Le nouvel art du temps

Le nouvel art du Temps

Phrase-résumée de : « Le nouvel art du temps » – Contre le stress.

Sujet toujours actuel, au cœur des préoccupations professionnelles, personnelles ou familiales de chacun d’entre nous, le temps, c’est, avant tout, notre vie qui s’écoule, et à ce titre, il est notre bien le plus précieux ; c’est ce sur quoi Jean-Louis Servan-Schreiber nous invite à réfléchir, en nous démontrant comment le mauvais usage de nos différents temps de vie, empêche la plupart d’entre nous, non seulement d’être performants, mais surtout d’être heureux ; en éveillant notre conscience du problème, il s’attache à mettre le doigt sur les points douloureux, mais cruciaux, de nos mauvaises habitudes, pour nous inciter à apprendre, en suivant ses conseils, à mieux maitriser notre temps et retrouver notre équilibre intérieur.

Par Jean-Louis Servan-Schreiber – Editions Albin Michel (5 janvier 2000) – 242 pages

Note : Cette chronique a été rédigée par Catherine Billet

Chronique et résumé de : « Le nouvel art du temps »

Introduction :

Si les mots ont un sens, il arrive que leur usage intensif et banalisé, les délave de leur sens profond. Il en est ainsi du mot « Temps » qu’il suffit, dans certaines expressions courantes, de remplacer par le mot « Vie » pour se rendre compte de ce qu’il signifie vraiment pour nous. Prendre du temps, gagner du temps, manquer de temps, perdre son temps … (je vous laisse faire la transposition), prennent alors une autre dimension. La prise de conscience est vitale, car maîtriser son temps, c’est maîtriser sa vie.

Paradoxe des temps modernes, le manque de temps est une plainte quasi- unanime, la pénurie la plus anxiogène du siècle. Alors même que les évolutions sociales et technologiques nous ont donné les moyens de disposer de plus de temps libre, notre rythme de vie semble s’accélérer au point que nous en vivons mal. Seuls quelques autodidactes ont découvert le secret du temps organisé, fluide, délivré. Ce livre s’adresse à ceux qui cherchent encore.


Chapitre I – Perdre son temps :


Le temps s’enfuit inexorablement. Les montres digitales à quartz à six chiffres (heures, minutes, secondes) nous le rappellent de façon si oppressante que leur mode, à nos poignets, n’a pas pris. La vision obsédante de l’hémorragie des secondes d’un temps linéaire qui nous propulse vers la fin nous est bien trop insupportable. Nous lui préférons le déroulé cyclique, plus doux, moins oppressant, du temps des montres à aiguilles. Pourtant, quelle que soit la façon dont on le mesure, la vérité est que le temps s’enfuit, inexorablement, et que nous avons tout à gagner à savoir en maîtriser l’usage.

Nous le quantifions, certes, mais sa vraie nature nous échappe. Philosophes et scientifiques de toutes les époques en ont débattu et en débattent encore. Le temps serait une illusion, la promesse d’un voyage à rebours, un simple point de repère ou juste une évidence incertaine avec laquelle il nous faut composer …

Retenons, pour faire simple, que le temps mesure la transformation et que notre façon de le percevoir, de le comprendre, de le décrire, dépend de ce que nous sommes, de l’époque à laquelle nous vivons, de nos connaissances et de notre culture. La seule certitude est qu’il marque la vie de son empreinte, nous rappelant que nous sommes mortels, et qu’il se place ainsi au cœur de toute tragédie humaine.

Notre corps, nos miroirs ou nos montres, tout ce qui nous confronte à la fuite du temps nous questionne : qu’allons-nous faire de notre temps ? Car le temps est une ressource équitable, intégralement disponible, incorruptible et immuable. Pour chacun d’entre nous, qui que nous soyons, 24 h durent 24 h. Notre seul pouvoir sur le temps est donc l’usage que l’on en fait.

Si l’on transpose le temps en espace, l’espace d’une chambre par exemple, il est plus facile de se représenter l’importance de la façon dont nous organisation notre vie. Imaginons-nous vivre dans une chambre aux contours délimités et non-modifiables, nous comprenons aisément que, de la meubler de trop de choses (pour la plupart inutiles), ou de moins, mais en désordre, limite notre espace disponible. Ainsi, nous voyons qu’occuper notre pièce de peu de chose, ou de choses choisies, utiles, et bien rangées, nous libère plus de place pour vivre. Il en est de même avec le temps.

Mais si nous trouvons le moyen d’avoir plus de rangement, est-ce pour avoir plus de place ou pour engranger plus de choses ? Aujourd’hui, la technologie nous permet d’accomplir plus de choses en un temps inchangé. Grace aux outils technologiques, nous pouvons désormais, faire la même chose en moins de temps ou faire deux choses en même temps avec un sentiment de puissance… qui tourne vite à l’esclavage si l’on n’apprend pas à maîtriser ce nouveau jouet du pouvoir. La maîtrise de l’usage ne dépend jamais de l’outil.

«  Par rapport à celui de nos ancêtres le temps moderne est unique [synchrone au niveau planétaire], rythmé [par des temps imposés] et encombré [de toujours plus d’activités] ». L’uniformisation du temps ne nous laisse pas d’échappatoire, pas d’exception locale, de parenthèse identitaire, ni d’accord au temps naturel des saisons. Le temps unifié nous formate autant qu’il nous échappe.

Le stress est né de là, de cet abandon de maîtrise de notre propre temps de vie, au temps fractionné de la société moderne. Temps de travail, temps des loisirs, temps de la consommation… Autant de lianes discrètes, à la croissance exponentielle, qui nous attachent insidieusement et nous enserrent dans un mode de vie stressant, préconçu pour nous, pensé à notre place. Se réapproprier son temps est alors le meilleur moyen de dissiper ce stress.
Les progrès des temps modernes nous ont offert plus de temps libre que n’en disposaient nos aïeux, pourquoi donc cette impression tenace et consensuelle d’en manquer. La réponse semble simple : car nous ne savons pas en profiter. « Seuls peuvent profiter du temps ceux qui ont appris à l’utiliser au mieux », et pas seulement en pratiquant l’art du vrai farniente pendant le temps limité les vacances. Car maîtriser son temps est un apprentissage global. Cela passe encore et avant tout par le bon usage des outils du progrès. La durée, l’ordre et surtout le moment de leur utilisation fait toute la différence.

Les rapports du temps et de l’argent ont toujours été ambigus et imbriqués, on donne de l’un pour avoir de l’autre (travail et loisirs), et nous choisissons l’un au détriment de l’autre (travail et loisirs). Mais nous savons que la véritable valeur est celle du temps qui mesure nos vies et ne se rattrape pas, même en jouant sur l’illusion du décalage horaire.

Nous gâchons notre temps comme nous gâchons la nature. Pourtant l’un et l’autre sont des ressources limitées et précieuses car de la qualité de l’un comme de l’autre dépendent la qualité de nos vies mêmes. Et « de la qualité de notre temps, personne ne sera jamais plus responsable que nous ».

 

Courir après le temps

Chapitre 2 – Courir après le temps

À l’ère des technologies de l’information et de la communication, ce sont les mêmes outils qui nous font gagner du temps d’un coté qui nous le dévorent de l’autre. Mais ce temps des médias, si chronophage, vaut-il vraiment ces temps de lecture, de concentration, de relation, de sommeil et de paix intérieure que nous lui sacrifions ?

Si la productivité a ses raisons d’être et son utilité au travail, les tensions extrêmes qu’elle exige nous poursuivent facilement jusque dans nos temps personnels et modèlent notre façon de vivre au-delà de la sphère professionnelle. À nous de savoir alors relâcher la tension pour laisser, chez soi, la place au bien-être et au ressourcement.

Même pour consommer, le temps nous manque pour réfléchir. Nous sommes conditionnés par la publicité, qui pense à notre place à l’intérêt de nos achats, et il y a fort à parier que le commerce via internet finira aussi par nous reprendre le temps qu’il nous promet de gagner.

Nos caves et nos greniers sont pleins « d’Avoir » à peine usé ou pas même déballé, nos loisirs encombrés de plus de temps de contrainte et d’attente que de temps de plaisir (nettoyer sa piscine, faire la queue au parc d’attractions …). Nous succombons aux sirènes de la consommation futile et irréfléchie sans voir, qu’au final, nous travaillons pour gagner de quoi acheter ce que nous produisons en travaillant. Boulimiques, insatiables, éternels insatisfaits, nous oublions la qualité des choses au profit de leur quantité, nous dévorons le temps et les plaisirs au lieu de savourer ce qu’ils nous offrent.

Une heure par jour pour l’essentiel, c’est ce dont le temps contraint et les plaisirs futiles nous laissent disposer. C’est un temps en sursis, menacé par ces désirs induits qui nous contaminent et « s’accroissent plus vite que le temps dont nous disposons pour les satisfaire ».

« Mes temps -psychose » un jeu de mot tout personnel pour évoquer nos vies multiples et successives dans un temps fou et morcelé.  Le temps des études et le temps du travail, le temps de nos pseudos-plaisirs et le temps des autres qui nous vampirisent, sont autant d’occasions de se perdre soi-même.

Plus de fil à nos téléphones, mais un lien permanent, portatif, qui nous accapare et nous déloge dans nos moindres retranchements. Outil pratique et rassurant le portable est une arme à double tranchant qu’il faut savoir museler pour se garder du temps à soi.

Parce que nous acceptons d’être constamment dérangés, joints à tout bout de champ et pour n’importe quoi, à la maison comme au travail, nous perdons du temps à retrouver le fil de notre activité ou de notre réflexion initiale. Nous nous plaignons d’être débordés en ouvrant nous-mêmes les écluses. Mais peut être, après tout, qu’être ainsi occupés à jongler avec nos temps hachés, nous préserve d’avoir à regarder en face le vrai temps qui s’enfuit ?

Devant cette angoisse, l’attente nous est insupportable. Nourrie par un environnement médiatique schizophrène, qui nous fait croire que nous pouvons semer le temps au sprint, notre impatience chronique nous vend le mal pour le bien, l’action contre la réflexion, le superficiel au lieu du sens profond. À tous les niveaux de responsabilité et d’enjeu, nous survolons les choses, mêmes les plus essentielles. Agir plus pour réfléchir moins semble être le leitmotiv du siècle, la source et le palliatif de notre ignorance. Nous étouffons le temps de penser pour ne plus avoir à penser le temps.

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Dans nos vies compressées, le temps plein de l’amour est souvent le premier des temps sacrifiés. Lui aussi, restreint et bâclé, il coupe dans le discours, l’attention à l’autre et la sensualité, nous laissant frustrés et coupables. Cultiver l’art d’aimer, c’est pourtant cultiver l’art du temps. Les deux sont inséparables.

« Le stress est au temps ce que l’obésité est à la nourriture », la conséquence morbide de nos mauvaises habitudes. « L’épidémie » du stress se répand vite, ses maladies sont moins visibles mais tout autant dangereuses que celles du surpoids. Il devient urgent de réapprendre à mieux nourrir nos temps, à rationner nos heures voraces avant d’étouffer sous leur poids.


Chapitre 3 – Rythmer son temps

« Vacances » : temps disponible, temps nécessaire, durant lequel nous cassons nos rythmes effrénés. Un temps élastique où l’écoulement des heures se paie le luxe d’être extensible, et l’indigence de rétrécir avec la sensation toute personnelle que le temps retour approche. Le temps vécu, dont la durée dépend de notre propre perception, n’a plus de cadre, il se règle sur notre actualité personnelle.

Le temps de la nature nous contient, celui de la société nous impose, le temps vécu nous appartient. Le temps de la nature nous réduit à l’état de poussière quand il prend l’échelle du cosmos. Mais il nous harmonise et nous incarne dans le recommencement rassurant des saisons. Le temps social, lui, nous contraint. Il nous implique dans un ensemble qui nous protège et nous aliène, quantifiant, prédéfinissant, nos choix et nos actes jusque dans nos espaces de liberté. Mais nous pouvons, aussi, apprendre à maîtriser les règles du jeu et ne concéder au collectif qu’une juste portion de nos vies.

Quant au temps vécu, c’est le nôtre. Le plus réel des trois temps s’exprime en qualité ( trop court, interminable, précieux…) Il est un temps perçu, subjectif, qui définit notre réalité propre. Plus nous meublons nos jours de contraintes, plus il se rétrécit. C’est alors l’impression du temps qui fuit, le sentiment d’urgence à vivre, la conscience de la valeur du temps.

Si nous pouvons, dans l’instant, visiter le passé ou le futur via nos souvenirs ou nos projets, il n’y a que dans le présent que nous pouvons être. Passer son temps à se replier dans le passé, ou à espérer du futur, nous empêche de vivre vraiment le présent. Notre rapport au temps dépend le plus souvent de notre éducation et de l’exemple de nos parents. Mais, curieusement, dans notre propre façon de vivre le temps, nous pouvons souscrire à ces modèles ou tout faire pour s’en échapper. Au regard de la psychiatrie, la rébellion au carcan des contraintes est même un signe de bonne santé mentale.

Parfois, nous manions le temps perdu comme un langage inconscient, « regardez moi tous, je suis important, j’existe ! », semble nous crier le retardataire narcissique derrière ses excuses. Fâché aussi avec l’exactitude, l’adepte de l’atermoiement, nous révèle sa difficulté pathologique à prendre une décision.

Profiter de l’instant, de la plénitude du présent est un savoir-faire inné de l’enfance, une expérience simple et intense qu’il s’agit de ne pas oublier. Son souvenir nous sert de boussole lorsque la saveur des jours s’est perdue. Le présent est le temps unique de la vie, le temps essentiel d’être, qu’il faut réapprendre à habiter avec la candeur et la force de nos émotions d’enfant.

Selon nos cultures nos horizons temporels diffèrent. Dans les cultures primitives, la perception cyclique du temps accorde peu de place à l’avenir, ce qui s’est passé prédit ce qui se passera. Dans nos sociétés occidentales de progrès, l’horizon du futur, plein de promesses et de perspectives, évince celui du passé.

Au niveau individuel aussi, la divergence d’horizons temporels distingue ceux qui projettent de ceux qui regardent en arrière. Dans la sphère professionnelle, voir loin est une valeur sûre. Une qualité internationalement reconnue, pour aborder la complexité, diriger et faire évoluer. Autre critère de sélection des postes à responsabilité : savoir apprécier le temps qu’il faut pour faire les choses. Cette capacité d’évaluation de la durée est une question d’expérience et d’objectivité. Dans le monde du travail c’est un gage de réussite et de fiabilité.

Le temps vécu, perçu, est le seul à notre mesure. Puisqu’il est malléable, nous le meublons de nos besoins, de nos imprévus, de nos habitudes, mais le plus souvent au hasard, en désordre et sans y réfléchir. Nous souffrons de cet enchevêtrement chronophage sans savoir comment y remédier. Et si la clé de nos chaines était dans nos emplois du temps ?


Chapitre 4 – Redécouvrir son temps

Nous passons la plupart de notre temps à le perdre, par ignorance, par fatigue, par négligence, ou par consentement. Nos mauvaises habitudes nous conduisent à accomplir nos tâches sans plaisir, en dépit du bon sens, à repousser la difficulté toujours à plus tard, à confondre nos priorités avec celles des autres, à oublier nos temps personnels dans la planification des journées ou à nous laisser envahir.

L’ennui de la routine ne nous motive guère à nous mettre au travail. Pour peu que nous ayons un démarrage un peu lent, nous voilà vite rattrapés par la frénésie quotidienne et les intrusions multiformes (mails, visites, téléphone…) qui nous tiennent éloignés jusqu’au soir de nos activités prévues et de nos réflexions constructives. À force d’être occupés jusqu’au débordement, de baigner dans le stress excitant de l’urgence, nous finissons par croire que nous sommes importants.

Aux Etats-Unis, et ailleurs, des études, qui se recoupent, ont identifié nos voleurs de temps, [énumérés dans l’ouvrage]. Treize voleurs externes (causes subies, extérieures à nous) et seize voleurs internes (causes dont nous sommes, directement ou pas, responsables) se partagent le forfait. Alors que la tendance première serait d’accuser en priorité les voleurs externes, l’expérience a démontré que ce sont les internes qui dérobent en réalité (souvent de façon déguisée) la majeure partie de nos heures.

Le sachant, difficile d’incriminer les autres, le système ou l’organisation, même si tout y contribue en partie, nous avons à porter l’essentiel de la faute. Mais, du coup, nous avons le pouvoir de briser nos entraves. À moins que, quelque part, nous craignions davantage de changer nos habitudes que de nous risquer au mieux-être.

Car, s’il s’agit de révéler ce que nous sommes au travers de nos actes, remettre en question nos pratiques et s’en avouer responsable, c’est remettre en cause notre identité propre. L’éternel retardataire, le débordé, le fou du boulot, ont une image connue, ils sont aussi l’histoire de leurs défauts. La reconnaissance stéréotypée, négative, qu’ils en tirent, vaut mieux que pas de reconnaissance du tout.

Le changement fait peur. Changer d’image, c’est oser le vide, l’incertitude et le déséquilibre. C’est désobéir au destin, affronter la réalité, assumer la responsabilité de sa vie, envisager l’effort, prendre sa place et occuper son temps. Pas étonnant devant l’ampleur et le danger de la tâche que certain reculent à l’heure du changement. Naturellement, nous sommes notre plus coriace adversaire.

Cinq « injonctions létales » auto prescrites, pilotent et empoisonnent nos vies :

« Dépêche-toi !», qui caractérise ceux qui ne savent travailler que dans l’urgence et au dernier moment.

« Sois parfait !», pour les perfectionnistes qui n’en finissent pas de préparer, contrôler, peaufiner.

« Fais-moi plaisir !», pour ceux qui ne savent pas dire non et œuvrent d’abord pour les autres au détriment de leur propre travail.

« Essaie encore !», pour ceux s’adonnent à la difficulté et qui attribuent au travail la valeur de l’effort plutôt que celle du résultat.

« Sois fort !», pour ceux qui n’ont besoin de personne et tiennent à avoir raison contre vents et marées.

Quelle que soit l’origine de nos préférences respectives, nous avons souvent du mal à nous sevrer des principes nocifs qui régissent nos actes. Soumettez-les à la question, ils vous livreront bien leurs limites et leur absurdité.


Chapitre 5 – Maîtriser son temps

Nous n’avons aucune prise sur le temps, aucune chance, donc, de pouvoir le maîtriser. Par « maîtriser son temps », il faut entendre alors : se maîtriser soi-même dans son rapport au temps.

La maitrise réclame la connaissance, l’entrainement et la confiance. Son apprentissage commence par la motivation, se maintient avec la volonté et s’achève par l’intériorisation achevée.

La motivation est la première étape : l’exemple des « maîtres», par les résultats qu’ils obtiennent, l’élégance de leur pratique, et la qualité de leur vie, est un moteur qui nous entraîne.

Les « maîtres du temps », autour de nous, se reconnaissent : leur efficacité nous déconcerte, leur degré de précision et leur qualité d’attention nous fascinent, la sérénité qu’ils dégagent et la gaieté qu’ils communiquent, nous émerveillent.

S’engager sur le chemin de la maîtrise, c’est se connaître mieux, admettre ses faiblesses, s’appuyer sur ses forces, savoir ce que l’on veut, décider où l’on va. « On ne peut prendre en main son temps que si l’on sait ce que l’on souhaite en faire, en gros et en détail, en fin de compte et par étape ».

Bien que nous nous y confrontions depuis la maternelle, la pratique du temps ne s’enseigne pas à l’école. Son analyse, sa gestion, son organisation, la méthodologie de son utilisation, sa valeur, l’appréciation de la durée d’une tâche, relèvent pour la plupart d’entre nous de l’auto apprentissage.

Pour y voir clair dans notre temps trop encombré, un grand ménage de printemps s’impose. Balayées, les routines et obligations superflues ! Colmatés, les trous béants qui laissent passer les intrus ! Récurée, la mémoire des choses inutiles ! Recensés, étudiés, ces usages de nos heures, de nos jours et jusqu’à nos années ! Reprendre nos vies en mains, c’est décider et agir.

« La maîtrise du temps n’est pas seulement une arme anti-stress, c’est aussi une philosophie de vie ». Une démarche intégrale qui nous engage à comprendre que quelles que soient ses fragmentations imposées, le temps que l’on vit est unique et permanent, tous les temps sont UN temps : le nôtre. Mais cela nous engage aussi, à prendre conscience que le temps de notre vie ne dure que notre vie et que les heures écoulées le sont à jamais. De là, sa valeur irremplaçable et la raison impérieuse de ne pas le gâcher, de l’employer, toujours, au service du mieux-vivre.

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Ne confondons pas la gestion et la maîtrise du stress. « Gagner du temps, être efficace » est un langage de gestionnaire. Nous parlons ici de maîtrise, un concept plus philosophique, ou « spirituel », qui impose une distanciation vis-à-vis du problème et s’attache au chemin que l’on suit pour donner un sens, une plénitude à nos vies.

Le temps, comme la vie, est, par essence, dynamique, il exprime des transformations successives et constantes. Le parfait maître du temps se complaît dans le changement, c’est un territoire exploré qu’il ne craint plus, ses heures sont dociles. Quelle que soit l’image de héros qu’on lui donne, le maître du temps est un modèle qui nous stimule et nous soutient. Mais nous, nous ne sommes pas des héros, ou alors débutants, et dans notre univers impitoyable, la motivation, parfois, dégringole.

Patience et confiance ! La diététique du temps maîtrisé commence par une période de contraintes, de temps passé et de travail supplémentaire, tout le contraire du but recherché. Mais ce paradoxe n’est qu’une préface au mieux- vivre. Courage, la liberté est au bout de l’organisation !

 

S'offrir du temps Chapitre 6 – S’offrir du temps

Comment s’y prendre pour s’offrir du temps  et vivre mieux ? En s’organisant bien sûr ! Mais encore ?

Pas de recettes ici, mais quelques pistes à explorer :

Anticiper : le temps de l’angoisse et de ses conséquences est un temps gaspillé. Imaginer par avance le déroulement et les évolutions possibles d’un événement et prévoir nos réponses ou nos réactions, renforce notre confiance en supprimant l’angoisse de l’inconnu.

Prévoir : c’est programmer nos actions (merci les agendas !)

Vouloir : pas vaguement, pas en général, pas sous influence, mais personnellement, précisément et jusqu’au bout.

Se préparer : se préparer, soi et son projet, c’est déjà entrer dans l’action.

Choisir : c’est décider parmi nos nombreux projets celui que l’on va mener à terme. Puis de se déterminer des objectifs bien à soi, clairs, sensés, mesurables, et de les classer par priorités.

S’accorder le droit au plaisir : le plaisir est le moteur de nos actions. Reconnaître (et c’est difficile) que dans chacune d’entre elles nous trouvons un certain avantage, nous met en face de nos contradictions, déloge nos vrais empêchements et révèle nos vrais désirs.

Viser le mieux-vivre : derrière l’aspect utilitaire de notre désir de maîtriser le temps il y a le désir de mieux vivre. Mais quelle est la part du temps perdu et quelle est celle du mieux-vivre dans nos différents temps de vie ?

Pour nous décider à changer nos habitudes et apprendre à maîtriser le temps, la promesse de plus de plaisir pour soi est plus motivante que celle d’une meilleure efficacité au travail. Nous rêvons d’une vie meilleure, mais nous n’osons pas agir pour changer. L’injonction d’être utile nous fait oublier d’être. Nos plaisirs sont coupables au regard de notre devoir collectif. Pourtant, nos temps personnels bâclés, bannis, sacrifiés, sont nécessaires et légitimes. Ce sont des temps de vie et leur faire une place dans nos agendas n’est qu’une réappropriation de notre droit absolu au bien-être.

Il est urgent de décider, de programmer et de consacrer du temps à ces temps qui nous manquent : pour soigner et entretenir notre corps, pour choisir, et jouir, de nos loisirs, pour faire vraiment l’amour, pour consommer malin en toute indépendance, pour voyager et changer de regard sur les choses, pour se reposer et dormir à satiété, pour s’évader dans l’imaginaire d’un livre, pour nourrir d’attention nos relations amoureuses, pour donner de soi à autrui, pour jouer en famille, pour s’enrichir d’apprendre et de créer, et pour se retrouver soi-même par la méditation ou des instants de solitude.

Sans ces espaces de liberté intime, sans ces temps d’harmonie intérieure, le Soi finit par réclamer son dû, la crise existentielle s’installe, et c’est le mal-être qui l’emporte. Imaginez, cinq minutes, que vous n’ayez plus que quelques mois à vivre : à quoi voudriez-vous vraiment les occuper ? Ne perdez pas de vue ces priorités et notez-les, dès à présent, en rouge, dans vos mémentos.

Le quoi, et le pourquoi, sont élagués, nous avons défriché nos obligations véritables, nous avons mis à jour nos manques, revisités nos rêves et pointé nos priorités, reste à trouver la méthode pour faire aboutir nos objectifs.

Une étude américaine révèle que les « champions du projet réussi » (grands sportifs, hommes politiques, managers…) ont en commun quatre grandes caractéristiques, et deux-trois bonnes habitudes, dont nous pourrions nous inspirer :

– « Ce qu’ils font, ils l’accomplissent “pour l’art”, en fonction d’objectifs internes exigeants.

– Ils résolvent les problèmes au lieu de chercher les responsabilités.

– Ils répètent d’avance mentalement les actions et événements à venir [redoutable d’efficacité].

– Ils prennent leurs risques en confiance, après avoir examiné ce qui peut arriver au pire [pour se délivrer de l’angoisse de l’échec]. »

Et, concernant les bonnes habitudes : «  Ils savent aussi prendre des vacances, éviter le stress, ne se laissent pas envahir par les détails et sont les maîtres de la délégation »


Chapitre 7 – Apprendre le temps

Jean-Louis Servan-Schreiber nous confesse qu’il a appris le temps sur le tas. Avec une conscience suraiguë de la fuite des jours, il a travaillé des années à laisser, dans l’espace de son propre temps, toute sa place à la vie. Essayer, inventer, coordonner, confronter, furent ses verbes d’action. Au contact d’hommes exceptionnels, il a appris que la gloire se bâtissait souvent au détriment du bonheur, car, en ayant l’exclusivité des différents temps de la vie, elle rompait l’équilibre.

«  Donner du temps au temps ». Galvaudée, l’expression n’en garde pas moins un sens profond. Si le temps est un ami, il faut lui accorder du temps. Prévoir, planifier, préparer, sont des temps qui libèrent d’autres temps, bien plus vastes. En faire l’économie, c’est payer plus cher au final, en temps, en énergie, en argent et en sérénité. On peut, bien sûr, préférer l’insouciance, le hasard ou l’improvisation, mais c’est risquer la difficulté, les problèmes et l’échec.

Décider seul de l’emploi et de l’organisation de son temps, si nous pouvons nous offrir ce luxe, c’est garder la maîtrise de sa vie. Nos heures décisives, sont celles que l’on consacre à la réflexion, la préparation de nos projets, ces sont des plages de rendez-vous avec nous-même qu’il faut prendre soin de planifier pour ne pas les laisser disparaître sous les obligations des autres.

Mais l’agenda ne suffit pas à préserver nos temps essentiels, la mémoire est aussi un outil de maîtrise. Trouver un stratagème pour ne pas l’encombrer de détails et ne rien oublier nous donne une sacrée longueur d’avance. Le système des fiches, pratique et simplissime (rédiger nos idées sur des fiches que nous classons ensuite), est une idée à explorer.

Maladie de nos sociétés occidentales contemporaines, le manque de fiabilité et de respect qui empoisonne les relations, et « casse » une réputation, naît le plus souvent du manque de temps. Délais non-tenus, rappels oubliés, rendez-vous repoussés, sont les signes de temps mal gérés, de trop d’obligations, de trop de tâches acceptées. Apprendre à dire non, c’est pratiquer l’auto-défense.

Le stress pratique le cercle vicieux en expert. Il est à la fois la cause et la conséquence du manque de temps. Il aime à nous faire sprinter sur un tapis roulant quand on devrait stopper la machine pour mettre les choses à plat. Le secret anti-stress ? Prendre, chaque matin, le temps d’organiser méticuleusement son plan de journée pour y voir clair et ne pas se laisser submerger. Il ne s’agit pas d’en faire plus, mais de programmer, d’ordonner ses tâches, de prévoir un temps pour l’imprévu et un temps pour la réflexion, le but est de travailler mieux, dans la quiétude et loin du stress.

Un autre «  truc » qui a son importance pour qui veut optimiser son temps : analyser sa journée écoulée. Faire le bilan de ce qui s’est passé, confronter le réel avec ce que nous avions prévu, nous permet de rectifier le tir pour les jours suivants et de tirer les leçons de chaque jour.

D’autres, et nombreuses, astuces existent, (surtout dans la littérature spécialisée anglo-saxonne), pour apprendre à gérer son temps au travail. Leur vision pragmatique du temps, ne remet pas en cause les principes philosophiques décrits dans cet ouvrage et elles pourront vous être utiles.

Jean-Louis Servan-Schreiber fait, ici, le bilan de ce que l’application de ses principes et de ses outils a changé dans sa vie :

– Il avoue ne pas travailler moins, mais par choix et par plaisir.

– Il se concentre sur l’essentiel et n’a plus le sentiment de gâcher son temps, cet aspect est, pour lui, le plus important.

– Il n’est plus stressé et profite de la vie, le temps qu’il a prévu de consacrer à son temps libre est pleinement vécu.

– Il sait qu’il peut encore évoluer dans ce domaine et sa recherche, en se sens, le passionne.

Il termine par la parabole des cailloux [que je vous laisse le plaisir de découvrir dans l’ouvrage] qui démontre que, dans un espace/temps donné, si l’on ne place pas les éléments les plus importants en premier il n’y aura plus de place pour les faire rentrer. À vous, donc, de déterminer quels sont les « gros cailloux » de votre vie et de leur trouver une place de choix dans votre temps.


Chapitre 9 – Le temps du nouveau siècle.

Avec l’avènement du nouveau siècle, s’annoncent les progrès fulgurants, de la technologie bien sûr, mais aussi, et surtout, de ceux de la biologie et de la sphère politico-économique. Les changements qu’ils nous promettent auront le visage du mieux-être, ou celui de l’aliénation, selon l’usage que nous en feront.

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Nos vies s’allongent, nous serons vieux plus longtemps et sans doute en bonne forme. La question se pose alors de ce que nous ferons de ce temps de sursis au bout de notre « vie active ». Que mettrons-nous, dans nos temps personnels, qui nous comble et nous enrichisse ? Des loisirs ? Encore du travail ? Prenons, déjà, le temps d’y penser.

Au travail, les perspectives sont plus sombres, les « zones de haute tension » s’étendent. Stress et urgence sont devenus la norme. Partout, le chômage et la mondialisation transforment les employés et les entrepreneurs en compétiteurs acharnés.

Grace aux nouvelles technologies, nous avons plus d’information et d’interactions que nous pouvons en traiter et en intégrer. La réduction du temps de travail s’est dévoyée de son but initial et les embauches supplémentaires espérées se sont muées en cadence infernale pour tous les employés en poste. Nous vivons désormais au règne de la rapidité, il nous faudra forcément l’apprivoiser, et veiller à ne pas confondre vitesse et précipitation pour s’inventer un monde vivable.

Pour cela, il apparaît que la bataille la plus importante du nouveau siècle sera bien celle de la maîtrise du temps, avec tout ce que cela induit de réflexion, de responsabilité et de discernement. Or, notre rapport au temps ne sort pas indemne de sa confrontation avec la technologie.

Le cas du téléphone portable, outil par excellence de la facilité et de l’impatience, en est un exemple flagrant. Contre la prévoyance, la distanciation et la réflexion, il oppose l’improvisation, l’addiction et la futilité. Mais pas seulement. À l’instar de l’ordinateur, qui s’emporte, et importe le bureau à la maison au risque de dévorer l’intime, le portable nous rend d’inestimables services. Il nous fait gagner du temps et facilite nos échanges comme jamais auparavant. Comme l’ordinateur, le portable, parce qu’il est portable, devient un prolongement de nous-même, pourtant, il reste un outil. Un outil dont nous avons l’usage et, en principe, la maîtrise.

La maîtrise ne se limite pas à la dextérité des doigts sur les touches ou à l’aisance de notre surf, elle s’applique aussi à notre perméabilité aux influences, à l’addiction. Car la révolution numérique a commencé et, par les fantastiques pouvoirs qu’elle nous donne, elle nous rend déjà dépendants ou presque. Bientôt, les yeux rivés à nos écrans de télé, ou d’ordinateur, du matin au soir, nous devrons lutter pour retrouver le réel, écouter les besoins de nos corps et ne pas nous couper des relations directes.

Cette emprise, c’est surtout celle d’un système, l’univers fantastique d’Internet. Fenêtre hypnotique sur le monde, Internet n’a pas fini d’évoluer et de nous rapprocher du futur. Mais, là, dans le présent de ce début de siècle, la navigation sur le net est encore longue et incertaine. Il nous faudra du temps pour apprendre à glisser aisément sur ses vagues, et à se méfier du courant. Difficile mais passionnant voyage.

La tendance est aux temps qui se mélangent. D’un côté les horaires de travail « flexibles » s’insinuent entre nos temps libres (horaires décalés, heures supplémentaires), dans nos temps de loisirs (travail le dimanche) et compromettent nos projets (emplois précaires). Et de l’autre côté, avec le télétravail, nos temps personnels perdent leurs frontières, l’alternance de nos temps de travail et de nos temps intimes est laissée à notre libre-arbitre.

Les clivages traditionnels entre les « sachant-possédant » et les autres demeurent, Mais L’hégémonie du temps rapide renverse un peu les rôles. Les privilégiés du XXIe siècle ont de nouveaux attributs de nouvelles compétences. Grace aux nouvelles technologies, les plus jeunes, qui sont nés avec, mènent la danse. Ils manient le clavier plus vite que leur ombre et ont intégré la mondialisation dans leur fonctionnement quotidien et dans leur projet de vie.

N’oublions pas que la maîtrise du temps, dans tout ce qu’elle invoque de conscience et de responsabilité, est un pré-requis salutaire au bon usage de la technologie. Avec ce garde-fou, l’auteur nous invite à suivre les trois principes qu’il applique pour vivre avec son temps, tout en en restant maître :

– S’équiper facile et fonctionnel pour l’usage que l’on en a.

– Ne pas céder trop vite aux sirènes de la nouveauté, prendre le temps de choisir et de comparer les équipements avant d’acheter, le progrès se bonifie avec l’épreuve.

– Ne pas forcément renier ses bonnes vielles habitudes sous-prétexte de technologie, si vos méthodes manuelles vous donnent toute satisfaction, gardez-les, jusqu’à ce que vous trouviez mieux.


Conclusion – L’art du temps

Le choix de « l’Art du Temps », comme titre de l’ouvrage, n’est, évidemment, pas le fruit du hasard. Premiers théoriciens de l’art, les Grecs de l’antiquité retenaient cinq éléments pour qualifier une œuvre d’art : ordre, équilibre, contraste, unité, harmonie. Intemporels, ces attributs peuvent s’appliquer au temps et « faire que le résultat soit bien notre œuvre ».

Ainsi, rapporté au temps, l’ordre qualifie le temps organisé, l’équilibre la juste répartition de nos multiples temps de vie, le contraste désigne leur alternance, l’unité les reconnait comme un système ou chaque temps se nourrit de l’autre, quant à l’harmonie, elle ne se décrit pas, elle s’éprouve, « c’est à la fois la preuve de la maîtrise et sa récompense ». Ce que promet l’art du temps, c’est la réalisation créative de soi et celle de ses projets.

Au-delà des conseils pratiques, ce livre à surtout pour objectif de « nous aider à intérioriser les règles, le flux et la valeur de notre temps ». Sur notre chemin de maîtrise, l’art du temps nous guide, pas à pas, vers l’art de vivre.

 

Conclusion sur “Le nouvel art du Temps” par Catherine Billet

 

Bien plus qu’une méthode pratique, ce livre est un guide « philosophique » qui nous rappelle le sens profond et le but ultime de la maîtrise du temps : mieux vivre.
Ceux qui en attendent des recettes toutes faites à appliquer seront déçus. Et c’est tant mieux, car ils y trouveront davantage : une analyse de l’évolution du siècle qui reste pertinente aujourd’hui, un regard sans complaisance sur nos propres contradictions et de quoi pousser plus loin sa propre réflexion pour trouver ses propres remèdes.

Écrit en 2000, ce livre date un peu dans ses références, mais n’a rien perdu de sa pertinence et il nous percute toujours les neurones pour nous pousser à la réflexion. Le cri du cœur de Jean-Louis Servan-Schreiber résonne sur notre actualité comme un écho lointain et prémonitoire. En 13 ans, nous n’avons rien compris, rien résolu des problèmes du temps. Comme pour l’écologie ou les inégalités sociales, nous n’avons pas voulu croire aux évidences, pas pris le risque du changement et le problème s’est aggravé. Le temps nous manque toujours (de plus en plus), et nous le maîtrisons si mal (de plus en plus), que nous pensons sérieusement faire travailler plus longtemps les vieux pour payer le chômage des jeunes.

Mais, si j’en reste là de ma critique, je tombe, à mon tour, dans ce qui me semble être le travers du livre : la vision unilatérale, et un peu “cliché”, de nos utilisations du temps. Bien sûr, le livre a une fonction d’alerte et l’auteur y parle de notre « mal au temps », mettre l’accent sur ce qui coince est donc légitime et nécessaire. Mais il y a des images “à faire peur” un peu faciles, comme celles des drogués de l’écran ou des consommateurs zombies. Autre défaut (curieux pour un ouvrage sur l’organisation) : il est un peu “brouillon”, à mon goût, avec des allers et retours aléatoires sur certaines idées, que l’on trouve, du coup, un peu redondantes.

C’est un livre qui réclame son temps. Chaque chapitre suscite une nouvelle réflexion. Au fil de la lecture, j’ai été ainsi amenée à faire le point sur mes pratiques personnelles, sur ma propre perception du temps, sur mes temps fractionnés et leurs répercussions sur la qualité de ma vie, sur mes mauvaises habitudes, sur mon besoin, ou pas, de plus de temps et sur ma motivation à changer. J’ai bien conscience que l’intégration des concepts, la maturation et la décision d’agir, la mise au point de mes stratégies personnelles et « l’entrée en maîtrise », nécessiteront aussi, comme indiqué dans le livre, le temps de leur accomplissement. Le lire sérieusement est une première mise en pratique.

C’est aussi un livre qui invite au débat, car, puisqu’il interpelle, on en parle autour de soi et l’échange est toujours fructueux. Donc, bienvenue à vous dans la danse !

Ce que j’ai retenu de ce livre, n’est finalement pas original, pas nouveau, mais c’est essentiel (et il est bon de se le répéter) : le temps perdu ne se rattrape pas. Notre capacité à mieux vivre dépend de l’usage que nous faisons de notre temps. Être maître de son temps, c’est être maître de sa vie.

 

Points forts :

  • Relève les questions de fond essentielles derrière un problème, apparemment pratique, d’organisation.
  • Plus utile qu’un livre de recettes, il nous amène à nous poser, pour nous-même, les vraies questions.
  • Sincérité et spontanéité dans le ton, on perçoit bien l’homme derrière ses idées.
  • Le fait que, 13 ans après, l’analyse du problème soit toujours d’actualité, et toujours aussi pertinente, nous secoue la conscience et nous alerte sur l’urgence d’agir.

 

Points faibles :

  • Certains clichés, qui montrent une vision un peu réductrice des choses.
  • Redites, allers-retours, entre des idées similaires, qui donnent une impression de déjà-lu.
  • Des« accroches » frustrantes, qui nous laissent espérer une réponse pratique, alors que nous trouvons plutôt le « quoi faire », que le « comment faire ».
  • Quelques idées manquent d’approfondissement (mais le thème est tellement vaste à explorer…).

 

La note de Catherine Billet :                

Avez-vous lu le livre?  Combien le notez-vous?

Médiocre - Aucun intérêtPassable - Un ou deux passages intéressantsMoyen - Quelques bonnes idéesBon - A changé ma vie sur un aspect bien précis !Très bon - A complètement changé ma vie ! (1 votes, moyenne: 5,00 out of 5)

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Crédits photos : “Courir après le temps” / “S’offrir du temps”

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3 Commentaires pour :

Le nouvel art du temps

  • Cédric Watine

    26 Juil 2013 à 08:28

    Personnellement, j’ai préféré son premier sur le sujet “l’art du temps”. À la fois plus simple et plus concret, finalement.

    Répondre



    • Nadège

      26 Juil 2013 à 11:17

      J’ajouterai que le temps est une émotion. En fonction de l’émotion ressentie, le temps paraît très long ou très court. Donc, plus on maîtrise ses émotions, plus on arrive à gérer son temps.
      La plupart des gens se focalisent sur les actions, toujours plus nombreuses, qu’ils “doivent faire”. Changer de vocabulaire (“je veux faire”) et se focaliser sur le résultat et sur la raison pour laquelle on fait les choses, permet de diminuer le stress.
      Enfin, la comparaison à la nourriture et le chapitre neuf renvoient à un phénomène déjà bien décrit et étudié : l’infobésité. Je viens d’ailleurs de chroniquer un livre sur le sujet sur mon blog (conseils-infodoc.fr/infobesite-comprendre-et-maitriser-la-deferlante-d-informations/)

      Répondre




      • […] On perd son temps de deux manières : soit on nous le vole, soit on le laisse s’écouler par négligence – ce qui est encore plus grave. […]

        Répondre









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        Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.