits objets (appelés calculi) ; ces sacoches étaient marquées d’un nombre de traits égal au nombre d’objets contenus, parfois suivis d’un symbole (« vingt bœufs » par exemple). Une certaine forme d’écriture était née.

C’est aussi pour compter que les civilisations d’Amérique du Sud ont utilisé des symboles gravés : d’abord pour représenter les unités de temps du calendrier, comme les jours, les années puis pour désigner des dates ou encore des personnages considérés comme historiques.

L’écriture pictographique a toutefois été rapidement abandonnée. En effet, les scribes se heurtent alors à plusieurs problèmes : ils doivent écrire rapidement, représenter des idées abstraites (la liberté, l’esclave, les dieux…).

Étonnamment, plusieurs civilisations choisirent la même solution : combiner des images représentant l’objet, son sens et sa prononciation. Cela conduisit toutefois à un mode d’écriture extrêmement complexe, dont la compréhension restait limitée à un petit nombre d’initiés.

L’invention de l’alphabet protosinaïtique vers 1700 ans av. J.-C. permit la démocratisation de l’écriture, et par la suite de la lecture.

Parent lisant un livre avec ses enfant - Les Neurones de la Lecture - Stanislas Dehaene

CHAPITRE 5 : APPRENDRE A LIRE

En seulement quelques années, nos enfants doivent apprendre à lire. La période allant de la naissance à 5 ans est cruciale pour la bonne réussite de cet apprentissage. Il faut en effet savoir que dès ses premiers mois de vie, l’enfant est extraordinairement compétent pour analyser le langage.

Selon la langue maternelle parlée dans la famille, les différentes régions du cerveau du nourrisson se spécialisent très rapidement, dans le traitement des voyelles dans un premier temps, des consonnes dans un second temps.

Vers 5 ans, l’enfant reconnaît les mots à leur forme globale. Vers 6 ans, il décompose ce mot en phonèmes (les syllabes), selon le principe du B-A BA. Ensuite et enfin vient l’étape orthographique de l’apprentissage de la lecture : l’enfant reconnaît peu à peu d’un seul coup d’œil le mot. La longueur de celui-ci importe peu, c’est sa rareté qui augmente son temps de lecture, car l’enfant doit le déchiffrer, contrairement aux mots fréquemment rencontrés.

Pour devenir un lecteur accompli, il est donc primordial que l’enfant lise beaucoup, afin d’étoffer son vocabulaire et de reconnaître ainsi de plus en plus de mots. Manquer cette étape essentielle de « construction du vocabulaire » pourra expliquer certaines difficultés ultérieures, rendant une lecture rapide difficile.

Vers 7 ans, la région occipito-temporale gauche du cerveau (déterminée comme région « de la lecture ») commence à s’activer : on peut donc dire que l’apprentissage de la lecture transforme les compétences de notre cerveau.

Mais ce recyclage neuronal de certaines parties de notre cerveau ne nous fait-il pas perdre d’autres compétences ? Ou au contraire, cela permet-il le développement de nouvelles capacités ?

Telles sont les questions auxquelles les experts tentent aujourd’hui d’apporter une réponse.

Ce qui est certain, c’est que l’enseignement de la lecture devrait reposer sur la compréhension de ces mécanismes. La psychologie cognitive montre qu’apprendre à lire selon la méthode globale est une hérésie. En effet, en associant des mots entiers, voire des phrases complètes, à leur signification, l’enfant ne décompose plus les mots en phonèmes.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Sources of Power - 2

Or, Stanislas Dehaene a démontré dans les chapitres précédents que cette reconnaissance des syllabes est une étape essentielle dans l’apprentissage de la lecture. Aujourd’hui, l’Éducation Nationale a fortement déconseillé la méthode globale, reconnue « calamiteuse » par Luc Ferry en 2003.

Des expériences en imagerie cérébrale ont même montré que l’apprentissage de la lecture par la méthode globale mobilise un circuit neuronal diamétralement opposé à celui de la lecture experte !

Deux grands problèmes découlent de cette méthode inappropriée : tout d’abord, l’enfant ne comprend pas les règles orthographiques, puisqu’il associe une image, un sens à un mot, sans passer par la reconnaissance des phonèmes.

Deuxièmement, l’enfant rencontre des difficultés dans la lecture de mots nouveaux : il ne sait pas décoder les mots inconnus, puisque là encore, il n’a pas appris à reconnaître les lettres qui forment les syllabes, mais n’a fait qu’associer des images et des sons à des mots connus de lui.

Or, quelle satisfaction pour un enfant de réussir à décoder des mots qu’il n’a pas appris à lire en classe !

C’est ce que l’auteur appelle « conquérir sa liberté de lecteur ».

Il a enfin été démontré que la compréhension des textes est rendue moins facile par la méthode globale, rendant l’enfant moins efficace et plus lent dans son déchiffrage des textes.

Stanislas Dehaene, l’auteur, en vient à s’interroger sur les recommandations à faire aux enseignants et aux parents en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture par l’enfant.

Il propose ainsi la pratique de jeux simples, par la manipulation des sons par exemple (rimes, syllabes).

Un autre outil est de lui faire reconnaître et tracer les lettres de notre alphabet, dès la maternelle.

Ensuite, dès le cours préparatoire, l’enfant devra comprendre la correspondance entre graphèmes et phonèmes, des plus simples en allant vers les plus compliqués.

Il sera également nécessaire qu’il comprenne que tout cela a un sens, visant à exprimer des idées, raconter des histoires.

L’apprentissage de la lecture doit être construit avec cohérence, en fonction des graphèmes et phonèmes connus de l’enfant. Ce n’est qu’ainsi que l’enfant développera de réelles compétences de lecteur, qui comprend et mémorise ce qu’il lit sans sacrifier à une vitesse de lecture « normale ».

Mais force est de constater que tous les enfants du monde ne sont pas logés à la même enseigne : là où un petit Espagnol saura lire à 7 ans, un petit Français aura besoin de 9 ans pour atteindre le même niveau et un Anglais 11 ans ! Ceci est dû à la complexité de la langue essentiellement.

En tout état de cause, la connaissance par les enseignants des mécanismes neuronaux de la lecture devrait être encouragée, afin qu’ils adaptent leur enseignement et comprennent au mieux les problèmes rencontrés par leurs élèves.

Cerveau normal vs cerveau dyslexique - Les Neurones de la Lecture

CHAPITRE 6 : LE CERVEAU DYSLEXIQUE

Il faut savoir qu’entre 6 et 8 % des enfants français souffriraient de dyslexie (source : expertise collective de l’INSERM sur les Troubles spécifiques des apprentissages, 2007).

Celle-ci consiste en une difficulté dans l’apprentissage de la lecture, non explicable par un déficit mental, sensoriel, ou un milieu social défavorisé.

Plusieurs études tendent à prouver que la dyslexie trouve son explication dans notre cerveau et dans nos gènes.

À la base, les enfants dyslexiques ont des difficultés à reconnaître les mots, ce qui entraîne des difficultés de compréhension des phrases et des textes dans leur ensemble.

Au-delà de la reconnaissance visuelle de certaines lettres, les enfants dyslexiques peinent à transformer les signes écrits en sons. Ce serait donc d’un trouble lié à la perception du langage parlé qu’ils souffriraient avant tout.

Ce que l’on ne sait pas encore, c’est si ce « déficit » auditif est doublé de problèmes sensoriels autres, visuels par exemple.

Les recherches ont démontré une origine cérébrale du problème dyslexique, avec une sous activation d’une partie du lobe temporal gauche des personnes dyslexiques étudiées, et ce dans plusieurs pays.

La dyslexie trouverait ainsi son origine dans une anomalie des mécanismes neuronaux et génétiques. Pour apprendre à lire, l’enfant dyslexique devra adopter une stratégie de rééducation, avec les professionnels adéquats, afin de prendre conscience des phonèmes. Par des exercices répétés, et la plasticité du cerveau aidant, l’enfant pourra surmonter peu à peu sa dyslexie et apprendre à lire.

 

CHAPITRE 7 : LECTURE ET SYMÉTRIE

Aussi étonnant que cela puisse paraître, quasiment tous les enfants écrivent « à l’envers » : ils sont ainsi capables d’écrire plusieurs lettres en symétrie, sans aucune difficulté. C’est alors que le « E » devient « $ ».

Ils peuvent même le faire pour leur prénom entier, en écrivant de la droite vers la gauche. Le plus incroyable, c’est qu’ils ne voient même pas leur erreur !

Les recherches ont démontré qu’il s’agissait là d’une compétence clef de notre système visuel, liée à d’anciens mécanismes nécessaires à la survie de l’Homme. En effet, l’axe gauche-droite n’était pas déterminant dans la vie de nos ancêtres.

Stanislas Dehaene donne ainsi l’exemple du tigre : qu’il vienne de la gauche ou de la droite, il était essentiel que nos anciens soient capables de le reconnaître, il était tout aussi menaçant d’un côté que de l’autre.

Par contre, évaluer les distances, distinguer les dangers venus du ciel ou du sol étaient des capacités essentielles !

Pour en revenir à la lecture, cette perception en symétrie des choses peut rendre l’apprentissage de la lecture et de l’écriture délicat.

Le mécanisme de la perception en miroir a été décrit dans la très décriée théorie d’Orton. En effet, celui-ci étudia les mécanismes de la lecture (dans les années 1920) et tenta d’expliquer les problèmes des enfants dyslexiques par la symétrie du cerveau.

Pour lui, une image vue dans l’hémisphère gauche avait son pendant dans l’hémisphère droit, mais de manière inversée. Sa théorie voulait que nous nous servions à la fois que d’un seul hémisphère pour déchiffrer le monde qui nous entoure. Toutefois, comme nous le faisions alternativement avec l’hémisphère gauche ou l’hémisphère droit, nous pouvions inverser les images, en miroir.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Ces idées qui collent - Pourquoi certaines idées survivent et d'autres meurent

Aujourd’hui, cette théorie est très discutée, car les recherches ont démontré combien elle était simpliste.

Il est toutefois toujours difficile d’expliquer pourquoi certains confondent leur droite et leur gauche, lisent et écrivent en miroir.

Stanislas Dehaene revient ensuite sur notre système visuel : dans notre cerveau cohabitent en fait 2 systèmes. Le premier système visuel reconnaît les objets (le « quoi »), le second détermine les éléments nécessaires à notre action (le « comment » : la forme, le sens, la distance de l’objet).

Pour lire et écrire, nous devons tous désapprendre la symétrie en miroir propre à notre manière de voir. Au début de notre apprentissage, notre second système visuel fonctionne pour nous permettre de distinguer l’orientation spatiale du « b » et du « d ».

Peu à peu il laisse la place au premier système, qui comprend que « b » et « d » ne sont pas deux vues différentes d’un même objet, mais bien deux objets distincts. Se développe ensuite le recyclage neuronal tel que décrit dans les précédents chapitres. La reconnaissance visuelle des mots permet alors de ne plus confondre les mots en miroir.

Cela ne se fait toutefois qu’au bout d’un long apprentissage.

CHAPITRE 8 : VERS UNE CULTURE DE NEURONES

Dans ce dernier chapitre, Stanislas Dehaene nous rappelle que la lecture est avant tout une invention culturelle, contrainte par la manière dont notre cerveau est organisé.

Si tel est le cas pour la lecture, pourquoi ne le serait-ce pas pour toutes nos « inventions culturelles » ? Toutes ne seraient-elles finalement pas restreintes par nos structures mentales, universelles d’un pays à l’autre ?

C’est ainsi que nombre de programmes de recherche tentent de faire le lien entre certains points communs des cultures humaines (musique, religion, art…) et les mécanismes cérébraux auxquels elles font appel.

Une objection demeure : si l’Homme a recyclé certains anciens mécanismes cérébraux pour s’inventer de multiples éléments culturels, pourquoi les sociétés animales n’ont-elles pas fait de même ?

Pourquoi aucune espèce animale (y compris le chimpanzé, si proche de l’Homme) n’a inventé de représentation picturale ?

Plusieurs hypothèses ont été émises : l’Homme naît avec un cerveau immature, qui le rend adaptable. L’Homme serait seul capable de sensibilité et de compréhension de l’esprit d’autrui, rendant ainsi possible la transmission culturelle (un adulte sait ce que son enfant ne connaît pas, ne comprend pas et tente de le lui enseigner).

Enfin, nombre de chercheurs sont arrivés à la conclusion suivante : seul l’esprit humain est capable de recouper les informations, de les synthétiser, de les recombiner pour créer et inventer…

CONCLUSION : L’AVENIR DE LA LECTURE

Stanislas Dehaene revient en conclusion sur l’absolue nécessité de compréhension des mécanismes neuronaux de la lecture pour en faciliter l’enseignement. Plus de liberté offerte à l’enseignant, un encouragement de la recherche, l’expérimentation : voilà ce vers quoi devrait tendre l’enseignement de la lecture, quelles que soient les étiquettes politiques de ceux qui en décident…

L’enjeu est aujourd’hui de comprendre, transmettre cette invention culturelle qu’est la lecture, pour mieux dispenser les connaissances et inventer demain.

Jeune fille dans un labyrinthe de livres - Les Neurones de la Lecture

Conclusion sur « Les Neurones de la Lecture » par Linette de Lecture Active :

Depuis toujours j’ai aimé lire et j’ai été passionnée par les mots, la culture et la science qu’ils peuvent nous apporter.

Je m’interrogeais également sur les différences entre certains lecteurs, très lents, et d’autres, beaucoup plus rapides, dont j’ai la chance de faire partie.

Comment expliquer cette apparente inégalité face à l’acte de lecture ? C’est alors que je me suis intéressée au mécanisme de cette pratique proprement humaine. Grâce aux Neurones de la Lecture, je me suis passionnée pour notre cerveau et ses capacités.

J’ai surtout découvert que nous avions au départ TOUS les mêmes capacités de lecture (sauf malformation de naissance). Ce ne sont que notre éducation, notre entraînement ou les accidents de la vie qui nous empêchent d’exploiter au mieux nos capacités cérébrales dans l’acte de lecture.

Stanislas Dehaene explique de manière très didactique comment nous apprenons à lire.

Son ouvrage est captivant pour plusieurs raisons : non seulement il revient sur l’histoire de la lecture, comment l’Homme est parvenu à cet acte a priori « contre nature », mais il rentre également dans l’explication scientifique des mécanismes neuronaux de la lecture.

À partir de là, le lecteur se passionne, comme l’auteur, pour l’exploration de son propre cerveau et la compréhension des moyens qui permettraient un meilleur enseignement de la lecture.

L’auteur nous donne l’impression de littéralement mener une enquête, ce qui rend la lecture de son ouvrage d’autant plus immersive dans le monde de la recherche en neuroscience et psychologie cognitive.

Les Neurones de la Lecture est un ouvrage captivant, dont je recommande la lecture à tous ceux qui se passionnent pour les pouvoirs extraordinaires de notre cerveau ou veulent tout simplement en savoir plus sur l’acte de lire, pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, apprentis lecteurs.

Points Forts :

  • Une volonté d’expliquer et de mettre à la portée de tout un chacun les mécanismes de la lecture.
  • Des exemples et des rapports d’expériences qui illustrent bien le propos de l’auteur.
  • Une écriture qui sait rester accessible.

Points Faibles :

  • Quelques (rares) passages très complexes qui nécessitent une relecture pour être assimilés.

La note de Linette du blog Lecture Active

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Si la lecture est quelque chose que vous trouvez ennuyeux, je vous invite à regarder ma vidéo “Comment commencer à lire quand on n’aime pas lire ?” qui accompagne très bien cet article 🙂:

 

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4 Commentaires pour :

Les Neurones de la Lecture

  • Guillaume

    4 Déc 2013 à 20:28

    Je trouve cette chronique très bien écrite, sur un livre qui explique plutôt le pourquoi que le comment.
    Cela change des méthodes de lecture rapide, il est intéressant de se pencher un peu plus sur le fonctionnement du cerveau ainsi que sur les failles de notre apprentissage et de nos habitudes.
    Je ne connaissais pas le blog Lecture Active de Linette, hop dans mes favoris.
    Concernant le livre, cette chronique m’a donné envie de me le procurer

    Répondre



    • valerie

      6 Déc 2013 à 10:45

      Bonjour,

      Excellent livre !

      1) Devrait être présenté au journal télévisé du 20 H.

      2) Faire office de formation des professeurs des écoles.

      3) Devrait être afficher dans toutes les écoles maternelle

      4) Devrait être expliquer aux parents, sous forme de réunion, afin de leur faire prendre conscience aussi,de leurs responsabilités, dans la réussite ( tout court ) de leur progéniture.

      Répondre



      • Les bonnes résolutions de l'An 3047

        9 Jan 2014 à 05:03

        […] Cet article participe à l’évènement interblogueurs “ Votre meilleure astuce pour appliquer vos bonnes résolutions ” sur le blog Des Livres Pour Changer de Vie. Je lis ce blog régulièrement, il est plein de ressources, et pour tout vous dire, l’un de mes article préférés sur ce blog est : Les neurones de la lecture. […]

        Répondre




        • […] de temps”, il y a beaucoup plus. La lecture est un sujet d’analyses scientifiques. Dans son livre Les Neurones de la Lecture, Stanislas Dehaene s’interroge même sur la manière que les primates ont […]

          Répondre









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