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Permaculture humaine

permaculture humaine des clés pour vivre la transition

Résumé de “Permaculture humaine. Des clés pour vivre la transition” : Ce livre offre des méthodes concrètes de gestion de l’humain dans une visée éco-responsable, en appliquant les principes de la permaculture à l’ensemble des problèmes (alimentaires, sociaux, organisationnels, etc.) rencontrés dans notre époque de transition écologique.

Par Bernard Alonso et Cécile Guiochon, 2016, 206 pages.

Note : Cette chronique invitée est écrite par Laura Nicolas, du blog Ma Petite Forêt, dédié au montage de projets éducatifs en nature

Chronique et résumé de “Permaculture humaine. Des clés pour vivre la transition”

Introduction : Accompagner les personnes et les groupes dans la Transition

Notre monde connaît une fin de cycle : continuellement utilisées par l’humain depuis plusieurs générations, les ressources naturelles s’épuisent. Les sociétés s’organisent déjà autour de pratiques collectives visant à économiser l’énergie et autres ressources indispensables (co-voiturage, jardins partagés, trocs, etc.). Mais la croissance démographique de la planète (9 milliards d’individus en 2050, dont 3 humains sur 4 vivant en ville) rend d’autant plus urgente la transition vers de nouvelles pratiques collectives. En effet, comment réagirons-nous si un effondrement énergétique, social et économique survient? Plus de transport car plus d’essence, plus d’internet car plus d’électricité, plus de travail car plus de flux financiers… Et, pire encore, plus de nourriture ni d’eau dans les milieux urbains surpeuplés1.

La solution : la permaculture appliquée à l’humain

Pour les auteurs, la solution réside dans une production et une consommation – revues à la baisse – des ressources réellement disponibles. Et dans leur mise en commun entre les individus. Apparu dans les années 702, le principe de permaculture répond à ce défi sociétal. En effet, il s’agit d’une méthode de culture de la terre qui se base sur une approche globale et interreliée des éléments de la nature. Transféré à la gestion de l’humain, le concept de “permaculture humaine” et ses méthodes propose une vision novatrice des liens entre les humains et entre eux et leurs éco-systèmes :

  • Multiplier les interactions entre les individus (partage et échanges de ressources au lieu d’une production et d’un profit individuel),
  • Produire plus d’énergie que l’on en consomme (pour la partager),
  • Utiliser des outils simples et non dépendants des nouvelles technologies (facilité de production et de réparation).

Alonso et Guiochon accompagnent pas à pas les lecteurs dans la découverte des principes et méthodes de la permaculture humaine, à travers 4 chapitres, richement imagés par les belles illustrations de M. Quilvin. L’ouvrage débute par l’explication des principales clés de la permaculture humaine (chap.1). Les auteurs invitent ensuite les lecteurs à s’approprier ces clés en effectuant eux-mêmes le design de leur propre vie (chap.2). Puis, ils montrent le rôle des écosystèmes (l’eau, la terre, etc.) dans la survie des humains et donnent des clés pour une cohabitation harmonieuse avec ces éléments indispensables à notre survie (chap.3). Enfin, le chapitre 4 s’intéresse à notre alimentation, point central de la permaculture, en donnant des indications précises permettant d’atteindre l’autonomie alimentaire.

On fait le bilan (carbone et écologique)

L’introduction s’achève sur une page d’évaluation du bilan carbone et de l’empreinte écologique du lecteur. Le bilan carbone permet d’évaluer l’impact des activités d’une personne sur les émissions de gaz à effet de serre, donc sur le climat.

bilan carbone et empreinte humaine

Le bilan de l’empreinte écologique, lui, correspond à l’évaluation de l’impact de nos activités sur les ressources naturelles (nous consommons actuellement les ressources d’une planète et demie!). Parallèlement, le calcul de l’empreinte écologique révèle la dépendance d’un individu aux énergies fossiles ou renouvelables. En bref, en cas de crise énergétique, quelle chance de survie avons-nous?

Pour ces différents calculs, il faut prendre en compte :

  • La surface de notre logement,
  • Le nombre de kilowatts/heure d’électricité consommé annuellement,
  • L’âge de notre réfrigérateur,
  • Le nombre de kilomètres parcouru en voiture et en transport en commun,
  • Notre consommation de viande, de poisson, de produits laitiers et d’eau en bouteille – et celle de nos animaux domestiques,
  • La quantité de nos déchets ménagers
  • Le budget que nous consacrons aux équipements électroniques, chaussures et vêtements,
  • La durée et la fréquence de nos voyages de loisirs.

Les auteurs conseillent de réaliser notre bilan carbone sur le site BilanCarbonePersonnel ou CoachCarbone et celui de notre empreinte écologique sur le site de la Cité des Sciences.

L’objectif de ce livre est donc de donner des outils simples afin de réduire ces différentes empreintes, de réussir la transition écologique, et de la réussir collectivement.

Chapitre 1. Des clés pour aborder la permaculture humaine

Définition et fondements de la permaculture classique

Les auteurs commencent par définir la permaculture, dans la lignée des fondateurs du concept, Bill Mollison et David Holmgren, comme “une approche systémique qui permet de créer des écosystèmes viables en s’inspirant des lois de la nature”. Cette démarche apporte “une compréhension globale et des solutions locales qui limitent l’impact des activités humaines sur la planète” (p.22).

fondements permaculture humaine nature

Les postulats qui sous-tendent cette approche sont les suivants :

  • Les écosystèmes évoluent et se transforment,
  • C’est l’interrelation entre ces écosystèmes et leur diversité qui permet à la vie de subsister et de se renouveler,
  • La permaculture vise à organiser les activités humaines sur la base de ces 3 dimensions (transformation, diversité et interactions entre les éléments).

Les fondements philosophiques de la permaculture sont que la vie se régénère d’elle-même, tend à exister quoi qu’il arrive et, ce, de manière infinie et abondante. Faisant partie de la nature, l’humain a ceci de particulier que sa capacité à réfléchir lui confère une grande responsabilité dans la gestion des écosystèmes naturels. Ancrée dans cette notion de responsabilité, la vision de la permaculture se retrouve dans son étymologie même. Le mot “permaculture” est la contraction entre “permanent” (durable) et “culture” (dans sa dimension agricole et culturelle). Le concept de “permaculture” dépasse donc largement la question agricole pour englober toute dynamique de vie imitant les lois naturelles des écosystèmes.

Les 3 règles du permaculteur sont les suivantes :

  • Prendre soin de la Terre,
  • Prendre soin de l’humain,
  • Partager équitablement les ressources et redistribuer les surplus.

Organisés autour de ces trois règles, les 12 principes de la permaculture sont représentés par l’image ci-dessous :

12 principes de la permaculture

Voir le site source

Changer le monde en commençant par soi-même

Toute démarche en permaculture commence par une transformation intérieure. En effet, puisque nous faisons partie de l’écosystème, nous ne pouvons le changer sans commencer par nous-même. Cette philosophie de vie est bien résumée par la célèbre légende du Colibri, si bien appliquée et diffusée par Pierre Rabhi:

“Un jour, raconte la légende amérindienne, un immense incendie se déclare dans la forêt. Tous les animaux, terrifiés, fuient le désastre. Seul le colibri, le plus petit oiseau de la forêt, s’active. Il fait des allers-retours incessants entre une mare et le brasier, rapportant chaque fois quelques gouttes d’eau dans son minuscule bec. Agacé par cette agitation dérisoire, le tatou lui lance : – “Colibri! Tu es fou! Tu ne crois pas que tu vas éteindre le feu avec ces quelques gouttes d’eau! Fuis avec nous!
– Tout seul, je n’éteindrai pas l’incendie, mais je fais ma part”, répond le colibri”.

la légende du colibri permaculture humaine

C’est la contagion des bons exemples qui rend possible la force d’un collectif humain et qui finalement opère la transformation de cette humanité. Mais cette transformation part toujours de l’intérieur pour aller vers l’extérieur. Les étapes proposées par les auteurs sont les suivantes :

  • Sortir du déni (regarder en face sa satisfaction ou son insatisfaction par rapport à notre propre vie),
  • Oser être soi-même (accepter d’être différent des autres),
  • Dépasser les solutions simplistes (sortir des solutions toutes faites),
  • Rester positif, créatif et confiant,
  • Célébrer la vie! (se réjouir des petites choses que la vie nous offre).
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La nature est un modèle!

Retrouver notre appartenance à la nature est une démarche essentielle à qui veut vivre la permaculture. Nous autres humains sommes apparus très tard sur la planète. Si l’on résume l’âge du temps en une horloge de 24h, nous sommes apparus à 23h58! Mais le développement des humains a été si rapide, comparé à celui des autres éléments, qu’ils s’en sont très rapidement crû les maîtres. Retrouver notre lien avec la nature est la condition sine qua non pour rétablir la stabilité des écosystèmes que nous avons si vite ébranlée.

appartenance à la nature ce modèle

Ce retour à la nature s’effectue par une démarche d’imitation de cette dernière : le biomimétisme3. Cette démarche suppose que tout problème trouve sa solution dans l’observation de la nature. Parce qu’il existe au moins une espèce avant nous qui a été confrontée à ce problème et, qui a su mettre en place des stratégies pour le résoudre ou s’y adapter. L’une des grandes leçons que nous apprend l’observation de la nature est qu’il n’y existe pas de hiérarchie mais une place et un rôle pour chacun. Il existe surtout une coopération entre les espèces et seule cette coopération permet la survie de tout l’écosystème. Changeons notre regard anthropocentrique et visons la coopération avec les éléments qui nous entourent.

Trouvons notre place, collectivement!

La notion de “niche écologique” désigne la place occupée par une espèce (sa position au sein de l’écosystème, ses conditions de vie, son habitat, etc.). Or, quelles que soient les espèces, toutes ont en commun d’avoir une place complémentaire, orientée vers le bien commun et la pérennité de l’écosystème. Toutes? Sauf l’humain! En effet, les deux caractéristiques suivantes nous différencient des autres espèces :

  • Chaque humain est doté d’une personnalité qui demande à s’épanouir culturellement et à trouver sa place (sa “niche”) propre au sein de l’espèce même,
  • L’humain a conscience de son existence propre et peut s’interroger sur sa place dans le monde : il peut choisir sa place, son rôle, son statut, etc.

Notre place n’est pas inscrite dans notre patrimoine génétique, nous devons la découvrir et, pour ce faire, sortir du moule social dans lequel nous sommes élevés. Trouver sa propre niche, sa place et sa raison d’être, est un préalable à toute participation à un projet collectif.

Pour ce faire, utilisons les incroyables facultés de nos deux hémisphères cérébraux!4 Nous sommes enclins, dans notre société, à faire fonctionner l’hémisphère gauche – celui qui analyse, raisonne, classifie, argumente et exclut – plutôt que le droit.

le cerveau et ses facultes

Ce dernier est le lieu des éléments artistiques, émotionnels, imaginaires, etc. trop peu valorisés dans notre système scolaire. Or il est absolument essentiel de faire collaborer nos 2 hémisphères en prenant le temps de ressentir avant de tout analyser.

Sur ce sujet, voir l’article résumant les apports de l’ouvrage “Libérez votre cerveau” d’Idriss Aberkane.

Trouver notre niche individuelle nous ramène au collectif. En effet, toute espèce a pour objectif final sa propre survie. Mais notre société est tellement technicisée qu’elle nous fait oublier cet enjeu collectif (nous ne nous rendons pas compte que nous avons besoin des autres pour survivre – et vice-versa!). Il s’agit donc, pour réapprendre à survivre, de sortir des habitudes individualistes dans lesquelles nous avons grandis. Pour ce faire, la permaculture humaine propose une stratégie dite “de “design”.

Chapitre 2. Le design, mode d’emploi

Le mot “design” désigne “un ensemble de pratiques destinées à concevoir, à planifier, à aménager, à structurer un espace, un projet, un groupe, des relations ou des organisations pour les rendre féconds, abondants et durables” (p.64). Les auteurs appliquent cette définition à la démarche de permaculture, où le design implique de s’inspirer des lois de la nature pour organiser un mode de vie – généralement collectif – le plus simple, le plus naturel et le plus approprié à une situation donnée. Chaque design est unique puisqu’il répond à un problème ou à un projet spécifique. L’objectif du design est d’atteindre le maximum d’autonomie (alimentaire, énergétique, sociale, etc.) pour le groupe.

Le design n’est pas un processus linéaire mais interactif, fait d’allers-retours incessants entre les différentes étapes. Mais un design comprend toujours les neuf phases suivantes :

1. Observer

observer la nature le quotidien

Il s’agit d’observer la situation dans laquelle nous sommes (professionnellement, familialement, etc.) sans l’analyser ni chercher des solutions. Nou nous posons dans le silence, tranquillement, et nous écoutons ses ressentis face à l’observation de tel ou tel élément de notre quotidien. Il faut noter de 1 (faible) à 5 (forte) nos réactions émotionnelles. Ensuite, nous retenons les situations qui provoquent en nous des réactions positives (joie, enthousiasme, ferveur, passion…) pour amplifier leur fréquence dans notre vie. Inversement, puis nous notons celles qui nous “contractent” (stress, angoisse, tristesse…) afin de progressivement les écarter de notre quotidien.

2. Identifier l’effet bordure

“L’effet bordure” définit, à l’origine, les zones du sol qui se trouvent à la frontière entre deux environnements (par exemple, entre un pré et une forêt). Ces zones sont généralement très fertiles. Ici, il s’agit d’identifier quels sont les coopérations et les échanges de compétences avec autrui qui seraient mutuellement les plus bénéfiques. Par exemple, au niveau professionnel, l’association d’un maçon et d’un charpentier permettra une complémentarité dans le domaine de la construction.

3. Déterminer les ressources et les besoins

A cette étape, il faut prendre en compte les facteurs suivants :

  • Ressources disponibles à l’interne (ressources humaines, naturelles, matérielles, financières, etc.),
  • Ressources extérieures au projet (voir d’autres projets ayant réussi, s’approprier leurs outils, s’informer, contacter, repérer les réseaux, etc.),
  • Facteurs limitants externes (contraintes règlementaires, économiques, culturelles, climatiques, etc.),
  • Besoins matériels et immatériels (nourriture, eau, locaux, revenus, moyens de transports, formations, etc.).

4. Évaluer et trier les données recueillies

Une fois les facteurs ci-dessus identifiés, il faut les répertorier en se focalisant sur les plus importants pour la vie du projet. C’est en faisant ce tri qu’apparaitra le “fil conducteur” du projet, sa feuille de route ou, en d’autres termes, sa “raison d’être”.

5. Découvrir, connecter et analyser les niches

Les auteurs proposent, à cette étape, de dessiner une grande lettre T pour chaque participant au projet. A droite de son T, chaque membre du groupe écrira les rôles qu’il souhaite avoir au sein du projet, ses goûts, ses compétences, ses loisirs, ses atouts, etc. En dessous, la personne inscrit les éléments identifiés, par elle-même ou d’autres membres du groupe, comme étant ses forces. A gauche du T, la personne inscrira ses besoins. En dessous, elle note ce qu’elle ressent comme étant des faiblesses chez elle.

On confronte ensuite l’ensemble des T des participants. Et, au fur et à mesure, se dessinent des complémentarités qui vont indiquer où se situe la niche du projet lui-même. Il est important de ne pas faire entrer à tous prix, en les tordant, les rôles ou les besoins des participants à un projet pré-établi, mais bien d’opérer la démarche inverse. C’est en fonction des niches des participants qu’on trouvera au projet sa juste place dans le monde.

6. Rêves et remue-méninges

partie-creative-rever-et-inspiration

Suit alors une partie créative, où l’on se laisse rêver à tous les possibles. Et où l’on laisse son inspiration broder des rêves autour du fil conducteur défini précédemment. Il faut laisser un temps à cette étape, qui peut s’effectuer durant des promenades, du jardinage, du temps libre, etc. Des outils conceptuels comme les cartes mentales peuvent être très utiles à ce stade.

7. Concevoir un design fonctionnel

Les auteurs listent ensuite plusieurs questions dont les réponses positives permettront aux membres du groupe de s’assurer que leur projet est réaliste. Les voici :

  1. “Le projet répond-il à un besoin de l’écosystème (groupe ou société)? Lequel?
  2. Va-t-il créer de la richesse? Pour qui?
  3. Va-t-il produire plus d’énergie qu’il n’en consommera?
  4. Le projet bénéficiera-t-il à tous les éléments ou à toutes les personnes du système et au-delà?
  5. Chaque élément sera-t-il en relation avec d’autres éléments du système?
  6. Chaque élément (ou chaque membre) aura-t-il plusieurs fonctions?
  7. A-t-on bien pris en compte la diversité des compétences, les forces et les faiblesses de chacun.e et celles du projet lui-même?
  8. Le projet a-t-il les moyens de ses ambitions? Est-il viable?
  9. Comment sera assurée sa pérennité?
  10. A-t-on évalué son impact environnemental, social, économique?” (p.73).

8. Installer le design

C’est le moment où l’hémisphère droit du cerveau joue son rôle favori : mettre en œuvre le projet, à force d’analyse et de réflexion. Attention, néanmoins, à rester flexible et à envisager tous les possibles!

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9. Maintenir la pérennité du design

La capacité d’auto-régulation du projet est la condition ultime de sa réussite : le collectif doit être pensé de manière à “rouler tout seul”. Si les membres doivent constamment réajuster les éléments fondateurs du projet, c’est que ce dernier est à redéfinir.

Chapitre 3. Prendre soin de la terre

prendre soin de la terre clés de réussite

La biodiversité, clé de l’équilibre

Alonso et Guiochon commencent ce vaste chapitre par un rappel sur la biodiversité, qu’ils définissent comme “l’ensemble des formes de vie sur Terre, des plus petites aux plus grandes, l’ensemble des interactions complexes qu’elles entretiennent, leurs fonctions et leurs modes de vie” (p.85). La richesse de la biodiversité de notre planète offre bien des services à l’humain :

  • D’approvisionnement (eau, énergie, nourriture, ressources, etc.),
  • De régulation (stockage et purification d’eau, régulation de maladie et du climat),
  • D’appui (habitats aux plantes et aux animaux, matières premières),
  • Culturels (relaxation, esthétique des paysages, moyens d’apprentissage, etc.).

Pour en savoir plus sur la biodiversité, voir la définition donnée par le CNRS ici.

Aujourd’hui, la biodiversité des écosystèmes naturels (eau, sol et forêt) est mise en danger par les activités humaines. Pour exemple, les auteurs citent les chiffres donnés par l’ONG WWF montrant que, en 2014, 50% des espèces sauvages avaient disparu depuis 1970. Or la survie de l’espèce humaine dépend intrinsèquement de la survie des autres espèces. Continuons ainsi et “nous courons à notre propre perte”, conclut WWF. Par ailleurs, la hausse du climat fait augmenter massivement l’évaporation de l’eau, ce qui – par un effet de cercle vicieux – amplifie les phénomènes climatiques brutaux.

L’eau, c’est la vie

L’eau est le premier bien à préserver. Constituant 70% du corps humain, elle maintient également en vie toutes les espèces.

cycle naturel de l'eau

Voir le site source

Les auteurs résument l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la gestion de l’eau et l’importance de ce précieux liquide, ils :

  • Décrivent les cycles naturel et technique de l’eau,
  • Rappellent que l’humain a, dans l’histoire, toujours entretenu une forte proximité avec les cours d’eau,
  • Montrent que les chaînes de pollution agricole et industrielle déstabilisent le cycle naturel de l’eau et mettent en danger les nappes phréatiques,
  • Récapitulent les besoins en eau potable de la population mondiale (100l/jour/personne est confortable ; 50l/jour/personne est décent ; 20l/jour/personne permet la survie ; 2 à 3l/jour/personne sont absolument nécessaires à l’humain),
  • Insistent sur les inégalités mondiale dans l’accès à l’eau (1humain sur 3 n’a pas accès à l’eau et vit donc en situation de “stress hydrique”)
  • Constatent que seulement 7% de l’eau potable est consommée pour boire et laver les aliments. Les 93% restants sont utilisés pour l’hygiène et le nettoyage.

Pour éviter ce gaspillage, la gestion de l’eau se situe au centre des design en permaculture. Les auteurs listent des pratiques permettant d’économiser l’eau (utiliser l’eau plusieurs fois, si possible ; installer des toilettes sèches, capter l’eau de pluie, limiter l’arrosage, etc.).

toilettes sèches éviter le gaspillage

Le sol aussi, c’est la vie

La plupart de la biodiversité se situe sous terre. Un mètre carré de terre contient jusqu’à 260 millions d’espèces animales (et le double de végétales!). Et toutes ont une utilité. Les fonctions du sol sont diverses :

  • Entretien de la biomasse, via les forêts et les prairies, ce qui permet la production de nourriture,
  • Régulation de l’eau,
  • Dépollution de l’eau.

Le sol offre mille services aux humains (matières premières pour nos habitats, nos vêtements, nos objets du quotidien ; nutriments, etc.). Le problème est qu’il s’agit d’une ressource non renouvelable, limitée, et qui se dégrade à grande échelle, à cause de pratiques industrielles dévastatrices. Les terres arables – cultivables – ne constituent qu’1/4 de la planète, et on ne cesse de les appauvrir. Face à cette situation, la permaculture vise à rétablir, à maintenir et à amplifier l’autofertilité du sol à partir de 5 principes basés sur l’observation du fonctionnement naturel des sols :

  • Maintenir le sol couvert (par du paillage),
  • Laisser respirer le sol (ne pas marcher sur les zones cultivées car cela prive les micro-organismes d’eau et d’oxygène),
  • Ne pas retourner le sol (les vers de terre s’en occupent très bien!),
  • Diversifier et associer les cultures qui “s’entendent bien” (comme les humains, les plantes ont des atomes crochus avec certaines de leurs congénères!),
  • Laisser les résidus végétaux se décomposer sur place (ce sont des paillis naturels qui protègent des écarts de température).

Chapitre 4. Prendre soin de l’humain

Ce chapitre vient boucler la boucle entamée par les auteurs. Après le précédent chapitre consacré aux écosystèmes, on revient, dans le dernier chapitre, aux pratiques humaines qui intègrent ces écosystèmes au quotidien. On y parle production d’alimentation en permaculture, gestion de l’eau et modes d’alimentation (végétale et animale).

Permacultivons notre alimentation

Boire et manger sont les deux principaux besoins humains. Les modèles alimentaires actuels sont pourtant tout sauf durables : trop dépendants du pétrole, polluants, meurtriers pour la biodiversité, ils sont appelés à disparaître prochainement. Comment les remplacer, alors qu’en 2050 nous serons près de 9 milliards d’habitants sur la planète, dont les 2/3 en ville? Le problème n’étant pas tant le manque de nourriture mais une distribution inégale des ressources alimentaires due au manque de moyens financiers d’une grande partie de la population. Il faut donc changer le système d’échange actuel (nourriture = argent) et le remplacer par une répartition de la nourriture non conditionnée par les revenus financiers des consommateurs.

Pour cela, le modèle d’une agriculture familiale, locale et durable est reconnu comme étant adéquat. Mais sur quelles bases repose-t-il? Alonso et Guiochon proposent de commencer par rechercher sa propre “alimentation juste” par rapport à sa situation (santé, habitat, zone géographique, etc.). En d’autres termes, celle qui sera la plus bénéfique pour soi-même et son environnement : végétarien, crudivore, locavore, vegan, régime paléo, méditérranéen, sans gluten, alcalin, etc. (le choix est vaste!).

la permaculture de l'alimentation

Ensuite, les permaculteurs s’appuient sur le principe de biomimétisme pour proposer une observation détaillée des modes d’alimentation des animaux sauvages qui possèdent une anatomie, une physiologie, un régime et un rythme de prise de nourriture adaptés à la nourriture disponible là où ils vivent. Ils opèrent aussi des stratégies de clan pour mieux chasser. Et n’oublions pas que la sélection naturelle assure un rôle dans la pérennisation de l’espèce.

A l’inverse des animaux, seuls les humains :

  • tentent d’adapter leur environnement à leur besoins,
  • se nourrissent d’aliments importés depuis l’extérieur de leur territoire proche,
  • peuvent manger bien plus de nourriture que ce dont ils ont réellement besoin, au risque de déséquilibrer leur santé.

L’Homo Industrialis a réussi, au cours de l’histoire, à rompre le lien qui l’unissait nécessairement à la production de nourriture locale. Mais pour combien de temps? Et au détriment de quoi?

Omnivore de par sa constitution, l’humain a besoin d’un régime varié mais toujours proportionnel à l’énergie qu’il dépense au quotidien. Le nécessaire équilibre du “terrain humain” est semblable à celui du sol : les permaculteurs vont chercher à soigner leur alimentation de la même manière qu’ils soignent leur culture, en équilibrant les aliments. Par exemple, en respectant l’alternance entre les produits alcalinisants (fruits et légumes frais) à 80% et les produits acidifiants (céréales, légumineuses, produits laitiers) à 20%. Cela permet de conserver un pH équilibré.

L’eau, un élément vital

L’eau : un bien commun mal réparti et menacé par la pollution

En effet, l’eau de source, la meilleure réserve d’eau censée être potable, n’est plus buvable. Et ce, à cause des nombreux produits chimiques présents dans le sol. Dans les pays industrialisés, l’eau du robinet, captée à partir des ressources souterraines et des eaux de surface, remplace l’eau de source. Par ailleurs, l’eau en bouteille, censée être meilleure que l’eau du robinet, est vendue à grande échelle, par les industriels. En France, le marché est de 6 milliards de litres vendus par an, génère 240 000 tonnes de déchets plastiques et a un coût de production de 100 à 300 fois supérieur à celui de l’eau du robinet. Tout cela pour un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros (Nestlé et Danone).

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En fait, l’eau en bouteille contient également des micropolluants (nitrate, aluminium, antimoine et plomb). L’ONG WWF recommande de sortir du débat “eau en bouteille contre eau du robinet” et de protéger les sources naturelles d’eau.

Le soin de l’eau en permaculture

Les auteurs recommandent de :

  • Entretenir nos puits et nos rivières,
  • Faire analyser régulièrement la qualité de ces eaux naturelles,
  • Travailler avec les municipalités pour réduire les risques de pollution,
  • Filtrer l’eau que nous récupérons,
  • La rendre à la terre pour alimenter les nappes phréatiques.
  • Utiliser des eaux récupérées pour laver la voiture, arroser le jardin, alimenter la chasse d’eau,
  • Jeter les produits d’entretien toxiques qui polluent notre eau.

Des techniques de filtration de l’eau de source et de bonification de l’eau du robinet existent. Les auteurs conseillent au lecteur de se renseigner sur le site Eautarcie.

Se nourrir grâce aux végétaux

La biodiversité ancestrale du monde végétal consommable par l’homme a été très fortement réduite. De 7000 plantes cultivées par l’humain au cours de l’histoire, seules 4 (riz, maïs, blé et pomme de terre) constituent aujourd’hui la base de l’alimentation humaine. Cette réduction drastique a des effets nocifs sur notre santé et sur l’équilibre des écosystèmes. Et les lopins de terre des petits paysans ne cessent de disparaître au profit des mono-cultures intensives.

Or l’agroécologie, qui est un domaine combinant les sciences et les pratiques de l’agronomie et de l’écologie, propose de nombreuses pistes. Elle vise à :

  • Recycler sur place les matières organiques
  • Développer la fertilité des sols,
  • Cultiver la biodiversité
  • Chercher l’équilibre de l’ensemble du système agricole,
  • Réduire la pauvreté en rendant les agriculteurs indépendants des fournisseurs d’engrais extérieurs,
  • Chercher et innover constamment en travaillant avec des espèces réputées comme nuisibles. Au lieu de les éradiquer, elle les éloigne ou utilise telle ou telle caractéristique de ces espèces à son profit (c’est le principe de répulsion-attraction),
  • Encourager la production et l’échange de semences paysannes et exiger leur libre circulation pour éviter le monopole des gros “semenciers”5,
  • Pousser les agriculteurs à boycotter les produits contenant des OGM,
  • Viser à produire bio et local à la campagne et en ville (par ex : les jardins-forêts pédagogiques en zone urbaine),
  • Encourager les populations à produire des végétaux chez elles, à récolter et à cuisiner les ressources sauvages, à conserver les végétaux (par ex : avec la lacto-fermentation), etc.

Alonso et Guiochon clôturent ensuite l’ouvrage en proposant au lecteur d’opérer lui-même son design en permaculture pour nourrir sa famille, à partir des 9 étapes décrites en chapitre 1 et en utilisant les pratiques données dans l’ensemble du livre.

Conclusion sur “Permaculture humaine” :

Cet ouvrage met au jour le lien fondamental qui unit les espèces peuplant notre planète. Ce qui est bon pour la santé humaine s’appuie sur ce qui est bon pour les autres espèces. Et vice-versa. Il s’agit d’une relation de complémentarité et de solidarité, et non pas d’une domination de l’homme sur les autres espèces. En effet, cette domination contribue à l’extinction de la biodiversité et, par conséquent, à l’extinction même de l’espèce humaine.

Devenir artisanes et artisans du changement demande le courage de changer ses propres habitudes. L’intérêt de l’ouvrage est qu’il donne une série de techniques, de trucs et astuces pour opérer ce changement progressivement. Et, contrairement aux idées reçues, la permaculture n’est pas seulement liée à la production agricole. Elle est, en fait, une démarche de changement de vie, dans son intégralité. Elle amène à repenser ses modes de vie, de travail, d’habitat, de consommation. C’est la raison pour laquelle “Permaculture humaine” n’est pas une recette alimentaire, mais bien un livre ancré dans le domaine du développement personnel. En effet, on revient toujours à l’humain, à sa psychologie, à ses besoins vitaux et aux modes de consommation qui lui conviennent. Dans un effet de cascade, se changer soi-même amène à changer ses habitudes, et, par conséquent, contribue à changer le monde!

Personnellement, “Permaculture humaine” a provoqué un véritable changement de vie (professionnel, géographique et social). Je me suis éloignée de Paris où je vivais et travaillais, et me suis installée en zone rurale. Adoptant un mode de travail à distance, j’applique au quotidien les principes de permaculture – tant dans la gestion de mes relations et des groupes que j’anime que dans celle de mon alimentation. Un potager, un refuge animalier, une association socio-culturelle et éducative, etc.

Ce livre est également le point de départ de mon blog Mon Livre en 180 secondes, qui propose des outils dans le domaine de la communication de groupe. L’objectif de ce blog est, avec les outils de la permaculture humaine et de la communication non violente, entre autres, de favoriser l’émergence de collectifs humains qui sachent bien communiquer pour mieux agir ensemble pour leur bien propre et celui de notre planète.
Bref, ce livre, et d’autres après lui, m’ont amenée à vivre une véritable transition écologique et sociale…

Laura Nicolas, du blog Ma Petite Forêt

Points forts :

  • Pédagogie riche et très maîtrisée (les auteurs vont à l’essentiel et amènent les sujets les plus pertinents, progressivement et très clairement),
  • Illustrations magnifiques, ses encadrés, l’alternance de styles (narratif, explicatif, analytique, expositif) qui égayent la lecture,
  • Clarté de l’expression des auteurs qui rendent compréhensibles des sujets parfois complexes,
  • Rigueur des connaissances que les auteurs développent et des références qu’ils fournissent pour que le lecteur puisse approfondir telle ou telle question,

Points faibles :

Il est difficile de trouver des points faibles à cet ouvrage. Je dirais cependant que j’aurais aimé y trouver, dans la partie concernant la gestion du collectif, une application du principe de permaculture au domaine de l’éducation. En effet, le design en permaculture implique souvent des échanges intergénérationnels amenant avec eux la question de la transmission. Cette dernière est au cœur de la permaculture (reproduction de techniques ancestrales, prise en compte des facteurs psycho-sociaux dans les modes de consommation humains, vision à long terme, etc.) mais est peu exploitée dans l’ouvrage. En effet, la transition de cette humanité ne peut se passer d’une pédagogie de la transmission, et de principes éducatifs ou formatifs évolutifs. J’aurais aimé avoir le point de vue des auteurs sur ces aspects fondamentaux de la transition.

La note de Laura Nicolas, du blog Mon Livre en 180 secondes :

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1 Voir l’excellente série “L’effondrement”, de Création Décalée, diffusée sur Canal + Séries.
2 Le concept de permaculture a été inventé par Bill Mollison et David Holmgren, deux chercheurs australiens. Voir Holmgren Design. Permaculture-Vision-Innovation.
3 Voir l’article “La nature est le meilleur modèle de prospérité économique sur Terre” écrit par Idriss Aberkane, chercheur en neuro-ergonomie, sur la question du biomimétisme.
4 Je renvoie au même chercheur sur la question du cerveau en conseillant son livre “Libérez votre cerveau”.
5 Précisons que la loi du 10 juin 2020 autorise désormais la libre circulation des semences paysannes traditionnelles, ce qui constitue une grande victoire du mouvement agroécologique sur le monopole du marché par quelques semenciers.

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Permaculture humaine







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