Lettres à Lucilius

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Phrase-résumée des “Lettres à Lucilius” de Sénèque : condamné à se suicider, le philosophe stoïcien Sénèque écrit à son ami Lucilius pour lui apprendre à trouver et à cultiver le bonheur en lui-même, indépendamment des circonstances, qui sont susceptibles de reprendre ce qu’elles donnent.

Par Sénèque, 65 après J.-C., 112 pages

Note : cette chronique est une chronique invitée, proposée par Romain Treffel, du site 1000 idées de culture générale

Chronique et résumé des Lettres à Lucilius de Sénèque

Note : Choix de 24 lettres sélectionnées par l’éditeur Mille et Une Nuits dans cette traduction de Cyril Morana, sur les 124 lettres initiales. J’ai préféré chroniquer cette sélection de 24 lettres parce qu’elle est plus accessible et qu’elle contient l’essentiel du message de développement personnel de Sénèque.

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Et s’il ne tenait qu’à nous d’être heureux ?

Et si tout était déjà là, en nous-mêmes, pour vivre une existence suprêmement paisible, à l’abri des coups du sort ?

C’est le message de Sénèque, un homme que la maladie, les revers politiques et les menaces de mort ont contraint à développer une résistance exceptionnelle.

Conseiller de l’empereur romain Néron après en avoir été le précepteur, il tombe en disgrâce en 62. Il demande la permission de se retirer totalement de la vie politique – en vain, car sa présence est requise pour conserver l’appui des sénateurs.

Après qu’un complot contre l’empereur échoue en 65, un des coupables affirme que le philosophe était indirectement favorable à l’entreprise. L’intéressé nie, mais ne convainc pas son ancien élève, qui lui ordonne alors de mourir.

Sénèque écrit les Lettres à Lucilius pendant les quelques mois qui précèdent son suicide contraint.

Cette situation donne à sa parole une profondeur inédite.

Il s’adresse à Lucilius, un ami de longue date, un homme d’origine modeste qui s’est élevé jusqu’aux plus hautes fonctions politiques, pour l’encourager à mener une vie philosophique selon les principes du stoïcisme. Il l’enjoint à développer son âme, c’est-à-dire son « intérieur » plutôt que son extérieur, pour modifier son rapport à la réalité.

Comptant parmi les livres de philosophie les plus lus, les Lettres à Lucilius rentrent donc aussi dans la catégorie « développement personnel ». Tim Ferriss, qui les relit régulièrement, les a même éditées en un livre audio, The Tao of Seneca.

Qu’ont-elles de si particulier ?

Elles bonifient l’existence.

Instantanément, et durablement.

Lettre 1 – Que faire de son temps ?

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On perd son temps de deux manières : soit on nous le vole, soit on le laisse s’écouler par négligence – ce qui est encore plus grave.

« Réfléchis bien, demande Sénèque, et tu verras que la majeure partie de l’existence se passe à mal faire, une grande part à ne rien faire, et la totalité à faire tout autre chose que ce qu’il faudrait. »

L’homme ne connaît pas « le prix du temps » alors que c’est la seule valeur qui existe pour lui[1].

Il pense qu’il « a le temps » ; la mort lui semble loin, mais en réalité il meurt un peu chaque jour.

Le philosophe invite donc son disciple à vivre pleinement chaque instant :

« En étant maître du présent, tu dépendras moins de l’avenir. À force de remettre à plus tard, la vie passe ».

Lui-même n’est pas parfait, reconnaît-il ; il perd aussi son temps. Seulement, il en a conscience, et il s’accommode avec bonheur de ce qu’il lui reste à vivre.

Lettre 2 – À propos des voyages, de la lecture, et de ce qui est vraiment nécessaire

Sénèque se satisfait de l’équilibre de l’âme de Lucilius, qui transparaît dans son confort psychologique, mais il l’invite à ne pas se contenter de la surface des choses, à approfondir sa relation aux hommes et aux idées.

En particulier, il lui recommande de ne pas s’intéresser de manière superficielle à une grande diversité d’auteurs, ce qu’il compare à des voyages incessants :

« Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami. Il arrive fatalement la même chose à celui qui néglige de lier commerce avec un auteur favori pour jeter en courant un coup d’œil sur tous à la fois ».

Il faut choisir quelques grands écrivains – pas forcément dans la doctrine que l’on suit[2] – et laisser leur génie panser l’âme.

Rituel de Sénèque : lire seulement quelques pages par jour et y sélectionner une unique formule à méditer au cours de la journée.

Ce rapport à la lecture illustre la définition stoïcienne de la richesse. Pour être riche, on doit 1° avoir au moins le nécessaire, et 2° se satisfaire de ce que l’on a.

La pauvreté, c’est surtout l’absence de contentement :

« Qu’importe combien cet homme possède en banque ou dans ses greniers, ce qu’il engraisse de troupeaux, ce qu’il touche comme intérêts, s’il dévore en espoir le bien d’autrui, s’il suppute non ce qu’il a acquis mais ce qu’il voudrait acquérir ! »

Lettre 3 – Bien choisir ses amis

Sénèque s’étonne que Lucilius ait transmis son courrier à un « ami » auquel il souhaite néanmoins en dissimuler le contenu. Un véritable ami ne mériterait pas cette défiance.

Comment définir un ami ?

On a autant confiance en lui qu’en soi-même.

« Délibère sur tout avec l’homme de ton choix, mais avant cela, n’omets pas de délibérer sur lui avec toi-même. […] Réfléchis longtemps sur l’adoption d’un ami ; une fois décidé, ouvre toute ton âme pour le recevoir ; parle aussi hardiment devant lui qu’à toi-même. »

L’idéal serait la transparence totale : tout dire et tout assumer ; seulement, l’usage veut qu’on garde certaines choses pour soi.

Ces choses, c’est à l’ami qu’il faut les confier.

C’est le moyen de fuir les deux extrêmes, l’excès de celui qui se livre au tout-venant, et l’inverse, l’incapacité à partager sa pensée.

Sénèque termine cette lettre en rappelant à Lucilius sa doctrine de l’action. Il ne faut pas confondre l’activité et le tracas, le repos et le moindre effort. Tout est, encore une fois, affaire d’équilibre – entre l’action, d’une part, et l’oisiveté, d’autre part.

Lettre 5 – Faut-il faire comme tout le monde ?

Sénèque félicite Lucilius de ses efforts quotidiens pour devenir meilleur, mais il lui demande de le faire vraiment pour lui-même, sans chercher à en donner la preuve autour de lui.

Tel est le paradoxe de l’inspiration : on n’est jamais aussi inspirant que lorsqu’on ne cherche pas à l’être.

Il ne faut pas se distinguer pour se distinguer ni se conformer pour se conformer. La sincérité de comportement se trouve dans le juste milieu, dans la tempérance. Si on associe volontiers la sagesse à l’ascétisme, la philosophie n’est pas la torture.

Au contraire, elle reconnaît la valeur des plaisirs simples :

« Il faudrait être fou pour fuir les plaisirs les plus simples et les plus accessibles ».

Sénèque voit de la faiblesse morale aussi bien chez l’homme que le luxe impressionne que chez celui qu’il rebute.

Quel est le bon rapport à la richesse ?

On doit « se servir d’argenterie comme si c’était de l’argile ».

Lettre 7 – Il faut fuir la foule et sa cruauté

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Sénèque n’y va pas par quatre chemins :

« La fréquentation du monde et de la foule est à bannir ».

Le problème, c’est qu’elle nous attache aux biens éphémères – l’argent, l’ambition, le prestige, etc. – tout en nous ramollissant. Le maître avoue qu’il est lui-même encore sensible à cet effet. C’est par exemple l’influence de la foule qui banalise la cruauté des combats de gladiateurs, cette « boucherie », fait-il remarquer en visant indirectement Néron.

La contagion des opinions et des désirs est irrépressible. Les esprits tendres se rangent aisément à l’avis de la foule, et les esprits les plus vertueux finissent par craquer. Socrate lui-même n’aurait pas résisté à la pression populaire.

« Un seul exemple de prodigalité ou d’avarice fait beaucoup de mal ; s’attabler en compagnie d’un gourmet peu à peu nous effémine et nous amollit ; le voisinage d’un riche irrite la cupidité ; l’envie se communique même au cœur le plus pur et le plus franc ; que penses-tu qu’il arrive de tes mœurs en butte aux assauts de toute une foule ? »

Seules les influences personnelles positives sont dignes d’être acceptées et cultivées : « Recueille-toi en toi-même, autant que possible ; fréquente ceux qui te rendront meilleur, reçois ceux que tu peux rendre tels ».

On n’apprend pas pour briller à l’extérieur, mais uniquement au-dedans de soi-même.

Lettre 8 – La sagesse est le fruit d’un travail sur soi

Sénèque reste très actif dans sa retraite. Il travaille tard le soir et s’endort même à la tâche. Il suit le précepte stoïcien selon lequel la mort doit nous surprendre en pleine action.

Ainsi, Sénèque recommande à Lucilius de ne pas se laisser séduire par une gloire facile : il doit rester constant quels que soient les « présents de la Fortune ».

Quelle règle suivre pour cela ?

Se contenter du strict nécessaire :

« Un plan de vie aussi profitable au physique qu’au moral et qu’il faut garder, c’est de n’accorder au corps que le strict nécessaire à la bonne santé. Il le faut durement traiter, de peur qu’il n’obéisse mal à l’esprit ; manger doit seulement apaiser la faim, boire étancher la soif, le vêtement garantir du froid, le logement abriter contre l’inclémence des saisons. Qu’il soit construit de gazon ou de marbre étranger, coloré de nuances diverses, peu importe : sachez tous qu’on est aussi bien à couvert sous le chaume que sous l’or. »

…sauf en ce qui concerne le développement de l’âme :

« Dites-vous bien que dans l’homme rien n’est admirable que l’âme, que pour une âme grande rien n’est grand. »

Sénèque vit certes en retrait de la société, mais son effort philosophique est plus utile qu’un effort politique – il sera profitable à la postérité.

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Le maître termine sa lettre en faisant une fois de plus référence à Épicure pour affirmer que « l’obéissance à la philosophie, c’est la liberté ».

Lettre 9 – Le sage a-t-il besoin d’amis ?

Lucilius demande à Sénèque si Épicure a eu raison de blâmer dans une de ses lettres ceux qui disent que le sage n’a pas besoin d’amis.

Étant donné que l’amitié est une vertu, lui répond d’abord le maître, on a bien besoin d’un ami pour la cultiver. Cependant, il ne faut pas confondre la véritable amitié avec l’amitié d’intérêt – les épreuves de l’existence feront la décantation des deux, à moins qu’on ne sache soi-même reconnaître le vrai ami.

Comment le reconnaître ?

Par le niveau d’engagement que la relation commande : on est capable de suivre le vrai ami en exil, de prendre des risques mortels pour lui.

Sénèque compare l’engagement de l’amitié authentique avec celui de la passion amoureuse.

Mais comment le concilier avec l’indépendance du sage ?

On peut se suffire pour le bonheur, mais pas pour la vie elle-même. Le sage obéit à la nature quand il se marie ; quand il devient père ; et de même quand il s’attache à des amis.

S’il veut même le plus grand nombre d’amis possible, il ne crée pas pour autant une relation de dépendance, car il recherche l’amitié pour elle-même.

Le bonheur demande d’être capable de se tenir compagnie à soi-même :

« Le vrai bonheur ne cherche pas à l’extérieur ses éléments : c’est en nous que nous le cultivons ; c’est de lui-même qu’il sort tout entier ».

Lettre 12 – De la vieillesse

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Sénèque a pris conscience de sa propre vieillesse en constatant celle de la villa de campagne qu’il avait bâtie de ses mains.

La dernière phase de la vie n’est pas la pire, parce qu’on y est désormais libre des passions, qui sont un peu les illusions de la jeunesse :

« Le grand charme de la vie est à son déclin, lorsqu’il n’est pas encore brutal ».

Et l’angoisse de la mort ?

La fin est toujours proche pour l’homme qui ne l’oublie pas, c’est pourquoi la vieillesse ne change rien à son rapport à la mort.

Sénèque compare la vie à des cercles concentriques : les jours, les mois, les années, les époques, etc. Cette image révèle qu’il y a un début et une fin dans chaque unité de temps, que la naissance et la mort sont un schéma qui se répète dans l’existence elle-même.

Ainsi, chaque nuit est comme une petite mort :

« Disposons donc chacune de nos journées comme si elle fermait la marche, comme si elle achevait et complétait notre vie ».

Rituel de Sénèque : au moment de se coucher, se dire à soi-même avec satisfaction, et même avec joie, qu’on a bien vécu jusque-là. « Le dieu nous accorde un lendemain, soyons heureux de le recevoir. On jouit pleinement et avec sécurité de soi-même lorsqu’on attend le lendemain sans inquiétude. Qui, le soir, dit : « J’ai vécu », peut dire le matin : « Je gagne une journée. » ».

Le maître termine sa lettre en se justifiant de citer Épicure : peu importe qui dit quoi, « les bonnes pensées appartiennent à tous ».

Lettre 16 – Pourquoi il faut faire de la philosophie un exercice quotidien

Sénèque conseille à Lucilius de ne pas être trop confiant dans ses progrès.

La foi en le pouvoir de la philosophie ne suffit pas, c’est l’entraînement quotidien qui est déterminant. La sagesse n’est pas dans les discours ; elle se mesure dans l’action, tout particulièrement dans les accidents qui jonchent l’existence.

La philosophie protège l’homme de la dureté du destin.

Elle seule permet de maîtriser le désir, que toutes les richesses du monde échoueront à éteindre. Elle nous recommande les désirs naturels, pourvus de limites, et elle nous met en garde contre ceux qui, ne l’étant pas, menacent de nous emprisonner dans leur logique de perpétuelle insatisfaction.

Lettre 23 – Le véritable bonheur

À quoi bon parler du temps qu’il fait ? À quoi bon se plaindre de la pluie ?

La sagesse, pour Sénèque, c’est de bien placer son bonheur, c’est-à-dire dans ce qui ne dépend pas de nous.

L’homme heureux ne vit pas dans l’espoir. Il méprise la mort ; il aide les pauvres. Également, il dompte sa sensualité et endure la souffrance. Il trouve son bonheur en lui-même.

On doit en particulier se méfier des plaisirs éphémères du corps, et ne lui accorder que le strict nécessaire.

L’existence a besoin de repères pour s’écouler dans le calme et la continuité :

« Ces hommes qui s’élancent de projets en projets, ou qui, même sans élan spontané, s’y laissent pousser par hasard, comment auraient-ils un sort fixe et durable, eux qui flottent, mobiles, sans repères ni point d’appui ? »

Le philosophe réitère son avertissement quant à l’influence délétère de la foule :

« La multitude, comme ces objets qui suivent le courant des fleuves, ne marche pas, mais est entraînée ».

Il faut savoir ce que l’on veut soi-même et persévérer.

Lettre 31 – N’écouter que soi, mépriser la fatigue

Dans L’Odyssée d’Homère, Ulysse bouche les oreilles de ses marins afin qu’ils ne se laissent pas séduire par le chant des sirènes.

L’homme en quête de sagesse doit adopter le même genre de stratégie, explique Sénèque : c’est surtout de ne pas écouter dont il a besoin, y compris ce qu’on lui souhaite du meilleur cœur.

« Il n’est qu’un bien qui donne et consolide la vie heureuse : être sûr de soi. »

Alors on reconnaît la valeur du travail et de l’exercice. Une fois sur le bon chemin, on devient capable de mépriser la fatigue, qui est même « l’aliment des âmes fortes ». Non seulement on ne refuse plus le travail, mais on le réclame.

L’homme éclairé dans cet art de vivre connaît le Bien et il possède la seule chose qui vaille, la seule qualité durable en comparaison de laquelle le statut social apparaît dans toute son artificialité : la droiture de l’âme.

Lettre 41 – La grandeur de l’homme : sa raison parfaite

La religion est inutile au bonheur :

« Il n’est pas besoin d’élever les mains vers le ciel, ni de soudoyer le gardien d’un temple ».

Encore une fois, la véritable valeur de l’homme est en lui-même, et aucune de ses possessions ne s’y ajoute.

« Qu’il ait de superbes esclaves, un palais magnifique, beaucoup de terrains ensemencés et de capitaux productifs, tout cela n’est pas en lui mais autour de lui. »

La valeur essentielle de l’homme échappe à l’échange ; on ne peut ni la donner ni la prendre. Elle réside dans la raison de son âme qui le fait vivre conformément à sa nature.

Lettre 50 – Reconnaître ses défauts, un premier pas vers la vertu

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En observant une folle amnésique, Sénèque a songé à sa propre folie.

Il faut prendre conscience de ses propres erreurs et défauts plutôt que de chercher des boucs émissaires.

Le mal, de même que le bien, est en l’homme lui-même :

« Notre mal ne vient pas du dehors, il est en nous ; il siège dans nos entrailles même. Et si nous en guérissons si mal, c’est tout bonnement parce que nous ne nous savons pas malades. »

Plus tôt on se met à se corriger, mieux c’est – mais il n’est jamais trop tard. La sagesse est un travail qui demande patience et longueur de temps.

Le philosophe en vient alors à définir la sagesse par la via negativa, la méthode consistant à progresser en retirant ce qui nuit.

Qu’est-ce que la vertu ? L’élimination des vices.

« Chez personne la sagesse n’a précédé l’erreur, chez tous la place est occupée d’avance. Apprendre les vertus n’est que désapprendre les vices. »

La philosophie est, en cela, comparable à la médecine, à la différence que son traitement est agréable.

Lettre 56 – De la vraie tranquillité et de l’impassibilité du sage

Toute valeur véritable est intérieure – le calme ne fait pas exception :

« À quoi bon le silence de tout un quartier si j’entends encore frémir mes passions ? »

Le repos, ce n’est pas le sommeil ; c’est le calme de l’âme.

Sénèque rappelle à Lucilius que la tranquillité n’est pas matérielle, mais spirituelle :

« Observe cet homme qui cherche le sommeil dans le silence de son vaste appartement : pour qu’aucun bruit n’effarouche son oreille, toute sa légion d’esclaves a été sommée de se taire ; ce n’est que sur la pointe des pieds que l’on s’approche de lui. Et néanmoins, il se tourne et se retourne dans son lit, cherchant à saisir à travers ses ennuis un demi-sommeil ; il n’entend rien mais il se plaint d’avoir entendu quelque chose. »

En cas d’insomnie, il est préférable de ne pas s’entêter à dormir, mieux vaut agir. L’ambition et les désirs susceptibles de troubler le sommeil ne sont jamais parfaitement éteints, on doit donc se méfier de leur retour.

En réalité, la sensibilité aux sons et aux imprévus révèle l’agitation de l’âme :

« Tu ne jouiras d’un calme parfait que si nulle clameur ne te touche plus, si aucune voix ne t’arrache à toi-même, qu’elle flatte, qu’elle menace, ou qu’elle assiège l’oreille de discours vains et de mensonges […]. »

Lettre 61 – Philosopher, c’est se préparer à mourir en acceptant l’inévitable

Avec l’âge, ce qui a le plus d’importance pour Sénèque est d’éviter ses anciennes erreurs[3].

Son rapport à la mort confère à sa vieillesse un certain charme :

« Prêt à partir, je profite mieux de la vie, étant donné que je ne m’inquiète pas trop du temps que durera ce plaisir. Avant de vieillir, j’ai songé à bien vivre, et dans ma vieillesse à bien mourir, mourir sans regrets. »

Il relie cet état d’esprit au refrain stoïcien sur la soumission à l’ordre naturel, à l’équivalence entre la liberté et le consentement :

« Se soumettre de bonne grâce au commandement, c’est échapper à ce que la servitude a de plus amer, qui est de faire ce que l’on ne voudrait point. Ce n’est pas d’exécuter un ordre qui nous rend malheureux, c’est de l’exécuter à contrecœur. Par conséquent, disposons notre âme à vouloir tout ce que le sort exigera, et surtout envisageons sans chagrin la fin de notre être. »

Il faut se préparer à mourir pour jouir de la vie. C’est ainsi qu’on élimine le sentiment de manque qui empoisonne l’existence.

« J’ai vécu, cher Lucilius, autant qu’il me fallait : j’attends la mort, rassasié de mes jours. »

Lettre 63 – Pourquoi il faut jouir d’un ami de son vivant plutôt que de pleurer sans mesure à sa mort : contre l’hypocrisie et la bêtise de l’affliction

Sénèque n’est pas d’accord avec le stoïcien Attale (qui lui a enseigné la philosophie) lorsqu’il dit que le souvenir des amis décédés a un goût amer. La mémoire en elle-même n’a aucune saveur ; c’est l’homme qui, sans le savoir, la lui donne.

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Il est bon de se souvenir des amis si on a pleinement joui de leur amitié.

« Cesse de mésinterpréter le don que te fit la Fortune. Elle a repris, mais elle avait donné. Jouissons pleinement de nos amis : qui sait pour combien de temps ils nous sont laissés ? »

Plutôt que de déplorer la perte d’un ami, il faut se consoler avec ceux qui restent, ou bien en chercher de nouveaux.

Le deuil doit être affaire de volonté, pas de lassitude : « Mieux vaut renoncer à ton chagrin que d’attendre qu’il renonce à toi ».

Lettre 70 – Au sujet du suicide

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Le temps passe comme la terre s’éloigne lorsqu’on prend la mer. Parfois le voyage est rapide ; parfois il est lent.

Mais ce n’est pas la durée qui importe :

« Ce n’est pas de vivre qui est désirable, c’est de vivre bien. Aussi le sage vit autant qu’il le doit, non autant qu’il le peut ».

Dès lors, l’important n’est pas quand on meurt, mais comment on a vécu, et comment on meurt.

Comment « bien » mourir ?

« Bien mourir, c’est nous soustraire au danger de mal vivre. »

Si la tranquillité de l’âme est menacée, le suicide est justifié.

Certains répliquent que « l’espoir fait vivre », qu’abandonner c’est toujours abandonner trop tôt.

Pour Sénèque, le suicide est au contraire le moyen de reprendre la main. Lorsque l’individu est impuissant face au destin, prisonnier de la nécessité, condamné à la servitude, il peut encore renverser la situation en redevenant maître de son propre sort.

On ne peut rien contre celui qui sait mourir.

Il ne faut cependant pas se suicider par crainte de la mort, par exemple quand on est condamné. Socrate a attendu 30 jours – alors qu’il aurait pu se laisser mourir de faim – pour que ses amis puissent encore passer du temps avec lui. En revanche, s’il était tombé gravement malade pendant cette période, le suicide aurait été justifié.

Étant donné qu’on meurt pour soi-même, on peut se suicider comme on veut :

« On doit rendre compte de sa vie aux autres, mais de sa mort, à soi seul. La meilleure est celle qu’on choisit. »

En pratique, il faut préférer une mort rapide et douce.

Sénèque s’oppose aux partisans de la mort « naturelle » – comme les pythagoriciens ou les chrétiens – qui avancent que seule la nature, ou Dieu, a le droit de mettre un terme à la vie. De son point de vue, le suicide relève de la liberté individuelle.

« Pour un seul moyen d’entrer dans la vie, il y en a mille d’en sortir. […] Le grand motif pour ne pas nous plaindre de la vie, c’est qu’elle ne retient personne. »

Le suicide est comparable, quelque part, à un acte médical : on se fait bien tirer le sang pour calmer un mal de tête, alors pourquoi ne pas arrêter le fonctionnement du corps pour faire cesser le trouble de l’âme ?

L’homme qui craint le suicide est comme un vieux locataire, trop attaché au lieu et à ses habitudes pour changer.

« Veux-tu être indépendant de ton corps ? Ne l’habite que comme un lieu de passage. »

La sagesse peut être vaine : on apprend à mépriser la douleur, mais la santé rend cette préparation inapplicable ; on anticipe la mort des amis, puis on meurt avant.

Se préparer à la mort sera forcément utile :

« Savoir mourir est la seule chose qu’un jour on exigera forcément de nous. »

Il n’est pas nécessaire d’être un grand homme comme Caton d’Utique[4] pour se suicider à bon escient. Le sage est certes d’autant plus apte au suicide qu’il a pensé sa mort, mais un homme ordinaire est tout à fait capable d’un seul effort généreux.

Il faut bien réfléchir à la manière de se libérer de la vie, parce qu’il y a de la grandeur dans un suicide réussi : « Il est inique de vivre de vol ; mais voler sa mort est sublime ».

Lettre 71 – Le vrai sage n’est pas un spéculatif mais un homme simple, honnête et courageux

Il faut vivre comme le peintre crée son tableau : aborder chaque partie, n’importe quelle décision, aussi insignifiante soit-elle, en gardant présente à l’esprit l’idée de l’ensemble.

Le hasard est certes prépondérant dans l’existence, mais il faut savoir ce que l’on veut :

« Qui ne sait pas vers quel port il doit tendre n’a pas de vent qui lui soit bon ».

Le bonheur est fondamentalement une question d’état d’esprit. L’honnêteté rend les maux supportables, elle peut même les transformer en biens.

La pure théorie est bien inutile à cet égard, prévient Sénèque.

Pour vivre selon la vertu, il faut accepter de déplaire et supporter le mépris. Le vrai bonheur est possible y compris dans la souffrance.

Seule compte, dans tout acte, la disposition de l’âme, car la vertu n’admet pas de compromis. Le bien de l’acte ne dépend pas des circonstances, seulement de la manière dont l’homme se rapporte à cet acte, dont il le vit intérieurement. Par exemple, un repas fastueux est un mal si on en jouit honteusement, tandis que la torture est un bien si on la supporte avec gloire.

« Qu’aussi heureux est l’homme qui porte l’adversité avec courage que celui qui use honnêtement de la prospérité ; aussi heureux le captif traîné devant un char, mais dont le cœur reste invincible, que le triomphateur lui-même. »

On doit donc voir autrement la dureté de l’existence :

« La diète est une peine pour l’intempérant ; le travail, un supplice pour le paresseux ; la continence désole le débauché ; et l’activité, l’homme qui n’y est point fait ; l’étude semble une torture à un esprit inappliqué ; de même les épreuves pour lesquelles nous sommes tous si faibles, nous les croyons dures et intolérables, oubliant que pour bien des hommes c’est un tourment d’être privés de vin ou réveillés au point du jour. Ces épreuves ne sont pas difficiles en elles-mêmes ; c’est nous qui sommes lâches et ramollis. »

Comme l’expérience de la réalité dépend de la manière dont l’homme s’y rapporte, il peut se rendre beaucoup plus résistant en endurcissant son esprit.

Sénèque définit le sage par la résistance :

« Il se tient droit, quelque charge qui lui incombe ; rien ne le rapetisse ; rien de ce que l’homme doit subir ne le rebute. S’il fond sur lui quelqu’un de ces maux qui peuvent fondre sur tous, il n’en murmure point. Il connaît sa force, il sait qu’elle répond à sa tâche. »

La raison le rend intrépide dans ses convictions. Il est fier dans l’adversité, plus attaché à sa constance qu’aux opportunités que lui présente le sort. S’il souffre bien physiquement, comme tout homme, dans l’adversité, son âme, elle, est hors d’atteinte.

La sagesse se définit en une seule phrase, mais elle ne donne ses fruits qu’avec le temps et beaucoup de pratique, comme certaines teintures n’imprègnent la laine qu’après un long et méthodique traitement.

On y progresse de manière irrégulière – parfois on régresse – donc il faut s’armer de courage et de persévérance.

Lettre 95 – La valeur de l’intention et la conviction en des dogmes moraux

Rien ne sert de donner des préceptes si l’esprit n’est pas prêt à les recevoir et à les mettre en application. Inversement, l’homme peut faire son devoir en ignorant qu’il le fait.

Il ne suffit pas de faire ce qu’indique le devoir, il faut encore le faire avec le sens du devoir. Par exemple, se présenter au chevet d’un ami malade n’est pas moral si c’est l’intérêt – comme celui lié à l’héritage – qui motive l’action.

L’homme doit agir selon des idées directrices :

« On doit se pénétrer de convictions qui dominent l’ensemble de la vie : je les appelle dogmes. […] Des conseils détachés sont trop peu pour ordonner et établir tout un système. […] Il faut se proposer un but de perfection vers lequel tendent nos efforts et qu’envisagent tous nos actes, toutes nos paroles, comme le navigateur a son étoile pour le diriger dans sa course. Vivre sans but, c’est vivre à l’aventure : si force est à l’homme de s’en proposer un, les dogmes deviennent nécessaires. »

Rien n’est plus honteux, par contraste, que l’homme indécis, hésitant, et timide.

Nées du raisonnement, les lignes directrices sont des portions de la vérité qui nous permettent d’être inflexible dans nos jugements, par exemple pour distinguer le juste de l’injuste.

Elles ne doivent pas plier devant l’opinion, afin que l’on apprécie chaque chose (pauvreté, richesses, gloire, ignominie, patrie, exil) selon nos propres valeurs.

Lettre 104 – Être toujours égal à soi-même, à l’exemple d’illustres aînés

C’est simplement la nature qui porte l’homme à chercher une vie honorable. Encore une fois, la souffrance et la mort n’affectent que les esprits naïfs et impréparés.

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Sénèque invite Lucilius à s’inspirer de 2 exemples :

  1. Socrate est resté constant, égal à lui-même en toutes circonstances, en dépit des grandes inégalités du sort ;
  2. le stoïcien Caton d’Utique n’est pas sorti du droit chemin malgré les pressions de César et de Pompée.

On craint cette « aventure » qu’est la vie parce qu’on ne s’y engage pas pleinement :

« Ce n’est point parce qu’elle est difficile que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas, qu’elle est difficile ».

Une vie digne de ce nom demande des sacrifices. Il faut refuser tant les voluptés, qui nous ramollissent, que la richesse, qui nous asservit.

« Sans sacrifice point de liberté ; et qui tient la liberté pour beaucoup doit tenir le reste pour bien peu. »

Lettre 107 – L’art nécessaire d’anticiper ; rien ne saurait nous étonner

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Lucilius se désole que ses esclaves se soient enfuis.

Or, Sénèque trouve cette réaction naïve : c’est le cours normal de l’existence, que parsèment les accidents.

« Tu es sujet, dans la vie, aux mêmes accidents qu’en un bain public, dans une foule, en voyage, les uns prémédités, les autres fortuits. Ce n’est pas une affaire de plaisir que la vie. »

On doit se préparer mentalement aux pires accidents, telle la trahison d’un ami qui conspire pour nous assassiner.

Il n’est pas possible de tout esquiver, mais on peut s’entraîner à résister :

« Éviter tant d’ennemis, tu ne le peux ; les braver est possible, et on les brave quand on y a songé souvent et tout prévu d’avance. On affronte plus hardiment le péril contre lequel on s’est longuement préparé ; et les plus dures atteintes, dès qu’on s’y attend, s’amortissent, comme les plus légères effrayent, si elles sont imprévues. »

La visualisation négative de Sénèque : « Tâchons qu’aucun imprévu ne le soit pour nous ; et comme tout mal dans sa nouveauté pèse davantage, tu devras à une méditation continuelle de n’être neuf pour aucun[5] ».

La fuite des esclaves de Lucilius est un accident de rien du tout. Ils auraient pu faire bien pire – répandre des rumeurs, le voler, l’empoisonner, le massacrer, etc.

La résistance commence avec une prise de conscience : les souffrances sont inhérentes à l’existence, elles sont partagées par tous les hommes.

« Imposons à notre âme la résignation, et payons sans gémir les tributs d’un être mortel. L’hiver amène le froid, gelons ; l’été revient avec sa canicule, endurons-la ; une fièvre malsaine attaque notre santé, sachons être malades. […] Ce que nous pouvons, c’est nous élever à cette hauteur d’âme, si digne de la vertu, qui souffre avec courage les coups du hasard et veut ce que veut la nature. »

Rien ne sert de s’étonner, encore moins de « quereller la nature », qui gouverne l’univers par le changement. La grandeur est, pour les stoïciens, dans l’abandon à l’ordre du monde.

Lettre 108 – Comment il convient d’écouter et de profiter des philosophes

Sénèque préfère l’échange privé entre un maître et un disciple à l’enseignement en classe.

Il compare la fréquentation d’un philosophe au bronzage (oui), qui améliore inconsciemment l’apparence (à son époque tout du moins) :

« De même, au sortir de chez un philosophe, quelque chose de lui nous suit nécessairement et nous profite, tout inattentifs que nous soyons ».

Ceux qui viennent écouter le sage pour goûter son éloquence ne sont pas ses véritables disciples, qui attendent une transformation intérieure du mode de vie prescrit dans le discours. Sénèque se souvient que c’était son état d’esprit au sortir des cours d’Attale, qui prônait le mépris des richesses et une forme de minimalisme.

Les hommes aiment écouter les préceptes, mais ils ne les appliquent pas.

Sénèque invite Lucilius à ne pas perdre de vue la vanité des choses matérielles ; à se répéter cette vérité, parce qu’elle a du mal à pénétrer dans l’âme.

Lui-même avait oublié les préceptes d’Attale en revenant dans le monde – ce n’est que plus tard qu’il les a réintégrés dans son mode de vie : plus d’huîtres ni de champignons, pas de parfum, plus de vin, de bains à étuves, etc.

En pratique, il calibre les règles qu’il suit en fonction des effets qu’il constate. Pour certaines choses, par exemple, il garde une mesure proche de l’abstinence si « le retranchement total coûte moins que l’usage modéré ».

Lettre 118 – De l’ambition et de la vanité de la vie des politiques

Il faut rester à l’écart de la politique et ne rien en attendre.

Plus généralement, c’est en ne courtisant rien ni personne qu’on atteint une parfaite indépendance à l’égard du sort.

Cette attitude se justifie d’autant plus qu’on surestime les bienfaits de la prospérité :

« Tu crois tel homme fort élevé, parce que tu rampes loin de lui ; mais ce point où il est parvenu est, ce lui semble, bien bas. […] Presque toujours le lointain nous abuse et nous l’admirons : grandeur est, pour le vulgaire, synonyme de bonheur. »

Lettre 122 – Des perversions et des vices : du contre nature

À quoi reconnaît-on un vice ?

Il fait violence à la nature.

Boire de l’alcool le ventre vide[6], ou réclamer des roses en hiver sont par exemple des désirs contre nature, typiques des hommes qui méprisent la simplicité de la routine populaire parce qu’ils veulent se distinguer. Pour Sénèque, de tels hommes sont déjà morts.

Ceux qui évaluent toute chose selon sa valeur sociale en perdent de vue les bienfaits réels :

« Ceux qui convoitent ou méprisent les choses selon qu’elles s’achètent plus ou moins cher, dédaignent la lumière qui ne coûte rien ».

En voulant susciter l’envie par l’originalité de leur luxe, « tous ces gens vivent à rebours ».

Il ne faut pas avoir peur de vivre comme tout le monde.

« Aussi, tenons donc, cher Lucilius, tenons le chemin que la Nature nous a tracé, et n’en dévions jamais. Là, tout nous est ouvert et facile ; s’obstiner contre elle, c’est proprement vivre comme ceux qui rament contre le courant. »

Conclusion sur “Lettres à Lucilius” de Sénèque :

Les Lettres à Lucilius sont, au moment où j’écris, le livre le plus important pour moi – et de loin – puisque c’est le seul que je fréquente sur une base régulière.

Je lis, sauf exception, une lettre chaque matin. C’est, pour l’instant, le meilleur moyen que j’ai trouvé pour vivre avec la conscience du temps qui passe et installer la journée qui commence dans la cohérence de la vie que je souhaite.

La clarté du propos et la simplicité des préceptes rendent facile d’intégrer cette lecture dans la routine quotidienne. Elles placent les Lettres à Lucilius à la frontière de la philosophie et du développement personnel.

Mais s’agit-il, au juste, d’une frontière, ou d’un territoire commun ?

Ce livre confirme une hypothèse personnelle : tout un pan de la philosophie n’est autre que l’ancêtre du développement personnel. Les Lettres sont un livre de philosophie, mais elles étaient un livre de développement personnel.

Et elles peuvent le redevenir, comme l’a compris Tim Ferriss.

Notre époque présente certaines similitudes avec celle qui a vu naître le stoïcisme, à la fin du IVe siècle avant J.-C., dans la Grèce antique. Nous sommes déçus – le terme est peut-être faible – par la politique, et la religion ne nous fournit plus la notice de l’existence. Peut-être sommes-nous perdus. Il nous manque quelque chose.

Je crois que la philosophie pratique stoïcienne peut retrouver aujourd’hui le rôle qu’elle a joué jadis, à Athènes puis à Rome. À voir l’engouement des Américains, c’est en bonne voie.

Et quel meilleur manuel que les Lettres à Lucilius ?

Elles font un puissant antidote à notre malaise.

Vous souffrez ? Alors, vous apprendrez à résister.

Vous perdez votre temps ? De cette façon, vous saurez le chérir.

Peut-être que vous vous sentez anesthésié par le confort moderne ? Vous retrouverez le sens de l’effort, le goût de la fatigue, et la transcendance de la douleur.

Mais surtout, vous arriverez à l’idée que le bonheur existe déjà : c’est le confort intérieur de l’âme.

Points forts :

  • Le message de Sénèque est d’une lucidité inouïe, ce qui résulte certainement des circonstances inédites de rédaction.
  • Les préceptes qu’il donne sont directement applicables après la lecture.
  • De nombreuses formules sont aussi belles qu’inspirantes.
  • Le style est simple et très clair.
  • Le format (lettres très courtes) offre une grande liberté au lecteur, qui peut avancer en picorant de temps en temps.

Points faibles :

  • Les quelques références à la doctrine stoïcienne peuvent rebuter l’initié comme le novice, qui ne lisent probablement pas les Lettres pour ça.
  • Certaines idées sont redondantes (mais c’est un défaut propre au format).

La note de Romain Treffel, de 1000 idées de culture générale :

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Ressources

[1] « Rien n’est à nous, Lucilius, seul le temps nous appartient. »

[2] Sénèque cite souvent Épicure, qui a pourtant fondé la doctrine concurrente du stoïcisme.

[3] Il s’agit toujours de la via negativa.

[4] Caton d’Utique (-95, -46) est un homme politique romain qui s’est suicidé après avoir échoué à résister à César.

[5] La traduction (« de n’être neuf pour aucun ») n’est pas terrible : j’écrirais plutôt « qu’aucun [mal] ne te surprenne ».

[6] Il était coutume, dans l’Antiquité romaine, de boire à la fin du repas.

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