Une sélection de livres rares et exigeants pour changer de vie.

Vers la sobriété heureuse

Couverture du livre Vers la sobriété heureuse de Pierre RabhiRésumé de « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi : au travers du témoignage de son expérience, vous découvrirez l’engagement de Pierre Rabhi en faveur d’un monde plus juste et plus sain ; un monde reconnecté à la terre par la pratique de la permaculture notamment, mais pas seulement.

Pierre Rabhi, 2010, 164 pages.

Chronique et résumé du livre « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi

Un mot sur l’auteur

Pierre Rabhi a fondé plusieurs associations : Colibri, Terre & Humanisme, le Mouvement des oasis en tous lieux, etc. Il est principalement connu pour sa défense de l’agroécologie et de la permaculture, qu’il a participé à introduire en France.

Pendant de longues années, il a travaillé la terre d’Ardèche avec sa femme, Michèle, y élevant aussi ses enfants. Il s’est ensuite investi à un niveau international, en donnant de nombreuses conférences et en publiant des ouvrages sur ses expériences, ainsi que sur ses idées politiques et philosophiques.

Parmi ses autres livres, vous pourrez aussi lire : Du Sahara aux Cévennes ou la Reconquête du songe, Itinéraire d’un homme au service de la terre-mère (prix Cabri d’or), Candide, 1983 ; Graines de possibles, regards croisés sur l’écologie (avec Nicolas Hulot), Calman-Levy, 2005 ; La Convergence des consciences, le Passeur Éditeur, 2016.

Avant-propos

Voici l’incipit de Vers la sobriété heureuse, qui donne bien le ton d’ensemble de ce livre :

« Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine. » (Pierre Rabhi)

Le témoignage est avant tout fondé sur une expérience de vie menée en famille. Il base sa cohérence et sa légitimité sur le lien fort entre l’action et la parole, selon le principe : « Faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait ».

L’idée centrale en est simple : il est impossible de maintenir encore longtemps l’idéologie d’une croissance infinie. Il est avéré que celle-ci est destructrice et insoutenable d’un point de vue biologique et géologique. En un mot : l’heure de la modération a sonné.

« Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la puissance de la sobriété » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 10).

Partie 1 – Les semences de la rébellion

Le chant du forgeron

Un artisan-forgeron vit humblement quelque part dans le désert algérien. Il travaille de tout son cœur, puis accueille avec joie ses clients et compagnons. Un enfant l’observe et l’admire. Plus loin, la cité grouille de cordonniers, de vendeurs de fruits. 1001 métiers se conjuguent ; dans cette oasis, des animaux et des hommes vont et viennent.

Ce lieu de cohabitation, certes, n’est pas parfait : la condition des femmes, la pauvreté et les passions tristes y vivent aussi. Pourtant :

« [U]ne sorte de joie omniprésente surmonte la précarité, saisit tous les prétextes pour se manifester en des fêtes improvisées. Ici, l’existence s’éprouve d’une manière tangible. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 15)

Le forgeron y vit de son travail, offre ce qu’il sait faire, régale aussi ses voisins de ses chants, lorsque son labeur est terminé. Bref, cette ville, avec le mode de vie qui la caractérise, est l’une de ces oasis où les hommes, de la façon imparfaite qui est la leur, ont tenté l’harmonie. Et y sont presque parvenus.

La fin d’un monde séculaire

Puis, cette vie à la fois travailleuse et indolente, placée sous le seau de l’éternité, s’est mise à changer. Sous l’impulsion des Français, une mine de houille se crée. Le forgeron devient mineur salarié. Ses compagnons aussi. C’est toute la cité et son esprit qui sont bouleversés : le temps est désormais compté et chacun doit vaquer au plus vite à ses occupations, pour gagner plus d’argent.

Le progrès a déboulé dans l’oasis et a fait du forgeron dédié à son art un autre homme, attristé de voir son atelier vidé. L’enfant — Pierre Rabhi lui-même — voit son père se résigner à l’arrivée de la Civilisation occidentale.

Le silence de l’enclume

« [T]ravaillons-nous pour vivre ou vivons-nous pour travailler ? » Telle est l’une des questions que pose Rabhi dans Vers la sobriété heureuse. Pourquoi l’argent est-il devenu le seul signe de la richesse ? Pourquoi donc travailler sans cesse, quand nous n’en avons pas fondamentalement besoin ? Quelle mouche a donc piqué cette ville algérienne — quelle mouche nous a donc tous piqués ?

« L’exploitation et l’asservissement de l’homme par l’homme et de la femme par l’homme ont toujours été une perversion, une sorte de fatalité conférant à l’histoire humaine la laideur que l’on sait ; mais, à la différence de cette perversion pour ainsi dire spontanée, la modernité, avec les révolutions censées y mettre fin, l’a perpétuée sous la bannière des plus belles proclamations morales : démocratie, liberté, égalité, droits de l’homme, abolition des privilèges… Peut-être l’intention fut-elle sincère, mais, hélas, force est de reconnaître que les tentatives les plus obstinées pour instaurer un ordre équitable ont été mises en échec par la nature la plus profonde de l’être humain. » (Vers la sobriété heureuse, p. 20)

Depuis ses vingt ans, depuis qu’il a vu la modernité transformer son village et ravager son père, Pierre Rabhi s’est senti trahi et décidé à résister.

La désillusion

C’est à ce même âge que Pierre Rabhi arrive à Paris, où il travaille comme ouvrier spécialisé. Il est entouré de collègues influencés par la théorie marxiste, athées et laïques, mais qui croient fermement au Progrès avec un grand « P », celui à qui ils se dévouent pour assurer la réussite et la promotion sociale de leurs enfants.

Les Trente Glorieuses sont une période économiquement riche, mais où les consommateurs se lassent peu à peu de prendre et de jeter les objets que la publicité leur met sous les yeux. Les plus jeunes, surtout, s’ennuient de cette vie sans perspective. Mai 68 fait sursauter ce disque au rythme monotone. Les lycéens, mais aussi les ouvriers, veulent vivre autrement. Ils souhaitent libérer leur créativité.

« La vie n’est une belle aventure que lorsqu’elle est jalonnée de petits ou grands défis à surmonter, qui entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l’imagination et, pour tout dire, déclenchent l’enthousiasme, à savoir le divin en nous. » (Vers la sobriété heureuse, p. 23)

C’est ce rejet de l’abondance factice et de la course à l’argent que refusaient déjà les manifestants d’alors. Mais aujourd’hui encore, c’est ce système, ainsi que la doctrine capitaliste qui l’accompagne, qui doit être combattu. La vie mérite toujours d’être vécue, à condition que nous osions faire face aux problèmes qui sont les nôtres.

Or, cela commence par la prise de conscience que la modernité n’a pas tenu ses promesses.

Le déclin du monde paysan

Appartenir à une terre est vital pour chaque peuple, même pour les nomades qui emportent avec eux quelques traces du sol de leur naissance. Ce rapport au sol, où sont également enterrés nos ancêtres, est immémorial et capital, même — et surtout — à l’heure actuelle.

Il l’est pour bien des peuples, sauf pour les peuples de la modernité, qui ont remplacé ce lien par la logique de l’efficacité, qui dénoue tous leurs liens et les laisse « quittes » de tout rapport à la tradition.

Le drame de l’exil

La guerre de 14-18 fut un exil et un meurtre généralisé : les peuples allemands et français s’entretuant, souvent loin de chez eux, pour des raisons technologiques et politiques qui les dépassaient.

L’exode des populations rurales vers les villes, où les usines se remplissent, forme un autre type d’exil caractéristique des sociétés industrielles du XXe siècle.

« Aujourd’hui, c’est le désenchantement, la fin des illusions pour un nombre grandissant de citoyens des nations dites prospères. Ce long processus d’aliénation débouche à présent sur un double exil : l’être humain n’est plus ni relié à un ordre social ni enraciné dans un territoire. La mobilité est devenue une condition sine qua non pour conserver un emploi. »  (Vers la sobriété heureuse, p. 29)

L’aliénation du monde rural

Dans le monde occidental, le monde rural s’est lui aussi transformé. La modernité y a fait son œuvre. Lorsqu’il délaisse la vie ouvrière pour se tourner vers la vie paysanne, Rabhi le découvre : ici aussi, l’efficacité et la productivité sont devenues les valeurs centrales.

Les produits de l’agrochimie ont envahi les sols et les conversations des agriculteurs. Les tracteurs aspergent les terres en vue du rendement tant recherché par la Politique agricole commune bientôt mise en place par l’Europe. C’est l’ère de la monoculture et des subventions aux cultivateurs que nous connaissons toujours aujourd’hui.

Rabhi ne mâche pas ses mots vis-à-vis de ce soi-disant progrès agronomique : selon lui, il détruit le rapport protecteur du paysan avec sa terre et crée une pauvreté dont il a bien du mal à se remettre. En fait, cette politique serait en train de les tuer au nom du profit, purement et simplement.

Partie 2 – La modernité, une imposture ?

Pour Pierre Rabhi, la modernité est une idéologie néfaste. L’idée de progrès, tant social que technique, cache en réalité l’explosion des inégalités et la création d’une grande souffrance.

« Le réquisitoire dont j’assume la responsabilité ne peut qu’être de plus en plus sévère au fur et à mesure que la lumière se fait sur l’ampleur des effets pernicieux imputables à ce qui est probablement l’idéologie la plus hypocrite de l’histoire humaine. » (Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 35)

Les bienfaits de la modernité — et il y en a, en effet, au niveau social, sanitaire, etc. — ont malheureusement la fâcheuse tendance à se substituer purement et simplement à la tradition.

Ce qui se faisait avant est réputé « obscur » et sans intérêt. C’est là un geste profondément arrogant et totalitaire.

Le progrès : entre mythe et réalité

Deux visions s’opposent : l’approche progressiste, que Rabhi qualifie aussi de « pensée minérale », et l’approche écologique.

  • La première défend un positivisme intégral, faisant de la raison l’unique moteur de l’histoire et des actions humaines. Elle perçoit la réalité « de façon fragmentée et mécaniste ».
  • La seconde défend une pensée des liaisons et accorde toute sa place à l’intuition. Celle-ci cherche à saisir la vie dans son unicité ; elle promeut un tout autre type de rapport au monde.

Observez maintenant les conséquences dudit progrès sur l’humain. Depuis l’enfance, le petit Occidental est embarqué à l’école, puis à l’usine, en entreprise ou dans une administration, pour terminer parfois à l’hospice en passant, souvent, par la case « hôpital ».

Bref, c’est un itinéraire d’enfermement sans fin dans des institutions qui prétendent fonctionner « rationnellement » ; c’est-à-dire, en fait, sans émotion.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  TROP VITE ! Pourquoi nous sommes prisonnier du court therme

Quant aux outils informatiques, il convient également d’y prêter la plus grande attention et de les étudier avec circonspection. Quels types d’attachements suscitent-ils ? Ne nous rendent-ils pas chaque jour plus dépendants et moins aptes à la sensibilité ?

Ils ne sont, en tout cas, pas sans effets sur le cerveau humain. Bombardés d’informations, nous ne savons plus quoi en faire. Une bonne diète nous ferait parfois le plus grand bien.

Abondance et indépendance sont les autres mots clés de la modernité. Et pourtant, dans Vers la sobriété heureuse, Rabhi nous invite à faire un tout autre constat : c’est plutôt le désert rationnel et la dépendance toujours plus forte à un système normalisé qui se mettent en place.

La subordination au lucre

Et pourtant, la modernité aurait pu être un bienfait pour l’humanité. Son erreur fatale ? Avoir succombé au règne du crédit et de la finance. L’argent, en soi, n’est qu’une invention humaine pour remplacer le troc. Mais l’argent « que l’on gagne en dormant », cela est grandement problématique pour Pierre Rabhi. Pourquoi ?

Parce que cela dévoie l’économie en créant un besoin de gains toujours plus grands. L’argent devient non plus le moyen, mais le but de l’opération économique. Dès lors, on cherche à acquérir de façon exponentielle les richesses matérielles, et on croit que c’est là que se trouve le bonheur.

L’immodération des uns engendre le désir et la jalousie des autres. Après quelques publicités ou lectures de magazines, vous souhaitez adopter, vous aussi, le comportement grandiloquent de celui qui prétend avoir tout. Mais vous êtes frustrés si vous n’y parvenez pas. Le pouvoir de l’argent domine alors votre vie de bout en bout.

Résultat : vous en souffrez.

« Matière sonnante et trébuchante à l’origine, l’argent-finance s’est transformé en un fluide, un esprit qui souffle où il veut, attisant toutes les frustrations dans le seul dessein de perpétuer son magistère. C’est pour lui complaire qu’on fabrique des armes qui déshonorent le génie de notre espèce et que l’on installe sur la planète un ordre anthropophage appelé “mondialisation”. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 53)

Le bouleversement des repères universels

La modernité a encore une autre conséquence. Elle nous détache d’un rapport au temps et à l’espace qui était essentiel. Pour ainsi dire, le temps ne passait pas dans les sociétés traditionnelles ; l’homme se reliait aux saisons, certes, mais dans un cycle perpétuel.

Le monde moderne a quant à lui créé un temps linéaire où chaque seconde compte. D’où l’impression de manquer constamment de temps et la volonté de bénéficier d’un temps infini.

“Entre un temps fondé sur les cycles cosmiques éternels et celui d’une civilisation hors sol hystérique s’est constitué une bulle temporelle. De manière paradoxale, elle impose l’avènement d’un temps psychologique ressenti comme réductible ou extensible à l’infini, échappant aux références habituelles. […] Et pourtant, les battements de notre cœur, le rythme de notre respiration ou de notre circulation sanguine nous rappellent sans cesse que nous sommes reliés à l’horloge cosmique, et non aux bielles de nos moteurs à explosion.” (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 57)

Se mettre en cohérence

Pierre Rabhi termine cette critique de la modernité en affirmant que, lui aussi, il doit bien composer avec la réalité qui est la nôtre aujourd’hui.

Lui aussi utilise les technologies ; il pollue même pour défendre les valeurs de l’écologie et de l’agroécologie. Mais est-il possible de faire autrement ? Pas vraiment.

« Les situations de cohérence entre nos aspirations profondes et nos comportements sont limitées, et nous sommes contraints de composer avec la réalité. Mais il est impératif d’œuvrer pour que les choses évoluent vers la cohérence, et que l’incohérence ne soit plus considérée comme la norme, et encore moins comme une fatalité. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 62)

Dans la lignée de ses précédents ouvrages (voir par exemple La part du colibri), Rabhi insiste sur l’importance des petits gestes, les gestes quotidiens qui permettent de créer une cohérence personnelle, puis globale.

Petit à petit, chacun faisant sa part, il est possible de tourner le dos à un mode d’existence qui nous épuise et épuise la Terre que nous habitons tous.

Protéger la terre est devenu notre devoir à tous

Partie 3 – La sobriété, une sagesse ancestrale

Négativement, la sobriété peut être définie comme un refus de la société de surconsommation. Ce caractère de lutte et de résistance se retrouve dans les critiques émises dans les parties précédentes.

Il est toutefois plus difficile de caractériser positivement ce qu’elle est, et comment vivre en conformité avec elle. C’est ce que tentent de faire les deux parties suivantes.

Un village africain

Pierre Rabhi raconte l’anecdote suivante, tirée d’un fait réel.

De jeunes cultivateurs vont voir un sage et lui disent que la récolte a été bonne, cette année. Ils remercient le ciel et la terre. Puis, ils remercient les Blancs, qui leur ont donné une poudre qui améliore leur rendement. Ce à quoi le sage répond qu’il est heureux que la récolte soit bonne. Quant à la poudre, elle leur permettra de réduire le sol cultivé, et donc de travailler moins.

La conclusion de ce sage du village relève presque du conte. Elle permet de mettre en évidence un dilemme essentiel :

  • Doit-on utiliser la poudre pour augmenter le nombre des parcelles cultivées et produire toujours plus ?
  • Ou bien alors, comme il le propose, utiliser cette méthode pour travailler moins, en se contentant de ce dont on a besoin ?

En quelque sorte, cette situation est celle dans laquelle nous nous trouvons tous. Les jeunes cultivateurs peuvent en effet hésiter à utiliser la poudre comme le sage le recommande. Ils peuvent préférer « faire de l’argent », thésauriser et ainsi entrer dans cette course typique de la modernité.

Ou bien ils peuvent se diriger vers la voie de la sobriété heureuse.

Qui est archaïque ?

Vivre dans un village en subvenant à ses besoins propres et à ceux des personnes qui ne le peuvent pas ou plus, telle est l’expérience de nombre de personnes, encore aujourd’hui.

Au Burkina Faso comme au Laos, ces gens vivent de peu, mais ne manquent de rien, ou de pas grand-chose. Ils ne sont pas riches, certes, mais un sentiment de communauté les anime et les réconforte.

Ce que Rabhi veut dire, c’est qu’il est possible de bien vivre sans chercher la richesse financière. Le mot même de richesse, alors, change tout à fait de sens. Elle devient un nom pour le résultat des liens qu’on tisse avec les autres et avec la terre.

On est riche lorsqu’on est ancré dans un lieu, qu’on vit avec d’autres et que l’on est habité par des valeurs. C’est cela qui permet d’acquérir la cohérence, ainsi qu’une profonde confiance en soi.

L’économie, quant à elle, se transforme alors en écologie ; il ne s’agit plus de calculer comment gagner toujours plus, mais d’étudier et de prendre soin des rapports qui se tissent entre les êtres.

La « vraie » civilisation n’est donc pas nécessairement celle que l’on croit. Les modernes ont bien tort de regarder de haut les paysans et les peuples des pays dits « sous-développés ». En réalité, ceux-ci développent depuis toujours des façons de vivre harmonieuses et justes. Certes imparfaites, mais dont il est bon de s’inspirer.

Taxer ces peuples d’archaïsme et leur imposer une modernisation de force, c’est là se montrer réellement barbare et se couper toujours un peu plus de possibilités de transformation.

Dans son ouvrage, Pierre Rabhi choisit au contraire de les prendre en exemple : c’est à partir de la lumière de ces expériences, qui émergent même au sein de l’Europe aujourd’hui, que nous pouvons nous diriger concrètement vers la sobriété heureuse.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Sous couvert d’économie, le monde occidental prône l’immodération et la consommation débridée.

Or ce terme d’économie, on l’a vu, renvoie aussi à la frugalité et à la sobriété : vivre sobre, c’est être, en ce sens, « économe ».

En l’occurrence, c’est se rendre compte une bonne fois pour toutes que « la nature n’a pas de poubelles » (Vers la sobriété heureuse, p. 77) et qu’il nous faut apprendre à diminuer notre consommation et à recycler.

La Terre n'a pas de poubelles

Les paysans cévenols

Le paysan cévenol décrit par Rabhi est tranquille, il se lève tôt, déjeune frugalement, marche à son aise et effectue ses tâches quotidiennes, même les plus dures, avec entrain, mais sans précipitation. Il aime faire les choses bien.

Il s’endort dans un confort simple et pourtant réel. L’artisan ardéchois vit à peu près sur le même mode. De ses mains habiles, il construit dans son petit atelier mille choses utiles, en respectant les traditions de sa confrérie familiale.

Ces savoirs peuvent paraître appartenir au passé, et pourtant Rabhi insiste : les secousses du monde à venir (fin de l’ère du pétrole, bulles financières et crises sanitaires) nous imposent de respecter — non, mieux, de protéger et d’aider à vivre — toutes ces pratiques et ces modes de vie.

« Les impasses dans lesquelles le monde contemporain va de plus en plus se trouver l’obligeront |…] à réhabiliter bon nombre de pratiques du passé. C’est aussi la raison pour laquelle il faut se hâter de préserver sur notre planète tout ce qui est encore à la mesure de l’être humain, avant la fin de l’ère du “pétrolithique”. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 81)

Une sagesse ancestrale

Les Sioux ne prélevaient de bisons que le strict nécessaire. En outre, chaque partie de l’animal était utilisée. Et pourtant, les bisons abondaient. « Cette sobriété dans l’abondance est une leçon de noblesse », dit Rabhi.

C’est ce respect et ce soin de la vie qui est en voie de disparition. Il repose pourtant sur une sagesse fondamentale, que nous ferions bien de méditer.

Chez les peuples premiers, des rituels et des cérémonies accompagnent chaque chasse. Il n’y a là rien d’irrationnel ! Au contraire : il s’agit d’honorer et d’assurer le respect des équilibres naturels, afin que l’abondance demeure.

La vie des nomades, dans les plaines américaines comme dans les déserts africains ou dans les collines européennes, participe de ce même mode de vie. La frugalité impose de mieux penser l’essentiel. Sur le plan spirituel d’abord, mais aussi très concrètement sur le plan matériel.

Par exemple, il n’est pas question, pour un nomade du désert, d’oublier les ustensiles lui permettant de trouver l’eau. Ce qui nous pousse à nous poser à nous-mêmes la question suivante : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Telle est l’un des enjeux soulevés par la thématique de la sobriété heureuse.

Un art de vivre ensemble

Bien qu’il en chante les louanges, Rabhi refuse de se complaire dans l’évocation nostalgique d’arts de vivre passés qu’il faudrait soit pleurer, soit muséifier.

« Il ne s’agit pas, dit-il, avec toutes ces évocations, d’éveiller une sorte de nostalgie d’un monde révolu qui aurait atteint l’idéal, mais de déplorer que celui-ci n’ait pas été pris en compte et enrichi des valeurs positives de la modernité, plutôt qu’aboli. » (Vers la sobriété heureuse, p. 85)

Il devient urgent de s’en inspirer pour insuffler à la modernité un air nouveau, une nouvelle atmosphère. L’espèce humaine, dans sa diversité, dans la multiplicité des espaces où elle a trouvé refuge, a de quoi nous étonner et nous donner des leçons pour l’avenir.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Les clés du bonheur qui vient du Nord | Hygge, Lagom : Le bien-être contagieux

Le lien avec le caractère sacré de la vie

« Bien que n’appartenant plus à aucune religion — je leur dois toutefois d’avoir été éveillé à la transcendance —, je me suis aperçu que la sobriété heureuse, pour moi, relève résolument du domaine mystique ou spirituel. Celui-ci, par le dépouillement intérieur qu’il induit, devient un espace de liberté, affranchi des tourments dont nous accable la pesanteur de nos modes d’existence. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 89)

Il ne s’agit pas, pour Rabhi, de se poser des questions théologiques (existe-t-il une vie après la mort ?), mais de chercher une éthique, c’est-à-dire un sens à la vie.

  • À quoi vouer son existence ?
  • Qu’est-ce qui compose une vie réussie ? L’argent, le succès, l’amour, la science, la vérité…
  • Quelles sont les valeurs de votre vie ?

Chercher une éthique ensemble

Partie 4 — Vers la sobriété heureuse

La pauvreté en tant que valeur de bien-être

Bien comprise, la pauvreté peut devenir une valeur de vie. C’est la voie prise par Rabhi lui-même dès les années 1960, lorsqu’il arrive dans les Cévennes et décide d’y habiter avec sa femme, Michèle. Leur vie est faite de culture potagère, de relations simples.

C’est ce qu’il relate dans l’ouvrage Du Sahara aux Cévennes ou La Reconquête du songe (1983).

« Le concept de pauvreté avait de quoi déconcerter, mais pour nous c’était une véritable option de vie, et non une proclamation morale parmi d’autres. La conviction avec laquelle l’avenir est à la civilisation de la sobriété n’a cessé d’être à mes yeux une évidence grandissante et, dans la boulimie consommatrice qui étreint le monde, une nécessité vitale. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 95)

L’histoire de Pierre Rabhi

Pour faire comprendre ce qu’est la sobriété heureuse, Pierre Rabhi expose donc sa propre histoire en détail. Il raconte comment il a été élevé durant les premières années de sa vie dans une famille musulmane, sans mère, mais — comme on l’a vu — avec un père forgeron.

Il relate comment celui-ci l’a mis en sécurité dans une famille française vivant en Algérie et comment, suite à leur contact prolongé, il est devenu catholique.

Une fois arrivé en France pour trouver du travail, Rabhi rencontre sa future femme. Il est alors ouvrier en usine, mais se décide à tout plaquer pour vivre avec Michèle dans les Cévennes ardéchoises.

Le couple trouve une exploitation qui lui paraît magnifique, mais qui semble peu productive. Cela complique l’obtention d’un prêt auprès du Crédit Agricole.

Finalement, ils parviennent à acheter leur maison. Ils y vivent, aujourd’hui encore. Cela fait 45 ans. Ce choix de vivre dans une bâtisse austère, avec une terre peu fertile, rocailleuse, a été loin d’être simple.

Une existence sans eau potable pendant sept ans, et même sans électricité pendant treize, avec, en outre, une voiture usée jusqu’à la corde… Bref : aucun confort moderne.

Pourtant, le couple était convaincu de cheminer sur la bonne voie. Et peu à peu, le domaine s’est transformé : l’irrigation a apporté la vie et le lopin de terre aride est devenu une petite oasis. Aidés par l’eau, ils ont mis en place une gestion écologique du domaine, sans pesticides. Et cela a pris !

« Ainsi, dit Rabhi, le principe de sobriété que je prône n’est pas un principe de circonstance : il vient d’une conviction intrinsèquement liée à un choix de vie. » (Vers la sobriété heureuse, p. 101)

Doutes et succès

Revenant sur les doutes, mais aussi sur les succès de l’entreprise, Pierre Rabhi affirme encore :

« Sur ce chemin, nous n’avons pas été exempts de soucis matériels, tourments intérieurs, dissensions et divergences ; mais ces difficultés se sont révélées nécessaires pour une meilleure compréhension de soi-même et des autres. Cette vie est à l’évidence un chemin initiatique ascendant. À mesure que nous le gravissons, comme sur le flanc d’une montagne d’incertitude, de méconnaissance et de doute, le paysage s’élargit, devient plus intelligible, et la conscience semble s’élever, se clarifier. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 102)

Il n’est pas facile de créer un autre mode de vie ni de s’y tenir. Cela demande une forte rigueur. Et beaucoup de ténacité. Contrairement à la société dominante et à ses normes, l’alternative n’est pas déjà là : il faut la construire.

C’est pourquoi il importe de ne pas confondre le geste de révolte avec un geste sans contraintes, une pure expression de la liberté de la volonté. La révolte va de pair avec une volonté de s’attacher autrement. Elle appelle la créativité et l’imagination. Notons au passage que c’est aussi ce que propose aussi la notion de permaculture humaine.

Un entrepreneur un peu particulier

En fait, de façon très pratique, il leur a fallu apprendre à gérer leur exploitation à la façon d’une « petite entreprise ». Avec une différence de taille, toutefois :

« [C]ontrairement à ce qui se passe pour une entreprise ordinaire, pour laquelle extension est synonyme de réussite, nous avons d’emblée opté pour l’autolimitation. C’est cela qui a été notre réussite, car la sobriété est une force. » (Vers la sobriété heureuse, p. 103)

En outre, il ne s’agissait pas de s’isoler, mais de vivre dans le monde, avec les autres acteurs de la région. Partager la vie de la communauté faisait partie du projet dès le départ.

L’autolimitation volontaire

Pierre Rabhi s’interroge. Depuis plusieurs années, il n’est plus dans le besoin comme il l’était alors.

« Suis-je toujours en cohérence avec ce choix initial, dont l’état actuel de la société, en crise grave, renforce la pertinence et la nécessité, alors qu’après m’en être longtemps passé je jouis aujourd’hui de la plupart des attributs de la modernité et du mode d’existence très dispendieux qu’elle impose ? » (Vers la sobriété heureuse, p. 105)

Il n’est pas riche, ni particulièrement envieux de tous les biens dont ceux-ci disposent. Néanmoins, il profite de certains bienfaits qu’a charriés la modernité. Où se situe la limite entre sobriété et non-sobriété ?

Ainsi, malgré lui, Rabhi est capitaliste. Il n’y a qu’à se rendre dans le sud de l’Afrique pour le constater. Sans être millionnaire, il y a entre lui et les gens qu’il rencontre là-bas une disparité financière évidente.

Eux ont tout juste de quoi se nourrir, se vêtir, se loger : or, c’est justement là que se trouve la limite entre sobriété et non-sobriété. Tout le reste est, en réalité, superflu.

Sortir de l’humanitaire et de la société de consommation

Si l’organisation actuelle des États et des économies ne permet pas de créer l’équité, le principe de sobriété, lui, le peut. Comment ? D’abord, en refusant la société de consommation qui conduit à une sorte d’« ascèse inversée » où chacun en veut toujours plus (sans se rendre compte que c’est, le plus souvent, au détriment des plus pauvres).

Ensuite, en transformant le principe de « solidarité compassionnelle » qui, dans les pays dits « développés », permet à ceux qui ne suivent plus de sortir la tête de l’eau. Celle-ci est le fruit de politiques schizophrènes des États qui donnent d’un côté en créant les conditions du surendettement et de l’injuste, de l’autre. C’est d’ailleurs la même logique qui anime l’humanitaire.

Enfin, les États doivent s’engager activement vers une réduction des besoins et mettre les forces de la modernité au service de cet objectif. « L’observation objective des faits met en évidence la nécessité absolue d’un paradigme plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, ainsi que l’économie et tous nos moyens à leur service. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 109)

La décroissance soutenable

Rabhi s’inspire du principe de « décroissance soutenable » de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen, qui prône une économie fondée sur la modération. Ce type de modèle devrait être celui des pays en voie de développement et des pays développés.

La beauté est également un principe que l’agroécologiste et penseur veut remettre au goût du jour. Promouvoir la beauté, c’est promouvoir la culture, la spiritualité, les nourritures immatérielles dont nous avons tous besoin.

Nous devons apprendre à habiter la planète avec plus de respect, en honorant les beautés que ce monde a à nous offrir. Pour Pierre Rabhi, vivre sous le signe de la beauté est donc essentiel.

 « En réalité, dit-il, il y va de notre survie. Le choix d’un art de vivre fondé sur l’autolimitation individuelle et collective est des plus déterminants ; cela est une évidence. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 111)

Vers un nouvel humanisme

Un changement humain

Prôner la sobriété heureuse et tenter de la mettre en œuvre de façon collective : telle était l’intention de Pierre Rabhi lorsqu’il s’est lancé dans la course à la présidentielle, en 2002. Pourquoi ? Afin de changer de paradigme.

« Les évolutions climatiques, écologiques, économiques et sociales, prévisibles comme imprévisibles, nécessitent une créativité sans précédent. Partant d’un art de vivre personnel, nous sommes impérativement invités à travailler à la sobriété du monde. En passant de la logique du profit sans limites à celle du vivant, il est question, en langage savant, de “changer de paradigme”. » (Vers la sobriété heureuse, p. 113)

Mettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations

Au nombre des actions rêvées par Rabhi, notons :

  • Une action mondiale en faveur de l’intégrité de la nature.

« Les forêts, le sol nourricier, l’eau, les semences, les ressources halieutiques, etc., doivent impérativement être soustraits à la spéculation financière. » (Vers la sobriété heureuse, p. 114)

  • La protection des peuples premiers, autochtones ou traditionnels.

« La protection de ces peuples, témoins vulnérables et innocents, contre l’arbitraire et la méchanceté des peuples dits civilisés devra être inscrite dans les priorités par des lois rigoureuses. » (Vers la sobriété heureuse, p. 115)

Un rééquilibrage masculin/féminin

C’est un autre chantier important, qui se décompose en deux volets :

  • Une revalorisation du statut de la femme.

Pour Rabhi, le féminin est la part non-violente, mais d’une force sans égale, qui se cache en chacun de nous et en particulier dans les femmes. Remettre les femmes en valeur, c’est faire retour vers ce pouvoir qu’ont les femmes de surmonter bien des situations. Il faut leur rendre honneur et quitter le schéma machiste intrinsèquement lié à la modernité, où tous les inventeurs et toutes les grandes figures sont des hommes.

  • La fin de la marchandisation et de la publicité autour des femmes.

L’industrie fait fortune avec les femmes de deux manières : d’abord en les exposant comme des objets pour faire vendre n’importe quel produit. Ensuite en les manipulant pour qu’elles achètent certains biens de consommation : vêtements, cosmétiques, bijoux, etc. Pourtant, dit Rabhi, l’élégance et la beauté ne dépendent pas de toutes ces marchandises.

Une pédagogie de l’être

L’éducation actuelle est une machine à formater les esprits. En outre, l’ascenseur social est en panne, puisque les jeunes adultes formatés — contrairement au temps des Trente Glorieuses — ne trouvent même plus de travail !

Ici encore, Rabhi propose plusieurs changements à opérer.

  • Centrer l’éducation sur le développement de la personnalité de l’enfant.

« Pour que cette véritable naissance à soi-même advienne réellement, il est indispensable d’abolir ce terrible climat de compétition qui donne à l’enfant l’impression que le monde est une arène, physique et psychique, produisant l’angoisse d’échouer au détriment de l’enthousiasme d’apprendre. » (Vers la sobriété heureuse, p. 121)

  • L’équilibrage des aptitudes intellectuelles et manuelles.

« L’éducation doit restaurer la complémentarité des aptitudes. Les établissements éducatifs devraient tous proposer de la terre à cultiver, des ateliers d’initiation manuelle, artistique… » (Vers la sobriété heureuse, p. 121)

  • L’éducation à l’égalité homme/femme.
Les lecteurs de cet article ont également lu :  Mon week-end au monastère bouddhiste Le Village des Pruniers, et ce qu'il m'a apporté

Ce point est capital, on l’a vu plus haut. Il s’agit de ne plus permettre aux jeunes filles et aux jeunes femmes de se sentir inférieures aux garçons et aux hommes. Augmenter leur confiance en elle-même et en leur capacité de changer les choses pour le bien-être de tous.

  • L’éducation à la sobriété.

L’apprentissage des conditions de vie est essentiel pour développer l’esprit critique et d’innovation. Leur apprendre les rouages de la civilisation de la surconsommation, ainsi que les moyens de la contourner par la modération. Rabhi met en garde contre le marché du jouet qui nuit à l’imagination des petits.

La condition de nos ainés

C’est un chantier supplémentaire. Pour changer de paradigme, il faut réapprendre à soigner nos ainés et à ne plus les oublier dans des mouroirs. Il faut, en ce sens, retrouver le goût de la transmission, c’est-à-dire remettre à l’honneur la sagesse et le grand âge. Ne sont-ce pas les vieilles personnes qui en savent le plus ?

La sobriété heureuse invite à retrouver les façons de vivre ensemble, en dehors de l’administration sans âme de la vieillesse (EHPAD, etc.).

Pour une indignation constructive

« Il est difficile de ne pas être indigné par la marche et l’état du monde. On a le sentiment d’un immense gâchis, qui aurait pu être évité si on avait adopté un modèle de société alliant intelligence et générosité. » (Vers la sobriété heureuse, p. 129)

Que faire de cette indignation ? Il faut toujours prêter attention à ne pas la transformer en violence, en devenant soi-même l’oppresseur d’autrui.

Il faut tirer les leçons de l’histoire qui nous ont appris les risques liés aux révolutions. Mais il faut pourtant agir. Or, cette société semble avoir réussi à créer un citoyen amorphe, qui se décourage de la politique et cherche, pour répondre à ses besoins, soit un homme providentiel, soit un bouc émissaire.

« Le temps est venu de savoir où nous voulons aller et quelle vie nous voulons vivre pour que notre passage sur terre ait un sens ; car il faut bien reconnaître que pour l’instant, au vu de ce que notre présence au monde a provoqué sur la sphère vivante, cette présence évoquerait plutôt un regrettable accident. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 131)

Combattre l’indifférence

Ce qu’il s’agit de combattre, c’est donc l’indifférence vis-à-vis de ce qui est en train de se produire. Chacun peut prendre part au renouvellement de la société, en agissant à son niveau, en créant ses propres sentiers vers la sobriété heureuse.

Or, de plus en plus de jeunes veulent avoir une vie épanouissante, et pas seulement un travail. De plus en plus de cadres partent des entreprises et cherchent à donner un nouveau sens à leur carrière, en se reconnectant aux valeurs qui sont les leurs. Des familles cherchent à vivre l’aventure en retrouvant une connexion à la terre.

Il y a bel et bien, un peu partout, des initiatives qui fleurissent et des chemins qui se croisent. On pourrait ajouter que la vie de free-lance et de digital nomad en sont des exemples, à condition qu’ils soient pensés de façon cohérente avec l’écologie et la sobriété.

Beaucoup d’entre nous, quoi qu’il en soit, veulent quitter la roue sans fin du système métro/boulot/dodo.

Un paradoxe se fait toutefois : aujourd’hui, vivre simplement coûte cher. Acquérir un petit lopin de terre et s’y engager nécessitent l’acquisition d’avoirs importants. Tout le monde, aujourd’hui, n’a pas accès à cette simplicité. C’est l’un des autres chantiers à mettre en œuvre.

Donner la possibilité de changer de vie à celles et ceux qui veulent le faire

Bien que la vie modèle de la modernité commence à battre de l’aile, il reste encore aujourd’hui un grand nombre de personnes qui y demeurent attachées, plus ou moins volontairement et consciemment. Le temps n’est donc pas encore venu pour un changement complet de paradigme, du moins dans les pays dits développés.

Par ailleurs, les pays dits émergents semblent quant à eux se diriger tout droit vers le modèle occidental dominant. Ils y aspirent avec d’autant plus d’énergie qu’ils ne l’ont pas encore connu et qu’il leur semble riche de bien des promesses.

C’est pourquoi les initiatives qui fleurissent sont à chérir et à protéger, car elles sont « autant de prototypes anticipant sur ce qui universellement indispensable dans un avenir dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est totalement incertain. » (Vers la sobriété heureuse, p. 134)

Permettre aux générations futures de changer de vie

Cinquième partie — Annexes

Charte internationale pour la terre et l’humanisme

« Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » Telle est la question posée en sous-titre de cette charte.

En voici le prologue, reproduit entièrement :

« La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d’un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son identité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit. » (Vers la sobriété heureuse, p. 141)

Constats : la terre et l’humanité gravement menacées

  • Par le mythe de la croissance indéfinie ;
  • À cause des pleins pouvoirs de l’argent ;
  • Via le désastre de l’agriculture chimique ;
  • En raison de la défense de l’humanitaire (à défaut d’humanisme) ;
  • Finalement, car il y a une déconnexion entre l’humain et la nature.

Propositions : vivre et prendre soin de la vie. Voici les principes :

  • Incarner l’utopie ;
  • Défendre la terre et l’humanisme ;
  • Soutenir la logique du vivant ;
  • Placer le féminin au cœur du changement ;
  • Développer l’agroécologie ;
  • S’orienter vers la sobriété heureuse ;
  • Relocaliser l’économie ;
  • Imaginer et mettre en œuvre une autre éducation.

« Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse)

Quelques initiatives positives

Les Amanins

  • Fondée en 2003 par Pierre Rabhi et Michel Valentin, ancien chef d’entreprise
  • Site : un lieu de 55 hectares en Val de Drôme
  • Projets : ferme agroécologique, école du Colibri, espaces d’expérimentation, de production et d’échange
  • Objectif : sensibiliser à une écologie pratique et quotidienne
  • Sur internet : lesamanins.com

Colibris, mouvement pour la Terre et pour l’Humanisme

  • Fondée en 2007 par Pierre Rabhi et ses proches
  • Projet : plateforme de rencontre et d’échange via la méthode d’insurrection des consciences, d’incarnation, de modélisation et de partage)
  • Objectif : construire une société sur le bonheur d’être plutôt que sur la volonté d’avoir
  • Sur internet : colibris-lemouvement.org

La ferme des enfants et le hameau des buis

  • Fondée en 1999
  • Site : ferme des enfants du hameau des buis (Lablachère)
  • Projets : pédagogie Montessori de la maternelle au collège et laboratoire d’expérimentation d’intérêt général (sous l’appellation Hameau des buis)
  • Objectif : éduquer et vivre (habiter, consommer, se déplacer, etc.) autrement
  • Sur internet : la-ferme-des-enfants.com

Le MAPIC (Mouvement Appel pour une insurrection des consciences)

  • Fondé en 2003 par Pierre Rabhi, puis ouvert à la société civile en 2006
  • Site : un peu partout en France (Corse, Besançon, Dijon, Grenoble, etc.)
  • Projet : groupes de discussion autour de l’écologie humaine, sociale et politique
  • Objectif : faire vivre l’intelligence collective
  • Sur internet : appel-consciences.info

Le Mouvement des oasis en tous lieux

  • Fondé par Pierre Rabhi
  • Sites : l’oasis de Carapa (30), le Hameau des buis (07), l’oasis de Bellecombe (26)
  • Projet : membre de réseau européen des écovillages
  • Objectif : promouvoir de nouvelles manières de faire société en allant vers la sobriété heureuse
  • Une adresse mail : [email protected]

Le monastère de Solan

  • Fondé en 1992 par les moniales de Solan avec la participation de Pierre Rabhi
  • Monastère de Solan dans le Gard
  • Projets : potager agroécologique, vin biologique, protection de la biodiversité
  • Objectif : réunir la liturgie et le travail de la terre, expérimenter la sobriété heureuse
  • Pas de site internet

Terre & Humanisme

  • Fondée en 1994 par Pierre Rabhi
  • Site : le mas de Beaulieu
  • Projets : formation, accueil de visiteurs, travail de la terre selon les principes de l’agroécologie
  • Objectif : à la fois social, économique, écologique et solidaire
  • Sur internet : terre-humanisme.org

Rayonnement et perspectives d’avenir

Pierre Rabhi ne compte pas s’arrêter là. Depuis 1983, il ne cesse de parcourir le monde, et notamment ce que l’on appelait le tiers-monde, en vue d’exporter ses propositions et ses méthodes agroécologiques. L’enjeu : « abolir l’humanitaire de pompier pyromane » (Vers la sobriété heureuse, p. 162).

Quelques exemples de ces programmes internationaux :

  • En 2005, création de Terre & Humanisme Maroc qui propose des formations en agroécologie dans les sites pilotes à Casablanca et Meknès ;
  • En 2009, création de Terre & Humanisme Moldavie qui propose une ferme expérimentale de démonstration pour enfants.

Comme le dit l’auteur, le modèle qu’il prône est aujourd’hui de plus en plus reconnu comme une alternative crédible à la société de consommation. Pour répondre aux demandes venues d’un peu partout, il a décidé de créer la Fondation Pierre Rabhi.

« Elle aura pour vocation de soutenir l’innovation, le déploiement et l’essaimage de modèles à taille humaine fondés sur l’agroécologie ; la sensibilisation, l’éducation et le transfert de compétences pour une agriculture pérenne, efficace et respectueuse de l’environnement. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse)

Conclusion de « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi

Le témoignage d’un homme engagé

Ce qui frappe, avec ce livre, c’est moins l’élaboration conceptuelle que l’expérience de son auteur. Pierre Rabhi a connu les grands tourments du XXe siècle et il a réussi à en tirer des leçons qui ne sont pas restées lettre morte.

L’adage qu’il rappelle au début de l’ouvrage : faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait est d’une importance capitale, car c’est lui qui nous permet d’entrer en cohérence avec ce que nous sommes vraiment et, ainsi, d’oser vivre ses rêves.

Finalement, même si l’on n’est pas obligé d’être d’accord avec toutes ses idées, on ne peut ressentir qu’un grand respect pour l’engagement concret de cet homme hors du commun en faveur de l’agroécologie et d’un nouvel humanisme.

Ce qu’il faut retenir de “Vers la sobriété heureuse” de Pierre Rabhi

Vers la sobriété heureuse est un livre engagé qui propose :

  1. Une critique de la société occidentale placée sous le signe du progrès et de la modernité ;
  2. Une esquisse théorique du paradigme alternatif de la « sobriété heureuse » ;
  3. Des exemples de mise en œuvre d’un tel modèle aujourd’hui ;
  4. Des incitations à faire sa part, au quotidien, pour transformer la société.

Points forts :

  • Des exemples d’initiatives déjà réalisées ou en cours de construction.
  • Un langage vulgarisé.
  • Des métaphores et des symboles parlants.

Points faibles :

  • Un manque de construction théorique.
  • Une exposition centrée autour de la personne de Pierre Rabhi.
  • Un danger d’intégrisme vert ?

Ma note :

imageimageimageimageimageimageimageimageimage

Avez-vous lu le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse“ ? Combien le notez-vous ?

Médiocre - Aucun intérêtPassable - Un ou deux passages intéressantsMoyen - Quelques bonnes idéesBon - A changé ma vie sur un aspect bien précis !Très bon - A complètement changé ma vie ! (Pas encore de Note)

Loading...

Visiter Amazon afin de découvrir plus de commentaires sur le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse

Visitez Amazon afin d’acheter le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Pas de Commentaires pour :

Vers la sobriété heureuse







Les commentaires postés avec une adresse email non valide ne seront pas publiés

Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.

Partagez
WhatsApp
Partagez
Tweetez
Enregistrer