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De l’art du bonheur

De l'art du bonheur Christophe André

Résumé de « De l’art du bonheur. 25 leçons pour apprendre à vivre heureux » de Christophe André : un ouvrage déjà bestseller dans lequel l’auteur nous fait découvrir différents aspects du bonheur à travers des leçons illustrées de tableaux de grands peintres.

Par Christophe André, 2014 [1988], 216 pages.

Chronique et résumé de « De l’art du bonheur. 25 leçons pour apprendre à vivre heureux » de Christophe André

Prélude.

Leçon 1 — L’énigme du bonheur

Dans son tableau Le Géographe de 1668, Johannes Vermeer (1632 – 1675) montre un homme qui semble se redresser au-dessus de cartes du monde pour fixer son esprit sur un ailleurs plus contemplatif et méditatif que la seule analyse scientifique.

Christophe André questionne alors les lieux où il nous faut chercher le bonheur.

Alors que les hommes partent à sa recherche à travers les médiations externes que sont les sciences et les arts, le bonheur ne serait-il pas finalement à trouver, ou plutôt à ressentir, en nous-mêmes ?

Leçons du Matin : la naissance du bonheur

Leçon 2 — Fort et fragile comme la vie

Dans le tableau intitulé Rameau d’amandier en fleur de 1890, Vincent Van Gogh (1853 – 1890) représente de jeunes fleurs blanches, à la fois fragiles et vigoureuses, qui s’élancent, accrochées au bout des branches, vers un ciel bleu profond.

Christophe André y voit la métaphore d’un bonheur naissant. Selon lui, le peintre parvient ici à mettre de côté les souffrances psychiques qui le rongent pour transposer l’émerveillement qu’il ressent face au spectacle de la nature.

En se connectant au spectacle d’une nature belle, apaisée et harmonieuse, les humains ressentent ces émotions. Pourquoi ? Parce qu’ils ont profondément besoin de se sentir liés aux ressources dont ils ont besoin pour vivre et se reposer. Mais « parce que s’éveille aussi un obscur et profond sentiment d’appartenance à un ordre qui nous englobe et nous dépasse. » (p. 23)

Leçon 3 – Le premier des bonheurs

Dans le tableau Les Trois Âges de la femme réalisé en 1905, Gustav Klimt (1862 – 1918) a peint un tout jeune enfant qui se blottit contre sa mère qui le porte et l’étreint. Tous deux semblent endormis. La tête penchée de la mère est délicatement posée sur celle de son enfant.

Christophe André y voit le mystère d’un bonheur naissant, mais aussi le partage de bonheurs entre la mère et l’enfant. La mère transmet son bonheur passé à l’enfant qui lui promet aussi un bonheur futur.

Le psychiatre expose alors la « leçon de bonheur » contenue, selon lui, dans ce tableau. Le bonheur est un moyen pour bien vivre ; il n’est pas une fin en soi. Lorsque l’on en a fait l’expérience, dès le plus jeune âge, comme l’apprentissage d’une langue maternelle, il est plus facile d’y revenir. Toutefois, il est aussi possible de l’apprendre et de continuer à l’apprendre tout au long de la vie. En rappelant l’expérience de Proust qui se replonge dans de profonds et heureux souvenirs au contact d’une madeleine, l’auteur montre aussi l’importance de la volonté dans la recherche du bonheur.

En donnant un sens à notre vie, le bonheur permet de résister à des sentiments plus négatifs comme, par exemple, le désespoir ou l’amertume.

Leçon 4 — Bonheur d’enfance

Dans le tableau Le Jardin de l’artiste à Vétheuil de 1881, Claude Monet (1840 – 1926) représente un jardin composé de hautes fleurs de tournesol qui sont tendues vers le ciel. Au milieu de l’allée, un petit garçon, fils du peintre, se tient immobile. Il semble hésiter à s’élancer pour continuer à explorer le chemin formé par l’allée. Un autre petit garçon et une femme se tiennent en arrière-plan.

Selon le psychiatre, cet enfant est à la fois, immobile et ancré d’une part, mais aussi animé par l’envie d’aller explorer le monde inconnu qui l’entoure d’autre part. Il représente l’équilibre subtil que nous cherchons entre « enracinement et envol. » (p. 39)

« Préserver cet équilibre sera la grande affaire des bonheurs adultes. Entre d’une part la tentation de l’immobilité et de la sécurité — avec le risque de l’ennui et de l’étiolement — et d’autre part celle de la quête effrénée de nouveauté — avec le risque de superficialité et de vacuité ». (De l’art du bonheur, p. 40)

En réalité, loin de s’opposer, les deux mouvements, sécurité et nouveauté, vont de pair. Pour partir à la découverte du monde, comme ce petit garçon, nous avons aussi besoin de nous assurer des bases de sécurité sur lesquelles nous pouvons nous appuyer et revenir quand nous en ressentons le besoin.

Leçon 5 – Les bonheurs du quotidien

Dans le tableau Les Cascatelles de Tivoli réalisé vers 1760, Jean Honoré Fragonard (1732 – 1806) a peint un paysage de nature au sein duquel se trouve un village.

En arrière-plan du tableau, on voit une cascade qui se jette de manière abrupte dans le cours d’eau qui traverse le village. Au second plan, un pont est revêtu d’une végétation abondante qui s’accroche à ses parois. Au premier plan, sur le côté droit, des lavandières s’affairent. En contrebas, certaines lavent le linge, mobilisant leur force physique. Plus haut, sur un muret d’autres étendent le linge au soleil. Les lavandières situées sur les deux niveaux semblent communiquer entre elles dans un registre léger.

Selon Christophe André, ces lavandières au sein de ce décor bucolique représentent une « scène heureuse. » (p. 44) Car le bonheur se trouve là même où on ne l’attend pas.

Vous devez créer les conditions qui vous permettent d’accueillir ces moments de joie et de plaisir qui apparaissent à la faveur des activités quotidiennes. Ces instants de félicité — même s’ils peuvent paraître fugaces — constituent, par leur répétition, le piment de la vie.

Leçons du Midi – La plénitude du bonheur

Leçon 6 — Comme une force qui va…

Dans le tableau intitulé La rue Montorgueil. Fête du 30 juin 1878, Claude Monet (1840 – 1926) a peint une multitude de drapeaux qui claquent fièrement au vent des deux côtés de la rue Montorgueil. On aperçoit une foule dense et joyeuse représentée depuis le balcon où le peintre a pris place. Comme beaucoup de peintres impressionnistes, Monet peint les fêtes populaires pleines de vie et de joie.

Selon Christophe André, ce tableau représente la force du bonheur qui s’exprime collectivement un jour de fête ensoleillé. Il nous rappelle que « la recherche du bonheur » (pursuit of happiness) est inscrite dans la déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776.

Cela signifie que le rôle des politiques est de créer les conditions qui permettent aux citoyens de partir en quête du bonheur. Mais les politiques seuls n’ont pas le pouvoir de « faire le bonheur » car ce dernier se ressent individuellement. Il revient à chacun de le ressentir et de pouvoir dire s’il est heureux.

Certains soutiennent que l’anxiété et le stress sont source de motivation.

Contre cette idée, Christophe André affirme — sur la base de nombreux travaux menés dans des laboratoires de psychologie — que le bonheur est un moteur bien plus puissant pour avancer et créer.

« Le bonheur, comme toutes les formes de bien-être, est une source inépuisable pour l’envie et le plaisir d’agir, l’altruisme, la créativité, l’ouverture et la curiosité face au monde… » (De l’art du bonheur, p. 59)

Certes, des émotions négatives, comme la colère face à des injustices, peuvent nous amener à nous révolter et à lutter pour de bonnes causes. Mais c’est bien la recherche de conditions de vie propices au bonheur qui nous guide avec force.

Il arrive que des personnes n’apprécient pas ces rêves de bonheur portés par des mouvements collectifs et cherchent à les anéantir en instaurant la terreur. Mais le bonheur ressurgit toujours à la faveur de petits moments quotidiens. Car, en effet, c’est un élan partagé par le plus grand nombre.

Leçon 7 – Que faut-il pour être heureux ?

Dans le tableau La Vie paysanne (1925) de Marc Chagall (1887 – 1985), nous pouvons voir, au premier plan, un paysan russe qui donne à manger à son cheval des feuilles et des petites fleurs. Au second plan, à l’intérieur d’une petite maison rouge, des hommes discutent autour d’une table et sous une lampe. Plus à droite, un cheval tire une petite carriole. Un couple danse. Le ciel est sombre, gris-noir. Ceci laisse à penser qu’il fait nuit, d’autant plus que des petites guirlandes sont allumées.

Selon Christophe André, Chagall représente ici les fondations matérielles du bonheur :

Ce qui le soutient et le nourrit. Pour être heureux, il ne s’agit pas de chercher à satisfaire tous ses désirs. Nous devons aussi apprendre à renoncer à des plaisirs inutiles et accepter que certains ne puissent pas être complètement satisfaits.

Le philosophe Épicure (342 av. J.-C. — 270 av. J.-C), qui s’opposait à la philosophie stoïque, nous conseille de nous concentrer sur des plaisirs « naturels et nécessaires » (p. 66) : alimentation, habitat, habillement, liberté, amis, discussion, réflexion. D’autres sources de plaisirs sont des leurres et se révèlent toxiques alors que trop de personnes leur accordent de l’importance.

Ce sont par exemple le pouvoir, l’argent et la gloire. Christophe André attire notre attention sur les méfaits de la société de consommation actuelle. Elle nous fait croire qu’en achetant certains objets et certains biens, nous serons plus heureux.

« Exercice de discernement : de quoi ai-je vraiment besoin pour mon bonheur ? Et de quoi essaie-t-on de me faire croire que j’ai besoin ? » (De l’art du bonheur, p. 67)

Enfin pour finir cette leçon, Christophe André rappelle que, pour exister, le bonheur doit voir des besoins fondamentaux assurés. Une personne seule et très précaire ne pourra que se préoccuper de sa survie quotidienne : comment et où se nourrir, se protéger, dormir, assurer sa sécurité ? Elle ne pourra pas véritablement accéder au bonheur même si quelques moments de soulagement apparaîtront dans son quotidien.

Leçon 8 – L’intelligence du bonheur

Le personnage que Gaston Chaissac (1910 – 1964) a peint dans son tableau Personnage sur fond bleu, de 1959, semble angoissé. Il a un corps fin, pas de bras, une tête ronde sans cheveux. Il est peint de façon sommaire. Mais ses traits, son sourire notamment, symbolisent une forme d’espérance au milieu des tourments de la vie.

Selon Christophe André, ce « bonhomme » représente la lutte que chacun peut mener pour accéder au bonheur malgré des moments difficiles. Il parle « d’intelligence du bonheur ».

Christophe André distingue deux types de bonheur.

Tout d’abord, il y aurait un bonheur spontané qui vient sans que l’on ait à faire d’efforts. L’auteur fait l’hypothèse que cette idée viendrait de l’image originelle d’Adam et Eve. En effet, avant de toucher au fruit défendu, ils vivaient libres, heureux et légers au paradis sans avoir à travailler. Cette idée a aussi à voir avec celle que les enfants sont spontanément heureux de vivre. Et donc, qu’il faudrait remonter aux sources de l’enfance pour retrouver la joie.

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Puis il y aurait un second type de bonheur qui s’acquiert à travers un travail quotidien et régulier sur et avec nous-mêmes. Ce serait aussi le sens de la punition divine lancée par Dieu une fois que Adam et Eve ont mangé le fruit défendu : il faut travailler et lutter pour assurer sa survie, mais aussi son bonheur : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».

Il est dangereux de ne croire qu’à la première forme de bonheur. Vous risquez alors d’adopter une position de victime de l’existence et d’éloigner les personnes qui pourraient vous apporter des conseils et un accompagnement. Alors qu’en réalité, il vous est toujours possible de décider d’aller chercher plus de « lumière émotionnelle ». Bien sûr, il est difficile de se sentir heureux tous les jours.

Vous pouvez vous dire :

« Je vais consacrer du temps et de l’énergie à réfléchir et à agir pour augmenter mes chances de ressentir du bonheur aussi souvent que possible. Non pas être heureux, maintenant, tout de suite, convoquer le bonheur comme on sifflerait un chien. Mais me préparer à l’être, ouvrir mes yeux et mon esprit, comme lors d’une balade en forêt, je me rends présent à ma marche, au lieu de m’absorber dans mes soucis d’hier et de demain. » (De l’art du bonheur, p. 76).

Leçon 9 – Le souffle de l’amour

Dans le tableau intitulé Sur un voilier, qu’il a peint entre 1818 et 1820, Caspar David Friedrich (1774 – 1840) se représente aux côtés de sa jeune épouse. Tous deux sont assis au-devant d’un voilier. Lui est de dos tandis que l’on aperçoit le profil de la jeune femme.

Aube ou crépuscule ? Le spectateur, qui se tient à la place du gouvernail, ne le sait pas. Le voilier navigue vers ce qui semble être une grande ville. On aperçoit au loin des immeubles qui se détachent sur une côte. On ne sait pas si les deux amoureux connaissent ce rivage ni depuis combien de temps ils sont partis.

Selon Christophe André, ce tableau nous invite à ressentir les différentes émotions qui entourent un couple lié par l’amour :
  • L’ombre du premier plan, sur le bateau et derrière les deux amoureux ;
  • Le ciel tourmenté et menaçant ;
  • La lumière d’un lever ou d’un coucher de soleil qui éclaire la ville au loin.

Friedrich nous invite alors à réfléchir à la place de l’amour dans le bonheur. Certains penseurs voient dans la passion amoureuse un danger qui aveugle et perd ceux qu’elle atteint. Les romantiques, eux, valorisent le bonheur extrême provoqué par un amour qui émerge et qui apporte bonté et douceur.

Cette sensation intense qui suit le début d’une rencontre est éphémère puisque le lien amoureux est amené à se transformer au fil du temps. Mais elle joue un rôle essentiel : elle nous montre ce que le bonheur apporte et nous invite à le rechercher.

Pour qu’amour et bonheur continuent à rimer au fil du temps, Christophe André affirme qu’il faut ajouter des conditions. Il propose de reprendre les composantes de notre devise républicaine française « Liberté, égalité, fraternité » (p. 83). Mais comment penser ces valeurs pour la vie de couple ?

  • Liberté : accepter que chacun ait ses propres pensées, ses propres sentiments et qu’il soit libre de ses mouvements sans avoir nécessairement à tout partager avec l’autre. Ces éléments sont importants pour permettre la respiration de chacun des partenaires.
  • Égalité : équilibrer les tâches et les contraintes inhérentes à la vie quotidienne sur le long terme. Cela est nécessaire pour éviter que ne s’accumulent des petits sentiments désagréables qui pourraient générer de plus grandes insatisfactions.
  • Fraternité : accepter de limiter parfois ses propres envies pour veiller aussi au bonheur de son conjoint.
À partir du tableau de Friedrich, Christophe André ajoute à ces éléments l’action commune.

« L’amour ne se joue pas tout entier dans la fusion du face-à-face, mais dans l’action et la construction communes. Naviguer ensemble… » (De l’art du bonheur, p. 84)

L’auteur rappelle ensuite les trois formes de l’amour définies par les philosophes car l’amour n’est pas uniquement la passion amoureuse.

  • Éros : c’est l’amour-passion qui correspond à la phase de l’amour naissant. Il est passionné, intense et source de grand bonheur s’il est partagé, mais aussi de grandes souffrances s’il ne l’est pas. Il n’est pas destiné à durer dans le temps. Cependant, il peut réapparaître à plusieurs moments dans le temps, soit pour la même personne, soit pour d’autres.
  • Philia : c’est l’amour-amitié, plus durable que l’amour-passion. Elle est aussi une composante du couple et complète Éros. Philia autorise l’autre à vivre aussi loin de soi et ne demande pas la fusion permanente. L’amitié est avant tout une affection faite de « réciprocité, estime et de partage ». (p. 85)
  • Agape : c’est l’amour que l’on porte pour chaque être humain, même celui que l’on ne connaît pas et qui est éloigné de nous. C’est l’amour du prochain des chrétiens. Cet amour peut être difficile car il semble contraire à notre instinct qui nous porte à aimer seulement les personnes que l’on connaît et avec qui on a créé un lien d’attachement.

L’auteur conclut cette leçon en nous conseillant d’essayer d’aller vers un lien de plus en plus fort et profond à ce qui nous entoure : « s’éloigner peu à peu de soi, et s’ouvrir, pour donner ». (p. 85)

Leçon 10 – Le bonheur est dans le lien

Dans le tableau Iseppo da Ponto et son fils Adriano, Paolo Caliari dit Véronèse (1528 – 1588) a représenté, au Palais Pitti de Florence, un père et son jeune fils qui posent. Christophe André y voit toute la complexité des liens qui se tissent entre les êtres humains.

Père et fils sont richement vêtus de couleurs sombres. Cependant quelques éléments ressortent et brillent : une riche parure de fourrure sur le petit garçon ; la main gantée du père qui tient une épée ; l’autre main du père posée sur l’épaule de son fils dans un mélange « d’autorité et d’affection ». Le père apparaît comme guidant et protégeant l’enfant qui, en retour, se sent détendu et en confiance, prêt alors à découvrir le monde et à être heureux.

L’idée forte de ce tableau est que le bonheur se donne, se partage et se transmet. Pour Christophe André, lorsque nous donnons de l’affection à quelqu’un, nous l’acceptons tel qu’il est, nous lui souhaitons le meilleur pour lui sans chercher à exercer un pouvoir sur lui. Ainsi, nous lui procurons du bonheur.

Mais certains liens peuvent être dérangeants et porteurs de souffrance.

C’est le cas lorsque, au contraire de l’affection, quelqu’un cherche à étouffer l’autre ou à le posséder, à en faire son objet.

C’est pourquoi vous pouvez vous montrer réticents face à toute forme d’attachement. Car, celle-ci vous renvoie à des peurs causées par des évènements traumatiques du passé. C’est le cas par exemple de la peur de l’abandon, de la souffrance, de ne pas être aimé justement en retour de l’amour que nous donnons.

Toutefois il est possible de combattre ces peurs pour aller vers des liens d’attachement plus confiants et porteurs de bonheur. Cela peut passer simplement par des « exercices de gratitude » conseillés par les médecins.

La gratitude peut s’exprimer envers toutes les personnes qui nous ont aidés, à un moment ou un autre de notre vie, à grandir, à nous sentir meilleurs et en phase avec nous-mêmes. Il peut aussi tout simplement s’exprimer dans des petits moments de la vie quotidienne, envers des inconnus qui nous ont souri, démontré du respect ou un petit geste d’humanité. Des recherches scientifiques ont montré les effets positifs de l’expression de la gratitude pour les patients.

« La recherche en psychologie semble montrer que tout ce qui nous est donné par autrui procure en général plus de bonheur que ce que nous avons acquis nous-mêmes. » (De l’art du bonheur, p. 40)

La gratitude pour tout ce que nous devons aux autres contribue à notre bonheur. Elle nous demande d’être humble.

Leçon 11 – Le bonheur au-delà de soi

Dans son tableau Le Don du manteau (1297 – 1299), Giotto di Bondone (1266 – 1337) représente Saint-François d’Assise qui fait don de son manteau à un noble déchu, mal vêtu qu’il rencontre sur son chemin. Cet épisode marque le début de la vie éclairée de Saint-François qui, peu après, renonce à tous ses biens pour se consacrer aux plus pauvres. Il partage son bonheur avec le plus grand nombre par des gestes simples.

Le bonheur est fait d’attitudes humbles et généreuses envers les autres. L’égoïsme et l’orgueil empêchent d’accéder à un bonheur véritable. Christophe André parle du bonheur comme d’une « richesse » qui n’a rien à voir avec la richesse matérielle ou la richesse d’argent, mais qui peut aussi offenser certains qui ne se sentent pas heureux. Pour relancer le bonheur lorsqu’il vient à manquer, commencez par quelques gestes simples (sourire, remercier, donner).

En plus de vous apporter du bien-être et du sens, ces attitudes ont une portée sociale et écologique ; elles vous permettent d’exercer une forme de citoyenneté.

En étant associé à la fraternité, au don vers l’autre, le bonheur devient également un combat politique. Que pouvons-nous entreprendre collectivement pour agir sur les conditions sociales d’existence du plus grand nombre et assurer des prérequis au bonheur ?

« Car il existe bien une écologie du bonheur — maintenir un environnement qui lui permette d’éclore —, qui est également un acte politique. Gide disait : “N’accepte aucun bonheur qui ne s’obtienne au détriment du plus grand nombre”. » (De l’art du bonheur, p. 100)

Leçons du Soir – Les crépuscules du bonheur

Leçon 12 — Mélancolie des bonheurs finissants

Dans le tableau Le Pèlerinage à l’île de Cythère peint en 1977, Antoine Watteau (1684 – 1721) représente, dans une lumière de fin de journée, les derniers instants d’une fête qui s’est déroulée en plein air. Les personnages descendent la colline et s’éloignent au loin.

Trois couples restent près du buste de Vénus sur la droite. Chacun occupe une posture que l’on peut associer à une question faite à un bonheur qui semble s’estomper en cette fin de journée.

  • Premier couple : l’homme tente encore de séduire la femme, semblant ignorer que l’heure du départ à sonner. Mais doit-on s’accrocher fiévreusement au bonheur ?
  • Deuxième couple : l’homme aide la femme à se relever de la pelouse où elle était assise, acceptant le départ. Cette attitude nous invite à nous demander : ne vaut-il pas mieux accepter paisiblement ce qui semble être la fin d’un moment joyeux ?
  • Troisième couple : l’homme se tient déjà de dos, prêt à descendre la colline tandis qu’il enlace d’un bras la femme qui, elle, se retourne une dernière fois vers nous avec un sourire mélancolique. Faut-il pleurer par avance la fin d’un moment heureux ?

Plaisir, mélancolie et inquiétude face à l’avenir semblent se mêler chez ces trois couples. Ces instants fugaces où l’on sent le bonheur décliner sont certainement nécessaires pour faire vivre et revivre le bonheur. Ils permettent d’en prendre conscience et de mieux l’apprécier. Ils peuvent s’exprimer de manière furtive.

« Un nuage qui passe devant le soleil, les conversations qui s’alanguissent, un voile de tristesse dans les regards » (p. 106).

En commentant ce tableau de Watteau, Christophe André nous invite à accepter le déclin de ces moments joyeux et à « lâcher prise ». Les derniers instants où se mêlent bonheur et tristesse sont certainement préférables à une colère destructrice.

Leçon 13 – Dans tout bonheur, une part d’ombre…

En 1901, John Sargent (1856 – 1925) a peint Ena et Betty Wertheimer, tableau aujourd’hui exposé à la Tate Gallery de Londres. Deux très belles jeunes femmes nous regardent. Betty, au premier plan, la plus jeune, est vêtue d’une somptueuse robe rouge.

Sa sœur, Ena, vêtue d’une robe de satin blanc qui reflète la lumière, l’enlace d’un bras tandis qu’elle pose sa main gauche sur un vase chinois appartenant à son père, riche marchand d’art. Alors que Betty semble immobile et nous observer d’un air candide, Ena apparaît plus vivante et fière, comme si elle cherchait à provoquer subtilement ses admirateurs.

À travers ce bonheur en apparence éclatant, Christophe André ressent un trouble. L’arrière-plan, bien que révélateur d’un riche intérieur bourgeois, apparaît en réalité sombre et lourd, étouffant peut-être. Ena, de son bras qui enlace sa sœur, semble l’inciter à aller ailleurs.

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Pour l’auteur, la conscience du bonheur nous permet de le ressentir.

Mais, elle nous permet aussi d’accepter, qu’il est éphémère, qu’il contient sa fin.

« Nous sommes ainsi des intermittents du bonheur, condamnés à ne pouvoir le vivre que dans l’alternance d’apparitions puis de disparitions, de flux et de reflux ». (De l’art du bonheur, p. 115)

Mais ce n’est pas parce que tout bonheur a une fin que vous devez vous empêcher de vous laisser aller à lui par crainte de souffrir lorsque vous ne le ressentirez plus. À l’inverse, il n’est pas conseillé non plus de se lancer dans une poursuite fiévreuse et obsessionnelle du bonheur.

Pour le psychiatre Christophe André, dans les deux cas, aversion ou obsession, vous courrez à l’épuisement et au gâchis. Mieux vaut accepter que le bonheur aille et vienne et que les moments plus tristes sont aussi ceux qui nous font apprécier la joie.

Les émotions positives et négatives, liées au bonheur et à la tristesse, font partie de la vie elle-même marquée indéniablement par les disparitions et la mort. Les moments heureux nous donnent la force d’affronter les périodes malheureuses. Ils nous apportent légèreté et énergie dans notre quotidien, souvent marqué par des épreuves difficiles et de la souffrance.

Leçon 14 – La tentation du spleen

Dans son tableau intitulé  Faaturuma (La Femme à la robe rouge, ou Boudeuse) peint en 1891 à l’occasion de ses premiers séjours à Tahiti, Paul Gauguin (1848 – 1903) représente une jeune femme vêtue d’une robe rouge, assise sur un fauteuil à bascule. La tête légèrement penchée, elle a un regard triste et mélancolique dirigé vers le sol.

Sa main gauche tient un mouchoir blanc qui, peut-être, lui sert à s’essuyer des yeux que l’on peut imaginer pleurant un bonheur perdu. Sa robe, de style occidental, a certainement été imposée par les missionnaires.

Faaturuma semble comme coupée du monde, absorbée par ses souffrances intimes. Regrette-t-elle, comme Gauguin, un art de vivre perdu par la faute des missionnaires ?

Pour interpréter ce tableau, Christophe André revient tout d’abord à ce qu’il représente : une jeune femme qui se laisse aller à la mélancolie et à la tristesse. Le bonheur, lorsqu’on est adulte, n’est pas facile à atteindre et demande d’y travailler quotidiennement.

L’auteur identifie trois grandes illusions qui nous amènent à nous laisser aller à la tentation de la tristesse.
  • Identité : c’est un sentiment trompeur qui consiste à croire que nous pouvons mieux nous découvrir dans la souffrance et dans l’obscurité. En réalité, menée ainsi, cette recherche d’identité nous mène au repli sur nous-mêmes, nous met à l’écart des autres et de la vie.
  • Autonomie : elle repose sur l’idée que nous pouvons fabriquer notre propre tristesse en restant seuls avec nous-mêmes. Le bonheur, à l’inverse, demande d’aller vers les autres. Nous pouvons alors être effrayés par ce qui nous semble être une dépendance aux autres.
  • Lucidité : des recherches scientifiques montrent que les plus pessimistes et tristes sont aussi les plus lucides. Cependant ils sont moins capables que d’autres de s’adapter à leur environnement extérieur et abandonnent la lutte pour améliorer leur existence. Cette posture, valorisée par de nombreux écrivains et philosophes, comporte une part de danger importante puisqu’elle mène vers le nihilisme et la misanthropie.

Cela signifie-t-il qu’il faille essayer à tout prix de ne pas être triste ? Non, car la tristesse fait partie de la vie au même titre que le bonheur, comme l’auteur l’a souligné dans la leçon précédente.

Les moments de tristesse vous permettent aussi un repli sur vous-même transitoire et nécessaire pour vous reposer, pour entrer dans un état d’introspection et interroger les causes du mal-être. Cela peut vous permettre de prendre des décisions et d’agir pour combattre les causes de la tristesse.

Ce que vous devez chercher à éviter cependant, c’est de sombrer dans un état de tristesse durable qui mène à la dépression et à l’abandon des combats pour le bonheur.

« La tristesse n’est qu’un outil d’interrogation du monde. L’écouter, puis la congédier. Sans l’aduler ni l’admirer ». (De l’art du bonheur, p. 131)

Leçon 15 — Entrer dans l’hiver du bonheur

Alors que les Pays-Bas sont en proie à de vives tensions politiques et religieuses, Pieter Bruegel dit Bruegel l’Ancien (v. 1525 – 1569), peint, en 1565, La Rentrée des troupeaux. Le peintre nous donne à sentir les premiers froids de l’automne qui annoncent déjà l’hiver.

Le ciel est sombre, les arbres sont nus de leurs feuilles déjà tombées. Les bergers, dont l’un penché en avant sur son cheval, semblent lutter contre un vent froid. Les vaches sont en route pour l’étable où elles passeront l’hiver enfermées. Hommes et bêtes sont au premier plan tandis que la campagne faite d’un cours d’eau et de roches s’étend à l’arrière-plan, tel un horizon inquiétant.

Le bonheur apporté par l’été et le début de l’automne semble s’éloigner. Bruegel semble prendre appui sur les saisons pour représenter des états d’âme. L’hiver préfigure les baisses de bonheur de l’existence. Il annonce des instants plus lourds et rudes que ceux permis par l’atmosphère de l’été, des séparations et de départs. Nous devons accepter que le temps passe pendant que nous œuvrons à semer les graines de la régénérescence du bonheur.

Christophe André observe que les personnages de Bruegel ne semblent pas se plaindre malgré l’adversité des conditions politiques et sociales et du climat auxquels ils sont confrontés. « Pourtant, la tentation est grande de transformer ses ennuis en malheur » (p. 136).

Lorsque nous sommes confrontés à des moments difficiles, il conseille alors de ne pas céder à la peur et de prendre de la distance pour mieux réfléchir. Mieux vaut réfléchir et agir pour ne pas laisser un sentiment de souffrance intérieure durable s’installer.

Agir ensemble nous permet alors de traverser les phases tristes et de cultiver les graines qui se transformeront en belles plantes le printemps venu. « Comme l’exercice nous réchauffe dans le froid, l’action nous fait éprouver la vie en nous. » (p. 139)

Leçons de la Nuit – Le bonheur disparu

Leçon 16 – La nuit noire de l’âme

Avenue sous la neige à Koesen (1906). Deux femmes sans visage avancent dans un chemin glacé de neige. Elles s’apprêtent à disparaître hors du tableau, tandis que des arbres, dans leurs tenues d’hiver semblent se balancer de manière inquiétante au milieu de flocons de neige et d’un ciel sombre.

Ces deux femmes représentent-elles la mère et la sœur du peintre emportées par la tuberculose ? Le peintre c’est Edvard Munch (1863 – 1944) dont la vie a été marquée par la souffrance et l’angoisse. Il ne semble pas y avoir d’horizon positif dans cette scène marquée par l’inquiétude et le malheur.

Selon Christophe André, il existe deux sortes de souffrance :

  • La souffrance qui a une fin : contre laquelle il existe une solution, un remède.
  • La souffrance infinie : qui semble ne pas avoir de remède.

« L’adversité suppose une issue, elle la laisse espérer. Le malheur, non. Un sentiment de détresse survient lorsque plus aucun bonheur ne paraît possible ni pensable. Ce n’est plus un passage, même mauvais, c’est un état, une durée qui s’annonce sans fin visible. » (De l’art du bonheur, p. 148)

L’auteur conseille de continuer à avancer, comme ces deux femmes du tableau de Munch. Avancez même si la lumière — donc l’espoir — est très faible. Ces deux femmes en mouvement, qui marchent dans le froid, nous rappellent — comme dans le tableau précédent de Bruegel — qu’agir est un antidote contre l’obscurité qui risque d’envahir nos âmes.

Leçon 17 — Incandescence et solitude de la douleur

Dans le tableau Figure rouge, peint entre 1928 et 1932 par Kazimir Malevitch (1878 – 1935), une femme debout, entièrement peinte en rouge, semble incarner une intense souffrance. Le paysage de campagne qui l’entoure — ciel, champs, rivière — est représenté par de gros traits stridents et déformés.

Tout porte à croire que le peintre a cherché à représenter, dans ce paysage, l’état d’esprit de cette femme. Non pas que le paysage soit lui-même triste et en souffrance, mais c’est à travers ce prisme que la femme le perçoit. Une autre personne, joyeuse, pourrait percevoir ce même paysage totalement différemment.

Christophe André commente ce tableau directement à travers son expérience de psychiatre confronté aux douleurs psychiques de ses patients. Lorsque l’on ressent une souffrance intense, celle-ci peut rapidement commencer à nous envahir complètement. Un peu comme si elle prenait possession de nous-mêmes.

Le patient ne parvient plus à percevoir d’espoir et de sens à sa vie. Le risque d’un engourdissement puis d’une tentative de suicide se fait sentir.

« Comment préserver, tout au fond de nous, la possibilité de retour du bonheur, comment laisser une chance à “cette passion de vivre qui croît au sein des grands malheurs” ? » (De l’art du bonheur, p. 155)

L’auteur cite des personnes qui ont fait l’expérience des camps de concentration. Et, dont certaines ont puisé, au fond d’elles-mêmes, une profonde envie de vivre malgré l’horreur qu’elles ont vécue.

Leçon 18 – Des étoiles dans la nuit

Dans son tableau  Nuit étoilée de 1889, Vincent Van Gogh (1853 – 1890) a peint un superbe paysage étoilé sous le paysage de la Provence. Les étoiles et la lune, entourées d’un halo de lumière chaude, sont représentées en mouvement, comme si elles effectuaient des figures concentriques dans le ciel de la nuit.

Sous ce ciel étoilé se tient un village endormi dont on aperçoit le clocher et, en arrière-plan, des collines. Van Gogh a réalisé ce tableau alors qu’il était interné dans un asile à Saint-Rémy-de-Provence.

Christophe André y voit la rencontre des ténèbres et de la lumière. Le seul bonheur peut-être encore accessible au peintre qui ne parvient plus à se sentir heureux dans la réalité du quotidien.

Il cite une nouvelle fois les expériences des rescapés de camp de concentration et le héros d’un roman emprisonné au goulag. Malgré l’horreur qu’ils vivent et les souffrances qu’ils endurent, ils parviennent à trouver, au milieu des ténèbres les plus sombres, d’infimes parts de bonheur.

Dans sa position de médecin psychiatre, Christophe André estime qu’il n’est pas nécessaire de souffrir intensément pour être à l’origine, comme Van Gogh, de grandes œuvres créatrices. Van Gogh, en étant heureux, aurait pu, selon lui, créer, différemment certes, mais avec autant de génie.

En réalité, c’est parce que Van Gogh aspirait au bonheur et ne cessait de se le représenter qu’il a autant peint la lumière dans ses tableaux. « Il s’est aussi nourri de ses rêves de bonheur, approchés ou déçus. » (p. 163)

Christophe André rappelle l’importance du partage du bonheur et du lien, déjà cité, dans la quête du bonheur. Van Gogh éprouvait de grandes difficultés à les vivre. Cependant, à travers son art et des actions de rassemblement qu’il organisait, il œuvrait en ce sens et faisait preuve d’une grande générosité.

Leçon 19 – Des raisons de se battre

Dans le dernier tableau Lutte de Jacob avec l’Ange (détail) qu’il a peint entre 1855 et 1861, Eugène Delacroix (1798 – 1863) représente, dans une grande fresque, Jacob se battant avec un ange. Jacob, tout absorbé au combat, le regard tourné vers le sol pendant qu’il porte des coups, ne semble pas savoir qu’il est en train de se battre avec un ange.

Il a laissé tomber la plus grande partie de son accoutrement au sol et se bat torse nu. Au fond du tableau, on aperçoit le reste de son clan qui a réussi à passer un torrent alors que lui est resté seul sur la rive.

Alors que l’ange finit par lui porter un coup plus fort, Jacob se rend compte qu’il s’agit d’un ange. Il abandonne le combat et lui demande de le bénir, ce que l’ange fait. Jacob ressort blessé, mais « transfiguré » du combat.

Pour Christophe André, Jacob représente celui qui conserve la force de se battre, tout au long de la nuit, alors qu’il ne sait pas comment se terminera le combat et s’il sera vainqueur. Il est porteur d’un grand élan de vie, celui qui maintient des efforts constants. Finalement, il ressort transformé et heureux de ce long combat.

« L’action est toujours salvatrice sur le plan psychologique : elle donne un sens au présent, une prise à notre survie. Elle nous canalise, offre un cadre et une limite à nos tentations de désespoir. » (De l’art du bonheur, p. 170)

La force qui nous anime provient certainement beaucoup plus du souvenir de nos combats contre le malheur que du souvenir de nos souffrances même.

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Certes le psychiatre reconnaît qu’il est difficile de trouver la force en soi de se battre lorsque le malheur paraît si grand et insurmontable. Mais le combat est indispensable pour la survie et pour atteindre à nouveau le bonheur. Sans combat, nous risquons de nous laisser envahir durablement par des sentiments négatifs comme la rancœur, la brutalité, la misanthropie.

Leçons de l’Aube – Le retour du bonheur

Leçon 20 – Un bonheur de plus en plus fort

L’Amandier en fleur est le dernier tableau peint par Pierre Bonnard (1867 – 1947) jusqu’au moment de sa mort au printemps 1947. Il représente ainsi un magnifique amandier en fleur qui éclate de blancheur devant un ciel d’un bleu profond. Il nous montre le spectacle présent d’une nature rayonnante, de l’éternelle renaissance du printemps.

Cette beauté vivante et présente, qui se respire et s’admire, est là pour nous rappeler que le bonheur renaît, rejaillit. Au moment des derniers jours de vie du peintre, l’amandier a fleuri comme jamais auparavant. Un peu comme s’il voulait signifier que le bonheur grandit au fil de ses renaissances.

Bonnard, en peignant cet amandier au seuil de sa mort, a cherché à montrer, qu’il était dans un état de joie qui lui permettait de capturer cet émerveillement de la vie et de la nature. Peut-être a-t-il aussi cherché à rendre éternel ce spectacle qu’il voulait retenir pour ses derniers instants.

Bonnard montre aussi, et heureusement, que le bonheur n’est pas l’apanage de la jeunesse. En effet, il peut bel et bien se ressentir à tout âge de la vie.

Leçon 21 – Le bonheur retrouvé

Dans le tableau Le Bord de mer à Palavas (1854), Gustave Courbet (1819 – 1877) représente un homme, au premier plan, de dos, tout en noir, qui salue d’un grand geste de son bras gauche levé, la mer qui s’étend à l’infini devant lui.

En saluant ainsi la mer, cet homme démontre sa joie de retrouver un bonheur passé. Le sentiment du bonheur peut devenir plus intense et plus fort lorsque nous retrouvons une joie qui s’était estompée. L’éloignement peut ainsi augmenter la conscience du bonheur.

Christophe André se souvient très bien de cette plage où il a passé tous ses étés depuis son enfance et où il a accompagné une amie très malade. Il nous invite alors à nous concentrer sur les instants présents de vie et de bonheur, à les savourer lorsqu’ils surgissent et à s’en souvenir.

Leçon 22 – Le bonheur est une longue histoire

Le Retour du fils prodigue (peint vers 1669) est le dernier tableau réalisé par Rembrandt Van Rijn (1606 – 1669) alors que son fils est décédé quelques années plus tôt et qu’il s’est retiré dans une vie simple et spirituelle.

Au premier plan du tableau, à gauche, un fils est représenté de dos, agenouillé devant son père. Ce fils est de retour dans son foyer après une longue période d’absence. Alors que ses frères, au second plan, semblent menaçants à son égard, son père, au visage vieilli, l’accueille avec bienveillance.

Ce fils qui était parti à la découverte du monde et qui a dilapidé sa part d’héritage raconte avoir vécu des épreuves terribles pour survivre. Il craignait d’être rejeté par sa famille à son retour. Au contraire, son père vient l’étreindre et saisit ses épaules avec joie et compassion. Il est très heureux et apaisé d’avoir retrouvé son fils qu’il croyait perdu. En étant ainsi pardonné pour ses erreurs passées, le fils accède à nouveau au bonheur.

Christophe André nous invite alors à réfléchir à la force du pardon. Les erreurs et les gaspillages de temps et d’expériences sont constitutifs de nos vies.

L’observation de nos actions passées et de leurs résultats, avec discernement et bienveillance, est essentielle à notre bien-être. Elle nous permet alors de choisir les moments qui nous ont procuré de la joie et que nous souhaitons revivre. Mais aussi, d’essayer d’écarter les causes qui nous ont menés à ressentir des sentiments négatifs comme le mal-être, la colère et la rancœur.

Leçon 23 — Sagesse du bonheur

En 1768, Jean-Siméon Chardin (1699 – 1779) peint  Le Gobelet d’argent qui représente, posés sur une table, un gobelet argenté et un bol duquel dépasse une cuillère. Au premier plan, devant les deux premiers objets se trouvent posées trois pommes et deux châtaignes.

Selon Christophe André, cette nature morte imparfaite « nous apprend à voir la vie silencieuse et secrète des choses. [Elle] nous incite à la méditation » (p. 201). Il nous invite à voir de la force et de l’enchantement dans les petits détails de nos vies quotidiennes.

« Le bonheur est un idéal dont on ne peut que chercher doucement à se rapprocher » (p. 203). Le bonheur n’est pas tant un savoir qu’une pratique. C’est en pratiquant, chaque jour, à travers des gestes quotidiens et par des petits efforts que l’on peut accéder peu à peu au bonheur.

Le psychiatre explique alors en quoi les médecins ont de plus en plus recours à la méditation, sous sa forme orientale, c’est-à-dire comme un effort d’attention à l’instant présent et un détachement de toute forme de jugement.

Le patient est incité à revenir à l’instant présent. Et ceci, à chaque fois que son esprit s’évade vers d’autres pensées qui génèrent des émotions négatives. La méditation accompagne l’action, en la préparant d’abord, puis en permettant de s’en reposer.

Pour finir, l’auteur va plus loin. Il affirme que Chardin nous invite, à travers ce tableau, à la contemplation, objet d’étude prisé actuellement par les psychologues.

Leçon 24 – Une éternité de bonheur ?

Dans le tableau intitulé  Soirée d’octobre (1912), Léon Spilliaert (1881 – 1946) a peint la silhouette sombre d’une femme qui s’éloigne, en réalisant un grand pas, dans ce qui semble être une pluie de lumière orangé intense.

Christophe André y voit la représentation d’un passage entre deux univers qui peuvent être la vie et la mort, ou bien encore le matériel et le spirituel.

« Le bonheur est une transcendance, qui nous conduit souvent à la frontière entre deux mondes. Suspension du temps, plénitude ou oubli de soi, conscience d’un lieu, d’une appartenance à quelque chose qui nous dépasse et nous englobe. » (De l’art du bonheur, p. 210)

Pour Christophe André, le bonheur est bien plus qu’un simple gain de confort et de bien-être. Il permet avant tout de supporter la conscience que nous avons de notre finitude, du fait que nous savons que nous allons mourir un jour. Ressentir de la joie nous permet d’affronter les difficultés et les souffrances et parfois même, d’avoir la sensation d’accéder au paradis sur terre.

Leçon 25 — Envol : dans le grand vent du monde

Enfin, Christophe André conclut l’ouvrage par une brève 25e leçon à partir d’un tableau du peintre impressionniste Claude Monet (1840 – 1926). Ce tableau de 1886 est intitulé Essai de figure en plein air : femme à l’ombrelle tournée vers la gauche.

Il représente une femme debout dont on ne voit pas le visage. Vêtue d’un chapeau et d’une longue robe, elle tient dans sa main droite une ombrelle qui la protège du soleil. Le vent qui souffle dans son dos fait voler devant elle le tissu qui était accroché à son chapeau.

On ne sait pas qui est cette femme qui profite de l’air tiède qui souffle autour d’elle. À travers son style, Monet ouvre un espace qui nous permet de laisser libre cours à notre imagination.

« En réalité, rien n’est important, en dehors de ceci : ce moment est un moment de bonheur. Juste un peu de bonheur, dans le grand vent du monde… » (De l’art du bonheur, p. 219)

Conclusion sur « De l’art du bonheur. 25 leçons pour apprendre à vivre heureux » de Christophe André :

Un ouvrage qui réunit des tableaux de maître pour réfléchir au bonheur :

L’auteur, Christophe André, est psychiatre. Il exerce à l’hôpital Saint-Anne, au sein d’une unité spécialisée dans le traitement des troubles émotionnels, anxieux et dépressifs.

Fort de son expérience professionnelle et de sa connaissance des œuvres d’art, Christophe André propose dans cet ouvrage un ensemble de réflexions et de conseils sur le bonheur. Le point de départ de chacune des 25 « leçons de bonheur » est le commentaire d’un tableau d’un grand peintre.

L’auteur varie les styles d’écriture. Il mobilise à la fois des métaphores poétiques, de la philosophie, les recherches scientifiques actuelles en psychologie et en neurosciences notamment.

Les tableaux sont reproduits en plusieurs tailles et sous différents angles pour illustrer chaque leçon. Une légende accompagne chaque tableau présentant son histoire et la vie du peintre. Cette édition s’accompagne également d’un CD dans lequel l’auteur expose oralement chaque leçon.

L’ouvrage est composé de cinq grandes parties (matin, midi, soir, nuit et aube) faisant référence à chacune des étapes du bonheur (naissance, plénitude, crépuscule, disparition et retour). Chaque partie est alors divisée en chapitres illustrés par un tableau.

Ce qu’il faut retenir de « De l’art du bonheur. 25 leçons pour apprendre à vivre heureux » de Christophe André :

Christophe André nous rappelle que le bonheur s’apprend et se pratique au quotidien en commençant par de petits gestes simples. Observer la beauté de certains objets. Donner et recevoir de la gratitude par un sourire ou un petit geste de générosité. Il peut aussi se ressentir lorsqu’on ressent de l’émerveillement face au spectacle de la nature.

Par moment, le bonheur demande aussi de prendre le temps de réfléchir aux causes de ses souffrances. Cela nécessite d’exercer son discernement.

La quête du bonheur est essentielle à la vie et pour combattre les difficultés et les souffrances qui peuvent surgir au quotidien. Mais cette quête ne doit pas être obsessionnelle.

Nous devons aussi accepter que les moments de félicité s’en aillent et reviennent. Ils sont appelés à s’éloigner, puis à disparaître pour réémerger enfin.

Points forts :

  • L’originalité du livre qui part de commentaires de tableaux pour développer réflexions et conseils sur le bonheur ;
  • La beauté des illustrations constituées par les tableaux ;
  • De courtes citations d’hommes et de femmes célèbres qui ponctuent le fil des leçons et qui sont source d’inspiration.

Point faible :

  • Quelques répétitions d’idées au fil des leçons, mais cela permet de les renforcer.

Ma note :

Le petit guide pratique du livre De l’art du bonheur de Christophe André

Ce qu’il faut retenir du livre De l’art du bonheur ?

Dans son livre, l’auteur présente 25 chefs-d’œuvre basés sur 25 peintures qui suggèrent des moyens de penser plus clairement au bonheur et au malheur et de s’efforcer de se rapprocher du premier et de s’éloigner du second.

Foire Aux Questions (FAQ) du livre De l’art du bonheur de Christophe André

1. Comment le public a accueilli le livre De l’art du bonheur de Christophe André ?

Le livre a été très bien accueilli par le public. Très vite devenu un best-seller, on note sur Amazon 100% d’avis positifs et de recommandations vives.

2. Quel fut l’impact du livre De l’art du bonheur de Christophe André ?

Grâce à ce livre, les lecteurs ont appris comment reconnaître le bonheur, comment en prendre conscience, comment le prolonger. Il montre aussi comment accompagner sa fuite sans tomber dans le désespoir et enfin comment préparer les conditions de son retour.

3. À qui s’adresse le livre De l’art du bonheur de Christophe André ?

Ce livre s’adresse à tous ceux qui sont à la recherche du bonheur. Tous ceux qui veulent un accompagnement dans leur compréhension du bonheur, de ses saisons et qui les guide dans leur recherche du bonheur.

4. Que voit l’auteur dans le tableau Les trois âges de la femme réalisé en 1905, Gustav Klimt ?

Christophe André y voit le mystère d’un bonheur naissant, mais aussi le partage de bonheurs entre la mère et l’enfant. La mère donc transmet son bonheur passé à l’enfant qui lui promet aussi un bonheur futur

5. Quelles sont les différentes émotions qui entourent un couple lié par l’amour d’après Christophe André ?

  • L’ombre du premier plan, sur le bateau et derrière les deux amoureux ;
  • Le ciel tourmenté et menaçant ;
  • La lumière d’un lever ou d’un coucher de soleil qui éclaire la ville au loin.

Les valeurs pour la vie de couple vs les illusions qui mènent à la tentation de la tristesse

Trois valeurs pour la vie de coupleTrois illusions qui mènent à la tentation de la tristesse
LibertéIdentité
EgalitéAutonomie
FraternitéLucidité

Qui est Christophe André ?

Christophe André : Auteur du livre De l'art du bonheur

Christophe André, né le 12 juin 1956 à Montpellier, est psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, spécialisé dans la psychologie des émotions. Ses livres ont séduit de nombreux lecteurs : Imparfaits, libres et heureux (prix Psychologies Magazine 2006 de « l’essai qui vous aide à mieux vivre votre vie »), L’Estime de soi ; La Force des émotions ; Vivre heureux…

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