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L’art de ne pas s’empoisonner la vie

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Résumé de “L’art de ne pas s’empoisonner la vie : un ouvrage pratique qui souhaite vous aider à vivre mieux, en étant plus fort émotionnellement ; que vous ayez déjà entendu parler de psychologie cognitive ou non, il est vivement conseillé de (re)partir à sa découverte en compagnie de Rafael Santandreu, ce vulgarisateur hors pair !

Rafael Santandreu, 2014, 287 pages.

Chronique et résumé de “L’art de ne pas s’empoisonner la vie” de Rafael Santandreu :

I — Les bases

Chapitre 1. Changer est possible

Robert Capa est un photographe : il a filmé le débarquement de Normandie durant la Seconde Guerre mondiale. Il a aimé des femmes, il a vécu intensément et il est mort à quarante et un ans. À l’opposé, Raúl a presque quarante ans et ne sort plus de chez lui depuis vingt ans.

Crises d’anxiété, stress, dépression : une vie gâchée par la panique. Mais voici ce que Rafael Santandreu annonce : vous pouvez apprendre à changer ! Vous pouvez tendre vers une vie aussi riche que celle de Robert Capa, et cela même si vos mauvaises habitudes sont déjà bien ancrées.

Autre exemple : María Luisa est actrice. Depuis plusieurs années, elle se rend au théâtre avec les pieds de plomb. Une fois la représentation terminée, elle se couche et ne se lève que pour entrer sur scène à nouveau. Elle consomme des drogues depuis longtemps et se sent seule. Une vie abîmée ! Comment agir ? En méditant sur votre caractère et en modifiant votre façon d’aborder les problèmes.

« Le caractère de chacun est fait de traits innés et d’une série d’apprentissages acquis au cours de l’enfance et de la jeunesse : c’est sur cette structure mentale que nous pouvons agir » affirme Santandreu dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie.

La thérapie cognitive est une méthode scientifique née dans la seconde moitié du XXe siècle. Pourtant, ses racines peuvent être trouvées dans la philosophie grecque et en particulier au stoïcisme. Elle est aujourd’hui utilisée par des milliers de praticiens partout dans le monde. Aaron Beck et Albert Ellis en sont les principaux instigateurs. Suivez leur pas et apprenez à vous rendre la vie plus facile.

Chapitre 2. Pense bien et tu te sentiras mieux

Santandreu remonte au philosophe Épictète pour exposer les principes de base de la thérapie cognitive. Face à l’adversité et aux brimades de son maître (Épictète était esclave dans la Rome antique), Épictète avait appris à dominer ses émotions par la force de sa pensée.

« Grâce à ce contrôle mental, malgré la douleur, la peine ou l’irritation ressenties, l’individu acquiert une confiance en lui-même qui lui permet de profiter des merveilleuses possibilités de la vie » (Rafael Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

En elles-mêmes, les choses ne nous causent pas de tort

Ce qui nous cause du tort, ce sont les jugements que nous portons sur elles. Telle est la leçon du stoïcisme qui retient l’attention de la thérapie cognitive. Pour le dire autrement, il n’y a pas de rapport direct entre un fait et une émotion.

Par exemple, si votre femme vous quitte (fait), la tristesse que vous ressentez (émotion) semble être une conséquence directe. Or ce n’est pas le cas. Vous êtes triste parce que vous associez ce fait à une interprétation (elle m’abandonne) et à un jugement négatif (« c’est terrible d’être abandonné »).

Combattre les idées négatives

Ce sont les idées négatives qui créent l’émotion et ce sont donc elles qui doivent être combattues. Comment ? En modifiant le dialogue intérieur avec soi-même, c’est-à-dire en transformant nos manières d’interpréter et de juger les événements qui nous arrivent.

Souvent, on a tendance à aller très loin dans les pensées négatives. Elles forment une chaîne de conséquences fâcheuses. On se dit : « si je rate cela, ce sera terrible, et ça entraînera une autre conséquence terrible ». Et on n’en finit pas ! Bref, on se pourrit la vie.

Oui, on s’empoisonne la vie à cause de croyances irrationnelles (les pensées négatives), qui se caractérisent par :

  • La fausseté (car elles procèdent par exagération) ;
  • L’inutilité (au lieu de le résoudre, elles empirent le problème) ;
  • La nocivité (car elles produisent un malaise émotionnel).

« La force émotionnelle, le dialogue intérieur positif, s’acquiert, en général, au cours de l’enfance […] Mais nous pouvons tous changer notre façon de penser, à n’importe quel âge et à n’importe quel moment de notre vie, pour acquérir une pensée positive et constructive » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Comment apprendre à contrôler ses émotions ?

Chapitre 3. Assez de drames !

Vous êtes trop grand(e), trop petit(e), mais est-ce que cela vous empêche vraiment d’être heureux ou heureuse ? Les défauts réels qui sont les vôtres, vous devez faire avec. Vous devez même apprendre à les aimer !

L’échelle d’évaluation

« Nous, les humains, sommes des machines à évaluer », dit l’auteur.

Pensez-y un instant : n’êtes-vous pas en train de jauger la qualité de ce que vous lisez ? C’est fou : nous attribuons une note « bon » ou « mauvais » à toute chose, à tout événement !

En ce moment même, vous êtes en train d’évaluer votre lecture (ou autre chose) sur une échelle que l’on pourrait résumer ainsi :

  1. Génial (le mieux)
  2. Très bien
  3. Bien
  4. Normal (neutre)
  5. Négatif
  6. Très négatif
  7. Terrible (le pire)

Les jugements négatifs (c’est affreux, horrible, négatif, très négatif, choisissez les termes que vous préférez ;)) vous poussent à penser que :

  • Vous ne pourrez pas (voire jamais !) trouver le bonheur ;
  • Ce qui vous arrive ne devrait jamais avoir (eu) lieu ;
  • C’est quelque chose que vous ne pouvez pas supporter.

La « terribilose »

Santandreu nomme ce type de vulnérabilité émotionnelle, qui vous amène à penser de cette manière négative : la « terribilose ».

Mais pensez-y. Est-ce qu’être gros, est-ce qu’avoir de petits seins, est-ce qu’être timide sont des choses si terribles ? Est-ce que vous ne pouvez vraiment pas être heureux ou heureuse avec vos défauts ?

« Les personnes mentalement fortes évitent de dramatiser les aspects potentiellement négatifs de leur vie. De là vient leur force. Elles sont convaincues que la plupart des événements négatifs ne sont ni “très négatifs” ni “terribles”. Cette intime conviction leur permet de rester sereines : c’est leur secret » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Comment faire évoluer vos évaluations ?

  • Utilisez des critères objectifs ;
  • Comparez à l’aide des normes justes et appropriées ;
  • Employez des critères ouverts sur le monde ;
  • Pensez en termes constructifs ;
  • Réveillez votre conscience philosophique.

Demandez-vous : « Dans quelle mesure ce qui m’est arrivé (ou pourrait m’arriver) m’empêche de me lancer dans des projets importants pour moi-même et pour les autres ? » Pensez-y de façon objective et constructive. Prenez des exemples, observez ce qui se passe autour de vous.

Retrouvez le philosophe qui sommeille en vous et regardez si vous pouvez toujours être en accord avec vous-même, même avec ce qu’il vous arrive. Cet exercice devrait vous permettre de faire passer un jugement « très négatif » ou « terrible » à un jugement simplement « négatif », que vous serez capable de traiter et de surmonter.

Chapitre 4. Préférences ou exigences ?

Notre univers intérieur est forgé d’idées profondément ancrées qui le structurent. Le problème, c’est qu’il s’agit souvent de croyances irrationnelles !

Trois croyances irrationnelles répandues

Il y en a un grand nombre, mais vous pouvez en retenir trois principales :

  • « Il faut que je sois performant, très performant même. »
  • « Les autres devraient toujours bien me traiter, en se montrant justes et respectueux. »
  • « Les choses doivent m’être favorables. »

Les exigences

Exigences ! Pur idéalisme ! Vous ne pouvez et ne pourrez jamais garantir que cela se passe ainsi. Vous êtes tel un enfant capricieux qui dit : « je veux ». Ces phrases, à l’inverse, témoignent d’une plus grande maturité :

  • « J’espère être performant aujourd’hui, mais je peux profiter de la journée sans cela. »
  • « Ce serait génial si tout le monde me traitait bien, mais je peux m’en passer. »
  • « Comme j’aimerais que les choses me soient favorables ! Mais il n’en sera pas toujours ainsi et je dois l’accepter. Je peux être heureux malgré tout. » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Voici des préférences et non des exigences. Ces dernières amplifient l’instabilité émotionnelle parce qu’elles créent une pression insupportable et inutile sur les autres et sur vous-même. Santandreu appelle cette manie de l’exigence la « nécessitose ».

La « nécessitose »

La personne atteinte de « nécessitose » pense que le monde, tel qu’il est, est insupportable. Trop de bouchons, trop peu de politesse, trop de mauvaises odeurs, etc. Les autres se comportent mal, vous manquent de respect. Bref, c’est vraiment insupportable, non ? Alors, comment descendre un peu de sa bulle et souffler ?

Eh bien, précisément, de cette façon : laissez tomber toutes ces croyances irrationnelles. Remplacez vos exigences par des préférences et accommodez-vous de la réalité telle qu’elle est : il y a pire qu’un bouchon ou qu’une insulte dans la vie, non ? Les choses sont ainsi, même si on les aimait parfois autrement. Ne prenez pas vos désirs pour des besoins.

« La psychologie cognitive nous apprend que, pour être heureux, il est important de savoir vivre ses désirs sans être enchaînés à eux, sachant qu’ils ne sont qu’un amusement, en aucun cas un besoin » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Amusez-vous

Chapitre 5. Le top ten des croyances irrationnelles

Santandreu propose sa propre liste de croyances irrationnelles en s’inspirant d’Albert Ellis, l’un des fondateurs de la psychologie cognitive dans les années 1950.

  1. Amour : partager sa vie avec quelqu’un est absolument nécessaire.
  2. Développement : développer (toutes) mes potentialités est une chose capitale.
  3. Respect : être respecté en public est quelque chose sans quoi je ne peux pas vivre.
  4. Richesse : devenir riche et/ou propriétaire d’un bien est le préalable au bonheur.
  5. Santé : être en excellente forme est fondamental pour vivre heureux.
  6. Famille : je ne peux pas me passer d’elle (ou de l’aider).
  7. Fidélité : elle est obligatoire.
  8. Intensité des émotions : c’est la seule chose qui rend la vie digne d’être vécue.
  9. Plus ! J’en veux (toujours) plus.
  10. Amitié : la compagnie des autres est absolument nécessaire.

Quel est le problème ? C’est qu’à chaque fois, il y a un « absolu », une nécessité, une exigence, un besoin. Il n’y a, bien sûr, aucun problème en soi avec la famille, l’amour et la santé. Ce sont des faits, des événements, des valeurs qui composent nos vies. Là où la croyance devient irrationnelle, c’est quand vous en faites une valeur absolument désirable, sans quoi le bonheur demeure à jamais inatteignable.

Et vous, quelle est votre liste ? Composez-là et cessez, vous aussi, de vous empoisonner la vie !

Chapitre 6. Obstacles à la thérapie

La psychologie cognitiviste ne cherche pas à vous rendre insensible ni à vous enlever tout sentiment de responsabilité à l’égard de vous-même ou des autres.

La psychologie cognitive, ce n’est pas le laisser-aller !

Pourtant, elle rejette l’idée selon laquelle il faudrait constamment s’inquiéter. C’est faux.

« Se préoccuper pour les choses de la vie est infructueux. La meilleure façon de trouver une solution à n’importe quel problème est de rester calme et, si possible, de le prendre du bon côté » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Laissez un peu la justice de côté

Une autre idée peut empêcher la thérapie, être facteur de résistance : l’idée que toute émotion ressentie est juste, correcte. À nouveau, c’est faux : certains sentiments ne nous conduisent qu’à notre perte. Et d’ailleurs, à la réflexion, ils sont exagérés et impropres.

À propos du Secret

Santandreu lance également une charge contre le livre Le Secret. Pour lui, ce livre maintient le public dans la superstition. Il fait croire que le succès de la réussite est le désir et son intensité. « Si je veux quelque chose toujours plus, alors je pourrai l’obtenir ». Mais cela est faux aussi : une volonté surdimensionnée est créatrice de besoins et d’exigences qui ne sont pas réalistes.

II — La méthode

Chapitre 7. La routine du débat

Progresser dans la thérapie cognitive est un peu comme apprendre une langue étrangère. D’abord, il faut comprendre, puis pratiquer jusqu’à ce que ces principes coulent de source dans nos actions. Pour transformer son dialogue intérieur et modifier positivement ses habitudes, il faut s’entraîner avec constance.

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Cet entraînement comporte trois phases :

  • Mettre au jour les croyances irrationnelles ;
  • Combattre les croyances irrationnelles ;
  • Établir la croyance rationnelle.

Mettre au jour les croyances irrationnelles

Le premier pas consiste à déceler ce qui, dans votre vie de tous les jours, crée un malaise émotionnel. Celui-ci s’exprime souvent comme quelque chose d’insupportable, comme un besoin ou une exigence.

Par exemple : « J’étais vraiment en colère parce que je me suis dit : C’est horrible que mon chef m’ait cassé comme ça public, sans raison. » Ou bien : « Je me suis sentie très mal ce week-end, parce que j’étais seule ; j’ai besoin d’amis pour être bien. »

Combattre les croyances irrationnelles

Le deuxième pas consiste à combattre les représentations trompeuses et les jugements négatifs à l’aide d’arguments qui démontrent leur caractère excessif et irrationnel. Penser de façon objective, comparer, être constructif, s’ouvrir au monde et s’éveiller à la philosophie sont de bons moyens de lutter contre les croyances irrationnelles.

Les trois stratégies suivantes pourront tout particulièrement vous aider.

  • L’argument comparatif : « Y a-t-il des personnes heureuses dans une situation analogue à la mienne ? » Oui !
  • Celui des possibilités : « Malgré l’épreuve que je traverse, pourrais-je réaliser des projets intéressants pour moi et pour les autres ? » Oui !
  • L’argument existentiel : « Qu’est-ce qui restera de mon problème dans cent ans ? » Pas grand-chose !

Trouvez des exemples positifs. Dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie, Santandreu utilise les exemples du physicien Stephen Hawking ou encore de Christopher Reeves, l’acteur de Superman. Malgré des handicaps importants, ces personnes ont réalisé des projets importants pour eux-mêmes et pour les autres. Ce peuvent être des guides dans votre apprentissage.

Établir la croyance rationnelle

Troisième et dernier pas : enraciner la croyance rationnelle et « antiterribilisante ». Il ne s’agit pas de supprimer toute émotion, mais de gérer les émotions négatives exagérées. Voici un exemple de croyance rationnelle fourni par Santandreu :

« J’aimerais avoir une fiancée, mais si je n’en ai pas cela ne m’empêchera pas de réaliser d’importants projets pour moi-même et pour les autres et je pourrai donc être heureux malgré tout. Si je n’ai jamais de fiancée, je vais rater un aspect intéressant de la vie, mais j’aurai de nombreuses autres occasions d’être heureux » (L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

La clé du succès est la persévérance

Peu à peu, il faut se convaincre des croyances rationnelles que vous formulerez. Santandreu propose de travailler tous les jours selon ce schéma en trois pas qu’il appelle « la routine du débat ».

Pour ce faire, il propose de compléter un tableau. Il permet de dialoguer avec soi-même et de remplacer les croyances fausses et néfastes par des croyances vraies et bénéfiques.

Routine du débat. Source : Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie.

Chapitre 8. Visualisations rationnelles

La visualisation est une exercice permet de réduire nos besoins. Il ne s’agit pas pour autant devenir un ascète, ne disposant de rien d’autre que de sa tunique ! Non, le but est simplement de relativiser le sentiment d’être dans le besoin.

Se projeter et se poser la bonne question

La méthode consiste d’abord à se projeter en imagination dans une situation difficile pour vous. Par exemple, si vous avez le sentiment que posséder beaucoup et être riche importe absolument, alors placez-vous mentalement dans la situation de quelqu’un de pauvre.

Ensuite, il faut se poser la bonne question : « Réussirais-je à être heureux en étant démuni ? Comment pourrais-je y parvenir ? »

Se convaincre

Si vous arrivez à vous convaincre que : « Oui, je peux être heureux avec peu », alors cet exercice aura combattu votre « nécessitose ». Quelles sont les croyances rationnelles qui auront été acquises à l’occasion de cet exercice ? Par exemple :

  • La sécurité matérielle est importante pour moi, mais je peux profiter de la vie sans cela ;
  • Je pourrais me sentir bien sans emploi, même si je préfère en avoir un ;
  • Il m’est possible de réaliser de belles choses pour les autres et pour moi-même, même si mon image s’est transformée.

Ces visualisations rationnelles rassurent. Avec un peu d’imagination, vous voyez que même démuni, vous pourriez parvenir à faire beaucoup de choses. Vous vous sentez mieux !

Bannissez « absolument » de votre vocabulaire

Rappelez-vous : vous n’avez pas absolument besoin des richesses, ni d’ailleurs d’amis, de confort ou de récompense. Ce sont des biens désirables, peut-être, mais pas nécessaires à votre bonheur. Voici une liste de biens qui peuvent participer à votre bonheur :

  • Amitié
  • Amour-passion
  • Sexe
  • Projets
  • Travail
  • Hobbies
  • Récompenses
  • Études
  • Voyages
  • Aide aux autres
  • Plaisirs de la table
  • Jeux
  • Repos
  • Confort
  • Etc.

La première erreur consiste à en vouloir un (ou plusieurs d’entre eux) absolument. La seconde erreur (plus grave), consiste à les vouloir tous, sans compromis. Votre bonne santé émotionnelle dépend de :

  • Votre capacité à comprendre qu’un seul de ces biens peut suffire à vous rendre heureux ;
  • Cette aptitude à accepter qu’un bien puisse parfois disparaître au profit d’un autre.

Apprenez à ne pas fétichiser vos désirs, et peut-être surtout les désirs artificiels liés à votre petit confort. Vous avez déjà tout pour réussir !

Chapitre 9. Réflexion existentielle

Pensez plutôt à votre mort ! Au moins, de temps en temps. Les bouddhistes, comme les philosophes stoïciens, avaient bien compris cela.

Pensez à la mort

« Pour employer le vocabulaire des bouddhistes, accepter la réalité du caractère éphémère de toute chose et le caractère inévitable de la mort […] est une attitude saine. Plus rien n’est grave à l’aune de la mort, qui relativise tout. Penser à sa propre mort est une bonne façon de mûrir et de s’apaiser, de gagner en force émotionnelle ». (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

C’est un fait objectif : vous allez mourir, c’est l’ordre des choses. L’art du bonheur consiste à s’imprégner de cette réalité sans la rejeter.

Vivez l'instant présent

Vivez l’instant présent

Dans les sociétés modernes, on fuit la mort, qui est devenue un tabou. C’est une erreur, c’est un idéalisme. Cette attitude nous coupe du caractère positif de la mort. Elle vous offre « une bonne dose de réalité » et vous permet de vivre l’instant présent avec plus d’intensité.

Chapitre 10. Modélisation

Une autre technique consiste à observer le comportement de personnes fortes. Prendre exemple sur des modèles de rationalité, de force émotionnelle, est un bon moyen d’apprendre à être rationnel et émotionnellement stable soi-même. Cette méthode s’appelle la modélisation.

Cela vaut dans le sport, en musique et dans toutes les disciplines qui requièrent un apprentissage. Cela est vrai aussi pour la psychologie cognitive.

Des exemples fameux

Santandreu cite Stephen Hawking et Christopher Reeve. Le premier a réussi une brillante carrière de physicien malgré une sclérose latérale amyotrophique (SLA). Le second a admirablement résisté à un accident l’ayant paralysé. Au lieu de se plaindre du fait qu’il ne pourrait plus être acteur (c’était lui le premier Superman à l’écran !), il a créé une fondation venant en aide aux personnes souffrant, comme lui, de SLA.

Et vous, qui sont vos modèles ?

Ce peuvent être des personnes de votre entourage aussi bien que des personnalités célèbres. Qui a admirablement résisté au coup du destin ? Faites une liste de ces personnes hors du commun, analysez leurs réactions et prenez exemple sur eux.

Qui est votre superman ?

III — Applications pratiques

Chapitre 11. Ne plus redouter la solitude (ni l’indécision)

Qu’est-ce que la solitude ?

Certains ont beaucoup de mal à supporter la solitude. Mais qu’est-ce, au fond ? Est-ce si terrible ? Si vous vivez en ville, il vous est possible de sortir et de rencontrer des gens : oui, c’est encore possible ! Vous êtes à la campagne ?

Pensez à ces bergers qui vivaient de longs mois seuls. Étaient-ils malheureux ? Non, ils profitaient simplement autrement de la vie. Il n’y a rien d’anormal ou d’horrible dans la solitude et l’ennui, si on y regarde d’un peu plus près.

De légèrement négative, la solitude peut même devenir une expérience positive de recentrage. Que voulez-vous réaliser de neuf ? Prenez le temps. Dans la solitude, vous pouvez vous octroyer ce temps de réflexion. Vous pouvez être tranquille, vous reposer, vous concentrer sur vos projets personnels.

L’ennui est-il si négatif ?

L’ennui aussi a ses côtés positifs : n’est-il pas au cœur de la dolce farniente italienne ? N’est-ce pas le creuset discret de la création ? Bien souvent, quand nous nous ennuyons, de nouvelles idées émergent, font surface. Profitez de ces moments creux, à l’aéroport ou ailleurs, pour laisser vagabonder votre esprit. Et si rien ne vient, ce n’est pas très grave : vous ne risquez rien de très méchant en vous ennuyant !

Décidez sans peur !

L’incapacité à se décider est un autre problème. Mais il procède d’une exagération similaire. Ici, ce qui est considéré comme horrible est l’erreur. Mais vous pouvez vous tromper ! Rien de très fâcheux ne se passera si vous vous trompez.

Vous ne mourrez probablement pas d’avoir tranché pour telle ou telle option. Apprenez à maîtriser l’appréhension des conséquences de vos actions.

Pour la personne névrotique, l’erreur est tout bonnement « insupportable ». Elle a l’impression qu’une erreur pourrait la faire mourir. En ce sens, elle est totalement hors-sol : elle plane dans ses élucubrations irrationnelles.

Comment la faire descendre ? Le conseil fourni dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie est le suivant : en parvenant, par le dialogue, à la convaincre qu’aucune des options (même la moins souhaitable) ne pourra réellement la mettre en danger.

N'ayez pas peur du ridicule

Chapitre 12. Dépasser la peur du ridicule

Le ridicule ne tue pas

La honte nous fait manquer des opportunités. Nous avons peur d’être méprisés ou tournés en ridicule. Si vous êtes névrotique (anxieux ou déprimé), ou simplement si vous voulez devenir plus fort émotionnellement parlant, alors il vaut mieux apprendre à limiter, voire à se passer de ce sentiment désagréable.

Deux voies cognitives s’offrent à vous.

  1. Se faire à l’idée que la honte ne tue pas (par exemple en faisant des exercices de mise en situation ou du théâtre).
  2. Transformer son jugement sur l’image sociale.

Attendre d’autrui la reconnaissance, le respect, l’estime, parce que vous auriez bien réussi, n’est pas si important. C’est en prenant conscience de cela que vous pourrez transformer votre jugement sur l’image sociale que vous véhiculez.

Cette voie est plus profonde que la première, parce qu’elle permet de prendre conscience que vous n’avez pas besoin d’être riche, élégant ou même intelligent pour avoir de la valeur.

Pourquoi ? Parce que ce qui compte vraiment, ce n’est pas votre image sociale, mais votre capacité à aimer, c’est-à-dire à percevoir les autres, tout autant que vous-même, comme des personnes parfaitement imparfaites, dignes d’amour.

Les insultes glissent sur vous

Les insultes ne pourront plus vous toucher, car elles n’en sont pas pour vous. Si quelqu’un vous traite d’incapable ou blâme votre laideur, que faire ? Eh bien, considérez que ces caractéristiques ne sont pas des phénomènes horribles. Vous pourriez très bien vivre en étant laid ou bête.

Dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie, Santandreu propose deux stratégies complémentaires :

  • se concentrer sur ses projets ;
  • ne pas se prendre trop au sérieux.

Vous n’avez pas « besoin » de l’approbation d’autrui pour agir. Être avec autrui doit rester un plaisir. En raisonnant calmement, vous parviendrez à vous dégager de ce prétendu besoin et à profiter plus pleinement de vos relations.

Chapitre 13. Améliorer les relations (y compris dans notre couple)

Aimez vos amis pour ce qu’ils sont

En lisant ce qui précède, vous aurez peut-être déjà compris de quoi il s’agit. La clé de la sérénité consiste à accepter l’autre tel qu’il est, en profitant de ce qu’il peut offrir et en faisant le deuil de ce qu’on voudrait qu’il soit.

L’actrice María Merlo a dit dans un livre : « Le secret pour avoir les meilleurs amis du monde est le suivant : il faut demander à chaque ami ce qu’il peut donner. Jamais ce qu’il ne peut pas donner » (cité par Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

La formule est simple et efficace. Ne pas se sentir indigné ni s’éloigner de l’ami ou du membre de la famille parce qu’il a agi dans un sens qui vous déplaît. S’il n’a pas agi comme vous l’attendiez, c’est parce qu’il a ses propres habitudes. Il ne vous a peut-être pas souhaité un bon anniversaire, mais il saura faire autre chose pour vous !

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Cela fonctionne à l’inverse : si vous n’êtes pas un bon cuisinier, inutile de venir vous demander de préparer un bon repas ! N’hésitez pas à refuser quelque chose que vous ne sentez pas. Vous ne pouvez pas tout donner. D’ailleurs, c’est mieux ainsi !

Et en couple, comment faire ? 

Un peu de la même façon : vous aimez votre partenaire pour ce qu’il est. Cette stratégie d’acceptation totale ne signifie pourtant pas que vous lui laissiez carte blanche ! Pour s’harmoniser au sein du couple, il est capital de communiquer de façon positive (en utilisant les techniques de la communication non violente).

Santandreu propose une réflexion qui contient deux volets :

  1. Éviter de se plaindre ;
  2. Faire des suggestions (plutôt que donner des ordres).

La plainte est trop souvent une exagération. « C’est insupportable que tu ne sortes pas les poubelles ». « Tu ne me satisfais pas sexuellement ».

À la place de cette agression, vous pouvez vous adresser à votre conjoint sur le mode de la suggestion : « J’aimerais que tu sortes les poubelles… mais je t’aime quand même » (acceptation totale) ou « J’aimerais qu’on essaie ceci ou cela… ». En faisant cela, vous dégonflez le problème et vous rendez le changement plus facile.

Chapitre 14. Contrôler les tempêtes (savoir calmer les autres)

Vous pouvez être face à des personnes qui « terribilisent ». Que faire ? Dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie, Santandreu propose plusieurs pistes : refuser le jugement d’autrui, rester à l’écart, aimer, faire de l’humour et manipuler l’absurde.

  • Refuser le jugement d’autrui est une première stratégie. Si l’on vous dit : « C’est terrible que tu ne sois pas encore marié(e) à ton âge », laissez ce jugement passer au-dessus de vous. Rappelez-vous que vous n’êtes pas inférieur(e) à l’autre, et cela, quelle que soit votre situation.
  • Ne pas entrer dans un dialogue de fou en est une autre. Dans une discussion entre amis, en famille ou dans le monde professionnel, il arrive que cela tourne mal. Certains se braquent et refusent d’entendre raison.
    Cela peut venir de vous : vous avez dit quelque chose de choquant sans vous en rendre compte et, d’un coup, la tempête se lève. Votre premier réflexe doit être de ne pas surenchérir.
  • Vous pouvez également rappeler à la personne offensée l’amour que vous lui portez. Ou le respect, si vous êtes dans un cadre professionnel ! Cette attitude affectueuse ou docile désarme la colère et rétablit potentiellement l’harmonie.
  • Utilisez aussi l’humour ! L’humour est un puissant antidote à la colère ou la frustration d’autrui. Ne soyez pas ironique ou sarcastique, ce qui pourrait empirer les choses. Non, contentez-vous de la ramener à la réalité par un peu de folie douce. Montrez-lui que vous êtes avec elle et que la situation n’a rien de si dramatique.
  • L’absurde est plus risqué, mais fonctionne aussi. Répondre « à côté de la plaque » permet, là aussi, de faire atterrir celui ou celle qui s’était emporté. D’un coup, le soufflé retombe : celui qui avait perdu la raison se trouve face à quelqu’un qui fait semblant de l’avoir perdu, lui aussi. Cet effet miroir est radical !

Séduisez-vote entourage

Chapitre 15. Influencer notre entourage

Séduisez et faites des suggestions !

En couple, vous pouvez faire des suggestions (voir le chapitre 13). Mais vous pouvez aussi séduire votre partenaire ! Cela vaut aussi dans d’autres sphères de la vie sociale.

« Lorsque nous voulons obtenir quelque chose des autres, je propose de dégainer nos armes de séduction. De convaincre au lieu de vouloir vaincre à tout prix. » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

En bon séducteur, vous pouvez convaincre l’autre personne de faire ce que vous souhaiteriez qu’il fasse (avec ou sans vous). Vous devez être prêt à ne pas réussir ; peu importe, l’important aura été d’essayer. Mais au moins, vous n’aurez pas tenté de vous imposer à l’autre de façon agressive, en « terribilisant » sur vos besoins.

Vous lui aurez simplement suggéré que vos désirs sont aussi les siens !

Le jeu avec les enfants

Lorsqu’on s’adresse à des enfants, le jeu permet de mettre en place une stratégie de séduction. Plutôt que de lui imposer de faire telle ou telle chose (manger proprement ou faire ses devoirs, par exemple), vous pouvez inventer un jeu qui tourne autour du respect de la norme. Vous transformez l’obligation en apprentissage ludique.

Si la personne ne fait jamais ce que vous désirez, même après avoir tenté de la convaincre, trouvez-vous que cette situation est injuste ? Par exemple, malgré vos suggestions répétées, votre conjoint n’a jamais sorti une seule fois les poubelles. C’est injuste ! Eh bien… Non. Ou, en tout cas, cela ne compte pas vraiment.

D’une part parce que, s’il ne le fait pas, c’est sans doute que, vraiment, ça lui coûte de le faire. Or vous l’aimez tel qu’il est. D’autre part, car le sentiment de justice peut avoir pour effet de « terribiliser » et de vous éloigner de l’harmonie recherchée. La justice est un bien surestimé aujourd’hui.

Chapitre 16. Couper court au stress au travail

Êtes-vous trop exigeant avec vous-même ?

Le stress est lié à un sentiment d’exigence très élevé à l’égard de soi-même. Il s’agit de l’incapacité à supporter ses défauts ou ses erreurs. Vous voulez absolument être à la hauteur et que tout soit parfait ? Redescendez. Vous vous rendez la vie impossible ! Ne craignez pas d’être incapable. Acceptez de faire une erreur de temps à autre.

« Imaginez un monde où le stress n’existe plus mais seulement la capacité à profiter de nos activités à notre rythme, dans la joie et la bonne humeur… Vous êtes sur le point de découvrir comment transformer ce rêve en réalité » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Quelques arguments pour vous convaincre de « redescendre »

Premièrement, demandez-vous ce que cela signifie pour vous d’être performant et efficace. Voulez-vous vraiment plus ? Ne vivez-vous pas déjà dans une société d’abondance ?

Le besoin irrationnel de vouloir toujours plus, toujours plus de biens de consommation, de reconnaissance sociale, nous épuise. C’est un fait sociologique. Résistez aux sirènes des publicitaires qui cherchent à vous convaincre que vous avez absolument besoin de ce nouveau produit !

Deuxièmement, rappelez-vous qu’il est bon d’être faillible. Dites-vous : « Je m’accepte avec mes limites, avec mes potentielles erreurs, conscient qu’en m’acceptant tel que je suis, en cessant d’exiger tant de la vie, je deviens meilleur, plus pacifique. » (L’art de ne pas s’empoisonner la vie)

Troisièmement, apprenez à vous occuper, mais pas à vous préoccuper. Le travail est une occupation qui vous permet de vous réaliser : ne le laissez pas devenir une obligation. Ne pas avoir de travail n’est pas « si terrible ». Vous pourrez vivre et même réaliser certains projets si vous arrêtez de faire un travail qui ne vous plaît pas.

En plus, vous serez un meilleur travailleur si vous travaillez par plaisir, avec joie et entrain !

Quatrièmement, apprivoisez la possibilité de l’échec. Utilisez la visualisation : imaginez-vous en train de réaliser une très mauvaise performance. Mais surtout, imaginez-vous que vous pourriez être bien, même si vous réalisiez la pire prestation de votre vie.

Chapitre 17. Savoir supporter la frustration

Pour être un adulte sain et actif, il faut savoir gérer la frustration.

« La tolérance à la frustration est une qualité essentielle pour bien vivre, comme nous le constatons au quotidien. Elle nous permet de mieux profiter de notre temps, sans nous empoisonner la vie avec les choses qui sont hors de notre portée » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Gérer la frustration, cela signifie cesser de se plaindre à la moindre contrariété. Dans la vie de tous les jours, vous rencontrerez bien des occasions d’être fâché ou désagréablement surpris. Mais de nouveau, pensez-y. Ces problèmes sont-ils réellement graves ?

Première stratégie

La première solution, la plus simple, consiste à considérer dès le départ que ces inconvénients font partie intégrante des choses de la vie.

Cela ne signifie pas se résigner, mais simplement comprendre que la vie suit son cours malgré votre volonté ; vous faites partie d’un monde qui vous dépasse et vous n’y pouvez rien. Comprendre cela permet aussi, par contraste, de savoir ce qui dépend vraiment de vous, à savoir le contrôle de vos émotions, de vos représentations et de vos jugements.

Deuxième stratégie

Une deuxième stratégie consiste à prendre conscience que ces obstacles n’ont pas le pouvoir de vous empêcher d’être heureux. Ils pourraient même, avec un peu de force émotionnelle, devenir des occasions de se réjouir ou au moins, de sourire !

En effet, utiliser l’humour est ici encore une bonne arme. Considérez-vous avec un peu de distance et regardez si vous ne pouvez pas rire de votre énervement : vraiment, ne pouvez-vous pas être heureux malgré ce problème qui vous tombe sur la tête ?

Troisième stratégie

Enfin, lorsqu’un pépin survient, vous pourriez aussi vous focaliser de toutes vos forces sur les choses et les personnes merveilleuses qui sont à votre portée — et à vos côtés ! N’oubliez pas que tout ne va pas tout le temps droit.

Quand quelque chose dérape, soutenez-vous à l’aide des autres piliers de votre existence. Et voyez que cela peut suffire à vous redonner le moral.

« Tous les râleurs ont été dans un passé plus ou moins lointain des jeunes gens délicieux » dit encore le psychologue. Alors, ne vous laissez pas gagner par cette mauvaise habitude qui assombrira peu à peu toute votre existence.

Libérez-vous des obligations

Chapitre 18. Se libérer des obligations

La famille peut attendre

Êtes-vous vraiment obligé d’aller à ce satané repas de Noël ? Devez-vous réellement participer à ce déménagement ? Vous pouvez aimer votre famille, vos amis, et pourtant ne pas accepter de tout faire avec eux, pour eux.

Une solution efficace consiste à leur proposer de faire autre chose, de les aider d’une autre manière, qui vous convient mieux. Non, décidément, vous n’êtes vraiment pas obligé de subir toutes ces obligations sociales !

Mais « l’argument décisif pour se libérer de toutes les obligations est la constatation que l’être humain a besoin de très peu pour vivre. En réalité, les membres de notre famille et nos amis n’ont pas besoin qu’on satisfasse leurs désirs pour vivre heureux. Ils n’ont donc pas de raison de se fâcher avec nous si nous n’en faisons rien » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Mais les personnes âgées ?

Nos parents vieillissants ? Ne devons-nous pas nous en occuper ? Même là, le thérapeute garde son point de vue : vos parents âgés ou handicapés n’ont pas fondamentalement besoin de vous. Ils pourraient très bien être heureux en se regroupant en association, en cherchant par eux-mêmes les ressources à leur bonheur.

Bien sûr, vous pouvez passer de merveilleux moments avec eux et vous pouvez les aider chaque fois qu’il vous plaira. Mais il n’y a là rien qui soit une obligation. Infantiliser nos aïeux, les laisser se convaincre qu’ils ont besoin de notre aide, est la pire des attitudes pour leur bien-être.

Aucune relation saine ne peut être fondée sur le sentiment d’obligation ou de pitié.

Autre exemple : vous êtes face à quelqu’un qui « terribilise » et qui se moie dans la tristesse ? Changez de sujet ! Vous le ramènerez à la raison plus tard. Vous ne pouvez ni ne devez raisonner quelqu’un qui, pris d’un chagrin d’amour, n’arrive pas à concevoir son état autrement que comme « horrible ».

Prenez patience, faites-vous discret et maintenez-vous à distance jusqu’à ce qu’il s’ouvre à vous et à la discussion.

Chapitre 19. Arrêter de se soucier de sa santé

La santé est un thème sensible. « Tant qu’on a la santé, tout va bien » entend-on souvent. Et pourtant, parmi les biens auxquels nous tenons, la santé est l’un des plus fragiles. Pourquoi tenir tant à quelque chose qu’on va perdre à coup sûr ? Assurément, il est bon de se maintenir en bonne forme physique, mais nous ne devons pas en faire dépendre notre bonheur.

« La maladie, la douleur et la mort font partie de la vie. Ce serait une erreur de les prendre pour des malheurs injustes qui gâchent notre bonheur. Il s’agit au contraire de processus naturels qui constituent de vraies difficultés certes, mais qui laissent la place à beaucoup de joie, d’amour et de fraternité […] » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Pouvez-vous être heureux en étant malade ?

Même face à une maladie incurable, vous pouvez profiter de la vie. Et c’est ce que savent beaucoup de malades, qui choisissent de jouir des derniers moments qui leur restent. Il est encore possible d’entreprendre d’aimer, de se soigner au mieux. Il est possible de se montrer fort en vous occupant de ce que vous avez à faire, sans vous préoccuper outre mesure de votre sort.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Trop gentil pour être heureux

En réalité, dit Santandreu :

« Nous allons tous mourir [et nous] savons même quand : il suffit de connaître l’âge moyen de mortalité et d’y soustraire notre âge pour connaître la date probable de notre mort » (L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

S’occuper des autres en étant malade

Une manière d’être heureux, malgré une maladie incurable, consisterait à dédier le peu de vie qui vous reste à prendre soin d’autrui. Non par obligation bien sûr, mais par choix, par goût de voir le sourire sur le visage d’un autre humain, petit ou grand.

« Une bonne manière de cesser de “souffrir” quand nous sommes malades est d’apprendre à relativiser, à ne pas nous prendre trop au sérieux, puisque nous ne sommes que des grains de sable dans l’univers » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Vous ne changerez sans doute pas le monde en aidant vos concitoyens, mais vous aurez contribué à l’harmonie du monde, plutôt qu’à sa dissolution. Cela pourra vous apaiser et limiter votre narcissisme.

Chapitre 20. Se concentrer sur un avenir réjouissant

Retour vers le futur

Une erreur typique consiste à vouloir ce qui n’est plus, créant par là un avenir impossible. Voici quelques exemples :

  • Si je retrouvais cet amour perdu et que nous nous remettions ensemble, je serais enfin heureux ;
  • Je reprendrais bien les études que j’ai abandonnées ; alors ma vie serait bien mieux ;
  • Si je retrouvais la jeunesse, ce serait vraiment le must !

La dernière est la pire de toutes, bien sûr, parce qu’elle est tout simplement impossible à réaliser. Ce qui s’est passé dans votre vie est passé. Le replacer dans un hypothétique futur n’y changera rien.

La clé du bonheur n’est pas dans les choses, ni même dans les relations que vous entretenez avec les personnes, mais dans la relation que vous entretenez avec vous-même.

Toutes les choses positives qui arrivent dans votre vie sont comme la cerise sur le gâteau : elles améliorent votre vie, mais ne font pas le bonheur (le gâteau, donc !) en lui-même. Plus besoin de chercher, vous avez déjà tout pour être heureux.

Les dix meilleures années de votre vie

Si vous y pensez, chaque époque vous a apporté son lot de bonheur et de malheur. Aucune époque n’était idéale. C’est au présent que vous vivez, et c’est au présent qu’il convient d’être heureux. C’est votre condition actuelle qui doit vous suffire pour profiter pleinement de la vie.

« Quel que soit leur âge, je conseille à mes patients d’adopter cette devise : “Les dix prochaines années seront les meilleures de ma vie.” De cette façon, ils se visualisent réalisant des choses passionnantes, profitant de la vie et appréciant ce qu’ils possèdent. À chaque étape de notre vie, nous pouvons nous fixer de nouveaux objectifs, de nouvelles possibilités » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

« Chaque jour est le premier jour du reste de ta vie » dit le dicton. C’est la même idée : vivez au présent en visualisant ce que vous pouvez faire à partir de qui vous êtes aujourd’hui.

Où que vous alliez, vous serez heureux

Santandreu insiste encore sur un point : il n’y a pas d’endroit dans le monde qui soit insupportable (à part peut-être quelques rares terres très inhospitalières). Il est possible de s’accoutumer en tout lieu et d’y trouver de la beauté. L’occasion de devenir poète ?

Peut-être… En effet, décrire le beau, là où il n’est pas évident de le voir, est le propre du poète. Celui-ci sait magnifier n’importe quel endroit :

« La terre de Soria est aride et froide

Sur les collines et les sierras pelées,

sur les vertes prairies, sur les coteaux de cendre

le printemps passe

laissant entre les herbes odorantes

les minuscules pâquerettes blanches. »

(Terres de Soria d’Antonio Machado, cité par Santandreu dans L’art de ne pas s’empoisonner la vie)

Chapitre 21. En finir avec les peurs

La peur, voilà peut-être l’ennemi le plus retors de la psychologie cognitive. Peur de l’inconnu, peur de se tromper, peur de s’exposer en public, peur de mourir… Mais aussi des peurs plus localisées, des phobies plus ou moins singulières : peur de prendre l’avion, peur des araignées, peur, peur !

Le crédo de la psychologie cognitive

Pour la psychologie cognitive, il n’y a aucune raison d’avoir peur, parce que :

  • Tout est déjà perdu (vous êtes mortel et vous mourrez bientôt) ;
  • Vous avez besoin de peu pour vivre (votre force émotionnelle vous suffit).

Les exercices cognitifs (visualisations, modélisation, méditation, etc.) et les arguments développés par la thérapie cognitive sont là pour vous convaincre de ne plus avoir peur.

Souvent, nous vivons cadenassés dans une véritable chaîne de peurs. La bonne nouvelle, c’est que s’attaquer à une peur permet de les combattre toutes. Ah oui, pourquoi ?

La cohérence des jugements

Parce que, lorsque vous cessez de « terribiliser » pour une chose (la peur de perdre votre emploi, par exemple), toutes vos autres évaluations vont, elles aussi, devenir plus rationnelles. Si perdre votre emploi n’est « pas très grave », alors perdre votre petit ami ne le sera pas non plus, et ainsi de suite.

« Pour la même raison, lorsqu’on tend à “terribiliser” et à aller vers la névrose, l’angoisse a tendance à se généraliser. C’est un effet de la logique évoquée ; nous déplaçons vers un extrême toutes nos évaluations négatives, dans tous les domaines de notre vie. C’est ainsi que tout devient insupportable aux yeux des névrosés […] » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Vaincre ses peurs : le jeu en vaut vraiment la chandelle, non ?

Ayez confiance en vous

Chapitre 22. Avoir une estime de soi correcte

Ce n’est pas un problème

Le psychologue cognitif considère qu’il n’est pas désirable d’acquérir une haute estime de soi. Une estime de soi normale suffit amplement. Pourquoi ?

  • Parce que, fondamentalement, tous les êtres humains ont la même valeur ;
  • Ce qui compte vraiment en chaque personne, c’est sa capacité à aimer.

« L’estime de soi cesse d’être un problème lorsque nous jugeons les autres selon ce critère de la capacité à aimer. Si nous continuons à les évaluer selon leurs aptitudes ou leurs caractéristiques — comme être riches, beaux, ingénieux ou dignes de confiance —, nous donnons de l’importance à des détails, à des considérations insignifiantes qui ne nous définissent pas comme êtres humains » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Évitez les montagnes russes de l’estime de soi : pour sortir du wagon, considérez que le jugement des autres ne peut pas vous toucher, dès lors qu’il se porte sur ces considérations inessentielles (votre richesse, votre beauté, etc.).

Complexes d’infériorité et de supériorité : même combat

Les jeux de l’inférieur et du supérieur participent de la même incapacité à se sentir l’égal d’autrui. On se sent moins bien qu’un autre (complexe d’infériorité), alors on s’invente un monde dans lequel on est meilleur (sentiment de supériorité).

Ce jeu infernal est une création de l’esprit. Et il est voué à l’échec, car il vous fera sans cesse passer d’un état à l’autre, sans jamais atteindre l’état d’équilibre. La seule solution consiste à arrêter ce jeu de balancier (ou à refuser d’y entrer). Comment ?

  • En se visualisant faillible, voire même tout en bas de l’échelle sociale, et pourtant heureux ;
  • En acceptant inconditionnellement les autres, tels qu’ils sont et non tels qu’on les voudrait.

« L’acceptation inconditionnelle de soi-même va de pair avec l’acceptation inconditionnelle des autres. Selon une logique très humaine, si nous n’acceptons pas de façon inconditionnelle les autres, nous ne nous accepterons pas non plus nous-mêmes lorsque nous commettrons une erreur ou que l’on nous jugera mal » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Cessez donc d’exiger trop de vous-même. Vous êtes précieux tel que vous êtes ! À l’inverse, si quelqu’un vous fait un tort, dites-vous qu’il agit sans savoir vraiment qui il est ni quelle est votre propre valeur.

L’assertivité d’accord, mais n’en faisons pas tout un plat

Qu’est-ce que l’assertivité ? C’est « la capacité à exprimer ce que l’on pense et ressent à chaque instant » (L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Par exemple, dans une file d’attente, vous pouvez rappeler à la personne qui vous grille la priorité qu’elle était arrivée après vous. Mais devez-vous en faire plus ? Allez-vous mourir si vous ne passez pas le premier ? Non ! Alors, dites-le-lui, puis passez à autre chose, même s’il refuse de vous céder la place qui était la vôtre.

Telle est la philosophie revendiquée par la psychologie cognitive : si l’assertivité revient à exiger, refusez-la. Préférez l’amabilité et la douceur.

Chapitre 23. Ultimes instructions

Rafael Santandreu termine l’ouvrage par quelques remarques pertinentes :

  • Pour commencer la thérapie cognitive, il convient d’être ouvert d’esprit et d’avoir envie de changer ;
  • Pour modifier ses jugements, il faut s’entraîner avec régularité (mais ce n’est pas pour autant très difficile) ;
  • Il est normal d’avoir des rechutes et, avec le temps, de petites crises qui se résorbent de plus en plus vite ;
  • Pour véritablement ancrer le changement, il faut prêter attention au niveau de profondeur de ses jugements (on peut dire une chose en société et penser être convaincu, mais être trahi par d’autres pensées).

Ce dernier point est intéressant. En effet, parfois, vous pouvez penser quelque chose (par exemple : nous avons tous la même valeur), mais dans une situation concrète, vous révélez un autre jugement (par exemple : vous donnez plus de crédit à untel parce qu’il est riche).

Il faut alors avoir l’honnêteté de reconnaître ces jugements irrationnels et reprendre le travail.

Il faut aussi éviter un autre piège : « terribiliser » pour « terribiliser », c’est-à-dire vous en vouloir très fort de ne pas avoir respecté vos principes et d’avoir failli. À nouveau, vous reproduiriez le mal que vous voulez combattre.

Par exemple : vous vous êtes emporté contre votre conjoint pour une mauvaise raison et maintenant, vous vous en voulez. Vous « terribilisez » à propos de votre attitude ! Ne paniquez pas et surtout, ne déprimez pas à cause de cela.

« L’erreur est humaine. Mieux vaut se montrer patients envers nous-mêmes et, quand ces sautes d’humeur — que nous provoquons nous-mêmes — nous piquent, savoir rester calmes » (Santandreu, L’art de ne pas s’empoisonner la vie).

Conclusion sur « L’art de ne pas s’empoisonner la vie »

Une méthode intéressante et profondément stoïque

Le livre de Santandreu est rempli d’exemples et d’anecdotes qui permettent de visualiser clairement ses propos. L’auteur a un style clair et pédagogique. À la lecture, on ne peut qu’être frappé, par ailleurs, par la ressemblance entre la thérapie cognitive et la pensée stoïcienne, développée Sénèque dans sa Lettre à Lucilius, par exemple.

Les références au bouddhisme et à la pensée indienne de Gandhi sont également très présentes.

Ce qu’il faut retenir de « L’art de ne pas s’empoisonner la vie »

Cette méthode invite à transformer son rapport à la vie en agissant directement sur les pensées que nous formons. L’idée principale de toute la thérapie cognitive est que nos émotions sont dirigées par le filtre de notre raison. Si nous apprenons à notre raison à ne pas voir les choses en noir, alors tout ira bien.

Points forts :

  • Les exemples et les anecdotes ;
  • Un style fluide et pédagogique ;
  • Des applications à plusieurs thématiques et milieux (peur, incertitude, couple, monde professionnel).

Points faibles :

  • Une théorie réduite à quelques principes très simples ;
  • Les répétitions de ces principes tout au long de l’ouvrage.

Ma note :

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2 Commentaires pour :

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