Trois amis en quête de sagesse

Trois amis en quête de sagesse Christophe André Alexandre Jollien Matthieu Ricard

Phrase-résumée de “Trois amis en quête de sagesse : Un moine, un philosophe, un psychiatre nous parlent  de l’essentiel” : Dans ce livre à trois voix, Christophe André, médecin psychiatre, Alexandre Jollien, philosophe et Matthieu Ricard, moine bouddhiste racontent leurs expériences, leurs pratiques et leur chemin sur des thématiques de l’existence qui les passionnent ; leurs points de vue, parfois différents, se retrouvent sur l’essentiel et ouvrent des réflexions et leçons de vie pleines de sagesse.

Par Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard, 2016, 496 pages

Chronique et résumé de “Trois amis en quête de sagesse : Un moine, un philosophe, un psychiatre nous parlent de l’essentiel” de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard :

Introduction

Christophe André, psychiatre, Alexandre Jollien, philosophe et Matthieu Ricard, moine bouddhiste sont, au fil des années et des rencontres, devenus amis.

Un jour, les trois hommes décident de se réunir dans une maison de la forêt de Dordogne, pendant plusieurs jours, et de s’asseoir, ensemble, quotidiennement, au coin du feu, pour échanger sur différents sujets qu’ils ont à coeur d’évoquer. Dans ce livre, nos trois auteurs nous invitent alors à les rejoindre autour d’un thé fumant, dans un des fauteuils fatigués et accueillants, devant la cheminée, pour écouter leur conversation amicale. Ils vont enregistrer intégralement leurs discussions, les retranscrire puis mettre en forme ces heures de débats pour en faire ce livre à trois voix.

Ainsi, cet ouvrage rassemble les échanges d’expériences et de convictions des auteurs, à travers douze chapitres :

  • Au début de l’ouvrage, sont exposés les motivations, les parcours et les aspirations des auteurs ;
  • Tout au long du livre, les sujets suivants sont abordés : l’ego, les émotions, l’écoute, le corps, la souffrance, la cohérence, l’altruisme, la simplicité, la culpabilité et le pardon.
  • Le dernier chapitre est consacré aux pratiques quotidiennes des trois amis.

Les motivations de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard pour ce livre

  • Les motivations de Christophe André :

    • Être utile : aider les lecteurs à moins souffrir, à progresser en tant qu’humains.
    • Passer dix jours avec deux amis.
    • Faire coïncider l’image que les gens ont d’eux et ce qu’ils sont vraiment.
  • Les motivations d’Alexandre Jollien :

Cette expérience est, pour lui, un “immense laboratoire spirituel d’exploration aux côtés de deux experts du bonheur“. Alexandre Jollien a à cœur que leurs propos soient utiles.

  • Les motivations de Matthieu Ricard :

Son but est le partage de ce qu’il a appris de ses maîtres, spirituels ou autres, de ses études et de sa pratique méditative ou thérapeutique.

Le parcours des auteurs

  • Le parcours d’Alexandre Jollien :

Alexandre Jollien commence à raconter son histoire par les trois choses que la vie lui a confié :

    • Le handicap : devenu, pour lui, un fabuleux terrain d’exercice.
    • Le métier d’écrivain : c’est une passion, une vocation de témoin.
    • La vocation de père de famille : qui l’amène à beaucoup désapprendre et à toujours progresser.

Alexandre Jollien est infirme moteur cérébral depuis la naissance. Ainsi, à l’âge de 3 ans, il entre dans un centre spécialisé qu’il décrit comme une école de vie rude et formidable. Il y reste de nombreuses années et raconte comment, dans ce centre, il est, très tôt, confronté à la précarité de notre condition et à la mort. Son admission à l’école prétendue “normale” est, ensuite, un long combat. Il lui faudra beaucoup de temps pour atterrir dans la société et s’y adapter.

La foi en dieu d’Alexandre l’habite depuis toujours. C’est en voyant, un jour, une de ses camarades allongée dans un cercueil, qu’il ressent cet appel radical vers la vie spirituelle. Enfant, il est accompagné dans sa vie spirituelle par un homme de Dieu d’une bonté extrême, dit-il. C’est d’ailleurs celui-ci qui lui donne aussi goût à la philosophie. Aujourd’hui en Corée, Alexandre Jollien approfondit sa foi et la méditation avec un père, à la fois maître zen et prêtre catholique.

  • Le parcours de Christophe André :

Christophe André se présente comme quelqu’un de profondément inquiet, pessimiste et introverti. Il se décrit comme un “solitaire sociable”.

Christophe André a fait des études de médecine. C’est en lisant Freud que naît, à la même époque, son intérêt pour la psychiatrie. Quand il commence à exercer, il réalise qu’il aime vraiment soigner. Cependant, il s’aperçoit très vite que la psychanalyse, qui domine à l’époque dans cette discipline, n’est pas faite pour lui. Celle-ci nécessite une distance thérapeutique qui, pour Christophe André, revient à se priver du pouvoir gigantesque des émotions, de la compassion et de l’empathie.

C’est plus tard qu’il découvre son maître en psychiatrie, Lucien Millet. Il est ce qu’on appelle un psychiatre humaniste. Grâce à cette rencontre, Christophe André pratique enfin la psychiatrie comme il lui semble qu’il devait le faire : avec bienveillance et souci d’autrui.

Christophe André se forme, par la suite, aux approches comportementales, à contre-courant de la psychanalyse lacanienne, et découvre ainsi la psychologie positive. Et lorsqu’il rencontre la méditation, c’est un immense bouleversement !

  • Le parcours de Matthieu Ricard

Matthieu Ricard s’ouvre aux écrits sur la spiritualité dès l’adolescence. Cet intérêt grandit sous l’influence de sa mère, Yahne Le Toumelin, et de son oncle, Jacques-Yves Le Toumelin, navigateur solitaire. Il lit beaucoup d’ouvrages sur la spiritualité et échange beaucoup sur ces sujets avec le cercle d’amis familial.

Après avoir étudié la biologie, Matthieu Ricard rentre à l’Institut Pasteur et réalise une thèse sur la division cellulaire.

À la même époque, il participe au montage des films d’Arnaud Desjardins sur les grands maîtres tibétains ayant fui l’invasion chinoise. C’est à ce moment-là que tout change pour lui. Il a alors 20 ans. Matthieu Ricard décide de partir en Inde rencontrer Kangyour Rinpotché, l’un de ces grands maîtres tibétains. Celui-ci le touche profondément. Sa manière d’être, sa présence et sa bonté l’inspire. Il devient son maître :

J’avais devant moi l’exemple même, non pas d’un savoir particulier, d’une habileté exceptionnelle, comme celle d’un virtuose du piano, mais simplement de ce que pouvait devenir de mieux un être humain.

Dans l’Himalaya, Matthieu Ricard étudie le bouddhisme. Pendant vingt-cinq ans, il s’initie au tibétain et pratique la voie bouddhiste. Il n’a presque plus eu de contact avec l’Occident.

Depuis qu’il écrit des livres, Matthieu navigue entre l’Orient et l’Occident, entre une vie purement traditionnelle, contemplative et une vie d’interaction avec le monde moderne.

Chapitre 1 – Les aspirations les plus profondes de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard

Les auteurs s’interrogent ici sur ce qui compte vraiment dans l’existence, ce qu’ils identifient, au fond d’eux, comme essentiel.

Pour Matthieu Ricard :

Vivre, ce n’est pas se contenter d’errer au gré des rencontres et des circonstances, de bricoler comme on le peut, au jour le jour. […] Mois après mois, année après année, il est possible de se construire, pas pour satisfaire son ego, mais pour devenir un être meilleur, plus altruiste et plus éclairé.

1.1 – Ce qui anime les auteurs

Dans cette partie, les auteurs s’interrogent eux-mêmes sur leurs motivations. Il s’agit plus d’une discussion que de réponses claires.

  • Pour Alexandre Jollien : une peur de souffrir

Dans l’intérêt qu’il porte à la vie spirituelle, Alexandre Jollien décèle surtout une immense peur de souffrir. Au fil du temps, cette motivation principalement centrée sur lui-même s’est dilatée. Il dit commencer à s’ouvrir à l’autre.

  • Pour Christophe André : une quête de sécurité et l’envie d’aider les autres à moins souffrir

Christophe André explique avoir longtemps vécu dans une quête de sécurité (faire en sorte que sa famille ne soit pas dans le besoin matériel). Néanmoins, devenir médecin lui a permis de dépasser cette unique motivation. Aujourd’hui, même s’il a beaucoup de mal à dire que c’est vraiment sa seule motivation, son aspiration profonde est d’aider les autres à moins souffrir.

  • Pour Matthieu Ricard : une forme d’accomplissement

Rester en vie est un but évident pour Matthieu Ricard. Néanmoins, sans menace immédiate, on devrait avoir, selon lui, viser un épanouissement, une forme d’accomplissement.

À un moment donné, indépendamment de toute influence extérieure, on doit pouvoir se demander : qu’est-ce qui en vaut vraiment la peine ? Qu’est-ce qui me permettra de penser, à la fin de l’année, que je n’ai pas perdu mon temps ? […] Même si les choses ne se passent pas toujours comme on l’espère, on devrait pouvoir se dire : “Je n’ai pas de regret, parce que j’ai fait tout ce que je pouvais, dans les limites de mes capacités”.

1.2 – Le chemin et le but

Trois amis en quête de sagesse Matthieu Ricard, Christophe André, Alexandre Jollien

  • Selon Matthieu Ricard

Même si le voyage est parfois ardu, l’enthousiasme subsiste si l’on progresse vers l’endroit où l’on veut vraiment se rendre. En revanche, si l’on s’égare et qu’on se retrouve sans repères, on perd courage. À la fatigue s’ajoutent le désarroi et le sentiment d’impuissance. On n’a plus envie de marcher mais de s’asseoir, prostré et désespéré. C’est pourquoi la direction qu’on se fixe dans l’existence joue un rôle si important.

Les psychologues disent que c’est l’effort lui-même qui apporte la satisfaction, et qu’une fois le but atteint, on est plutôt déçu. Mais pour Matthieu Ricard, si le but en vaut la peine (s’il s’agit de cultiver la sagesse et l’amour altruiste par exemple), le chemin et le but seront alors tous deux gratifiants.

Il précise que nous nous leurrons souvent en poursuivant des buts illusoires qui ne contribuent pas véritablement à notre épanouissement (comme la richesse, la renommée, la beauté physique, les possessions…).

Le but dont je parle, c’est ce qui m’inspire, ce n’est pas ce qui m’obsède et sur lequel se fixent tous mes attachements. L’idée d’une direction, ou d’une aspiration, est plus satisfaisante, et elle n’est pas soumise à des limites.

  • Selon Alexandre Jollien

Pour Alexandre Jollien, ce qui importe, c’est de progresser sur un chemin, “sans l’absolutiser” ni dénigrer les autres voies.

Progresser, sans être ligoté à un but, voilà le défi.

1.3 – Ce qui inspire les auteurs

  • Pour Matthieu Ricard

Quoi qu’on fasse dans la vie, on a toujours besoin de guide pour apprendre et progresser. Ce guide, surtout quand il s’agit de spiritualité, doit posséder toutes les qualités requises.

Dès lors, Matthieu Ricard décrit le vrai maître spirituel comme celui qui :

    • N’a rien à gagner ni rien à perdre.
    • A tout à donner et à partager.
    • Se fiche d’avoir quelques disciples de plus : il ne recherche ni la gloire, ni le pouvoir, ni la richesse.
    • Souhaite juste aider les autres à se libérer.
  • Pour Christophe André

Christophe André dit être bouleversé par les leçons reçues de ses patients, de ses enfants, ou d’inconnus. Il cite, en effet, des exemples dans lesquels il a eu le sentiment d’être face à quelque chose de totalement admirable, face à un modèle de dignité, de dévouement, d’altruisme.

  • Pour Alexandre Jollien

Alexandre Jollien invite à être vigilant aux gourous lorsque l’on veut suivre l’enseignement d’un maître. Il donne le sien pour exemple qui manifeste une cohérence parfaite entre l’intérieur et l’extérieur.

Chapitre 2 – L’ego, ami ou imposteur

2.1 – Les maladies de l’ego, selon Christophe André

L’ego ne fait pas partie du vocabulaire courant de la psychologie. On parle plutôt d’”estime de soi”, qui définit l’ensemble des façons de se regarder, de se juger, de se considérer, de se traiter. L’ego est, en fait, l’ensemble des attachements à soi, à sa propre image.

Du point de vue du psychologue, il existe deux grandes pathologies de l’estime de soi qui provoquent des souffrances :

  • L’excès d’attachement à soi : il s’agit de la personne narcissique ;
  • Le manque d’estime de soi : il s’agit d’un attachement négatif.

En réalité, l’objectif idéal du travail sur l’estime de soi est l’oubli de soi.

2.2 – La véritable confiance en soi, selon Matthieu Ricard

Du point de vue du bouddhisme, au lieu de parler d’ “ego fort”, on préfère parler de “force intérieure”. L’idée est de se libérer du carcan de l’ego, qui est la source première de tout ce qui empoisonne notre esprit :

Oubliez l’estime de soi et concentrez-vous sur la maîtrise de soi et l’autodiscipline.

Une “bonne” et saine estime de soi est indispensable pour s’épanouir dans l’existence. La dévalorisation maladive de soi peut entraîner des troubles psychologiques graves et de grandes souffrances.

2.3 – L’oubli de soi, le silence de l’ego, selon Alexandre Jollien

Pour Alexandre Jollien, l’ego, c’est :

Une sorte de paquet d’illusions composé de désirs, de peurs, d’émotions, et de représentations auxquelles, pour notre plus grande souffrance, nous nous attachons.

2.4 – Douche de gratitude

  • L’empreinte de gratitude, selon Matthieu Ricard

Je tiens dans ma main une feuille de papier, au moins trente-cinq pays ont rendu ce geste possible.

Cette constatation de l’interdépendance de tous les êtres et de toutes les choses devrait continuellement nous remplir de gratitude. Comme les environnementalistes qui évaluent l’empreinte écologique d’un produit, nous pourrions évaluer l’empreinte de gratitude liée à ceux qui nous ont permis d’être ensemble aujourd’hui.

  • La gratitude réconfortante, selon Christophe André

Il n’y a rien de ce que nous sommes en train de vivre en ce moment qui ne soit pas dû à d’autres personnes :

La lumière, la chaleur, la nourriture, nos vêtements, le fait de pouvoir parler ensemble. Tout cela, nous le devons à nos parents, à nos professeurs, à nos amis, à des dizaines et des centaines d’inconnus. C’est vertigineux, bouleversant et réjouissant.

L’exercice de gratitude est réconfortant. Il nous fait du bien et nous rend plus fort.

2.5 – Les conseils des auteurs face à l’ego

  • Les trois conseils d’Alexandre Jollien

    • Pratiquer la gratitude et poser des actes solidaires très concrets pour aider le plus grand nombre.
    • Prendre soin de soi et repérer ce qui nous rend joyeux : pour se débarrasser de l’ego et apprendre à se réjouir.
    • Quand on se sent angoissé, nous demander : Qui a peur ?
  • Les trois réflexions de Matthieu Ricard

    • Cesser de coller les étiquettes de “moi” et de “mien” sur soi-même et sur les choses.
    • Se libérer des caprices de l’ego.
    • Être bienveillant.
  • Les trois conseils de Christophe André pour ceux qui ont des problèmes avec leur ego

    • Avoir un lien d’amitié avec soi-même : vouloir le bien d’un ami, c’est être, avec lui, bienveillant et exigeant, avec douceur.
    • Posséder ses petits mantras d’auto-bienveillance.
    • Se dire : “Que ton ego soit comme un petit vélo, et pas comme un gros 4 × 4 !”
    • Prendre tous les soirs des “douches de gratitude”.

Chapitre 3 – Apprendre à vivre avec nos émotions

3.1 – Les émotions qui nous perturbent

  • Les émotions sous l’angle du métier de psychiatre de Christophe André

Les émotions sont fondamentales dans la compréhension des humains, de leur psychologie et de leurs souffrances. En Occident, les émotions ont longtemps été considérées avec crainte et défiance.

Christophe André expliquent que les gens viennent souvent consulter pour des émotions douloureuses qui échappent à leur contrôle :

    • La peur (en lien avec les maladies de l’anxiété) ;
    • La tristesse et la honte excessive (en lien avec la dépression).

Christophe André utilise la méditation de pleine conscience dans ses thérapies car l’attention est un moyen extrêmement puissant de réguler l’émotion.

  • La méditation pour s’extraire des montagnes russes des émotions, selon Alexandre Jollien

Ce qui peut nous épuiser, c’est cet éternel va-et-vient, ce Yo-Yo intérieur qui nous fait passer de la joie à la tristesse en un quart de seconde.

Selon Alexandre Jollien, une fois que nous avons accepté les montagnes russes de notre vie intérieure, nous pouvons y échapper. Pour cela, il nous faut pratiquer la méditation. Il ne s’agit alors pas de s’extraire de ce monde, mais :

Apprendre à cohabiter, à être en paix au milieu de ces grincements.

3.2 – Quand la psychologie moderne rejoint le bouddhisme, selon Matthieu Ricard

Dans le bouddhisme, on examine les conséquences de nos émotions. Si une émotion :

  • Accroît notre paix intérieure et notre bien-être tout en nous incitant à aider autrui, on dit qu’elle est positive.
  • Trouble notre esprit et nous pousse à nuire aux autres, on dit qu’elle est négative.
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Le seul critère qui vaut donc la peine d’être envisagé est le bien-être ou la souffrance qui résultent de telle ou telle émotion. En cela, le bouddhisme diffère des psychologies qui différencient les émotions selon qu’elles incitent au rapprochement ou au retrait.

3.3 – Le rôle des émotions, selon Christophe André

Les émotions s’inscrivent dans notre patrimoine génétique d’humains et dans nos câblages cérébraux. Elles sont ensuite renforcées par notre éducation et notre milieu culturel. Toutes les émotions nous sont utiles : la colère, la tristesse, la peur, l’anxiété, la honte, ont des fonctions bien précises.

D’un point de vue évolutionniste, les émotions :

  • Négatives ou désagréables sont associées à des situations souvent dangereuses, pouvant menacer notre survie.
  • Positives sont associées à des situations de recherche de ressources (nourriture, repos, échanges agréables, comme des jeux ou des rapports sexuels).

Nous avons donc besoin des deux.

Maintenant que nous les connaissons toutes [les émotions], n’en ayons plus peur puisqu’elles sont toutes bonnes par nature. L’important est simplement d’éviter leur mauvais usage ou leurs excès.

Descartes, dans son “Traité des passions de l’âme

3.4 – De l’importance des états d’âme

  • Considérer les émotions selon deux axes, par Christophe André

    • L’axe de la valence : plutôt agréable ou désagréable ;
    • L’axe de l’intensité : les émotions explosives, quasiment incontrôlables (comme la colère ou la peur) et les états émotionnels de plus basse intensité, que l’on peut appeler les “humeurs”, les “états d’âme”.
  • Apprendre à gérer ses émotions, par Matthieu Ricard

Une émotion est adéquate quand elle est adaptée à la situation et exprimée avec une intensité proportionnée aux circonstances.

Matthieu Ricard nous invite à examiner les effets produits par nos émotions. En fait, nous nous rendons compte qu’au cours de la tempête déclenchée, notre perception des autres et de la situation ne correspondait pas à la réalité. Selon le moine bouddhiste, c’est en renouvelant cette expérience (en affinant notre compréhension et maîtrise de l’esprit), qu’on arrive, peu à peu, à gérer les émotions dès qu’elles surgissent.

3.5 – Peut-on se libérer des émotions négatives ?

  • Les méthodes proposées par le bouddhisme, expliquées par Matthieu Ricard

Trois amis en quête de sagesse Matthieu Ricard, Christophe André, Alexandre Jollien

Dans un premier temps, il est essentiel d’arriver à reconnaître les émotions négatives et à les neutraliser.

Pour y parvenir, le bouddhisme enseigne un grand nombre de méthodes. Aucune n’est mieux qu’une autre. Chacun choisit sa méthode en fonction des circonstances, de ses besoins et de ses capacités.

Certaines sont :

    • Directes et évidentes, comme l’entraînement à la bienveillance pour combattre la malveillance.
    • Plus subtiles, comme rester pleinement conscient des émotions sans s’identifier à elles.
  • Les approches comportementales et cognitives, expliquées par Christophe André

Les émotions ont toujours une cause : extérieure, liée à des états biologiques ou à des représentations mentales.

Dans cette optique, Christophe André encourage trois types de stratégie :

    • L’auto-observation : écrire dans un journal le lien entre les événements de vie, leurs impacts émotionnels, puis les pensées et les comportements qu’ils engendrent.
    • Un travail d’ordre “expérienciel” : chaque fois que l’émotion survient, prendre le temps de s’arrêter pour l’explorer en pleine conscience, l’accepter, observer de quoi elle est faite, quels types de pensée elle génère, etc.
    • Ressentir plus d’émotions positives : plus on ressent, dans la journée, dans la vie, des émotions positives, de l’affection, de l’admiration, de la compassion, du bonheur, du bien-être, de la joie, de l’élévation, moins il y aura d’espace pour l’apparition, l’expansion et la flambée des émotions douloureuses, destructrices et négatives.

3.6 – Le mythe de l’apathie émotionnelle, selon Matthieu Ricard

Certains pensent que le fait de se libérer des émotions amène à un vide intérieur. En réalité, ils confondent “vide mental” et “liberté de l’esprit”, car le but n’est pas d’éliminer les pensées mais de les empêcher de nous asservir. Par ailleurs, en évacuant de notre espace mental la haine, le ressentiment, l’avidité et les autres émotions perturbatrices, on laisse la place à l’amour altruiste, à la joie et à la paix intérieure.

3.7 – Le bonheur, la joie

  • D’après Christophe André : la joie, par son côté contagieux, spontané, presque animal, a des vertus considérables pour les autres.
  • Pour Alexandre Jollien : la joie paraît beaucoup plus simple, plus accessible que le bonheur.
  • Et pour Matthieu Ricard : la joie, “ananda” en sanskrit, est en quelque sorte le rayonnement de “sukha” (qui est, dans le bouddhisme, un état de bonheur profond) ; elle remplit de félicité l’instant présent et, quand elle devient de plus en plus fréquente, forme un continuum qu’on pourrait appeler “joie de vivre”.

3.8 – Les conseils des auteurs pour un bon usage des émotions

  • Les conseils de Matthieu Ricard pour un épanouissement profond

    • Être attentif à prendre conscience des émotions négatives au moment même où elles surgissent.

On éteint mieux une étincelle qu’un feu de forêt.

    • S’entraîner à distinguer les émotions qui contribuent à notre bien-être et à celui d’autrui, de celles qui les détruisent.
    • Une fois que les conséquences néfastes des émotions négatives apparaissent clairement, cultiver les émotions positives.
  • Les conseils de Christophe André face aux émotions

    • Aimons toutes nos émotions : ce sont des signaux de nos besoins:
      • Les émotions positives nous disent que nos besoins sont satisfaits ou en voie de satisfaction.
      • Les émotions négatives qu’ils ne sont pas satisfaits.
    • Cultivons les émotions agréables.
    • Ne nous décourageons pas et acceptons les “rechutes”, les colères, les angoisses, les tristesses inadaptées…
  • Les conseils d’Alexandre Jollien pour laisser passer, pratiquer et se désencombrer

    • Laisser passer : ne pas considérer l’émotion comme un adversaire.
    • Pratiquer quotidiennement et durablement.
    • Désencombrer notre esprit, plutôt que d’amasser des compétences ou des connaissances, débarrassons-nous de l’inutile, des habitudes, réflexes, peurs, avidités…

Chapitre 4 – L’art de l’écoute

4.1 – Les caractéristiques d’une véritable écoute

  • Pour Christophe André, l’écoute est une démarche d’humilité, où l’on fait passer autrui avant soi-même

Dans l’écoute, on trouve, selon le psychiatre, trois mécanismes fondamentaux :

    • Le respect de la parole d’autrui : ne pas juger ce que nous dit l’autre ;
    • Le lâcher-prise : ne pas préparer sa réponse, mais seulement écouter sincèrement et véritablement ;
    • La capacité à se laisser toucher : être prêt à se émouvoir, sans contrôle, sans désir de maîtriser, sans aucune intention.

En fait, quand l’autre nous parle, il ne veut pas seulement obtenir des réponses. Il veut sentir de la présence, de la fraternité, de l’affection.

  • Pour Matthieu Ricard, pour bien écouter, il faut être sincèrement concerné par lui

La première étape de l’écoute doit être de montrer qu’on est sincèrement intéressé par l’autre, qu’on lui accorde une attention sans réserve.

4.2 – Que signifie exactement “écouter” sans juger ? Réponses de Matthieu Ricard

On peut juger les autres de deux façons :

  • Absolue :

C’est décréter, par exemple, que quelqu’un est fondamentalement mauvais, qu’il n’a pas la moindre empathie, qu’il n’arrêtera jamais de se plaindre parce que c’est sa façon d’être et qu’il n’y a aucune raison pour que ça change.

  • Relative :

Le jugement relatif ne s’applique qu’à la situation actuelle, provisoire de la personne qu’on juge. Même si quelqu’un manifeste des traits de caractère et des comportements déplaisants, on prend en compte le rôle que peuvent jouer son évolution personnelle et son environnement. On ne juge pas la personne en soi, mais son état d’esprit du moment et les facteurs qui ont pesé sur sa conduite.

4.3 – Les parasites de l’écoute, selon Alexandre Jollien

Trop souvent, sans écouter l’autre à fond, on ramène tout à soi, à son histoire, à ses catégories mentales.

Écouter, c’est surtout se taire, et oser un peu de recul face à cette radio interne.

Pour Alexandre Jollien, prêter une oreille attentive, bienveillante, c’est donc repérer les parasites : la fatigue, le stress, les projections, la peur, la colère… Au fond, il s’agit de nous rendre intérieurement disponibles.

4.4 – Oser le silence

  • Pour Alexandre Jollien :

On dirait que le silence fait peur, qu’il rappelle le vide, la mort, qu’il réveille les fantômes, le manque. Pourtant, s’y perdre, c’est entrer dans une plénitude qui guérit.

  • Pour Matthieu Ricard :

Dans le bouddhisme tibétain, on dit qu’une retraite faite en silence est dix fois plus fructueuse qu’une retraite pendant laquelle on parle.

  • Pour Christophe André :

Christophe André explique que lorsqu’on fait une retraite silencieuse :

On comprend beaucoup mieux ce que signifie la parole : le rapport à la parole, aux paroles inutiles, aux paroles automatiques, aux paroles erronées, aux paroles hâtives. Quand on sort des retraites en silence, on a pris goût à la vraie parole.

4.5 – Les conseils des auteurs en matière d’écoute

  • Trois pratiques immédiates recommandées par Alexandre Jollien

    • Les cures de silence ;
    • Les petites retraites (pour quitter l’agitation et descendre plus en profondeur) ;
    • Le repérage des parasites de l’écoute (la précipitation, la fatigue, les préjugés, les malentendus, le danger de l’équivoque…) ;
    • L’entière disponibilité aux autres : concrètement, téléphoner à une personne dans l’épreuve ou dans la solitude, l’écouter, la soutenir sans forcément vouloir lui asséner des conseils, juste lui donner la chance d’être parfaitement ce qu’elle est…
  • Trois conseils pour une bonne écoute par Christophe André

    • On progresse beaucoup plus en écoutant qu’en parlant. Le proverbe dit :

Tu as deux oreilles et une bouche, ce qui veut dire que tu dois écouter deux fois plus que tu ne dois parler.

    • Toujours se rappeler qu’écouter, c’est donner. Pas seulement des réponses, mais de la présence.
    • Il faut se désemplir en partie de soi pour bien écouter. Se désemplir de sa peur de ne pas savoir quoi dire, de ne pas avoir de réponses à donner, de ses certitudes, de ses lassitudes.
  • Écouter avec bienveillance et humilité selon Matthieu Ricard

    • Considérer l’écoute comme un don à l’être qui est en face de soi.
    • Ne pas anticiper ses paroles en pensant que l’on sait déjà où il veut en venir.
    • Éviter toute attitude condescendante.

Chapitre 5 – Le corps : boulet ou idole ?

5.1 – Le corps au travers de la médecine, selon Christophe André

Aujourd’hui, tous ceux qui travaillent dans le champ de la psychologie ont enfin compris que le corps n’était pas juste un outil ni une somme d’organes. Il est, en effet, une porte d’entrée vers notre esprit, une entité complexe, intelligente, dont il faut prendre soin par diverses approches comme la méditation, l’alimentation, l’exercice physique, etc.

5.2 – Le corps dans le bouddhisme, selon Matthieu Ricard

Trois amis en quête de sagesse Matthieu Ricard, Christophe André, Alexandre Jollien

Le corps, dans le bouddhisme, est décrit de façons différentes selon le niveau des enseignements et des pratiques spirituelles.

Dans le bouddhisme du :

  • Petit Véhicule : il est surtout perçu comme un objet d’attachement.
  • Grand Véhicule : on le considère comme très précieux, car il permet d’atteindre l’Éveil.
  • Véhicule Adamantin ou Vajrayana : on l’identifie à une déité de sagesse qui symbolise les qualités de l’Éveil.

Du point de vue du bouddhisme, le corps a bien sûr une influence sur l’esprit, mais en tant que dépositaire d’énergies, de schémas et de tendances dont l’origine première est dans l’esprit. Au final, c’est bien l’esprit qui est le maître du corps et de la parole.

5.3 – Le lien corps-esprit, selon Alexandre Jollien

Dans cette partie, Alexandre Jollien raconte sa vision du corps, à travers son expérience du handicap. Il évoque le lien corps-esprit, l’effet placebo qui représente les pouvoirs de l’esprit. Il dit :

Si je me sens en paix, bien entouré, il me semble que la souffrance physique est un peu moins amère. Il s’agit de travailler sur les deux plans : prendre soin du corps et apaiser le mental.

5.4 – Les conseils des auteurs pour cheminer avec son corps

  • Les deux messages de Christophe André

    • Respectons notre corps comme on respecte la nature. Il ne nous appartient pas exclusivement, pas plus que la nature.
    • Acceptons et aimons notre vieillissement, voyons le comme le moyen de nous préparer à quitter notre corps, sans regret, tout doucement, comme quelque chose qui nous a été prêté transitoirement.
  • Prendre soin de son corps sans idolâtrie, selon Alexandre Jollien

Le philosophe nous encourage à considérer notre corps comme :

    • Un enfant qui nous est confié ;
    • Une maison qui nous est prêtée (nous en sommes les heureux locataires, nous devons veiller à l’entretenir tous les jours).
  • Pour un bon usage du corps, selon Matthieu Ricard

    • Quand le corps va bien : le respecter sans s’y attacher excessivement, l’utiliser comme support ou instrument pour progresser vers la connaissance et la liberté intérieure, s’épanouir et contribuer au bien des autres.
    • Quand le corps va mal : au lieu de sombrer dans le désespoir, faire de ce mal une occasion de se transformer et de grandir en dépassant l’obstacle de la maladie.

Chapitre 6 – Aux origines de la souffrance

6.1 – Définitions de la douleur et de la souffrance

  • Selon Christophe André :

    • La douleur : c’est la partie biologique, organique ou existentielle de la souffrance.
    • La souffrance : elle désigne l’impact de la douleur sur notre esprit, sur notre vision du monde ; son opposé est donc la paix, la tranquillité, la sérénité, la possibilité de s’oublier et de profiter de la vie.
  • Selon Matthieu Ricard :

    • La souffrance englobe tous les états mentaux perçus comme indésirables. Elle a comme point de départ soit une douleur physique, soit un état d’esprit (la détresse, la peur ou tout autre sentiment que l’on voudrait voir disparaître).
    • La douleur physique est un signal d’alerte nous informant que quelque chose menace notre intégrité physique.

6.2 – Décortiquer le mal-être : les causes de la souffrance

À travers leurs expériences et leur pratique, les auteurs abordent le thème du rejet comme source de souffrance.

  • Alexandre Jollien parle des moqueries qu’il subit au quotidien depuis tout petit à cause de son handicap.
  • Christophe André parle de la souffrance de ses patients liée à la violence du désamour, du rejet.
  • Matthieu Ricard décrit la manière d’y faire face : ceux qui veulent nous faire du tort sont sous l’emprise de l’ignorance et de la stupidité. Nous devons donc avoir de la compassion pour eux. De plus, s’ils font du tort aux autres, ils en font surtout à eux-mêmes. Il précise également :

Réagir de cette façon, ce n’est pas faire preuve de faiblesse mais de force et de liberté intérieure. Cela n’implique pas qu’on se laisse constamment marcher sur les pieds, mais qu’on réagisse avec détermination, dignité et compassion, sans se laisser déstabiliser.

6.3 – Peut-on sortir du mal-être ? Réponses de Matthieu Ricard

Pour sortir du mal-être, il est indispensable d’en chercher les causes, de comprendre quels sont les actes, les paroles et les pensées qui le provoquent.

  • Il faut faire une différence entre :

    • La souffrance : elle est provoquée par une causes sur laquelle nous n’avons souvent aucun pouvoir  (naître avec un handicap, tomber malade, perdre un être cher, se trouver pris dans une guerre ou être victime d’une catastrophe naturelle).
    • Le mal-être : le mal-être n’est pas fondamentalement lié aux conditions extérieures. Il dépend de la manière dont fonctionne notre esprit.
  • Les remèdes à la souffrance :

L’amour et la compassion (celle pour soi et celle pour autrui) sont les remèdes suprêmes aux souffrances causées par l’ego.

6.4 – Pour Christophe André : accepter n’est pas se résigner

Christophe André nous explique qu’il est terriblement difficile de dire à des gens qui ont souffert toute leur vie que, dans la souffrance, il y a de la lumière.

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Selon lui, faire face aux circonstances douloureuses avec courage et sérénité ne signifie pas du tout se résigner. On évite simplement d’ajouter la détresse, de souffrir doublement.

6.5 – Nos pratiques de l’acceptation au quotidien, selon Alexandre Jollien

Ici, Alexandre Jollien invite à :

  • Concentrer ses efforts, petit à petit, plutôt que de vouloir régler une fois pour toutes les troubles de son âme.
  • Ne pas toujours associer l’acceptation à un effort ou à la résignation.
  • Cesser de vouloir transformer l’autre, lui dicter ses conduites, façonner ses opinions :

L’acceptation procède de l’amour inconditionnel […]. Une des expériences qui soigne le plus, c’est d’aimer l’autre et d’être aimé de lui sans avoir à rendre compte de qui nous sommes au fond du fond.

6.6 – Persévérer après la tourmente

  • Accomplissement et résilience, selon Matthieu Ricard

    • La souffrance : source d’accomplissement

Pour Matthieu Ricard, lorsqu’on est confronté à une grande souffrance, il arrive qu’on perde courage et qu’on sombre dans le désespoir. Mais si l’on arrive à surmonter cet obstacle, on peut en faire une source d’accomplissement. Ainsi, la souffrance n’est jamais désirable en soi, mais une fois qu’elle est présente, autant mobiliser toutes nos ressources pour faire de cette souffrance un moyen de nous transformer.

    • La résilience

On peut inclure, dans la résilience, la faculté de trouver, en soi, un lieu de paix et de liberté auquel on peut revenir à tout moment, et dans lequel on peut laisser reposer son esprit, même au milieu de circonstances difficiles. Par ailleurs, la résilience n’est pas seulement une capacité que l’on acquiert (ou pas) quand on est confronté à des situations douloureuses. Elle peut être cultivée.

  • Rester en guerre ou préparer la paix, selon Christophe André :

Quand on a échappé à la souffrance ou traversé des épreuves, on peut :

    • Rester en guerre : c’est-à-dire se préparer à affronter les prochaines souffrances ou épreuves qui surviendront dans notre vie.
    • Préparer la paix véritable de l’après-guerre : c’est-à-dire savourer l’apaisement et construire avec notre existence un rapport différent.

6.7 – Les conseils des auteurs en temps d’épreuve

  • Les conseils d’Alexandre Jollien

    • Pratiquer au quotidien : ne pas attendre d’être en pleine mer pour apprendre à nager.
    • Poser des actes : au cœur de la souffrance, il n’y a rien de pire que l’immobilisme. Ne jamais s’enfermer sur soi-même. Sans les autres, sans sa famille, sans ses amis, on n’avance pas sur le chemin de l’acceptation.
    • Ne pas sur-réagir : en plein tourment, il est périlleux de vouloir tout changer. Mieux vaut ne pas nous agiter dans les vagues et laisser passer l’ouragan.
  • Le conseil de Matthieu Ricard

Si on perçoit le monde entier comme un ennemi, vouloir le transformer pour qu’il ne nous nuise plus est une tâche sans fin. Il est infiniment plus simple de changer notre perception des choses !

  • Les messages de Christophe André

    • Plutôt que de nous affliger de la souffrance, se demander ce qui est possible de faire à notre échelle et autour de soi pour qu’elle disparaisse.
    • Rester en lien avec le monde, dans le bonheur comme dans le malheur : la souffrance nous coupe du monde et nous prive de ce dont on a le plus besoin.
    • Accepter de ressentir ce qui se passe dans notre corps, dans notre esprit : ceci nous aidera à ne pas réagir de manière impulsive mais à répondre de façon adaptée et intelligente.

Chapitre 7 – La cohérence : une question de fidélité

7.1 – Deux idées soulevées par Christophe André

  • En faisant peu à peu des concessions, certaines personnes se retrouvent pris dans un enchaînement irréversible qui les conduit à l’opposé de leurs principes moraux fondamentaux :

En guise d’exemple, Christophe André nous raconte ici l’histoire du simple policier Franz Stangl qui, peu à peu, est devenu le chef du camp de concentration de Treblinka et a été considéré comme responsable de la mort de 900 000 Juifs.

  • Les mensonges et faux-semblants, notamment de la part de personnages publics, posent un problème très grave :

En effet, les humains ont besoin de modèles fiables et crédibles. L’un des outils de transformation personnelle les plus puissants, outre les messages et les valeurs que l’on reçoit au travers d’un enseignement, c’est la valeur de l’exemplarité. En psychologie, on appelle cela “l’apprentissage par imitation de modèles”.

7.2 – Deux points développés par Matthieu Ricard

  • Être vrai, ce n’est pas nécessairement toujours dire toute la vérité, surtout si cela crée de la souffrance :

Certes, nous devons restons conforme à notre propre éthique. Néanmoins il est indispensable de prendre en compte les conséquences heureuses ou malheureuses que la fidélité à ses principes peut avoir sur les autres.

  • Le manque de cohérence est souvent lié au sentiment exacerbé de l’importance de soi :

Celui qui veut absolument afficher une image flatteuse ou trompeuse de lui-même a du mal à admettre ses fautes et à se montrer tel qu’il est. Il a tendance à tricher quand ses paroles et ses actes ne sont pas à la hauteur de l’apparence qu’il veut donner.

7.3 – Les conseils des auteurs en matière de cohérence

  • Vivre la cohérence et éviter de se faire du mal, selon Christophe André

    • Il est plus efficace d’incarner soi-même ses valeurs que d’en parler et de les recommander.
    • Les idéaux et le souci de cohérence ne doivent pas se transformer en auto-tyrannie : notre démarche doit aussi s’accompagner de bienveillance envers nous-mêmes, de tolérance envers nos erreurs et nos imperfections.
  • Éviter la tyrannie vis-à-vis de soi-même et l’intolérance vis-à-vis des autres, selon Matthieu Ricard

    • Ne pas s’accrocher à des dogmes invariables. Les situations humaines étant toujours complexes, être trop rigide peut aboutir à des réactions en porte-à-faux avec la réalité, et créer plus de souffrance que de bonheur.
    • Donner la primauté à la bienveillance. Cela simplifie considérablement le problème de la cohérence, car la bienveillance devient le seul critère auquel nos pensées, nos paroles et nos actes doivent répondre.
  • Essayer de vivre au-delà des rôles, selon Alexandre Jollien

    • Vivre à partir de l’intime et ne plus être dans le désir de plaire et la soif de réussir à tout prix.
    • S’entourer d’amis spirituels.
    • Intégrer nos contradictions et cesser de les considérer comme des ennemis.

Chapitre 8 – Altruisme : tout le monde y gagne

8.1 – La joie de l’altruisme

  • L’altruisme : un acte quotidien, selon Alexandre Jollien

Il est plus facile d’aimer l’humanité tout entière que de supporter son voisin.

Dostoïevski

Pour Alexandre Jollien, la générosité, la charité, le véritable amour du prochain s’exercent dans le quotidien : savoir accueillir la voisine de palier, consoler un enfant, rencontrer sans pitié un clochard, et en toute occasion nous abstenir de nuire.

Trois amis en quête de sagesse Matthieu Ricard, Christophe André, Alexandre Jollien

  • Définitions de l’altruisme et de la compassion, selon Christophe André

    • L’altruisme : c’est l’attention qu’on prête aux besoins d’autrui et les actes qu’on pose pour les aider. Inutile d’attendre que la personne souffre pour lui faire du bien, il suffit qu’elle en ait besoin. Cette attitude s’exerce autant que possible, sans attente particulière de réciprocité, de reconnaissance, de bénéfice.
    • La compassion : elle consiste à se montrer attentif à la souffrance d’autrui, à souhaiter qu’elle diminue et à vouloir y remédier.

8.2 – Altruisme, empathie, compassion : trois états émotionnels distincts expliqués par Matthieu Ricard

On a parfois tendance à mettre dans le même sac l’altruisme, la compassion et l’empathie. Mais derrière ces mots, il y a des états mentaux différents, qui ont des répercussions différentes sur nos comportements et, par conséquent, sur autrui.

  • L’altruisme, ou l’amour altruiste, est essentiellement l’intention de faire le bien des autres.
  • La compassion est la forme que prend l’altruisme quand il est confronté à la souffrance d’autrui.
  • L’empathie comporte deux aspects :
    • Affectif : c’est la capacité d’entrer en résonance émotionnelle avec les sentiments de quelqu’un d’autre, de prendre ainsi conscience de sa situation.
    • Cognitif : cela consiste à se mettre à la place de l’autre ou à imaginer ce qu’il ressent, sans pour autant ressentir la même chose.

8.3 – Étendre nos capacités de compassion, selon Alexandre Jollien

  • La compassion dans la durée

Alexandre Jollien explique ici qu’un accident de voiture, une maladie aiguë va souvent réveiller notre empathie alors que soutenir un proche sur la durée avec une extrême bienveillance semble difficile. C’est pourquoi, il nous invite à porter de l’attention à l’autre tous les jours et tout particulièrement à celles et à ceux qui passent inaperçus.

  • La compassion infinie

Notre altruisme ne s’épuise pas avec le nombre de ceux qui le reçoivent.

Si dix personnes se chauffent au soleil, et si mille autres viennent se chauffer au même endroit, le soleil n’a pas besoin de briller cent fois plus.

Cela ne veut pas dire que nous pouvons nourrir et soigner chaque être de cette planète, mais que notre intention, elle, peut s’étendre à tous.

Il souligne, par ailleurs, que la compassion nécessite de l’énergie, du temps (de sommeil, de loisirs, de famille), des capacités physiques. Par conséquent, si l’on ne prend pas soin de soi, on se met en danger et, à terme, on compromet ses capacités d’altruisme à venir.

8.4 – Comment être bienveillant envers des personnes difficiles

La question que se posent nos trois auteurs est : “comment être bienveillant quand je ne trouve en face de moi qu’ingratitude, mauvaise foi, animosité ou malveillance ? ”

  • Deux recommandations de Matthieu Ricard :

    • Maintenir une attitude bienveillante : rester calme, courtois et ouvert à l’autre permet de désamorcer son animosité. S’il ne change pas d’attitude, on conserve au moins sa dignité et sa paix intérieure.
    • Réaliser que les gens ne sont pas nés avec un désir d’actions innommables : il ne s’agit pas de tolérer mais de comprendre que c’est’un ensemble de causes et de conditions qui conduit les gens à de terribles comportements (Ex. : Daech, Boko Haram) :

La compassion, dans ce cas, c’est le désir de remédier aux causes, comme un médecin souhaite mettre fin à une épidémie.

  • Pour Christophe André, il faut aller bien pour être capable d’aller au-devant de personnes en difficulté

Que ce soit dans :

    • La confrontation : afin de ne pas déraper vers l’agression ;
    • La compassion : afin de ne pas se faire manipuler ou exploiter.
  • Le mal pour le mal existe-il ?

Ce sujet ouvre à débat entre les trois auteurs pour finalement être d’accord sur le fond :

    • Alexandre Jollien fait référence à la tradition philosophique (et notamment Socrate) pour dire que :

Le méchant est avant tout une personne qui souffre, qui manque manifestement de paix et de joie.

    • Matthieu Ricard explique que, selon le bouddhisme, le mal absolu n’existe pas car on considère que tout être, aussi loin soit-il allé dans l’horreur, a toujours au fond de lui, une qualité appelée “nature de Bouddha”.
    • Christophe André nuance en disant que nul n’est mauvais par essence mais qu’on peut être méchant délibérément, foncièrement. Dès lors, notre démarche ne doit pas être naïve : outre la compassion que mérite tout humain, il faut parfois déployer aussi de l’éducation, de la coercition, etc.

Selon Matthieu Ricard, dans tous les cas, la bienveillance ne devrait jamais être considérée comme une faiblesse, un fardeau ou un sacrifice, mais comme la meilleure option, et ce, même dans les situations qui semblent les plus inextricables. C’est aussi la meilleure façon de préserver notre intégrité et de tenir le coup dans l’adversité.

8.5 – Le courage de l’altruisme et de la non-violence, selon Christophe André

Christophe André insiste sur le fait que nous pouvons très bien nous situer à un niveau élevé de gentillesse, de patience et de non-violence tout en étant à un niveau élevé de force. Il ne faut surtout rien enlever à sa gentillesse (parfois ressentie comme une faiblesse) mais plutôt travailler davantage son assertivité.

8.6 – Les conseils des auteurs pour une vie plus altruiste

  • Pour Alexandre Jollien : se déprendre un peu de soi

    • Garder la capacité de se laisser toucher, émouvoir par les autres : le risque, quand on en a bavé dans la vie, c’est de se blinder, voire de se couper carrément de l’autre.
    • Être généreux sans se laisser envahir par le désir de plaire.
    • Passer du désir de plaire au pur amour, gratuit et sans pourquoi, en posant des actes altruistes.
    • Étendre l’amour qu’on porte à ses proches à toute l’humanité.
  • Pour Matthieu Ricard : il est possible d’être bienveillant avec les autres sans conditions

    • Ne pas avoir peur de la pratique de l’altruisme inconditionnel en pensant que c’est hors de notre portée. Ne jamais penser que la souffrance des autres n’est notre affaire.
    • Cultiver la bienveillance et la compassion comme n’importe quelle autre aptitude physique ou mentale.
    • Ne pas se blâmer de ne pas faire ce qui est au-delà de nos forces, mais se reprocher de détourner le regard quand on peut agir.
    • Se servir de notre faculté naturelle d’être bienveillant envers nos proches comme point de départ pour étendre notre bienveillance au-delà de notre famille et de ceux que nous aimons.
  • Pour Christophe André : Du bon usage de la bienveillance

    • Ne jamais oublier d’être bienveillant pour soi-même. Cela facilite la bienveillance envers les autres.
    • Observer comme on s’apaise et combien on est heureux lorsqu’on est dans la bienveillance, la douceur, la gentillesse ; et comme, à l’inverse, on souffre, dans le conflit.
    • Se donner le droit de renoncer lorsqu’on a le sentiment que la bienveillance nous est impossible, ou s’avère inopérante dans une situation donnée.
    • Dans certaines situations épouvantables (familiales ou professionnelles), on ne s’en sortira pas par de la bienveillance, de l’amour, mais par la fuite, “en fichant le camp et en sauvant sa peau”, pour être bienveillant avec d’autres personnes ou dans d’autres endroits.

Chapitre 9 – L’école de la simplicité

9.1 – Le dépouillement expliqué par Christophe André

Le sage ne demande pas ce qu’il a de plus que toi, mais cherche plutôt ce qu’il a en moins.

Ainsi, être sage, c’est bien souvent aller vers le “moins”, vers le dépouillement et le détachement…

Notre société nous incite à acheter, à posséder, à accumuler (des biens, connaissances, relations). Puis, elle nous pousse à jeter, pour faire de la place afin d’acheter autre chose. Elle va donc à l’encontre du dépouillement. De même, dans le monde de la psychothérapie, on est centré sur une démarche de compensation de déficits.

Les pratiques méditatives, par contre, encouragent les gens dans la direction du moins : moins de rumination, moins de pensée, moins d’attachement, moins de désir de contrôle, etc.

9.2 – Se détacher et s’ouvrir aux autres, d’après Alexandre Jollien

Il est indispensable de traquer ses attachements et de prendre conscience qu’ils nous privent de légèreté.

D’autre part, le détachement commence par des actes très concrets, comme se désencombrer de tout le superflu matériel. Pour Alexandre Jollien, pendant longtemps, le fait de jeter, d’abandonner participait de la mort, de la peur, d’où sa tentation de tout conserver… Aujourd’hui, il sait qu’au final, rien d’essentiel ne lui manque jamais.

9.3 – Se contenter dans la simplicité, pour Matthieu Ricard

L’attachement complique la vie. Ce ne sont pas les objets, les personnes ou les phénomènes en eux-mêmes qui posent problème mais l’attachement qu’on a pour eux.

Le dépouillement n’est donc pas une question de richesse ni de pauvreté, mais de force avec laquelle on s’accroche aux choses. Ainsi, même l’homme le plus riche, s’il ne s’attache pas à ses richesses, n’en est pas esclave et peut en faire profiter les autres.

9.4 – La liberté du non-attachement, par Matthieu Ricard

Le non-attachement :

  • Ne veut pas dire aimer moins les autres : on apprécie, au contraire, pleinement les êtres et les situations, mais sans vouloir les accaparer.
  • Consiste à ne pas placer tous nos espoirs et nos craintes dans les conditions extérieures.
  • A un joyeux goût de liberté : le dépouillement ne signifie pas se mettre dans une situation misérable ; il s’agit de se débarrasser des tracas inutiles associés au superflu (car plus on possède de choses, plus on a de problèmes et de souffrances liées à ces choses).
Les lecteurs de cet article ont également lu :  A chaque livre son analyse systémique…

9.5 – L’allègement qui apaise, raconté par Matthieu Ricard

Le renoncement n’est, en fait, pas une privation, mais une liberté. Au premier abord, il n’évoque pas quelque chose de très plaisant, mais imaginez que vous marchez en montagne et que votre sac à dos vous paraisse trop lourd. Pendant une pause, vous l’ouvrez et vous voyez que sous vos provisions de route un plaisantin a mis des cailloux. Au moment où vous jetez les cailloux, vous ne vous privez de rien, vous vous rendez simplement la vie plus facile. Le vrai renoncement, c’est ça. Il suffit de distinguer ce qui, dans l’existence, est source de satisfaction profonde et ce qui n’est que source de problèmes.

Par conséquent, renoncer ne veut pas dire se priver de ce qui procure joie et bonheur, mais en finir avec ce qui crée sans cesse d’innombrables tourments.

Trois amis en quête de sagesse Matthieu Ricard, Christophe André, Alexandre Jollien

9.6 – Les conseils des auteurs pour cheminer léger

  • Les trois allègements de Christophe André

    • L’allègement matériel : se demander, avant d’acheter quelque chose par exemple si on en a vraiment besoin, si cela va nous rendre plus heureux aujourd’hui, demain, dans un mois, un an.
    • L’allègement “occupationnel” : le psychiatre invite à en faire moins pour vivre mieux, à garder du temps pour ne rien faire, contempler, respirer.
    • Et enfin, l’allègement mental : s’alléger de ses craintes (de l’avenir, de notre image sociale, quant à notre sécurité).
  • Les conseils d’Alexandre Jollien

    • S’affranchir des étiquettes, de toutes ces identifications auxquelles nous nous réduisons.
    • Désencombrer notre esprit : se demander ce qui est essentiel dans notre vie quotidienne (en faisant le ménage, les courses).
    • Mettre de l’ordre dans nos vies et adopter un mode de vie dépouillé qui favorise l’accueil de la joie et de la paix.
  • La conclusion sur le sujet de la simplicité par Matthieu Ricard

Pour Matthieu Ricard, il est essentiel de simplifier nos :

    • Pensées : ne pas encombrer notre esprit de cogitations, d’attentes, de craintes inutiles et cesser de ruminer le passé et d’anticiper fébrilement l’avenir.
    • Paroles : parler moins, sans animosité, avec douceur et, si la fermeté est nécessaire, qu’elle soit empreinte de bienveillance.
    • Actes : ne pas se laisser accaparer par des activités chronophages qui nous apportent que des satisfactions mineures.

Chapitre 10 – La culpabilité et le pardon

10.1 – Les ressentis intimes et douloureux, sous l’angle psychologique de Christophe André

En psychologie, on englobe les phénomènes du regret, de la culpabilité et de la honte dans la famille des “ressentis intimes et douloureux” par rapport à des événements et des actes du passé :

  • La culpabilité est ce ressenti douloureux par rapport à un acte passé, qui a provoqué de la souffrance ou de la douleur chez quelqu’un.
  • Le regret, lui, n’implique pas toujours une douleur ou une souffrance. Parmi les regrets, on peut faire deux types de distinction :
    • Les “regrets chauds”, qui interviennent tout de suite après avoir agi, et les “regrets froids”, qu’on éprouve après, lorsque, tout à coup, on prend conscience de quelque chose.
    • Les regrets d’action et les regrets de non-action

10.2 – Ce que pardonner veut dire

  • Pour Christophe André :

Demander pardon ne veut pas dire qu’on est le seul coupable, ni qu’on s’infériorise par rapport à l’autre, c’est juste la reconnaissance du mal qu’on a causé. Le pardon :

    • N’a de sens que s’il n’est pas contraint.
    • Est une décision intime et personnelle de se libérer de la souffrance dissociée du cheminement juridique.
  • Pour Matthieu Ricard

Le pardon n’est pas :

    • Une absolution ou une approbation,
    • Nier le ressentiment, la colère ou le désir de vengeance,
    • Minimiser la gravité des actes commis et oublier ce qui s’est passé,
    • S’empêcher de prendre les mesures nécessaires pour que le mal ne se reproduise plus.

Pardonner, c’est renoncer à la haine et au ressentiment pour les remplacer par la bienveillance et la compassion. C’est aussi briser le cycle de la vengeance. […] Notre ennemi, ce n’est pas celui qui agit sous l’emprise de la haine, c’est la haine elle-même.

10.3 – Les conseils des auteurs pour se risquer au pardon

  • Une question d’entraînement, par Christophe André

    • Après chaque “Je n’aurais pas dû”, se demander “que vais-je faire désormais ?” ou “qu’est-ce que cela m’a appris ?”.
    • Considérer que les “micro-pardons” à accorder ou à demander sont une forme de réparation pour toutes nos micro-blessures du quotidien. De plus, les “petits pardons” à notre conjoint, à nos proches, sont des remises en question qui nous apprennent à nous décrocher du “qui a raison, qui a tort ?”.
  • Quelques pas vers le pardon, par Alexandre Jollien

    • Considérer celui qui nous fait du tort comme un malade, un blessé, et lui souhaiter du fond du cœur d’être heureux.
    • Bannir tout ressentiment. S’interdire d’aller se coucher avec de la rancune. Chaque soir, effacer l’ardoise.
  • Dissocier le pardon du jugement moral, par Matthieu Ricard

    • Ne pas porter de jugement moral sur les personnes mais sur ce qu’ils ont fait.
    • N’avoir aucune indulgence pour les méfaits commis, les contrecarrer par tous les moyens possibles, mais sans animosité et en évitant de créer, autant que possible, de nouvelles souffrances.
    • Pardonner à ceux qui nous ont nui. Considérer qu’ils sont comme les victimes d’une maladie, et qu’ils souffrent ou finiront par souffrir pour ce qu’ils ont fait.
    • Se souvenir que le pardon est bénéfique à tous. Il permet aux victimes de retrouver la paix intérieure, et aux coupables de faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en eux.

Chapitre 11 – La vraie liberté : de quoi peut-on se libérer ?

11.1 – Pour Alexandre Jollien : désobéir à un ego capricieux

Se libérer, c’est désobéir à son ego encombrant. Pour le philosophe, la liberté ne consiste pas à agir à sa guise, sans contrainte, et à faire tout le temps ce que l’on souhaite.

11.2 – Pour Christophe André : la liberté indissociable de la responsabilité

La liberté doit être pensée en réfléchissant à ce qu’est la liberté des autres.

Il existe trois domaines de liberté : la liberté de pensée, de parole (intime et publique) et d’action. Christophe André explique ici en quoi aucune n’est anodine, et en quoi il faut des règles pour éviter la “loi du plus fort”, qui est l’exact opposé de la liberté.

11.3 – Du bon exercice de la liberté

  • Pour Christophe André

Concernant la liberté, quatre points sont, selon lui, importants :

    • La notion d’équilibre intérieur : c’est-à-dire la compréhension et la régulation de ses émotions ;
    • La conscience d’autrui, de ses besoins, de ses fragilités, de ses valeurs ;
    • Le sentiment de liberté peut être considérable même lorsque l’on subit de nombreuses contraintes (lors des retraites dans un monastère par exemple).
    • La notion de courage : la liberté, c’est parfois puiser en soi le courage de dire certaines choses qui vont déranger autrui.
  • Pour Alexandre Jollien :

La liberté procède de cet exercice : traquer les déterminismes et les influences qui pèsent sur nos choix, nos opinions et oser les revisiter, les remettre en cause.

11.4 – La liberté ultime pour Matthieu Ricard : se libérer des causes de la souffrance

Dans le bouddhisme, on parle de deux formes de liberté :

  • Celle qui permet de se consacrer à la voie spirituelle :

Elle consiste à se débarrasser de tout ce qui fait obstacle à la progression vers l’Éveil, en particulier les préoccupations et les occupations futiles qui nous distraient.

  • Celle qui affranchit du joug de la souffrance et de ses causes :

Il s’agit de se libérer de la confusion mentale et de nos émotions négatives. C’est donc s’affranchir de la dictature de l’ego et des tendances habituelles forgées par nos conditionnements.

11.5 – Pour Matthieu Ricard : la bienveillance comme boussole

Le fait d’exercer notre liberté sans nuire à autrui est mis à l’épreuve par la liberté d’expression. Dans ce cas, pour le moine bouddhiste, les conséquences priment sur le principe d’une liberté d’expression sans conditions, déconnectée des effets qu’elle peut produire.

Certains écarts, comme la tenue de propos racistes, l’incitation à la violence ou le négationnisme concernant l’Holocauste sont punis par la loi, mais il n’est pas possible de légiférer sur toutes les subtilités de l’exercice de la liberté d’expression. C’est donc uniquement sur la base de la bienveillance que chacun peut décider du bon usage de cette liberté.

11.6 – Les conseils des auteurs pour exercer la liberté au quotidien

  • La pratique de la liberté par Alexandre Jollien

    • Apprendre à traquer nos émotions perturbatrices et nos pensées nocives pour ne pas entrer dans leur spirale infernale.
    • Se libérer du passé : le revisiter, examiner notre histoire non pour y trouver des excuses, mais pour devenir meilleurs.
  • Pour une liberté juste, par Matthieu Ricard

La liberté extérieure est la maîtrise de notre existence, et la liberté intérieure la maîtrise de notre esprit.

On acquiert cette liberté intérieure en s’affranchissant de la confusion dans notre esprit et des poisons mentaux.

  • Les quatre clés de la liberté, par Christophe André

    • Toujours penser la liberté avec la responsabilité, pour ne pas tomber dans l’égoïsme.
    • La liberté a besoin de deux régulations :
      • une intérieure : la responsabilité individuelle
      • une extérieure : les règles et les lois

Cependant, même si la loi me permet certaines choses, il n’est pas toujours souhaitable que je les fasse. On revient donc à la personne, et au-delà de “ce qui est légal”, on doit s’interroger sur “ce qui est moral”.

    • Se demander si la liberté qu’on revendique :
      • Est destinée à atteindre son plaisir personnel, ou relève plutôt du bien commun ;
      • Pose problème aux autres.
    • Penser la liberté comme un bien commun.

12. Les pratiques quotidiennes de CAM

12.1 – Pour Alexandre Jollien : faire de ses journées un terrain d’expérience

  • Ses quatre pratiques essentielles :
    • Accomplir chaque geste comme si Dieu l’avait créé uniquement pour cela.
    • Laisser passer (les angoisses, les peurs, les émotions, etc.)
    • Sortir de la logique binaire, du dualisme : le Soûtra du diamant lui rappelle de ne rien figer, et de voir qu’une chose peut être à la fois une calamité et une chance.
    • Voir qu’en ce monde tout est précaire et fragile, notamment grâce à “l’Écclésiaste”, un texte de l’Ancien Testament, qui bâtit un pont avec le bouddhisme.
  • Les obstacles redoutable à sa pratique : la mondanité.
  • Ce qui l’aide dans sa pratique : son heure quotidienne de méditation, ses amis, ses lectures.

12.2 – Une journée type de Christophe André

Parmi ses pratiques quotidiennes, l’auteur cite :

  • Un temps matinal de pleine conscience ;
  • Des moments de vie familiale le matin et le soir, des échanges, des têtes à têtes ;
  • La joie, la bonne humeur, les sourires, surtout pour démarrer la journée ;
  • Des petits temps de recueillement pour se rappeler que ce qu’il fait n’est pas juste un gagne-pain, un automatisme, une obligation, mais un choix ;
  • Ses activités : écrire un livre, l’hôpital, les conférences ;
  • L’hygiène des interactions digitales ;
  • La présence à autrui : donner vraiment de l’attention aux gens avec qui il est ;
  • La lutte contre toutes les tendances anxieuses, au découragement, à l’agacement ;
  • Des temps de fluidité, de non-obligation ;
  • Le lien à la nature, en marchant une heure dans les bois quasiment tous les jours ;
  • Un temps de prières ;
  • Un exercice de psychologie positive : repenser à trois événements agréables de la journée, s’en imprégner physiquement, les connecter à un sentiment de gratitude, et prendre en conscience qu’aucun de ces événements heureux n’est dû qu’à lui-même, qu’il y a toujours quelqu’un qui l’a facilité.

Pour ce qui concerne sa pratique plus globale, Christophe André nous confie qu’il essaie de se rappeler le plus souvent possible qu’il peut mourir dans un an, deux ans, cinq ans, et qu’il essaie alors de vivre comme si il allait mourir bientôt.

Enfin, dans les efforts qu’il accomplit, il nous dit essayer de ne pas séduire, de ne pas sur-promettre et de ne pas trahir les espérances des autres.

12.3 – La pratique personnelle de Matthieu Ricard

Le bouddhisme met l’accent sur la répétition et la régularité, en employant l’image de l’eau qui tombe goutte à goutte et finit par remplir un grand vase. C’est pourquoi, il est conseillé de faire des séances de méditation courtes mais fréquentes plutôt que de longues séances espacées dans le temps.

Quant à sa propre pratique quotidienne, Matthieu Ricard raconte se lever à 4 h 30 tous les matins. Il commence sa journée par une séance de méditation jusqu’au lever du jour. Ensuite, il prend un petit déjeuner simple devant son ’ermitage, en contemplant la nature majestuseuse.

Il fait ensuite une nouvelle séance de méditation jusqu’à midi. Après la pause du déjeuner, il lit généralement des textes tibétains, ou travaille une ou deux heures sur un projet en cours. Puis il reprend sa pratique jusqu’à la tombée de la nuit. Les jours, les semaines, les mois, les années se succèdent ainsi dans cette discipline régulière.

Conclusion de “Trois amis en quête de sagesse : Un moine, un philosophe, un psychiatre nous parlent  de l’essentiel” de Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard

  • Le concept original :

L’idée d’asseoir trois “grands esprits” ensemble, exerçant des disciplines différentes, et d’ouvrir une conversation amicale sur des sujets qui les passionnent tous les trois, est original, et plonge le lecteur dans un climat de sagesse et de bienveillance peu commun.

  • La discussion :

Les sujets profonds et largement développés, abordés sous des angles différents, apportent des réponses, ou au moins, des pistes de réflexions intéressantes quant à la conduite de notre existence. Toutefois, le contenu philosophique et théorique rend parfois la lecture difficile et longue. Certains passages nécessitent une certaine concentration…

  • L’écriture :

En restituant le contexte, l’ambiance, le décor et le découpage de cette conversation, l’écriture et le ton du livre transportent le lecteur : on a alors, nous aussi, l’impression d’être blotti au coin du feu, dans l’intimité des échanges.

Points forts :

  • La sagesse du ton et des propos ;
  • L’originalité du livre : le concept de réunir trois personnalités exerçant des disciplines différentes mais partageant tous la même passion sur les questions de l’existence ;
  • La manière dont est conçu le livre nous fait rentrer dans l’intimité de cette rencontre amicale ;
  • L’enrichissement personnel que le contenu des propos apporte.

Points faibles :

  • Des longueurs dues au contenu très théorique (malgré les expériences de vie racontées) et aux thématiques très philosophique et spirituelles ;
  • Quelques réflexions très profondes pas toujours faciles d’accès ;
  • Des conseils pleins de sagesse mais qui paraissent souvent difficile à appliquer dans la réalité du quotidien.

Ma note :

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Trois amis en quête de sagesse







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