La Méditation, une recherche contemplative

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Phrase-résumée de « La Méditation, une recherche contemplative » : La science contemplative recherche la même objectivité que la science conventionnelle, mais en diffère d’une manière très importante : là où la science conventionnelle cherche à se désengager de l’expérience directe par souci d’objectivité, elle cherche l’engagement dans l’expérience directe, afin de participer aux phénomènes de conscience, parvenant à l’objectivité par la connaissance de soi, ce que Goethe appelait un « empirisme délicat ».

Par Arthur Zajonc, 2012, 291 pages. Trad. de Pascal Lenormand. Editions Triades

Titre original : « Meditation as a contemplative inquiry. When knowing becomes love. 2009 » – Lindisfarne Books, traduit de l’américain par Pascal Lenormand.

Note : Cette chronique invitée a été écrite par Pascal Lenormand, du blog Comme une Aile de Papillon

Chronique et résumé de livre La méditation, une recherche contemplative

méditation contemplative

 

Arthur Zajonc a commencé une pratique de la méditation il y a plus de quarante ans, à peu près en même temps que de sérieuses études en sciences physiques. Et dès lors, il a cherché à conjuguer recherche contemplative et scientifique. Ce n’est pourtant que depuis le début des années 2000, en particulier suite à une rencontre qu’il a animée en 2003 au MIT entre des chercheurs en sciences cognitives et des érudits et moines boudhistes, parmi lesquels le Dalaï-Lama, que la diffusion de ces idées s’est amplifiée. Depuis, la méditation apporte une contribution inestimable dans un champ de plus en plus large de disciplines (du droit à la psychiatrie, en passant par la sociologie, la musique et l’architecture) et d’universités, et ce n’est qu’un début.

Au Moyen-Âge, la pratique contemplative était dévolue aux moines, tandis que la plus grande partie de la société se vouait à une vie productive. A notre époque, néanmoins, les problèmes sont nombreux et aucun mur de monastère ne nous protège plus. Nous sommes appelés à être à la fois profondément réflectifs ET extérieurement actifs. C’est une nouvelle géométrie de la vie.

C’est pour répondre à ce besoin d’incorporer la vie contemplative à la vie active que ce livre a été écrit. Cette méthode de recherche contemplative est nécessaire car les approches politiques, légales et économiques du progrès ne suffisent plus à répondre aux enjeux de notre époque. Nous avons besoin de nouvelles méthodes de recherche qui peuvent intégrer les grandes avancées de la science, mais qui ne soient pas limitées à la perspective dogmatique du matérialisme et de l’économie qui y est associée.

Aujourd’hui, Arthur Zajonc considère que la plupart des choses positives qu’il a réalisées en tant qu’enseignant, scientifique, militant, père et écrivain puisent leur source dans de telles réflexions contemplatives. Cet ouvrage, conçu comme un guide pratique de recherche contemplative, se fonde sur son expérience, et n’est pas le propos d’un quelconque gourou. Bien que certains termes spirituels puissent être utilisés, la visée n’est pas religieuse. Dans tous les cas, c’est au lecteur de prendre la responsabilité d’essayer telle ou telle pratique, et de valider ce qui lui convient.

route vers la méditation

 

Chapitre 1 – Un aperçu du chemin

La recherche contemplative contemporaine

La pratique contemplative implique la solitude. Elle n’est nullement une rumination, mais une forme spéciale de retour sur le passé, de vigilance au présent et de vision du futur. Progressivement, nous apprenons à devenir émotionnellement intelligents. Bien sûr, il ne s’agit pas de méditer en permanence, car les fruits de nos temps de méditation imprègnent tous les aspects de notre vie. La solitude est le véritable lieu pour débuter. C’est d’autant plus important que la solitude est une caractéristique de notre époque moderne. Ainsi, accepter ce fait et aller de l’avant nous permet de découvrir une nouvelle ampleur : au lieu de nous isoler, le soin pris à notre solitude nous connecte à la profondeur de l’autre d’une manière auparavant impossible.

La culture des vertus

Il n’y a pas de connexion entre la vertu et la pratique contemplative. Ainsi, de nombreux services secrets utilisent des techniques méditatives à des fins militaires. La méditation ne garantit pas l’éthique du pratiquant. C’est pourquoi le pratiquant peut cultiver une série de dispositions d’esprit qui conduisent à la vertu, parmi elles, tout particulièrement l’humilité (qui nous invite à laisser de côté nos intérêts égoïstes) et la dévotion envers les principes élevés que nous cherchons à incarner.

Bien-être intérieur

Bien souvent, et en particulier lorsqu’on s’assoit pour méditer, le désordre de nos émotions et de nos pensées nous assaille. Il est donc essentiel de pouvoir, pour ainsi dire, s’extraire du flot pour ne plus le subir. L’auteur cite ici Martin Luther King qui, le soir où sa maison fut dévastée par une bombe, sut trouver en lui un endroit sûr, un lieu de paix d’où il put s’adresser à la foule. Trouver un tel « terrain plus élevé » pour considérer notre vie intérieur est un grand pas vers le « soi silencieux ». Découvrez à ce sujet « l’exercice de Martin Luther King ».

La naissance du soi silencieux

Le soi silencieux est un mystère, une permanence au delà de notre soi social. La méditation permet la rencontre avec ce non-moi, ce « quelque chose » qui n’a rien de commun avec le soi social conventionnel. C’est une très grande ressource dans la vie réelle, car lorsqu’une épreuve survient, la pratique nous permet de retrouver ce lieu plus élevé. Nous y vivons la situation avec intensité, mais avec plus de sécurité, et il n’est pas rare que les gens que nous rencontrons se comportent également de manière différente. Ce n’est pourtant pas le simple contrôle des émotions que nous cherchons, mais véritablement à devenir généreux et gracieux et… cela ne se fait pas en un jour !

Méditation et recherche contemplative

Ce travail contemplatif préliminaire peut s’approfondir pour devenir une recherche contemplative qui peut conduire, si la grâce est présente, à la connaissance contemplative.

La science contemplative recherche la même objectivité que la science conventionnelle, mais en diffère d’une manière très importante : là où la science conventionnelle cherche à se désengager de l’expérience directe par souci d’objectivité, elle cherche l’engagement dans l’expérience directe, afin de participer aux phénomènes de conscience.

La méditation est une alternance entre une attention focalisée et une attention ouverte, une sorte de « respiration » de l’attention : nous focalisons intentionnellement sur un objet de contemplation, puis l’objet est libéré et la vigilance est maintenue ouverte, non focalisée : une respiration cognitive.

Le voyage de retour

La méditation n’est pas une échappatoire, mais une préparation à la vie. Il est donc essentiel de sortir de la méditation, par la « porte de la gratitude », en ramenant les fruits de la vie méditative dans la vie réelle.

L’expérience contemplative

Il arrive que la méditation mène à des états de conscience exceptionnels, des « expériences contemplatives ». Les traditions ont des avis divergents sur la question, certains les considèrent comme de simples distractions, d’autres comme des éléments fondamentaux. En la matière, les problèmes potentiels viennent de notre attitude, pas de l’expérience elle-même. L’attitude la plus saine est donc l’acceptation, dans la confiance que les explications n’ont pas à venir immédiatement. Nous sommes sur un chemin de connaissance qui requiert surtout de la patience…

 

Chapitre 2 – Découvrir la porte

Prendre soin de son intériorité

Notre monde a deux versants. L’un extérieur avec toute son agitation, dans lequel nous nous démenons quotidiennement. L’autre intérieur, silencieux et souvent inobservé. C’est vers cette moitié oubliée que nous nous tournons dans la méditation. Elle est toujours présente, toujours calme, et c’est en elle que notre sagesse prend sa source. Ce n’est qu’en faisant le choix d’y retourner que nous pouvons vivre une vie entière, intérieure et extérieure.

Rythme, tempo et posture.

Hormis les questions factuelles (quelle durée, quelle fréquence, quelle position, etc.), un point reste essentiel : on ne peut pas méditer vite. Le temps de la méditation est celui de la création artistique, celui des battements cardiaques beaucoup plus que celui de la pensée. On peut s’appuyer sur des groupes de pratique ou des techniques corporelles, s’ils ne nous détournent pas du coeur solitaire de la méditation.

Commencer par l’émerveillement

L’entrée dans la méditation se fait par le sentier de la dévotion, une notion non-religieuse. Souvent, le recours à la nature ou à des images naturelles aide à ressentir cette dimension. Progressivement, on s’immerge dans une image de nature, passant de l’étonnement à la dévotion, parfois jusqu’à une identification complète.

La prière peut également être une aide, même si pour certains, la connotation religieuse y ajoute une forte association négative. On peut néanmoins avoir recours à des traditions avec lesquelles nous sommes moins liés personnellement.

Ouverture à l’inattendu

Briser la tyrannie de la pensée logique peut également nous aider à entrer sur le chemin de la méditation. Ainsi, l’usage de kōan, ces courts poèmes japonais sans solution logique, permet de vivre un dilemme (par exemple « quel est le son d’une seul main qui applaudit ? »), un espace de vide pour la pensée. Nous passons temporairement dans un monde intérieur non soumis aux lois de cause à effet. La conscience de ce passage est un pas important sur le sentier de la dévotion.

 

Chapitre 3 – Trouver la paix, cultiver la conscience

 

Il est courant d’avoir une réaction de recul lors des premières expériences, car il n’est pas confortable d’être confronté à notre désordre mental. C’est souvent bien loin de la paix qu’on imaginait ! Ainsi, pour trouver la paix, il est important de cultiver une hygiène intérieure visant à renforcer cinq aspects de notre pensée (des pratiques sont fournies pour chacune).

  • L’Attention : Notre capacité à maintenir notre attention sur un même objet. Dirigeons-nous notre pensée ? Ou bien est-elle en réalité dirigée par les stimulations aléatoires qu’exercent téléphones, panneaux de signalisation, souvenirs et associations d’idée ?
  • La Résolution : Notre capacité à faire ce que nous avons décidé de faire. Il s’agit ici de cultiver l’engagement sur le long terme, car le rythme de la volonté est différent de celui de la pensée.
  • L’Équanimité : Notre capacité à conserver notre centre intérieur malgré le tumulte de nos sentiments. Sommes-nous submergés par les émotions de la vie ? Ou avons-nous la capacité d’utiliser nos sentiments, tout à fait vivants, comme un moyen de connaissance contemplative ? Les vrais artistes, par exemple, doivent sentir très profondément l’émotion qu’ils décrivent, et malgré tout, exécuter chaque détail avec talent. L’artiste se maintient entre la vulnérabilité et le contrôle de soi, la souffrance et l’action. Tous les grands leaders ont découvert le secret de la connaissance emphatique et de l’équanimité.
  • La Positivité : Notre capacité à percevoir, en toute situation, quelque chose de positif et d’élevé. Il ne s’agit bien sûr pas de penser que le mal est bon, mais de pratiquer la fidélité en l’humanité.
  • L’Ouverture : Notre capacité à remettre en question nos habitudes de pensée. Notre perception du monde est guidée par nos habitudes de pensée, engrammées très profondément. Pour les dépasser, il faut d’abord se rendre compte qu’elles existent, puis en essayer de nouvelles. (note : ne reconnaissez-vous pas un trait caractéristique du « sceptique intelligent » ?). Ce sont les mêmes phénomènes de pré-jugés qui sont à l’oeuvre dans les illusions d’optique et dans l’approche « scientifique » des purifications ethniques.

Note : à mon sens, ces 5 qualités d’esprit sont les outils fondamentaux de toutes les professions intellectuelles. Si vous êtes dans ce cas, les cultiver revient donc à « prendre soin de son outil de travail »). Découvrez l’article dédié au développement de ces 5 qualités et à leur importance pour les professions intellectuelles.

 

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Exercer ces qualités présente des bénéfices inestimables, dans tous les domaines de la vie. Néanmoins, la béatitude n’est pas un objectif : on n’élève pas des enfants pour les bénéfices que nous en tirerons plus tard. Ce que l’on touche est au-delà, du fait de notre interdépendance avec l’humanité entière. Le travail méditatif sur nous est une action altruiste sur le monde.

Respirer la lumière - la meditation

Chapitre 4 – Respirer la lumière, un yoga des sens

La respiration cognitive

La respiration cognitive est la forme archétypale de méditation adaptée à la recherche contemplative. Elle fait usage des deux formes fondamentales de l’attention, selon le schéma suivant :respiration cognitive attention

Il s’agit d’une alternance entre la concentration de l’archer et l’oreille attentive de la mère guettant l’appel de son enfant. Cette pulsation lente (au rythme de la poésie…) est très bien illustrée dans l’exercice classique du « son de la cloche ». Lorsqu’on frappe une cloche, on peut focaliser son attention sur le son qui s’atténue peu à peu. Puis, lorsque le son a disparu, s’ouvre un espace vide où « résonne » encore quelque chose. C’est cette espace ouvert d’où peut émerger la nouveauté.

Le langage de l’expérience contemplative

Jusqu’à ce point du livre, le langage utilisé a évité un contexte spirituel explicite. Mais la description des expériences demande de reconsidérer la question. De nombreuses traditions ont développé un langage complet pour décrire quelques aspects de l’expérience méditative dans leur contexte culturel. Par ailleurs, de nombreux pratiquants contemporains ont vécu de première main l’expérience en elle-même. Mais la question reste entière : les modifications de l’activité du cerveau rendent-elles entièrement compte des expériences méditatives ? La question semble a priori insoluble, car certains états relèvent du strict vécu personnel et intime. L’expérience de la conscience ne peut pas être partagée de manière objective, contrairement à un objet matériel. En ultime analyse, le pratiquant conserve son libre arbitre, et pourra (ou pas) puiser dans le langage des traditions spirituelles de quoi accompagner sa réflexion.

Méditation sur les sens

Note : le livre décrit ici très précisément une série de pratiques fondamentales.

A travers les âges et jusqu’au vingtième siècle, des maîtres ont recommandé des méditations sur la couleur. Toutes reposaient sur le même principe : mettre devant le regard un élément naturel d’une couleur uniforme (un ciel bleu, une prairie verte), et s’y immerger. Il s’agit de « plonger dans la couleur », en laissant de côté les autres éléments. On reconnait ici la phase d’attention focalisée.

Puis, on laisse de côté l’image réelle, et on tourne l’attention ouverte vers la résonance intérieure qu’a laissée la couleur. C’est une image rémanente, une réalité intérieure, un pur objet spirituel. La comparaison étant un élément fondamental, on peut ensuite poursuivre la pratique avec d’autres couleurs. Progressivement, émerge un paysage spirituel vers des archétypes. Une telle pratique peut s’étendre à chacun des sens.

Au-delà des sens, chacun des éléments naturels (eau, terre, air) peut faire l’objet d’une méditation similaire, dont l’objet est l’émergence de cette image rémanente, de l’archétype de l’objet de méditation. Encore au-delà, la lumière nous éloigne encore un peu du monde matériel, mais fait également l’objet d’une telle pratique méditative.

Au final, le fil des méditations suit une gradation dans une hiérarchie de sept éléments : la terre, l’eau, l’air, le feu (chaleur), la lumière, l’amour, la vie.

Des pierres aux étoiles

Nos vraies relations dans la vie ne sont jamais du côté matériel des choses : quand on aime un enfant, un paysage ou une musique, c’est parce qu’on a trouvé une relation intérieure avec eux au-delà de l’extériorité. La force de la méditation sur les sens, c’est de cultiver ce processus, de le suivre et de le renforcer. Ainsi, lorsque l’expérience matérielle disparaît, son corollaire intérieur est plus riche et plus vivant dans notre conscience.

Perception et réflexion sont la systole et la diastole de l’esprit. C’est ce type de respiration cognitive qui amène notre conscience des pierres vers les étoiles.

 

Chapitre 5 – Mots, images et rencontres

La méditation sur les mots

Les mots recèlent du mystère, ils peuvent nous enchanter pendant des années même si nous ne comprenons pas ce qu’ils signifient. Une phrase courte (A. Zajonc détaille l’exemple « il n’y a pas de crainte dans l’amour ») formée de manière à nous éloigner des considérations quotidiennes est un bon support. De même que dans les exemples précédents, la pratique suit un chemin partant de la simple audition « fraiche » de la phrase, jusqu’à l’approfondissement des émotions suscitées. Constamment, il est toujours possible de ressentir la présence d’un « soi supérieur » dans le travail méditatif. On peut ainsi à la fois ressentir pleinement ce qu’est la crainte tout en gardant une certaine distance avec le tourbillon intérieur. Des images en lien avec la citation renforcent souvent l’impression. A la fin de cette exploration profonde du texte, utilisant une nouvelle fois la respiration cognitive, on modifie la direction de la volonté pour ouvrir la porte qui mène au profond silence. Cela permet, sans chercher ni espérer, d’attendre d’une manière qui peut accueillir toute chose.

La méditation sur les images

Pour les cultures traditionnelles, la production d’une image (comme une icône, un tank tibétain ou une peinture de sable Navajo) était un acte qui demandait un savoir-faire, des matériaux spéciaux et un effort important. Ce n’est plus le cas à notre époque, qui est même saturée d’images. Le choix d’une image, profane ou sacrée, relève donc du choix personnel. L’usage de symboles géométriques offre l’avantage d’objets purement profanes et purement spirituels. L’auteur fournit l’exemple d’une troublante méditation sur le cercle, qui permet très simplement d’observer les mouvements de son esprit confronté à une » « faille », telle celle provoquée par les koān déjà mentionnés.

Rencontres contemplatives

Le calme et la conscience ouverte que nous cultivons dans la méditation peuvent être portés dans la conversation avec des partenaires, des étudiants, des associés ou des clients. La qualité d’attention que l’on porte peut directement influencer le niveau de la rencontre. Dans une telle posture, nous laissons de côté la posture combative et vivons dans les pensées de l’autre, dans une attention altruiste. C’est une attitude profondément positive et ouverte. Ce profond changement dans la relation est celui décrit par Martin Buber dans Je et Tu, ou encore celui utilisé par Jane Goodall, la célèbre primatologue, afin d’entrer en contact avec les animaux. Quand cela arrive, nous vivons pour un instant ensemble dans le monde que nous créons par notre attention mutuelle.

 


Je vous invite a consulter mes autres chroniques concernant la méditation et le Bouddhisme:


 

Chapitre 6 – La cognition contemplative

 

L’expérience montre que de nombreuses personnes ont connu, dans leur vie, une forme d’expérience transcendante. Et pourtant, même si on ne le demande pas, des expériences subtiles (et parfois pas si subtiles !) surviennent. Qu’en faire ? Comment les gérer ? Que l’on ait une visée spirituelle ou non, la question des expériences méditatives mérite d’être traitée.

Vers une phénoménologie des expériences méditatives.

Nous disposons de toutes sortes de données expérimentales et d’observation, et nous avons des théories sur le monde. Mais nos données et nos théories sont invariablement fondées sur l’expérience. Cela veut dire que nous ne sommes jamais vraiment libres de dire ce qu’est la réalité « en elle-même », mais seulement comment elle nous apparaît. Ce constat apparemment tragique peut être tourné à notre avantage.

L’attitude proposée est de laisser de côté toute notion d’un « monde réel » derrière l’expérience, pour rester au contact de l’expérience elle-même. Ainsi, tous les phénomènes du monde (expériences sensorielles, sentiments, souvenirs, etc.) qui parviennent à notre conscience se trouvent sur le même plan. Les phénomènes de la méditation ont exactement le même statut que les impressions des sens physiques que nous observons dans le laboratoire de notre propre esprit.

Ainsi, ce qui compte comme « chose réelle » dans une telle approche phénoménologique inclut aussi bien les expériences sensorielles que les phénomènes mentaux. D’ailleurs, même une rose est pour partie un phénomène mental, sinon, nous ne pourrions la reconnaitre comme une rose.

L’approche proposée ici est celle de « l’empirisme délicat » que Goethe a élaboré pour son étude des plantes ou des couleurs. Ainsi, « les faits eux-mêmes sont la théorie ». Livre: la démarche scientifique de Goethe, Henri Bortoft, ed. Triades

Cultiver le discernement

Lorsque nous arrangeons des fleurs dans un vase, et que nous reculons pour évaluer l’effet, que regardons-nous ? Avec quoi comparons-nous ce que nous voyons ? Quelle est la nature de cet « idéal » ?

De fait, notre regard n’est pas qu’observateur, il est intelligent. Mes observations sont pleines d’idées, qui me permettent d’exprimer dans mes réalisations le résultat de mes expériences passées. La lumière extérieure du soleil qui nous rend accessible le monde sensible doit rencontrer une lumière intérieure de l’esprit qui lui corresponde, afin de permettre à la véritable cognition de survenir. De la même manière, si nous souhaitons comprendre les expériences qui surgissent pendant la méditation, nous devons éveiller et cultiver une forme d’intelligence qui soit compétente sur ce nouveau domaine.

Dans la vie de tous les jours, être brillant dans un domaine ne dit rien de nos compétences dans un autre : un brillant mathématicien peut être incompétent en relations sociales. Pour devenir des méditants intelligents, il faut donc élaborer l’intelligence correspondante.

Aspirer à la connaissance intérieure

Il est très difficile, en particulier quand on débute, de découvrir la véritable signification de la vie intérieure que la méditation permet de percevoir. Pour cela, notre pensée doit devenir libre et mobile d’une façon qui ne nous est pas habituelle. De même, décrire l’expérience vécue, donner une extériorité à ces expériences intérieures, demande un cheminement, afin de relier le concept au percept.

Bien que la méditation apporte un bien-être très important à notre époque (d’où son succès récent en occident), son utilité première est de proposer un moyen d’expérimentation directe qui ne soit pas distordus par nos habitudes mentales ou émotionnelles. L’enjeu est majeur, car sans cela, la moitié de la réalité nous est inaccessible.

C’est de la négligence de cette forme de connaissance que découlent de nombreux problèmes actuels : combien de solutions élaborées avec la meilleure bonne volonté ne donnent que des résultats médiocres, voire contraires au but visé ?

Ainsi, personne n’a l’intention de donner une éducation médiocre aux enfants, pourtant les multiples innovations et réformes « pédagogiques » sont loin d’être à la hauteur, parce que la compréhension de l’enfant en développement est trop étriquée et trop pauvre. Elle néglige largement sa nature psycho-spirituelle. En se contentant des méthodes conventionnelles basées sur les facteurs matériels et comportementaux observables, on ne peut remarquer ces dimensions essentielles de la nature de l’enfant.

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Le même constat vaut au niveau sociétal, comme dans les démarches de recherche scientifique. Les fruits de la recherche scientifique concernent donc l’ensemble des champs de l’innovation, pratique mais aussi créative et artistique.

Au-delà des objets

L’intelligence que nous cherchons à développer s’exerce en dehors des objets animés ou inanimés. Il s’agit d’une pensée sans objet en soi. Bien que les premières expériences méditatives aient des caractéristiques dérivées des sens, cela devrait changer avec la pratique.

Il est difficile de se sortir de nos habitudes de pensées mécaniques et associatives, celles qui se déclenchent par exemple dès que le téléphone sonne et que nous entendons « allo ? ». Le risque est donc important que cette forme de pensée tâche d’expliquer les expériences spirituelles, ce pour quoi elle n’est pas adaptée.

La pensée que nous cherchons à développer, si elle ne s’applique pas aux objets, s’intéresse aux relations, aux métamorphoses et à l’ordonnance. Il ne s’agit pas d’opposer les deux modes de pensée : la première est très utile dans le monde quotidien. Mais il est essentiel, pour progresser, d’accorder entièrement notre attention à ce deuxième mode de pensée, pour pouvoir, à un stade ultérieur, reconnecter les deux modalités.

A mi-chemin du paradis

Tandis que pour beaucoup, la relation aux mathématiques est plutôt « compliquée », elles sont pour d’autres, un moyen d’accès privilégié à des formes de pensée s’appliquant aux pures relations. Cela ne date pas d’hier : Platon disait que Dieux géométrisait continuellement.

Ainsi, on peut dessiner un triangle :

dessiner un triangle

En réalité, ce dessin n’est pas un triangle (les droites ne sont pas infiniment longues ni fines), mais un symbole de l’image mentale du triangle. Dans le triangle, des relations particulières (qui ne sont pas celles du carré ou du cercle) s’expriment, et lui donnent sa nature.

On peut ensuite jouer en esprit à faire pivoter un ou deux côtés du triangle représenté, de manière à obtenir une infinité d’autres images. La relation « triangle » est pourtant conservée, et l’on va ainsi du particulier au général en se posant la question : quel est le point commun entre toutes ces formes particulières ?

Nous touchons alors le concept de triangle, dont on peut noter qu’il ne ressemble ni à un triangle, ni a rien : il s’agit d’une pure idée. Ce que nous avons fait en esprit, c’est un « saut » du monde matériel au pur monde des idées. Nous en sommes venus à observer la constance des relations à travers les métamorphoses. C’est exactement cette capacité qui nous permet l’orientation dans le monde méditatif.

La géométrie comme transformation

Les métamorphoses du monde qui nous entourent sont multiples, et des transformations simples comme la rotation ou la translation ne suffisent largement pas à en rendre compte. Ainsi, une feuille d’arbre évolue selon une similitude (un « changement d’échelle »), combinée avec d’autre processus, mais conserve certains invariants.

La géométrie projective est un exemple particulièrement important de contexte dans lequel exercer l’esprit à suivre des transformations et observer des invariants.

(Note : le livre fournit ici des exemples très détaillés)

Ce genre d’entrainement est une aide très précieuse pour libérer la pensée (les concepts sont mouvants selon des règles différentes de nos habitudes) tout en lui conservant clarté et précision. C’est ce dont nous avons besoin en méditation : une pensée flexible et pourtant sensible à un ordre nouveau et subtil.

Pensée périphérique

D’une manière générale, nous construisons la réalité point par point, atome par atome, de la même manière que nous imaginons un cercle comme l’ensemble des points équidistants d’un point donné.

Il existe pourtant une autre manière de réfléchir, en utilisant la « pensée périphérique ». ainsi, un cercle peut être parfaitement représenté en traçant l’ensemble de ses tangentes. Les deux méthodes ont une précision et une rigueur mathématique égales.

(Note : ici, l’auteur fournit un exercice fondamental de géométrie projective, la transformation « pôle-polaire », illustrant les notions d’espace et contre-espace)

Il est essentiel d’entrainer notre capacité à penser de manière centrée ET de manière périphérique, car c’est de ce deuxième lieu qu’émerge la créativité. Si la pensée « par point » nous permet de rester centrés, la pensée périphérique nous ouvre la porte aux réponses créatives, à ce qui émerge de la périphérie. Or, notre monde actuel est largement planifié de manière centrale. Beaucoup plus de planification périphérique ferait certainement du bien à tout le monde.

Du tout et des parties

Cette capacité nouvelle à nous libérer de la mentalité « point par point » trouve des résonances dans la manière d’aborder les relations humaines.

Ainsi, vous avez certainement noté que lorsque vous réunissez tous vos collègues de bureau dans une grande salle, ils se comportent très différemment des relations « par paires » habituelles. De même, l’ajout d’un médicament à un traitement qui en comporte déjà plusieurs peut tout faire flancher, car les interactions ne peuvent se réfléchir une à une. La réalité ne peut se réduire à des relations par paires.

Ainsi, la méditation nous fait franchir un seuil vers le domaine des relations holistiques, et nous permet de nous orienter dans ce type d’organisation, pour mieux nous y comporter.

Holisme quantique

Dans le domaine de la physique quantique, nos habitudes de réflexion sur des objets séparés dotés chacun d’une série non ambigüe d’attributs qui les définissent sont mises en défaut. Dit autrement, la physique quantique demande un holisme, ou la définition d’un « ordre implicite ». L’hologramme en est un bon exemple. Au lieu de la capture classique d’une image, qui repose sur une transformation « un point pour un point », la réalisation d’un hologramme implique que l’objet tout entier est projeté sur chaque point du film.

C’est à dire qu’un simple point n’est plus caractérisé par ses caractéristiques intrinsèques, mais par les relations qu’il entretient avec l’ensemble auquel il appartient.

Ainsi, lorsque nous écrions 12 ou 21, ces deux « assemblages » des symboles 1 et 2 ont des sens différents. Par ailleurs, le 1 et le 2 conservent pour partie une individualité (ce sont des individualités), et pour partie des caractéristiques modifiées par le fait d’appartenir à un 12 ou à un 21. On pourrait dire qu’il y a un holisme partiel : l’identité propre des particules recule et il y a un « émergence ontologique », l’apparition d’une entité nouvelle.

En mécanique quantique, l’holisme va beaucoup plus loin. Dans ce qu’on appelle des états « intriqués », les attributs de deux particules mises en relation deviennent « non-locaux ». C’est comme si les particules individuelles abandonnaient totalement à l’ensemble leurs attributs distinctifs, devenant interchangeables. Seul subsiste la relation, une relation d’une nouvelle sorte.

Ce qui est illustré ici est une mise en oeuvre d’une nouvelle manière de pensée, celle qui nous permet de nous orienter dans le monde méditatif. Alors que nous passons le seuil du monde méditatif, nous devons nous orienter en cherchant les invariants dans une métamorphose, et ces relations invariantes sont parfois très subtiles et hors de nos habitudes.

Le Buddha - la meditation

Chapitre 7 – Recherche contemplative

 

A ce point du livre, l’ensemble de la démarche de recherche contemplative a été visité, des fondations morales jusqu’à l’émergence d’une nouvelle manière de pensée. Chaque étape a fait l’objet d’exercices permettant de développer les qualités de cette nouvelle pensée.

Cette nouvelle intelligence se caractérise par la mobilité de la pensée, la capacité à aborder la complexité ou la contradiction, et l’appréciation d’un holisme conceptuel. Elle est la source de la créativité et de l’originalité, le lieu où puisent les artistes

Elle permet d’élaborer une nouvelle forme de connaissance, douce et aux visées altruistes, et donc d’articuler une épistémologie de l’amour plutôt que de la séparation.

Vers une épistémologie de l’amour

Cette nouvelle intelligence dont nous avons découvert les fondements se caractérise de différentes manières :

  • Par le respect pour la nature intrinsèque de l’autre. Nous commençons en reconnaissant que ce qui est devant nous possède une valeur intrinsèque. Cela ressemble à ce que dit le poète Rilke concernant l’amour, qui doit « respecter la solitude de l’autre », respecter son identité unique et son potentiel.
  • La douceur envers ce que nous souhaitons comprendre. C’est là l’opposé de l’empirisme scientifique promu par Francis Bacon, qui recommande de pousser la nature dans des états extrême pour en extirper les secrets. Au contraire, la connaissance contemplative demande ce que Goethe a appelé un « empirisme délicat, par lequel le sujet s’investit si intimement dans l’objet que ce dernier devient la véritable théorie ».
  • L’intimité, également évoqués dans la citation précédente. Là où la science normale crée une distance entre l’observateur et l’objet d’étude, une épistémologie fondée sur l’amour demande d’aller vers le sujet de l’étude.
  • La participation : il s’agit de vivre en soi l’activité intérieure de l’autre (personne ou objet), au-delà des simples images et comportements extérieurs. Cela paraît surprenant, c’est pourtant très habituel : lorsque vous lisez cette phrase, vous pensez en vous-même les pensées d’un autre afin de le comprendre.

Pour qu’une telle connaissance soit possible, trois conditions doivent être réunies en nous :

  • La vulnérabilité : ce n’est que lorsque nous sommes vulnérables que nous pouvons être ce qu’est l’autre et participer à son monde. C’est impossible si nous restons figés dans nos manières habituelles de voir et de connaître.
  • La transformation : les pensées vivantes qui nous traversent nous transforment, comme le lit de la rivière est lentement façonné par les mouvements de l’eau.
  • La formation d’un organe. La répétition des cycles de l’attention envers l’objet forme lentement en nous des « organes spirituels », nous devenons de mieux en mieux aptes à percevoir certaines réalités. Nous avons évoqué que pour la vue physique, la lumière physique extérieure doit rencontrer une « lumière de l’esprit » adaptée au niveau d’expérience pour que la connaissance survienne. Ainsi, une pensée mécaniste est inadéquate à la compréhension des phénomènes holistiques, de même qu’une intelligence musicale formée au répertoire du 18ème siècle doit être modifiée pour approcher l’harmonie du jazz. A chaque niveau de la formation de l’organe se positionne une illumination spécifique.

La connaissance n’est pas un objet, mais un évènement. Nous connaissons tous cette sensation de nous débattre avec une question, jusqu’à ce qu’une claire compréhension surgisse. Ca y est, on « voit » ! Ce phénomène est intime et personnel, et ne peut être partagé par une description. Afin de pouvoir le communiquer, nous devons trouver un moyen de conduire les autres à la même expérience, afin qu’ils vivent le même cheminement.

L’histoire est pleine de récits de recherches longues et passionnées culminant en un instant unique de claire compréhension. Parfois, le cheminement est inverse, l’illumination survient, puis il faut des années de travail pour tracer le chemin. La science, poursuivie avec éthique, n’est qu’une des nombreuses voies par lesquelles l’amour peut devenir connaissance.

Voici donc en résumer les neuf caractéristiques de la recherche contemplative :

  1. Le respect
  2. La douceur
  3. L’intimité
  4. La participation
  5. La vulnérabilité
  6. La transformation
  7. La formation d’un organe
  8. L’illumination
  9. La compréhension

Par ce cheminement, et par notre insistance sur notre transformation et la formation des organes, ce que nous connaissons devient un reflet de ce que nous sommes. Sur ce chemin, l’être, le connaitre et l’agir sont invariablement connectés.

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De l’image à la connaissance

D’une manière générale, la séquence méditative complète est la suivante :

  1. Objet
  2. Image intérieure
  3. Activité spirituelle
  4. Agent/être.

On passe à chaque fois au niveau supérieur en utilisant une séquence de respiration cognitive. Ainsi, un peintre commence par considérer l’objet de sa création, et par la respiration cognitive, élabore en lui l’image intérieure. Cette image intérieure devient elle-même l’objet de l’attention méditative à l’étape supérieure, et il peut vivre en méditation son activité, consistant à faire apparaître la peinture en tant qu’image. Cette activité est le fruit de l’être de la peinture qui vit dans l’intériorité du peintre. Ce que permet le cheminement méditatif à travers cet enchainement de respirations cognitives, c’est de permettre la connaissance de l’être à l’origine de l’ensemble du processus.

Pourquoi se donner la peine de passer par ces 4 étapes ? Parce que pour aboutir à une véritable connaissance contemplative, il faut trouver une base pour la cognition qui soit adaptée aux êtres que nous sommes. Ce cheminement est un moyen sûr de se dégager doucement du monde des sens pour accéder à une compréhension profonde et sage.

« Nous croyons en la loi et à l’ordre. Ne faites rien sous la panique. Ne prenez pas vos armes. Celui qui vit par l’épée périra par l’épée. Rappelez-vous que c’est ce message est celui de Dieu. Nous ne préconisons pas la violence. Nous voulons aimer nos ennemis. Je veux que vous aimiez nos ennemis. Soyez bon envers eux. Aimez-les et faites-leur savoir que vous les aimez. Je n’ai pas commencé ce boycott. Vous m’avez demandé de servir de porte-parole. Je veux que l’on sache partout dans ce pays que si l’on m’arrête, ce mouvement ne s’arrêtera pas. Si je suis arrêté, notre travail ne s’arrêtera pas. Car ce que nous faisons est juste. Ce que nous faisons est correcte. Et Dieu est avec nous. » Arthur Zajonc, La Méditation, une recherche contemplative

La pratique de la recherche contemplative

Malgré cette structure précise, la pratique reste très libre, et adaptable à quasiment tous les sujets possibles. On peut ainsi commencer en collectant amoureusement l’ensemble des détails observables, par une attention calme et claire. Il s’agit d’une étape de phénoménologie extérieure, qui permet de capter tous les aspects visibles de la question qui nous intéresse.

Puis nous nous tournons vers une phénoménologie intérieure, nous entrons en empathie avec l’objet de notre attention. Comme nous avons cultivé notre capacité à ne pas être « pollués » par nos propres sympathies et antipathies (chapitre trois), nous pouvons accueillir en nous la vie intérieure de l’autre.

A partir de là, nous pouvons élaborer un contenu adéquat pour notre méditation, contenu qui sera l’objet de la séquence de respiration cognitive que nous avons vu précédemment. Là où, dans les chapitres quatre et cinq, nous utilisions des supports issus de la nature, c’est ici notre création, en mots, en dessins ou en idée, qui devient le point de départ de notre recherche.

Penser la vie

Une ancienne distinction scolastique fait la différence entre natura naturata (la « nature naturée ») et natura naturans (la « nature naturante »). C’est exactement la distinction que nous avons faite entre les objets finis et inertes qui nous entourent, et les processus qui les sous-tendent et les portent à l’existence.

La recherche méditative permet justement de comprendre la nature dans l’acte de « naturer », ce que ne permet pas notre entendement habituel, plus pratique.

Les langues des peuples premiers témoignent d’une approche du monde plus proche de cette compréhension. Ainsi, en lange navajo, le mot pour « cimetière » signifie « ils reposent dans la terre », incluant un degré d’animation, une notion de processus.

Devenir l’autre

Dans le théâtre ou le roman, c’est l’action ou le dialogue qui nous révèle la vie des personnages. De même, la méditation nous mène, en passant de l’image à l’activité, vers la connaissance de l’autre. Mais au-delà, il existe au degré ultime une connaissance directe, immédiate, de l’autre. Cela implique, à ce niveau, un abandon du soi social, pour devenir entièrement le « soi silencieux ». Cela se produit dans l’amour, car l’amoureux perd son soi en faveur de l’autre. En Orient, on parle à ce sujet de la nature de Bouddha, qui est en toute chose. En occident, on évoque le Logos, le Verbe, le Christ. Dans cet état, nous connaissons l’autre comme nous même, « l’autre » pouvant être de toute nature.

Au début du livre, la solitude était évoquée comme le premier pas. Arrivé à cette réalisation finale, dans la plus complète solitude, l’être humain est simultanément connecté à toute la création.

Rapporter les Fruits

La pratique contemplative change certes qui nous sommes, mais également notre manière d’interagir avec le monde. Ce que nous vivons en méditation se prolonge dans notre vie. Les interactions avec les autres sont plus vivantes, et nous sommes en même temps en plus grande sécurité avec nous-même. Dans tous les domaines de la vie, des plus scientifiques aux plus artistiques, le travail méditatif donne des fruits.

De nombreuses institutions américaines et internationales incorporent aujourd’hui, de manière plus ou moins explicite, des approches contemplatives dans leurs travaux. Des fondations guident leurs soutiens par des recherches contemplatives. L’auteur, lui-même chercheur en mécanique quantique, utilise quotidiennement des techniques méditatives (note : et moi-même, énergéticien en bâtiment et thermique humaine, utilise constamment, sans toutefois l’avouer souvent à mes clients, de telles approches).

Parfois, un seul instant de véritable présence, dans la solitude ou par la rencontre avec un contemplatif accompli peut changer une vie et avoir des conséquences profondes sur un projet ou une société. Ce sont ces fruits inestimables que nous pouvons ramener de notre pratique. En effet, de nos jours, la route vers la béatitude passe en réalité par l’action dans le monde.

méditation contemplative

Conclusion sur « La méditation, une recherche contemplative » :

 

Ce livre méconnu et peu diffusé est pour moi un trésor dont je ne connais d’équivalent.

Certes, de nombreux ouvrages traitent aujourd’hui de la méditation. Certains, tels ceux de Matthieu Ricart, s’appuient sur une tradition spirituelle plus ou moins proche, plus ou moins accessible. D’autres, tels ceux de Jon Kabat-Zin ou Christophe André, sont nettement occidentaux, et offrent des voies vers une pratique quotidienne orientée « bien-être » ou « mieux vivre ». Celui-ci est différent, car il replace la pratique méditative dans une perspective large et essentielle : offrir une démarche de connaissance directe du monde, dans le but de le transformer. On pourrait presque dire qu’il s’agit d’un livre militant ou politique. Le texte est en effet traversé de références aux nécessaires innovations sociales et humanistes. Il ne l’est néanmoins pas, car la méthode décrite ici ne vise qu’à donner à chacun les moyens d’exercer pleinement son libre arbitre. C’est en ce sens un véritable guide de liberté.

L’ouvrage est également unique par l’expérience qu’il offre. C’est peu dire qu’il est difficile de décrire précisément une expérience de méditation, celle-ci étant par nature strictement personnelle et intime. Mais ce livre réalise le tour de force, dans les exercices pratiques proposés, de décrire très clairement le processus. Bien plus, il permet quasiment d’observer en direct notre esprit se transformer. C’est un ouvrage d’action, il se produit exactement ce dont le livre parle : au fur et à mesure que je prends connaissance du sujet, j’entre directement en résonance avec lui, et m’en trouve immédiatement transformé.

J’ai eu la chance de traduire ce livre en 2012, donc à la fois de le lire en version originale, puis de « triturer » chaque phrase plusieurs fois. J’ai par ailleurs assuré les traductions des conférences qu’Arthur Zajonc a donné en France lors de la sortie du livre. Et bien aujourd’hui, cinq ans plus tard en rédigeant cette chronique, je re-découvre l’immense richesse de ce livre.

Ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est la simplicité du texte. Hormis deux paragraphes peut-être (ceux qui abordent la physique quantique, sur quelques pages), l’ensemble est d’une grande limpidité.

Ce livre a transformé ma vie et ma manière même d’aborder le monde. De cela, je ne me suis rendu pleinement compte qu’en rédigeant cette chronique. Le mode de connaissance proposé est un complément très riche à la rigueur d’une connaissance scientifique. Il permet de plus d’ajouter de l’âme à des savoirs théoriques. Enfin, je trouve rassurante la longue liste d’exemples d’institutions ou d’initiatives (certes, surtout américaines) qui s’appuient aujourd’hui sur la démarche contemplative. Il ne manque que des expériences européennes…

Je suis particulièrement heureux de rédiger cette chronique sur le site d’Olivier Roland, qui parle si souvent des « sceptiques intelligents ». Le livre d’Arthur Zajonc permet d’étendre cette notion à l’ensemble de la réalité, y compris les réalités spirituelles, et donne l’ensemble des clés à quiconque souhaite aborder la connaissance contemplative.

C’est le premier livre que je recommande systématiquement à toute personne qui m’interroge sur la méditation, mais aussi sur les approches systémiques ou les conséquences « alternatives » de mes travaux scientifiques.

Pour conclure, j’aimerais citer quelques mots de la préface de Michel Bitbol, repris en quatrième de couverture : « En ce début de siècle gros d’incertitudes, toutes les ressources de la génération qui vient doivent être épanouies et cultivées pour lui permettre de trouver des réponses peut-être encore impensées ; et Arthur Zajonc est l’un de ces rares professeurs-maîtres qui ont l’aptitude à faire place à l’impensée et à libérer les jeunes esprits ».

Points forts :

  • Structure extrêmement solide, texte parfaitement clair
  • Perspective unique sur la démarche méditative comme outil de connaissance scientifique et de transformation sociale
  • Très bon équilibre entre les passages explicatifs et les exemples pratiques.
  • Un livre qui fait ce dont il parle : le lecteur peut quasiment sentir son esprit se transformer au fur et à mesure de la lecture.

Points faibles :

  • Le principal : livre épuisé chez l’éditeur français, et peu diffusé, donc difficile à trouver (l’édition américaine reste disponible, heureusement !).
  • Préface certes intéressante, mais d’une érudition en décalage avec la clarté lumineuse du texte.

Ma note : imageimageimageimageimageimageimageimageimage

Avez-vous lu le livre ? Combien le notez-vous ?

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Je vous invite aussi à visionner ma vidéo intitulée “Mon expérience dans un monastère BOUDDHISTE” qui accompagne très bien cet article 🙂:


Quelles sont le bénéfices de la méditation?

  1. Augmente les fonctions immunitaires de votre corps
  2. Diminue la douleur
  3. Diminue l’inflammation au niveau cellulaire
  4. Augmente les émotions positives
  5. Diminue les symptômes de la dépression
  6. Diminue l’anxiété
  7. Diminue le stress
  8. Facilite les liens sociaux et l’intelligence émotionnelle
  9. Rend plus compatissant
  10. Réduit le sentiment de solitude
  11. Améliore votre capacité à réguler vos émotions
  12. Améliore votre capacité d’introspection
  13. Augmente la matière grise
  14. Augmente la productivité
  15. Augmente la concentration et l’attention
  16. Améliore la capacité à effectuer plusieurs tâches à la fois
  17. Améliore la mémoire
  18. Améliore la créativité et aide à sortir des sentiers battus

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Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.