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Pour une enfance heureuse

pour une enfance heureuse catherine gueguen

Résumé de « Pour une enfance heureuse - Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau» : À travers sa synthèse des dernières découvertes en neurosciences, la pédiatre et auteure Catherine Gueguen nous permet de mieux identifier les conséquences de nos habitudes éducatives tout en proposant de nombreuses pistes en faveur d’une éducation bienveillante.

Par Catherine Gueguen, 2014, 366 pages.

Note : cette chronique est une chronique invitée écrite par Maëlle Mériaux du blog Devenir Intuitive.

Chronique et résumé du livre « Pour une enfance heureuse » :

Chapitre 1. La relation adulte-enfant

Il est courant d’idéaliser la relation à naître lors de la grossesse, mais à la naissance, les parents sont souvent déstabilisés par tous les changements qu’implique l’arrivée d’un enfant dans leur vie.relation adulte enfant

Les difficultés de la relation adulte-enfant

L’arrivée d’un premier enfant provoque généralement un très grand bouleversement émotionnel pour les parents. Passé le baby blues des premiers jours chez la maman, celle-ci continue parfois à se sentir totalement dépassée par la situation jusqu’à la dépression post-partum ou encore jusqu’au burn-out maternel. En tant que pédiatre, Catherine Gueguen est pleinement consciente de ces difficultés et rencontre de nombreux jeunes parents perdus et désemparés.

Elle questionne les statistiques du congé parental en France : « 97 % des cinq cent trente-six mille personnes qui prennent un congé parental sont des femmes ». Selon elle, l’équilibre entre vie de famille et vie professionnelle serait plus facile à trouver avec un partage de la responsabilité éducative des enfants au sein du couple, comme dans les pays nordiques notamment.

L’humain est un être éminemment social

Selon les études en neuroscience affective et sociale, notre cerveau est entièrement tourné vers la rencontre humaine. Nous sommes une espèce sociale. Tous les êtres humains veulent par-dessus tout être aimés, écoutés, respectés. Ils aiment vivre des relations empathiques. Qu’est-ce ce que c’est ? L’empathie est la capacité à comprendre les intentions et le ressenti de l’autre. Elle se distingue de la sympathie, qui implique de vouloir le bien-être de l’autre. Dans la relation idéale, empathie et sympathie sont entremêlées.

Pour réussir à être empathique avec les autres, ce que nous avons rarement appris dans notre éducation, il est nécessaire de savoir être empathique avec soi-même, ce qui s’appelle l’auto-empathie. Il s’agit d’apprendre à conscientiser nos sentiments et nos souhaits profonds. C’est donc un chemin de connaissance de soi.

Être empathique avec soi-même et avec les autres s’apprend. En comprenant que l’autre n’est pas la cause de ce que nous ressentons, nous pouvons prendre la responsabilité de nos émotions et apprendre à les exprimer en parlant de nous.

La relation humaine vue du côté de l’enfant

Dès qu’il vient au monde, l’enfant cherche à entrer en relation avec ses parents. Il est capable d’empathie affective. À un an, il adopte déjà des comportements altruistes et des études ont montré qu’à quatorze mois, il cherche à réconforter les personnes en détresse.

Vers trois ans, l’enfant commence à comprendre les règles sociales du vivre ensemble. Mais il lui faut beaucoup de temps pour arriver à mettre des mots sur ses émotions, d’autant plus si l’adulte en face de lui ne lui montre pas comment faire. À force de n’être pas compris, un enfant se renferme ou devient agressif.

La relation humaine vue du côté des parents

Il existe une multitude de façons de se comporter avec les enfants. L’idéal serait de les considérer comme tout être humain qui a droit au respect et à la dignité. Pourtant, leur fragilité et leur malléabilité font que les adultes se placent facilement dans une posture de domination vis-à-vis des enfants.

Comment avons-nous été éduqués ? C’est souvent un bon point de départ pour clarifier l’attitude que nous souhaitons adopter avec les enfants. Peut-être y a-t-il des situations que nous avons nous-mêmes vécues et que nous ne souhaitons pas reproduire ? Nos façons d’être ont des conséquences directes sur le cerveau de l’enfant. De plus, nous lui transmettons ce que nous sommes, donc justement notre façon d’être.

Lorsque les parents et les adultes autour de l’enfant sont respectueux et empathiques, l’enfant fait de même. À l’inverse, lorsque ces adultes crient, tapent et humilient, les enfants les imitent également. Selon un sondage SOFRES réalisé en 1999, seulement 16 % des Français n’ont jamais frappé leurs enfants. Les autres agissent par automatisme, probablement parce qu’ils ont déjà reçu des coups étant enfant.

Chapitre 2. Le cerveau de l’enfant, un cerveau encore immature

Trois cerveaux en un

Notre cerveau est, de façon schématique, composé de trois cerveaux, reliés entre eux par des circuits neuronaux :

  • Le cerveau archaïque ou cerveau reptilien, qui est la partie la plus ancienne du cerveau humain. Il gère la physiologie de base de notre corps. En présence d’un danger, il déclenche chez nous des réflexes de fuite ou d’attaque.
  • Le cerveau émotionnel ou système limbique nous permet de ressentir l’agréable et le désagréable, ainsi que la gamme complète de nos émotions. Il joue également un rôle régulateur de nos instincts de survie. De plus, il est impliqué dans l’apprentissage et la mémoire.
  • Le cerveau supérieur ou néocortex n’est présent que chez les primates, dont nous faisons partie. Il représente chez l’homme 85 % du volume cérébral total. Il commande entre autres la conscience que nous avons de nous-mêmes, le langage et la capacité d’apprentissage. De plus, il est à l’origine de nos raisonnements et de notre créativité.

Le cerveau : de l’enfance à l’adolescence

Le cerveau humain met énormément de temps à se développer totalement. Son développement commence au cours de la vie intra-utérine. Dans les premières années de vie de l’enfant, le cortex néofrontal est encore en formation : ce sont les cerveaux archaïque et émotionnel qui sont dominants.

La maturation du cortex se prolonge même jusqu’aux 25 ans environ, pour certaines régions du cerveau. Et pour cause : le cerveau humain est la forme de matière organisée la plus complexe de l’univers.

Il existe deux types de cellules nerveuses :

  • Les neurones servent à la transmission des informations, sous la forme de neurotransmetteurs : dopamine, sérotonine, etc. Ceux-ci sont entourés d’une gaine de myéline qui favorise la conduction des informations.
  • Les cellules gliales approvisionnement les neurones en énergie, protègent le cerveau et accélèrent les transmissions d’informations, selon leurs caractéristiques.

Après la naissance, les connexions entre neurones sont très mouvantes : elles se font et se défont en fonction des relations affectives, de l’apprentissage et de toutes les expériences vécues par l’enfant.

À l’âge de deux ans, ces connexions, appelées synapses, ont une densité deux fois plus importante que chez l’adulte, qui diminue ensuite à l’adolescence : le cerveau garde les circuits utilisés et élimine les autres. C’est pourquoi les phénomènes et évènements susceptibles d’altérer la formation de ces circuits ont des conséquences majeures sur le présent et l’avenir de l’enfant.

Le cerveau à l’adolescence

Les structures cérébrales qui mettent le plus longtemps à être matures sont les plus complexes. Il s’agit des lobes temporaux et frontaux, qui régissent les processus cognitifs et la régulation des émotions. Ils atteignent leur complet développement vers 16-17 ans. Tant que le cerveau n’a pas atteint sa pleine maturation, les processus de gestion des émotions ne sont pas pleinement fonctionnels, ce qui explique les difficultés de l’enfant à maîtriser ses réactions émotionnelles.

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Avec son plein développement, le cortex préfrontal devient plus efficace dans ses capacités intellectuelles et sa faculté dans les prises de décisions. De plus, il permet le contrôle des réactions émotionnelles, à savoir la prise de recul ainsi que la réflexion et la prise de décision sans réaction impulsive.

Nos relations et les expériences que nous vivons durant l’enfance déterminent quelles connexions cérébrales vont persister au cours de notre vie. Tout cela influe sur la capacité de l’enfant et de l’adolescent à surmonter le stress, à vivre ses émotions sereinement et à exprimer son affectivité.

Chapitre 3. Cerveau, affectivité et vie relationnelle chez l’enfant

L’ensemble du cerveau participe aux relations humaines, mais certaines de ses régions sont plus particulièrement dévolues à la vie relationnelle.développement cerveau enfant

Le cortex préfrontal

Le cortex préfrontal est situé tout à l’avant du cerveau et constitue une zone essentielle du néocortex. Il est relié à de nombreuses zones du cerveau, ce qui en fait toute la complexité. Chez les primates, de nombreuses études ont montré que le volume de ce cortex est corrélé à la taille du groupe social.

Chez l’espèce humaine, le cortex préfrontal est particulièrement développé, pouvant être le reflet de la complexité de notre vie sociale. De plus, c’est la zone du cerveau avec la maturation la plus tardive : celle-ci est complète au début de la vie adulte.

Le cortex préfrontal est le centre de décision et de planification du cerveau. Il est également le siège du langage, du raisonnement et de la mémoire. De plus, il sert au contrôle de nos réponses émotionnelles. Face à une situation relationnelle difficile, il nous permet de prendre du recul : nous réévaluons la situation à sa juste mesure.

Quand cette zone du cerveau est immature ou dysfonctionne pour de multiples causes (dont les violences subies durant l’enfance), les individus sont incapables de prendre du recul et de reconsidérer ce qu’ils sont en train de vivre. Certains adultes violents et colériques sont comme les enfants, submergés par la peur et la colère. L’imagerie IRM permet de révéler une activité très faible du cortex préfrontal chez ces personnes, comme on l’observe dans la petite enfance. Un cortex préfrontal hypoactif est incapable de réguler les émotions fortes.

Au sein du cortex préfrontal, deux zones jouent un rôle majeur dans notre vie affective : le cortex orbito-frontal (COF) et le cortex cingulaire antérieur (CCA). Le COF est capital pour notre vie sociale : son volume est corrélé aux compétences sociales. La vie d’une personne ayant un COF altéré est chaotique, car elle ne sait pas prendre les décisions justes pour elle.

Pourquoi l’enfant contrôle-t-il mal ses émotions ?

Le cortex préfrontal et les circuits qui le relient au système limbique sont immatures durant l’enfance. Ainsi, l’enfant est très rapidement submergé par des tempêtes émotionnelles et des comportements impulsifs dictés par son cerveau émotionnel et archaïque. Ce que l’on appelle à tort des « caprices » est seulement la conséquence de l’immaturité du cortex cérébral chez l’enfant. Il est important de comprendre que ce n’est qu’un passage de la vie de l’enfant qui ne durera pas si celui-ci est réconforté dans ses tempêtes émotionnelles plutôt que réprimandé.

Consoler un enfant « chamboulé » participe à la maturation de son cerveau

L’enfant bouleversé par ses émotions a besoin d’aide pour retrouver son calme. Lorsqu’un adulte le rassure, il lui permet de développer dans ses lobes frontaux les connexions nécessaires pour apaiser à l’avenir ses angoisses et réflexes archaïques. Coccaro, en 2011, a montré que les adultes violents ont un cortex préfrontal hypoactif[1].

À sa naissance, le bébé est particulièrement vulnérable et a d’autant plus besoin d’être réconforté lorsqu’il pleure, ce qui peut être très fréquent. C’est sa façon d’exprimer toutes sortes d’émotions et de besoins. Les parents peuvent vivre beaucoup d’incompréhension et d’impuissance face à ces pleurs. Le cerveau archaïque est prédominant chez le bébé, qui est très vite submergé par la peur et la colère. Il a impérativement besoin d’un adulte qui le rassure.

L’amygdale

Parmi les structures cérébrales importantes dans la régulation de nos émotions, l’amygdale joue un rôle clé. Les personnes victimes de lésions bilatérales de l’amygdale ne connaissent plus ni l’angoisse ni le plaisir : elles sont coupées des émotions.

Le rôle de l’amygdale est notamment de détecter tout danger potentiel et de nous en alerter. Elle prévient alors l’hypothalamus qui déclenche la sécrétion de cortisol, hormone du stress.

Dès la naissance, l’amygdale est parfaitement mature. Par contre, les structures cérébrales qui permettent de la réguler ne le sont pas. Ainsi, le jeune enfant a souvent très peur sans être capable de raisonner et de prendre du recul par rapport à ce qui l’effraye.

Par ailleurs, l’amygdale est impliquée dans notre mémoire émotionnelle inconsciente ou implicite. C’est la mémoire des évènements émotionnels traumatiques notamment. Une fois adultes, nous n’arrivons pas à nous souvenir de nos premières années, car nos structures cérébrales de la mémoire explicite n’étaient pas encore matures, mais nous gardons une mémoire inconsciente des traumatismes à travers l’action de l’amygdale. Mettre des mots sur les évènements pénibles ou traumatiques passés est une manière de réencoder l’amygdale.

L’hippocampe

L’amygdale est en relation très étroite avec l’hippocampe, structure cérébrale quant à elle immature à la naissance. C’est le centre de la mémoire consciente et à long terme : il est au cœur des apprentissages. L’hippocampe est particulièrement sensible au stress et à la détresse émotionnelle. Lors d’un stress prolongé, seule l’amygdale fonctionne au détriment de l’hippocampe et la personne, paralysée par l’angoisse, n’arrive plus à apprendre ni à mémoriser.

Chapitre 4. Cerveau et stress chez l’enfant

Deux systèmes régulent la réponse au stress chez l’être humain : le système nerveux végétatif et le système neuro-endocrinien. Le premier répond au stress immédiatement, en sécrétant de l’adrénaline, alors que le second réagit plus tard, en sécrétant du cortisol.cerveau stress enfant

Le système nerveux végétatif (SNV) ou système autonome

Les voies nerveuses du système nerveux végétatif, ou autonome, se subdivisent en deux systèmes :

  • Le système nerveux sympathique ;
  • Le système nerveux parasympathique.

Tout d’abord, le système nerveux sympathique nous prépare à l’action. Face à un stress, il produit la réponse de lutte ou de fuite. À l’inverse, le système nerveux parasympathique sert à l’apaisement, au ralentissement et à la régulation des émotions.

Ces deux systèmes ne se développent pas au même âge chez le jeune enfant. Le système sympathique est actif dès la première année de l’enfant, alors que le système parasympathique ne s’installe que dans le courant de la deuxième année. De plus, un enfant qui n’est pas accompagné lors d’un chagrin ou d’une colère voit son système sympathique se renforcer. À force, il peut devenir colérique ou développer un trouble hyperactif. Consoler son enfant permet au contraire d’aider son système parasympathique à se développer.

Le système neuro-endocrinien : l’axe hypothalamo-hypophysaire (HPA)

Le système neuro-endocrinien regroupe l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales, qui produisent un effet en chaîne, aboutissant à la sécrétion de cortisol lors d’un stress. Un stress prolongé peut conduire à une hyperactivité de cet axe, jusqu’à altérer certaines zones cérébrales chez l’enfant.

Le stress produit un afflux d’adrénaline, de noradrénaline, de cortisol, toxique pour l’organisme

Lorsqu’ils sont sécrétés avec un taux normal, l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol sont bénéfiques pour l’organisme. Mais lorsqu’ils sont émis en trop grande quantité lors d’un stress, l’enfant perd confiance et voit le monde comme une menace constante.

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Le stress est très délétère pour le cerveau de l’enfant

Le cortisol agit lentement. Il peut rester dans le cerveau pendant des heures, des jours voire des semaines entières. Lorsqu’il est sécrété de façon prolongée et que son taux est très élevé, il peut avoir des impacts importants sur le développement du cerveau.

Par exemple, un stress sévère dans la petite enfance peut avoir un impact sur le développement de l’hippocampe, structure essentielle à l’apprentissage. Le cortex préfrontal est très sensible au stress également. Celui-ci peut entraver son développement et diminuer son volume.

Les premières années de la vie sont déterminantes

Les premières années de la vie de l’enfant, tout comme la vie intra-utérine, sont des périodes particulièrement sensibles dans l’établissement des liens socio-affectifs. Si l’enfant vit des expériences négatives récurrentes, son équilibre affectif risque d’être fragilisé pour le reste de sa vie.

Les enfants placés en orphelinat, par exemple, présentent le plus souvent des altérations du cerveau et des troubles cognitifs et psychologiques. Ces troubles sont plus facilement réparables si ces enfants sont adoptés avant d’avoir 2 ans.

Toutefois, on ne peut jamais complètement prévoir l’avenir. La résilience permet à certaines personnes de mener une vie heureuse malgré des expériences traumatiques. Le facteur le plus important dans l’existence de cette résilience est la rencontre avec des personnes empathiques et bienveillantes.

Savoir réguler les conflits

Des études ont démontré que la manière dont les conflits se régulent à la maison influence grandement le comportement de l’enfance dans ses propres relations. L’enfant « tyrannique », notamment, est souvent le reflet des adultes qui l’entourent. Si les parents ont l’habitude de crier sur leur enfant et de se mettre en colère contre lui à chaque « bêtise », celui-ci apprend que c’est la seule manière de se faire entendre.

Au contraire, lorsque l’adulte explique de manière douce et patiente ce qui ne lui a pas convenu dans le comportement de l’enfant, ce dernier n’est pas sous l’emprise de la peur ou de la colère en recevant le message. Il apprend qu’il est possible de réagir calmement lorsqu’on n’est pas d’accord.

Chapitre 5. Neurones fuseaux et neurones miroirs chez l’enfant

Les neurones fuseaux et les neurones miroirs jouent un rôle déterminant dans nos relations aux autres.

Les neurones fuseaux

Certains chercheurs considèrent que les neurones fuseaux démarquent l’espèce humaine des autres : nous en possédons mille fois plus que les singes, qui n’en possèdent que quelques centaines. Ces neurones sont localisés dans les structures cérébrales liées à la vie affective et sociale. Ils nous permettent, lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois, de ressentir si elle nous plaît ou pas.

Les expériences précoces du jeune enfant ont un impact direct sur les neurones fuseaux. Lorsque l’ambiance dans laquelle baigne l’enfant est harmonieuse et aimante, ces neurones se développent plus densément et en plus grand nombre qu’en atmosphère stressante.

Les neurones miroirs

Les neurones miroirs jouent un rôle primordial dans la compréhension des intentions et des émotions d’autrui. Ils nous invitent à imiter l’autre, mais également à ressentir ce qu’il ressent. Autrement dit, observer un comportement, c’est déjà le réaliser dans notre esprit.

Grâce aux neurones miroirs, nous comprenons l’impact que peuvent avoir des images, des peintures ou des films sur nous. Nous « vivons » réellement ce qui est représenté. Ainsi les enfants peuvent subir de plein fouet la vision d’images violentes par exemple, et ils n’ont pas le recul pour analyser ce qu’ils voient.

Les neurones miroirs rendent également les émotions contagieuses. C’est pourquoi retrouver un proche joyeux peut nous faire oublier nos tracas si rapidement parfois. Malheureusement, les émotions de colère et d’énervement se transmettent tout aussi facilement.

Chapitre 6. Les molécules du bien-être et de la vie relationnelle

Tout comme il existe des hormones du stress, il existe des hormones de la détente et du plaisir, à savoir l’ocytocine, les endorphines et la sérotonine. Elles stimulent le désir de contacts humains.

L’ocytocine, hormone de l’amour et de la vie sociale

L’ocytocine est l’hormone par excellence du bien-être. Elle joue un rôle majeur lors de l’accouchement et de l’allaitement, mais ne s’arrête pas là. Elle joue un rôle essentiel dans toutes les relations humaines. Dès que l’on se sent bien avec une ou des personnes, de l’ocytocine est sécrétée.

De plus, elle est à l’origine de la sécrétion de la dopamine, des endorphines et de la sérotonine. L’ensemble de ces hormones participent au système de motivation-récompense. L’ocytocine stimule la motivation puis active la récompense à travers la libération d’endorphines, qui procurent du bien-être.

La réaction en chaîne provoquée par l’ocytocine permet aux parents d’être gratifiés du contact avec leur enfant. D’autant que ce système bloque les effets d’habituation, ce qui fait que nous nous sentons toujours gratifiés des moments passés avec les êtres chers. C’est notamment pourquoi nous pouvons nous lasser des enfants des autres, mais pas de nos propres enfants.

Les relations, les contacts agréables déclenchent la sécrétion d’ocytocine

De l’ocytocine est libérée dans nos corps lors de toute stimulation sensorielle douce, avec ou sans contact physique. Des mots doux peuvent provoquer en nous la sécrétion d’ocytocine par exemple. À l’inverse, le stress bloque sa libération.

L’empathie est favorisée pour la sécrétion d’ocytocine. En effet, celle-ci aide à décrypter l’expression d’un visage ou d’un regard. Les yeux jouent un rôle majeur dans notre perception de la relation. Dans une étude américaine, Rimmele[2] a démontré que l’ocytocine augmente la capacité à reconnaître les visages et à en décrypter l’état émotionnel. Elle favorise donc les relations satisfaisantes en augmentant l’empathie.

L’ocytocine renforce le lien parental

Chez les rongeurs, l’aptitude des femelles à être maternelles dépend du nombre de récepteurs à l’ocytocine au niveau cérébral. Les femelles qui ont été proches de leur mère étant petites ont beaucoup de récepteurs par rapport à celles qui ont été peu maternées.

La situation est plus difficile à étudier chez les humains, car de très nombreux facteurs sont à prendre en compte. Les femmes n’ont souvent pas autant confiance en elles avec un premier enfant qu’avec un deuxième et le père a également un rôle important à jouer dans la confiance que la mère développe dans ses capacités.

Plusieurs études montrent une corrélation entre le taux d’ocytocine plasmique durant la grossesse chez la femme et ses aptitudes maternelles suite à l’accouchement. Par exemple, Skrundz[3] a démontré que la dépression post-partum était associée à un taux bas d’ocytocine plasmique durant la grossesse.

Donner de la tendresse à son enfant entraîne chez les deux parents une sécrétion d’ocytocine. Celle-ci n’est pas liée au sexe du parent, mais à sa capacité d’affection. L’ocytocine plasmique a été mesurée chez des parents, dans les premières semaines de vie de leur enfant et six mois plus tard. Chez l’homme comme chez la femme, le taux d’ocytocine est élevé aux deux prélèvements si ceux-ci ont une relation affectueuse avec leur enfant. La synchronie familiale, autant au niveau de la relation parent-enfant que de la communication dans le couple, favorise aussi la libération d’ocytocine.

Les endorphines

Les endorphines procurent du bien-être et diminuent l’anxiété. Elles peuvent également soulager la douleur. Elles sont sécrétées lorsque nous vivons des relations sereines et agréables. Jouer et câliner son enfant provoque notamment la sécrétion d’endorphine chez l’enfant comme chez le parent.

La sérotonine

La sérotonine stabilise notre humeur et joue un rôle important dans plusieurs fonctions physiologiques comme le sommeil, l’alimentation ou encore la sexualité. Les comportements impulsifs sont souvent liés à un faible taux de sérotonine. Ainsi, les personnes sécrétant peu de sérotonine peuvent avoir des accès d’angoisse et de colère, ou encore des sautes d’humeur imprévisibles. La séparation maternelle ou la privation affective peuvent avoir notamment un rôle délétère sur les récepteurs de la sérotonine au niveau cérébral.

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Les échanges et en premier lieu le toucher entraînent la sécrétion des molécules du bien-être

Le toucher occupe une place centrale dans la sécrétion des molécules du bien-être. En effet, notre peau est notre plus grand organe sensoriel. Les bébés prématurés, par exemple, se développent mieux lorsqu’ils sont au contact de la peau de leurs parents ou massés tendrement.

D’ailleurs, les bénéfices du toucher s’observent également dans la relation avec les animaux. Caresser un animal familier active le cerveau social et réconforte autant l’animal que celui qui le caresse.

Chapitre 7. Le goût de vivre

Le rôle des adultes avec les enfants est d’accompagner leur force de vie si précieuse et bouillonnante. L’encouragement aide l’enfant à devenir un adulte vivant et entreprenant.enfant goût de vivre

Le système de motivation-récompense

Le système cérébral de motivation et de récompense active la curiosité. Plus ce système est stimulé, plus nous prenons de plaisir à découvrir et innover. Lorsque l’adulte freine un enfant dans ses explorations, par peur par exemple, il ralentit le système de motivation. À force, l’enfant perd l’envie de réaliser des expériences nouvelles.

L’importance du jeu

Chez l’enfant, le jeu a un rôle primordial dans la croissance neuronale. Les jeux de contacts, lorsque deux enfants s’amusent à se chahuter par exemple, diminuent le stress et l’anxiété.

En jouant, l’enfant apprend le monde et son environnement. Il apprivoise les situations quotidiennes. Il apprend à se connaître soi-même et à connaître les autres enfants. De plus, se dépenser physiquement lui permet de libérer ses pulsions motrices et d’exprimer sa vitalité.

Donner de la tendresse à l’enfant lui donne le goût de vivre

Passer des moments privilégiés avec son enfant, lui donne le goût de vivre. Un enfant qui se sent aimé saura dire à l’avenir son amour et donner de l’affection à son entourage. Ces instants de bonheur et de douceur partagés durant l’enfance l’accompagneront tout au long de sa vie.

Chapitre 8. La violence éducative ordinaire

L’idée que l’on se fait d’une « bonne éducation » est encore trop souvent associée à de petites violences faites à l’enfant au quotidien. C’est ce que l’on appelle la « violence éducative ordinaire » (VEO).

Il est par exemple encore toléré qu’un parent donne une fessée à son enfant pour se faire obéir. En plus des souffrances physiques subies par les enfants, les souffrances morales sont aussi délétères. Les cris, les mots vexants, les humiliations, les menaces ou les injures déstabilisent les enfants et leur font perdre leur confiance en eux.

La peur est l’une des souffrances les plus banales infligées à l’enfant. Lui faire peur pour qu’il obéisse et se tienne tranquille le met dans une grande insécurité. Nous avons vu que l’amygdale, centre de la peur au niveau cérébral, est parfaitement mature à la naissance, alors que l’enfant n’a pas la capacité de prendre du recul. Il peut être réellement effrayé par les menaces de ses parents.

De nombreuses études récentes montrent les impacts négatifs tant des souffrances physiques que morales infligées aux jeunes enfants. Lorsqu’ils en ont subi, les enfants deviennent plus agressifs et anxieux que les enfants ayant grandi dans une atmosphère bienveillante.

L’abolition de la VEO nécessite un cadre juridique qui l’interdise clairement. Celui-ci doit protéger les enfants de toutes formes d’agression, même au sein de la famille. La Suède est pionnière dans ces avancées éducatives. En 1979, elle a voté une loi et l’a accompagnée d’une campagne de sensibilisation auprès des familles et des professionnels de l’enfance. Qu’en est-il en France ? Malgré des propositions de loi faites à l’Assemblée nationale en 2010, aucune d’elle n’a été reconnue. Un sondage réalisé par la SOFRES en 1999 montre que 84 % des parents interrogés utilisent les châtiments corporels pour éduquer leurs enfants.

Chapitre 9. Être parent

Lorsque l’on devient parent, il est très fréquent de reproduire l’éducation vécue durant notre propre enfance. Les réflexions suivantes pourront aider les parents à trouver leur propre chemin :

  • Un enfant ne s’élève pas seul. Savoir confier son enfant sans culpabiliser est une source d’équilibre pour toute la famille ;
  • La confiance qu’a l’enfant de lui-même lui est donnée en premier lieu par son entourage, sous forme d’encouragements ;
  • Adulte ou enfant, nous avons besoin de beaucoup de liberté et d’autonomie. Offrir de l’autonomie à l’enfant lui permet de prendre son envol ;
  • Un enfant qui obéit sous la contrainte risque de devenir agressif ou soumis. Fixer des limites claires plutôt que d’ordonner lui donne des repères.

être parentConclusion sur « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen :

Ce livre “Pour une enfance heureuse” de Catherine Gueguen est une synthèse impressionnante des dernières recherches sur le développement du cerveau. J’ai été profondément marquée par cet ouvrage humaniste. Bien que j’aie obtenu une licence de biologie à l’Université, j’ai acquis grâce à cet ouvrage des connaissances qu’on ne m’a même pas enseignées sur les bancs de la fac, alors qu’elles devraient être transmises à tous les futurs parents, il me semble.

Depuis que je suis devenue maman, je me rends compte tous les jours à quel point les connaissances transmises dans ce livre sont primordiales. Je comprends ma fille, je sais où elle en est dans son développement social et affectif et je ne raisonne pas du tout en termes de caprices. Je comprends que chaque colère est l’expression d’un besoin inassouvi. Cela ne veut pas dire que je lui cède tout, mais je sais maintenant mettre des mots sur ce qu’il se passe pour elle alors qu’elle-même en est encore incapable.

Je dirais même que cette compréhension du développement du cerveau peut permettre aux parents et aux professionnels de la petite enfance de voir les enfants comme les jeunes humains qu’ils sont plutôt que comme des « monstres colériques ». Qui dit être humain dit respect et reconnaissance. Je crois sincèrement que toutes les personnes en contact de près ou de loin avec de jeunes enfants ont tout intérêt à lire ce livre.

Maëlle du blog Devenir Intuitive

Points forts :

  • Offre un message percutant, qui permet vraiment un changement de regard
  • Met en lumière les étapes du développement affectif et social tout au long de l’enfance
  • Permet de conscientiser l’impact des habitudes éducatives sur le développement du cerveau de l’enfant
  • Propose une bibliographie extrêmement fournie en références scientifiques récentes et rigoureuses

Points faibles :

  • Peut sembler difficilement accessible à ceux qui n’ont aucune connaissance du fonctionnement du corps humain
  • Risque d’éveiller de la culpabilité chez ceux qui ne sont pas satisfaits de leurs méthodes éducatives, mais qui ne savent pas comment faire autrement
  • Peut agacer par son aspect moralisateur, plaidoyer pour une éducation bienveillante

Ma note :

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Sources :

[1] Coccaro E. F. et al. (2011), “Corticolimbic function in impulsive aggressive behavior”, Biological Psychiatry, June 15, 69 (12), p. 1153-1159.

[2] Rimmele U. (2009), “Oxytocin makes a face in memory familiar”, The Journal of Neuroscience, 29, p. 38-42.

[3] Skrundz M. et al. (2008), “Plasma oxytocin concentration during pregnancy is associated with development of postpartum depression”, Neuropsychopharmacology, 36, p. 1886-1893.

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2 Commentaires pour :

Pour une enfance heureuse

  • Rémi

    14 Juil 2021 à 10:07

    On s’imagine que s’occuper d’un enfant est facile. Mais lorsque cela nous arrive, on se rend compte, qu’on n’avait pas pris en compte certain paramètres. Le cerveau est très complexe, mais fascinant. Mais en avoir conscience pour aider au mieux nos enfants, est juste fondamental 🙂

    Répondre



    • Maëlle

      20 Juil 2021 à 09:59

      Bonjour Rémi,
      Oui même si on se sent prêt à être parent, le devenir est toujours un bouleversement ! En même temps, comprendre le cerveau de l’enfant aide beaucoup. Moi je vois à quel point dans ma façon d’être maman ça me permet d’être plus sereine ! Et plus juste avec ma fille !

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      Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.

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