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La fabrique du crétin digital

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Chronique et résumé de « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget : ce scientifique nous alerte sur les dangers des écrans pour nos enfants et nos adolescents — un vrai succès de librairie qui nous donne des clés pour comprendre ce qu’il se passe et agir afin de protéger nos proches.

Michel Desmurget, 2019, 186 pages.

Chronique et résumé de « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget

Un mot sur l’auteur et le livre La fabrique du crétin digital

Docteur en neurosciences cognitives, Michel Desmurget est Directeur de Recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM).

La fabrique du crétin digital a reçu une mention spéciale lors de la remise du prix Femina fin 2019.

Prologue

Nos enfants passent de plus en plus de temps sur les écrans. Le plus souvent, pour jouer ou se divertir. Pourtant, il existe un nombre toujours croissant d’études scientifiques qui démontrent la nocivité de cette exposition. 

« La consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires). » (La fabrique du crétin digital, p.9)

Malheureusement, le traitement médiatique de la situation n’est pas à la hauteur. Bien au contraire ! Souvent, les médias s’emparent de la dernière étude à la mode — mais pas nécessairement la meilleure — pour inventer des gros titres qui ne correspondent en rien à la réalité des faits.

Pour nous aider à y voir plus clair, Michel Desmurget s’est donc efforcé de synthétiser et de vulgariser cet immense corpus de littérature scientifique trop souvent passé sous silence ou mal interprété.

Grâce à ce livre, vous entrerez donc dans le vif du sujet : au-delà des mythes, vous constaterez les véritables conséquences du numérique sur la santé, l’intelligence et les émotions de la jeune génération !

L’« enfant mutant » des armées propagandistes

L’auteur commence alors par passer en revue les discours d’un certain nombre de personnalités (médiatiques, politiques ou académiques) vantant les mérites du numérique et ses effets sur l’humanité. Pour résumer, ces auteurs estiment que :

  • Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’humanité ;
  • Nos cerveaux sont en train d’évoluer rapidement ;
  • Les enfants deviennent plus intelligents.

En particulier, les jeunes de la génération numérique (qu’on les nomme millinals, digital natives ou autres) développeraient de nouvelles compétences, inconnues ou sous-développées jusqu’alors.

Par ailleurs, d’autres (ou les mêmes) spécialistes insistent sur :

  • les bénéfices des jeux vidéo, même violents, sur les jeunes ;
  • Ou, de façon plus générale — sur les bénéfices des outils digitaux pour l’éducation.

Mais est-ce si sûr ?

Les voix de la discorde

La réponse de Michel Desmurget est clairement non. De nombreux experts vont dans le sens opposé aux discours de glorification. Pour eux, c’est bien tout le contraire qui se passe. Parmi les exemples qu’il prend, le plus caractéristique et intrigant est le cas de certains fondateurs de la Silicon Valley qui refusent de laisser leurs enfants utiliser les écrans et les placent dans des écoles privées garanties « sans technologies numériques ».

La stratégie du doute

Selon l’auteur, le discours de glorification des outils numériques a largement pris le dessus dans la sphère publique et le citoyen a bien du mal à se faire une idée claire de ce qu’il en retourne vraiment.

Pourquoi ? Car la littérature scientifique qui en dévoile les dangers est chère, majoritairement en anglais, immense et plutôt ardue.

Au-delà, il y a une tendance, parmi les médias notamment, à se satisfaire des sources les plus facilement accessibles et à les répéter telles quelles. Bien sûr, les bons médias révèlent également des scandales et font un formidable travail.

Le problème est aussi que même les publications les plus officielles ne citent pas forcément leurs sources. Elles laissent leurs affirmations planer dans la vie et le citoyen n’a plus qu’à les croire sur parole.

Science et opinion ne se valent pas

Tous, nous avons des opinions, c’est-à-dire des idées ou croyances issues de nos expériences antérieures. Pour autant, ces opinions n’équivalent pas à des savoirs, rappelle Michel Desmurget. 

Il y a de ce fait tromperie lorsque l’opinion se fait passer pour de l’expertise, c’est-à-dire lorsqu’une croyance se fait passer pour une connaissance vérifiée. Tout l’enjeu consiste donc à débusquer ces « faux experts » et à mettre en lumière les véritables expertises, cachées dans les revues scientifiques.

Trop, c’est trop !

« Alors oui, j’en ai assez de ces spécialistes autoproclamés qui saturent l’espace médiatique de leur verbiage inepte. J’en ai assez de ces lobbyistes abjects, déguisés en experts, qui nieraient jusqu’à la sphéricité de la Terre si cela pouvait servir leur carrière et engraisser leurs intérêts. » (La fabrique du crétin digital, p. 30)

Michel Desmurget est en colère contre la propagation de ces discours dans les médias, car ils servent avant tout des intérêts économiques et pas ceux de nos enfants.

Alors que faire ? L’option de ce livre est d’informer, ni plus ni moins.

L’auteur ne plaide pas pour des mesures coercitives : il veut donner aux gens la possibilité de se faire leur propre idée en s’appuyant sur des études scientifiques rigoureuses qu’il se propose de compiler, de résumer et d’analyser.

Enfant devant un écran d'ordinateur

Première partie — La fabrique du crétin digitalHomo mediaticus. La construction d’un mythe

1 — Contes et légendes

« Une génération différente »

Michel Desmurget commence par passer en revue de façon plus précise les affirmations de l’industrie du numérique et de ses experts, afin d’en montrer la faible validité, voire le caractère tout simplement mensonger.

Premier « mythe » auquel il s’attaque : l’idée que les jeunes seraient vraiment différents (et meilleurs). Il se concentre sur 3 postulats :

  1. « L’omniprésence des écrans a créé une nouvelle génération d’êtres humains, totalement différente de la précédente ;
  2. Les membres de cette génération sont experts dans le maniement et la compréhension des outils numériques ;
  3. Pour garder quelque efficacité (et crédibilité), le système scolaire doit impérativement s’adapter à cette révolution. » (La fabrique du crétin digital, p. 43)

À y regarder de plus près, il n’y a en fait aucune preuve convaincante de ces affirmations.

Premièrement, la nouvelle génération vantée dans les médias est hétéroclite, elle n’a pas d’unité. Autrement dit, « elle n’existe pas ». Les différences sont très importantes en fonction du statut social, du sexe, de l’âge, etc.

Deuxièmement, parmi ces jeunes, bien peu sont des petits génies de l’informatique. Certes, la majorité d’entre eux peut utiliser les réseaux sociaux et télécharger des applications, mais c’est à la portée de tous. Il est même démontré que beaucoup ont de véritables inaptitudes techniques et un manque de culture numérique.

Troisièmement, il y a dans ces discours une étrange tendance à positiver des caractéristiques auparavant considérées comme plutôt négatives (zapping, impatience, etc.) et à dévaloriser les générations antérieures.

« Un cerveau plus développé »

Autre affirmation à mettre en doute : l’idée que le cerveau des joueurs de jeu vidéo serait plus épais par endroits et, donc, que ceux-ci deviendraient plus intelligents ou capables d’une meilleure mémorisation.

Pour l’auteur, c’est non seulement inexact, mais potentiellement dangereux. Pourquoi ?

  • Car s’il est vrai que le cerveau (partie préfrontale) s’épaissit lorsque vous jouez au jeu vidéo, c’est aussi vrai de bien d’autres activités ;
  • Parce qu’épaisseur et augmentation des facultés ne vont pas forcément de pair ;
  • Car l’augmentation du volume du cerveau pourrait plutôt signaler un problème d’addiction (stimulation des circuits de récompense) ;
  • Parce qu’il y a donc tout lieu de s’en inquiéter, d’autant plus au moment de l’adolescence, période où le cerveau est fragile et en construction.

Par ailleurs, les études récentes montrent qu’il n’y a aucun « transfert depuis les jeux vidéo vers la « vraie vie » ». C’est-à-dire ? Eh bien, les compétences éventuellement acquises lors d’un jeu vidéo ne sont pas nécessairement transférables ensuite, lorsque vous devez résoudre des problèmes du monde réel.

« Les écrans, c’est formidable ! »

L’auteur s’en prend ici à plusieurs idées trompeuses.

Il attaque d’abord l’idée que les ordinateurs ou les tablettes vont permettre aux enfants des pays pauvres d’apprendre seuls efficacement (programme One laptop per child). En fait, les résultats de ce programme se sont avérés négatifs.

Il revient ensuite sur la mauvaise interprétation de certains résultats scientifiques concernant les bénéfices du jeu vidéo sur la dyslexie. En réalité, comme l’auteur l’explique très bien, les journalistes ont souvent tendance à généraliser là où il n’y a aucune certitude établie.

Ce faisant, ils créent de fausses croyances chez les personnes (en l’occurrence l’idée que jouer aux jeux vidéo pourrait aider ces enfants, alors que cela n’a rien d’établi, bien au contraire).

En conclusion

« L’enfant mutant du numérique, que son aptitude à taquiner le smartphone aurait transformé en omnipraticien génial des nouvelles technologies les plus complexes ; que Google Search aurait rendu infiniment plus curieux, agile et compétent que n’importe lequel de ses enseignants pré-digitaux ; qui grâce aux jeux vidéo aurait vu son cerveau prendre force et volume ; qui grâce aux filtres Snapchat ou Instagram aurait élevé sa créativité jusqu’aux plus hauts sommets ; etc. ; cet enfant n’est qu’une légende. Il n’est nulle part dans la littérature scientifique. » (La fabrique du crétin digital, p. 67)

2 — Paroles d’experts

Les médias sont face à un problème de taille : les secteurs industriels qui cherchent à cacher des vérités qui les dérangent (comme l’industrie du tabac ou du sucre, par exemple) embauchent ce que l’auteur nomme des « experts « maison » ».

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Faire en sorte que les choses se fassent 2 (Making Things Happen - 2)

En fait, ce sont des faux experts qui ne font que répéter le discours de l’industrie en question pour semer le doute et faire croire qu’il y a débat au sein de la communauté scientifique.

Les médias, comme les citoyens, doivent donc se poser très sérieusement la question de la crédibilité des experts. Pour Michel Desmurget, la crédibilité passe par :

  1. La connaissance du sujet (littérature scientifique) ;
  2. La constance (ne pas changer son discours en fonction du public) ;
  3. L’honnêteté (l’absence de conflits d’intérêts ou, à minima, la reconnaissance publique des liens qui peuvent exister).

De l’art d’ignorer les conflits d’intérêts

Les médias ne devraient pas être si tolérants vis-à-vis des conflits d’intérêts. Il se trouve pourtant que ces informations sont souvent aisément disponibles, comme le montre l’auteur à partir de plusieurs exemples.

Les sources, comme les experts, doivent être passées au crible fin. Certaines références sont présentées comme des articles scientifiques, alors qu’elles n’en sont pas.

Même les organismes d’État, comme le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) n’est pas épargné. Souvent, ses experts sont d’anciens professionnels des médias ayant travaillé de longues années dans le secteur privé. Besoin d’une preuve ? L’auteur prend l’exemple du lien entre publicité et obésité infantile.

De l’art du verbiage creux et des réponses fumeuses

La rhétorique est menée de main de maître par celles et ceux qui veulent parler de tout sans savoir de quoi ils parlent vraiment. Elle sert alors à manipuler, plus qu’à simplement convaincre.

Michel Desmurget montre comment la généralisation ou l’appel au bon sens et à la mesure font partie de stratégies discursives employées par des « omnispécialistes » qui soit ne connaissent pas les faits, soit refusent de les prendre en compte.

L’ironie est également l’une des armes redoutables employées par les experts généralistes qui cherchent à décrédibiliser les discours sérieux et factuels. L’exemple des publicités cachées dans les films est ici mis en avant par l’auteur.

Au-delà de ces trucs rhétoriques, l’auteur se dresse contre des arguments du genre : « Il faut bien mourir de quelque chose », qui tendent à relativiser la gravité des problèmes liés à l’alcoolisme, au tabagisme ou à l’obésité. Il invite le lecteur à être plus malin et à réfléchir en termes statistiques.

Finalement, ce qui le chagrine le plus, c’est que la plupart du temps, les études scientifiques elles-mêmes ne sont jamais vraiment analysées, regardées en détail et discutées. Les pseudo-spécialistes et les médias tournent autour, le plus souvent pour les détruire, mais jamais pour les interpréter soigneusement.

De l’art des opinions mouvantes

Certains experts ayant pignon sur rue dans les médias ne sont visiblement pas capables de transmettre correctement les informations contenues dans les études scientifiques. Est-ce par simple erreur ? Est-ce une volonté de limiter, voire d’étouffer le problème ? C’est difficile à dire.

Quoi qu’il en soit, Michel Desmurget tient à recadrer les faits. Il s’intéresse en particulier aux raccourcis opérés par un expert au sujet de l’influence de la télévision (et des écrans) sur le sommeil chez les enfants.

Les investigations démontrent clairement un effet délétère, comme le rappelle l’auteur. Pourquoi, dans ce cas, minimiser ces faits dans des journaux et des programmes d’importance nationale ?

L’auteur prend plusieurs pages pour démonter les avis trop « généreux » des spécialistes à grande audience et préciser la réalité des faits quant aux nuisances des écrans chez les plus jeunes.

De l’art de trier les cerises

Cherry picking, en anglais, désigne une pratique de sélection des études afin d’avancer une thèse plutôt qu’une autre. Ce n’est pas une pratique très recommandable, puisqu’elle biaise la vérité scientifique en la soumettant à une opinion déterminée.

C’est pourtant ce qui se fait dans plusieurs domaines, comme celui du changement climatique et du numérique. Problème : déconstruire ce type de construction fumeuse prend du temps et demande que le lecteur s’intéresse aux chiffres.

Michel Desmurget s’en prend en particulier à un avis sur les jeux vidéo délivrés par l’Académie des sciences. Cet avis s’appuie bien sur de sérieuses études scientifiques. Le problème, c’est qu’elle picore les faits, plutôt qu’elle ne les relate avec exactitude et complétude.

En analysant plus finement l’étude, il met ainsi en doute les propos de cet « Avis », qui prétendait que les joueurs seraient :

  • Plus créatifs ;
  • Meilleurs pour collaborer ;
  • Plus attentifs et rapides ;
  • Mieux concentrés.

Selon lui (à l’appui de l’étude qu’il analyse), ces affirmations sont tout simplement fausses ou surévaluées. En outre, il conviendrait de poser plus clairement la question de l’addiction à ces jeux.

De l’art de cultiver le doute en terres de consensus

Il importe de voir que peu de doutes subsistent quant à la dangerosité des écrans pour les plus jeunes ou au sujet des effets délétères des jeux vidéo.

Pourtant, médias et industrie s’allient souvent pour faire valoir des avis « divergents », censés « enrichir le débat » là où il devrait être clos (et l’est, de fait, dans la communauté scientifique).

Comment ? En faisant « entrer en scène » une autre figure du discours pseudo-expert : l’Iconoclaste. C’est la personne bardée de diplômes, au discours original et à contre-courant, qui va affaiblir le consensus scientifique.

Michel Desmurget prend à nouveau, en l’étendant aux États-Unis, le cas de la corrélation entre jeux vidéo et violence.

En conclusion

Michel Desmurget veut ici prévenir sur le manque de fiabilité de l’information diffusée dans les médias :

« Dans le champ du numérique, l’information offerte au grand public manque souvent cruellement de fiabilité. En ce domaine, nombre d’experts médiatiques, parmi les plus importants, présentent une stupéfiante capacité à collectionner les âneries, sornettes, revirements, approximations et contrevérités. » (La fabrique du crétin digital, p. 148)

L’auteur invite les journalistes à être plus scrupuleux dans le choix de leurs experts. Surtout, ils devraient faire un travail de médiation, entre la science, l’industrie et le public, pour montrer qui est digne ou non de confiance.

3 — Études boiteuses

« Les loisirs numériques n’affectent pas les performances scolaires »

Bien trop souvent, les médias relaient, sans véritable esprit critique, des études scientifiques peu fiables. En fait, toutes les publications scientifiques ne se valent pas : certaines revues ont des critères de sélection plus durs que d’autres. Et, dans tous les cas, une véritable étude scientifique doit avoir été validée par les pairs (d’autres scientifiques) afin d’être considérée comme fiable.

« L’ennui, c’est que ces notions de hiérarchie et de crédibilité des sources semblent étrangères à nombre de médias généralistes. N’importe quel travail, aussi inepte soit-il, peut ainsi se retrouver en « une », pour peu qu’il soit suffisamment tape à l’œil et apte à faire le buzz. » (La fabrique du crétin digital, p. 155)

C’est ce que démontre le cas des loisirs numériques et de leurs effets délétères sur les performances scolaires. L’auteur relate la manière dont une étude peu fiable a fait l’objet d’une couverture médiatique indue.

C’est de cette façon que des contre-vérités circulent et que le doute s’installe dans les esprits des parents, qui ne savent plus comment agir avec leurs enfants.

« Jouer aux jeux vidéo améliore les résultats scolaires »

Michel Desmurget met ensuite en question une autre étude qui affirmait un lien positif entre jeu vidéo et amélioration des résultats scolaires.

Selon lui, cette étude est insatisfaisante, car problématique du point de vue des statistiques utilisées et de la façon dont les résultats sont interprétés. Cette recherche va même jusqu’à affirmer que :

  • Il est préférable de jouer aux jeux vidéo plutôt que faire ses devoirs ;
  • Manquer les cours et travailler sur Internet ;
  • Les élèves des classes défavorisées apprennent mieux que les plus privilégiés.

Pour l’auteur, ces affirmations sont complètement extravagantes et dénuées de fondement.

Michel Desmurget poursuit en montrant que les données elles-mêmes sur lesquelles se fondent cette étude et d’autres du même acabit sont trompeuses et peu fiables.

« Moins de crimes grâce aux jeux vidéo violents »

De nombreuses erreurs de jugement, telles que la « corrélation sophistique » (p. 173), donnent lieu à des titres de journaux abusifs.

Pour se faire comprendre, l’auteur passe par l’exemple de l’obésité infantile et de la publicité alimentaire. Les affirmations des lobbyistes (et de certains politiques) tombent sous le coup du non-sens : contrairement à ce qu’ils affirment, le lien entre publicité et obésité est bel et bien prouvé chez les enfants (études à l’appui indiquées dans le livre).

Il faut donc à tout prix se méfier des corrélations simplistes qui font prendre des chaudrons pour des lanternes. Dire que les jeux vidéo ne sont pas liés à la criminalité, voire qu’ils la diminuent, c’est ne rien comprendre aux statistiques. Pourquoi ? Car il faut prendre en compte de nombreux autres critères dans la diminution de la criminalité.

Par ailleurs, lorsque vous souhaitez mettre en évidence un lien de causalité entre un jeu en particulier et la hausse de la criminalité, vous devriez prendre en considération le fait que des jeux du même genre sortent tous les mois. Sans cela, ne pas constater de lien n’a rien d’étonnant.

Ce que propose l’auteur

Pour Michel Desmurget, il y a ici une relation nocive entre des études scientifiques de peu de fiabilité, un lobbyisme industriel et des médias qui relaient sans trop se poser de questions. Il donne une astuce pour faire face à ce genre de fausses informations :

« Une règle simple permet cependant de se protéger contre ce genre de manœuvre : si l’on vous dit que deux phénomènes sont indépendants parce que leurs variations ne sont apparemment pas corrélées, soyez outrageusement circonspect. Demandez-vous toujours si ces phénomènes sont déterminés par plusieurs causes. Lorsque c’est le cas ( et c’est presque toujours le cas), demandez-vous si ces causes sont prises en compte dans le modèle statistique. Lorsque la réponse est négative, c’est sans doute le signe que ce qui vient de vous être affirmé relève moins de la fière science que de la triste fumisterie. » (La fabrique du crétin digital, p. 185)

« Pas de preuves de dangerosité des écrans pour le développement des jeunes enfants »

C’est faux. Il y a des études sérieuses qui montrent le contraire. Certes, ces études sont complexes, mais cela ne signifie pas que nous devions baisser les bras devant leurs résultats. Il y a bien une corrélation forte (et probablement un lien de causalité) entre écran et développement linguistique et social des enfants.

Simplement, il faut prendre le temps de comprendre la littérature scientifique et en reproduire fidèlement les conclusions.

En conclusion

Ici encore, Michel Desmurget nous met en garde et nous exhorte à développer notre esprit critique, même vis-à-vis des médias nationaux réputés « sérieux » et de leurs services de vérification de l’information. Pour ce faire, quelques astuces (en plus de la règle évoquée un peu plus haut) :

  • Douter des conclusions « trop belles » ;
  • Vérifier la qualité des sources ;
  • Être circonspect face à un résultat unique qui contredit de nombreuses autres études.
La fabrique du crétin digital Enfant portant des lunettes de réalité virtuelle

Deuxième partie — La fabrique du crétin digitalHomo numericus. La réalité d’une intelligence entravée et d’une santé menacée

En préambule

Maintenant que les mythes et les opinions ont été écartés, nous pouvons nous centrer sur l’analyse des discours prétendant à la validité scientifique. Quels sont les faits concernant l’homo numericus en devenir ?

Les lecteurs de cet article ont également lu :  A chaque livre son analyse systémique…

Avant d’aller plus loin, il faut nuancer le propos en soulignant que :

  • Les technologies numériques ont apporté des progrès incontestables (automatisation, calcul, conception), mais beaucoup de ses usages dits « récréatifs » posent problème, surtout pour les plus jeunes. Il n’est donc pas question de critiquer « Le » numérique dans son ensemble.
  • Il existe différents types d’effets négatifs, qui touchent les « quatre piliers de l’identité » : le cognitif, l’émotionnel, le social et le sanitaire.  L’enjeu consiste à en dresser un tableau clair et obtenir un « bilan global » qui donne une idée juste des problèmes à affronter.

4 — Des usages abusifs (trop) répandus

Il importe en particulier de se poser les trois questions suivantes :

  • Quoi (quels écrans, quels usages) ;
  • Combien (de temps passé devant les écrans) ;
  • Qui (sexe, catégorie sociale, âge, etc.).

Des estimations forcément approximatives

Malgré la qualité des études produites par de nombreux chercheurs, il faut reconnaître que les estimations sont approximatives. Pourquoi ? Car les données sont difficiles à récolter (notamment via les sondages et les interviews, les deux techniques les plus couramment utilisées).

Toutefois, les analyses présentées dans cette seconde partie sont dignes d’intérêt et de confiance, car elles reposent sur des protocoles de recherche sérieux.

La plupart des résultats sont d’abord valables pour les États-Unis (ou les enquêtes ont été conduites), mais une comparaison avec les études (moins nombreuses) d’autres pays montre une forte convergence.

Enfance : l’imprégnation

L’auteur passe en revue les temps d’écrans, les types d’usage et les différences (entre sexes, catégories sociales) chez :

  • les 0-1 an ;
  • 2-8 ans.

Entre 0 et 1 an, c’est en moyenne 50 minutes par jour qui sont passés devant les écrans. De 2 à 4 ans, c’est 2 h 45 par jour, puis 3 heures jusqu’à 8 ans. Pour l’auteur, ces chiffres sont colossaux, surtout lorsqu’il est précisé que ce temps d’écran n’est pas lié à une interaction parentale et ne donne pas lieu à un apprentissage réel.

Préadolescence : l’amplification

Entre 8 et 12 ans, c’est environ 4 h 40 de temps journalier consacré aux écrans, soit près d’un tiers du temps de veille. Les activités « créatives » (création graphique, écriture, etc.) sont peu nombreuses comparées aux autres usages (jeux vidéo, télévision, réseaux sociaux).

Qu’en est-il des plus jeunes qui ne sont pas exposés aux dispositifs digitaux ? Eh bien, contrairement à l’idée toute faite selon laquelle ils risqueraient de devenir des « parias » sociaux, il semble qu’ils se portent mieux !

Adolescence : la submersion

Ici, on monte à 6 h 40 de temps de consommation numérique (en moyenne) !

« Autrement dit, sur une simple année, les écrans absorbent autant de temps qu’il y a d’heures cumulées d’enseignement du français, des maths et des SVT durant tout le secondaire. » (La fabrique du crétin digital, p. 223)

Les usages sont sensiblement les mêmes que chez les pré-ados, avec toutefois une utilisation beaucoup plus imposante des réseaux sociaux. Ici encore, les différences entre foyers aisés et défavorisés jouent un rôle important, puisque les moins bien lotis « consacrent chaque jour 2 h 30 de plus aux écrans que leurs homologues plus privilégiés » (p. 224).

Environnement familial : des facteurs aggravants

Le milieu familial joue bien sûr un grand rôle dans la modération ou l’exagération de ces tendances. Si vous placez une télé dans la chambre de votre enfant ou que vous lui offrez un téléphone mobile dès son plus jeune âge, il est bien certain que sa consommation augmentera.

Par ailleurs, plus les parents seront de gros consommateurs et plus les enfants suivront les habitudes parentales — et moins les parents considéreront la consommation de leurs enfants comme problématique.

Établir des règles claires aide les plus jeunes à avoir des comportements moins nocifs pour leur santé. Cela a également été démontré. À long terme, nous gagnons à « réorienter les activités » (de la télévision vers la lecture, par exemple), pour le bien de l’enfant et celui de la famille.

Quelles limites à l’usage des écrans ?

Souvent, les limitations sont énoncées de façon trop vague dans les médias, ainsi que les dommages causés. Il convient d’être plus factuel et plus clair. Quels critères choisir ?

Les frontières de l’excès doivent être placées selon l’âge. Comme « les expériences précoces (en matière d’apprentissage) sont d’une importance primordiale », il importe par-dessus tout de ne pas gaspiller ce potentiel.

C’est la première idée à garder fermement à l’esprit et qui se traduit chez l’auteur par : « Pas d’écran avant (au moins) 6 ans ! » (p. 235).

Pour les plus de 6 ans, Michel Desmurget conseille (études à l’appui) d’autoriser moins d’une heure par jour — et plutôt aux alentours de 30 minutes, en privilégiant des contenus adaptés et non violents.

En conclusion

Voici les trois points à retenir de ce chapitre :

  1. Les plus jeunes passent trop de temps devant les écrans et en particulier aux activités récréatives numériques.
  2. Il est possible de poser des règles claires, justifiées simplement à l’enfant.
  3. Il faut s’en tenir à des limites basses, en suivant la littérature scientifique disponible, soit rien avant 6 ans et moins d’une heure par jour ensuite.

5 — Réussite scolaire : attention, danger !

Écrans domestiques et résultats scolaires ne font pas bon ménage

Par écrans domestiques, l’auteur réfère à « tous les écrans accessibles en dehors de l’école, que ceux-ci soient « personnels » (smartphones, télé dans la chambre, console de jeu, ordinateur, etc.) ou « familiaux » (télé dans le salon, tablette commune, ordinateur partagé, etc.) » (p. 245).

D’après plusieurs études générales de qualité menées en Angleterre et en Allemagne notamment, il apparaît que ce type d’écrans est délétère pour les résultats scolaires. Bien sûr, il s’agit de données moyennes qui ne rendent pas bien compte des spécificités individuelles, mais elles signalent une tendance générale.

Ces résultats suivent une tendance déjà remarquée dans le cas particulier — et connu de longue date — de la télévision. Il s’avère qu’un usage régulier de la télé nuit aux performances académiques et professionnelles (pour les détails des chiffres, voir p. 248-250).

Quant aux jeux vidéo, il n’y a pas non plus de grande surprise. L’auteur expose les résultats de recherche menés aux États-Unis afin de montrer, ici encore, qu’il vaut mieux se passer de console si vous voulez réussir à l’école.

Le smartphone n’échappe pas non plus à l’œil avisé de l’enquêteur et des scientifiques dont il expose les investigations. Voici comment il résume l’état de la recherche :

« L’impact négatif du smartphone s’exprime avec clarté sur la réussite scolaire : plus la consommation augmente, plus les résultats chutent. » (La fabrique du crétin digital, p. 253)

Il en va enfin de même avec les ordinateurs. Pourquoi ? Car, malheureusement, « c’est toujours, toujours, les usages abêtissants qui gagnent ». Autrement dit, les écrans servent avant tout à nous distraire et non à nous éduquer.

Le monde merveilleux du numérique à l’école

Il faut d’abord distinguer entre l’apprentissage « du » numérique et l’apprentissage « par » le numérique. Le premier est nécessaire — au moins, de façon basique — au second, mais il est utile de bien différencier ces problématiques.

  • Apprentissage « du » numérique : Quand apprendre à se servir des outils numériques ? Et qu’apprendre (les logiciels de bureautique, la programmation, etc.) ? Cette question doit être pensée à fond, par-delà toute « technofrénésie » idiote.
  • Apprentissage « par » le numérique : Est-ce que ces apprentissages offrent une réelle plus-value à l’apprenant ? C’est encore loin d’être démontré. En fait, les résultats sont plutôt très décevants.

L’auteur analyse en détail plusieurs études et rapports officiels. Ceux-ci montrent une absence de relation directe entre infrastructures numériques à l’école et progrès de l’enseignement.

À nouveau, l’auteur souligne :

  • Le détournement « récréatif » de ces infrastructures (notamment par les étudiants des universités qui utilisent les ressources numériques académiques à d’autres fins que l’étude) ;
  • La prépondérance de la logique économique (faire entrer le numérique à l’école, c’est faire gagner beaucoup d’argent à cette industrie) sur la logique éducative (le développement intellectuel).

Qu’en est-il des MOOC (Massive Open Online Course), réputés géniaux ? Michel Demurget rappelle de nombreux chiffres et ne semble pas convaincu. « La bulle se dégonfle », conclut-il.

Enfin, il émet de sérieux doutes sur les supposées capacités des jeunes à utiliser Internet à des fins documentaires. En réalité, soupeser l’information est une action complexe, qui requiert des savoirs précis dont ne disposent pas la plupart des jeunes qui effectuent des recherches sur la Toile.

En conclusion

Retenez deux points de ce chapitre :

  • Les écrans domestiques entraînent une utilisation « récréative » défavorable à la formation ;
  • « Plus les élèves investissent dans les TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement), plus la performance des élèves chute. » (p. 285)

6 — Développement : l’intelligence, première victime

Des interactions humaines mutilées

Le bébé arrive au monde avec un bagage de compétences qui ne demandent qu’à croître. En particulier, le nourrisson est très attiré par tout ce qui touche aux relations humaines (voix, présence physique, etc.). Plus l’entourage s’occupe de lui et prend le temps d’être avec lui, et plus l’enfant grandit favorablement.

Les écrans ne reproduisent que très imparfaitement la présence humaine. Un être en chair et en os sera beaucoup mieux perçu, senti et compris qu’un être apparaissant en mode « vidéo ».

Par ailleurs, l’augmentation du temps d’écran diminue logiquement le temps d’échanges et de partages qui sont essentiels au développement de l’enfant et de ses capacités sociales. Plus l’attention de l’adulte ou de l’enfant (ou des deux) est captée par les écrans, plus l’échange s’amenuise et plus les frustrations, voire le mal-être, augmente.

Un langage amputé

Le langage est fondamental à notre humanité et est directement lié à notre intelligence. L’apprentissage du vocabulaire et de l’orthographe sont des compétences de base qui sont de moins en moins maîtrisées. Le numérique, bien sûr, n’est pas seul en cause : les réformes scolaires, notamment, sont pointées du doigt par Michel Desmurget.

« L’enfant a besoin qu’on lui parle ! », clame l’auteur, en se référant à de très nombreuses études. C’est — de loin — la meilleure manière de lui faire apprendre de nouveaux mots et de lui faire saisir les subtilités de la langue.

Qu’en est-il des programmes éducatifs ? L’auteur s’est déjà penché sur la question à plusieurs reprises dans l’ouvrage, mais va davantage dans le détail ici. Il montre, toujours recherches à l’appui, que les résultats de ces programmes sont très faibles en matière d’acquisition des compétences langagières de base.

« Bref, en matière de langage, l’inefficacité des programmes audiovisuels éducatifs est non seulement expérimentalement avérée, mais aussi théoriquement inéluctable. » (La fabrique du crétin digital, p. 310)

L’auteur insiste finalement sur l’importance des livres pour l’enrichissement du vocabulaire et la compréhension. Nous comprenons mieux un contenu écrit dans un livre que sur un écran.

Une attention saccagée

Il existe différents types d’attention :

  • Distribuée, extrinsèquement stimulée (depuis l’extérieur) et ouverte sur le monde ;
  • Focalisée, intrinsèquement maintenue (depuis la volonté intérieure) et peu perméable aux agitations extérieures.

La première est celle offerte par les jeux vidéo ou les écrans en général. La seconde est celle qui est requise pour la résolution d’un problème mathématique ou l’écriture, par exemple.

Contrairement à une opinion répandue, il n’y a donc pas de différence entre écrans non interactifs « préjudiciables » (télé, DVD) et écrans interactifs « bienfaisants » (jeux vidéo, ordinateur, tablette, etc.). Les deux sont tout aussi nocifs.

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Nous avons de plus en plus de mal à rester concentrer longtemps et à résister aux tentations liées aux écrans. Ces phénomènes sont liés : nous mobilisons davantage nos circuits d’attention exogènes, mais sommes de plus en plus incapables de mobiliser ceux qui sont liés à l’attention endogène.

Les notifications et autres usages mobiles « kidnappent » notre attention et nous « déroutent » de notre écoute (lorsque nous écoutons un conférencier par exemple), de nos pensées (lorsque nous effectuons une tâche intellectuelle) et de notre nécessaire vigilance (lorsque nous conduisons, par exemple).

Qu’en est-il de cette fameuse aptitude au « multitasking », cette capacité à jongler avec plusieurs tâches à la fois, alors ? Eh bien, cette compétence requiert une énergie mentale très conséquente, accroît les possibilités d’erreurs et diminue les capacités de mémorisation.

L’auteur tire la sonnette d’alarme en rappelant que les réseaux sociaux ont été conçus pour dévorer notre attention. Michel Desmurget rapporte enfin que l’excès de stimulation pourrait être lié aux troubles de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

En conclusion

Les écrans créent de véritables problèmes de fond pour le développement des enfants :

  • Au niveau des interactions humaines ;
  • Sur le plan du langage ;
  • Enfin, au niveau de la concentration.

7 — Santé : une agression silencieuse

Mais ce n’est pas tout ! Le physique lui-même est atteint. Il y a pléthore d’articles qui le montrent. Parmi celles-ci, l’auteur se concentre sur trois dangers de taille :

  • Les troubles de sommeil ;
  • La sédentarité ;
  • Les contenus « à risque ».

Un sommeil brutalement mis à mal

Le thème est sous-traité dans les médias et alerte assez peu les parents eux-mêmes. Pourtant, c’est l’un des effets les plus dangereux des écrans.

Pourquoi ? Car le cerveau s’active pendant que nous dormons. Le sommeil est, comme dit l’expression courante, « réparateur », et cela aussi bien sur le plan intellectuel et émotionnel que physique.

Il est prouvé que les écrans :

  • Retardent l’heure du coucher ,
  • Augmentent la latence d’endormissement (le temps entre la mise au lit et le fait de dormir) ;
  • Excitent, plus qu’ils ne calment.

« Depuis quelques années maintenant, les études s’accumulent pour montrer l’existence d’un lien étroit, au sein des jeunes générations, entre consommation numérique et souffrance psychique (dépression, anxiété, mal-être, suicide, etc.). L’impact des écrans sur le sommeil fournit une base explicative directe et solide à ce désastre. » (La fabrique du crétin digital, p. 346)

Une sédentarité dévastatrice

« Absence prolongée d’activité physique », voilà comment se définit la sédentarité. L’auteur apporte un correctif à la suite d’autres scientifiques : il est possible d’être sédentaire tout en étant actif, c’est-à-dire de travailler en journée et de s’affaler dans le divan toute la soirée ensuite.

De façon générale, rester assis dégrade la santé. Michel Desmurget le rappelle à l’aide de nombreux travaux anciens et récents. Par ailleurs, rester devant les écrans diminue la propension à réaliser une activité physique (un sport, par exemple).

Marcher, s’activer est essentiel à la santé humaine, ainsi qu’au contrôle des émotions et au bien-être psychologique. Tout comme dormir.

Bien sûr, cela n’est pas seulement dû aux écrans récréatifs. Mais ceux-ci y jouent un rôle indéniable.

L’influence des contenus numériques

Loin d’être seulement un réservoir à souvenirs, la mémoire est une véritable « machine à créer des liens » : c’est une intelligence en soi, qui s’active lorsque nous en avons besoin.

Certes, elle n’est pas parfaite et crée parfois des liens étranges, par simple « contiguïté temporelle »; Ce principe est utilisé par les maîtres du marketing pour nous pousser à associer des éléments entre eux (un goût avec une marque, etc.). Il est aussi à la base de certains stéréotypes tenaces.

L’auteur se penche ensuite sur le marché juteux du placement de produits dans les films et jeux vidéo. Cette forme subtile de publicité est utilisée entre autres par l’industrie du :

  • Tabac ;
  • Alcool ;
  • Alimentaire.

De nombreuses études montrent que le tabagisme, l’alcoolisme et l’obésité peuvent être fortement corrélés aux campagnes publicitaires diffusées sur nos écrans récréatifs.

Le poids inquiétant des normes

« Au fond, les éléments précédents ne font que refléter la capacité générale des contenus audiovisuels de masse à formater nos représentations sociales. YouTube, les séries, les films, les clips musicaux, les jeux vidéo sont de véritables machines à fabriquer des normes, c’est-à-dire des règles, souvent implicites, de conduite, d’apparence ou d’expectation. » (La fabrique du crétin digital, p. 375)

Nous ne faisons pas qu’observer nos « alter ego numériques » sur les écrans ; nous voulons leur ressembler. Or, cette tendance à vouloir être toujours plus en phase avec cette perfection artificielle engendre des comportements pathologiques, notamment au niveau de la :

  • Perception du corps ;
  • Sexualité ;
  • Violence/agressivité.
La fabrique du crétin digital Éducation numérique : un ado devant un écran à l'école

Épilogue

Michel Desmurget n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il affirme qu’au cours de l’écriture de ce livre, son exaspération s’est muée en colère. Voici ce qu’il affirme :

« Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle. » (La fabrique du crétin digital, p. 385)

Cela n’est pas mépriser les jeunes que de le dire. Au contraire, c’est parce qu’il se préoccupe de leur sort qu’il préfère ne pas se taire.

Que retenir ?

L’auteur propose 4 conclusions à retenir :

  1. Le manque de fiabilité de l’information fournie au grand public.
  2. Le caractère exorbitant de la consommation numérique des plus jeunes.
  3. La dangerosité des écrans récréatifs pour les enfants et les adolescents.
  4. L’inadaptation de notre cerveau aux mondes numériques.

Que faire ?

Il propose également 2 grandes lignes d’action :

  1. Prendre nos responsabilités en tant que parents afin de résister à cette déferlante.
  2. Établir des règles précises de consommation (c’est l’objet du point suivant).

Sept règles essentielles

Voici les règles mises en place et suggérées par l’auteur suite à sa revue de la littérature scientifique :

  1. Pas d’écrans avant 6 ans ;
  2. Après 6 ans, pas plus de 30 minutes/jour ;
  3. Hors de la chambre ;
  4. Avec des contenus adaptés ;
  5. Pas le matin avant l’école ;
  6. Ni le soir avant le coucher ;
  7. Et un écran à la fois.

Moins d’écrans, c’est plus de vie

Les heures gagnées pourront bénéficier à la vie familiale et au développement de l’enfant. Certes, cela peut être compliqué au début, mais il y a des méthodes pour y parvenir. Et n’oubliez pas : ils vous remercieront quand ils seront grands !

Une lueur d’espoir ?

Michel Desmurget remarque que la vague numérique s’estompe et que les critiques se font plus audibles. Il voit que de nombreux praticiens s’interrogent sur les effets délétères des écrans récréatifs et il estime que c’est un signe positif. « Une salutaire prise de conscience semble se dessiner », affirme-t-il.

Postface

Dans sa postface rédigée en 2020, un an après la parution de La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget dit son étonnement face au succès du livre. Et sa joie, aussi, de voir le thème des dangers du numérique pour nos enfants enfin mis sur le devant de la scène !

Il cherche d’abord à comprendre les raisons de cet engouement, puis analyse en détail les principales critiques qui lui ont été formulées, avant d’aborder la question de la Covid-19 et de ce que nous a appris le confinement en matière de numérique.

La fabrique du crétin digital Bébé souriant : contrer la fabrique du crétin digital

Conclusion sur « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget :

Ce qu’il faut retenir de « La fabrique du crétin digital » de Michel Desmurget :

Voilà un livre écrit à la fois avec la tête et le cœur. La passion de Michel Desmurget pour son sujet se sent à chaque page. Ce qui domine est un sentiment puissant de colère face à la logique économique qui, par seul appât du gain, « siphonne » le cerveau des plus jeunes.

Pour résister à cette vague sans précédent, l’auteur se propose de rassembler, synthétiser et vulgariser les nombreuses études portant sur le thème de la consommation numérique chez les enfants et les adolescents. Leur connaissance doit nous aider à y voir plus clair et à protéger les plus vulnérables.

C’est donc bien un livre « coup de poing » que vous lirez. Peut-être le trouverez-vous excessif par endroits, mais l’auteur s’en explique à chaque fois. Alarmiste ? Peut-être, mais il y a des raisons. Méprisant ? Non, simplement inquiet. À vrai dire, Michel Desmurget répond de façon plutôt convaincante à toutes les critiques qui lui sont (ou pourraient lui être) adressées.

Cet ouvrage est fait pour vous si vous constatez que vos enfants exagèrent avec les écrans récréatifs. Il vous aidera à faire le point sur les risques encourus et à établir des limites claires, arguments scientifiques à l’appui.

Points forts :

  • Un travail de synthèse impressionnant ;
  • Une présentation en deux parties qui aide à trier le bon grain de l’ivraie ;
  • Une écriture virevoltante et incisive ;
  • Des recommandations claires et nettes.

Points faibles :

  • L’écriture virevoltante et incisive pourra aussi être considérée comme un défaut, si vous ne supportez pas bien l’ironie !

Ma note :

Le petit guide pratique du livre La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget

Pour Michel Desmurget, la crédibilité passe par :

  1. La connaissance du sujet (littérature scientifique) ;
  2. La constance (ne pas changer son discours en fonction du public) ;
  3. L’honnêteté (l’absence de conflits d’intérêts ou, à minima, la reconnaissance publique des liens qui peuvent exister).

Foire Aux Questions (FAQ) du livre La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget

1.Comment le public a accueilli le livre La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget ?

Edité par SEUIL, La fabrique du crétin digital est un vrai succès de librairie. Il a été très vite adapté par le public grâce à la richesse des informations et à la pertinence des analyses contenues dans le livre.

2. Quel fut l’impact du livre La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget ?

Ce livre nous alerte sur les dangers des écrans pour nos enfants et nos adolescents, et nous donne les clés pour comprendre ce qui se passe et agir pour protéger ceux qui nous entourent.

3. À qui s’adresse le livre La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget ?

Ce livre s’adresse à tous les parents et au personnel de la petite enfance.

4. Quels sont les différents types d’attention ?

  • Distribuée, extrinsèquement stimulée (depuis l’extérieur) et ouverte sur le monde
  • Focalisée, intrinsèquement maintenue (depuis la volonté intérieure) et peu perméable aux agitations extérieures.

5. À quoi est lié l’excès de stimulation selon l’auteur ?

Michel Desmurget rapporte que l’excès de stimulation pourrait être lié aux troubles de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Conséquences des écrans sur le plan intellectuel vs Conséquences des écrans sur le plan émotionnel

Les conséquences des écrans sur le plan intellectuelLes conséquences des écrans sur le plan émotionnel
Les troubles de sommeilRetardent l’heure du coucher  
La sédentaritéAugmentent la latence d’endormissement (le temps entre la mise au lit et le fait de dormir)
Les contenus « à risque »Excitent, plus qu’ils ne calment

Qui est Michel Desmurget ?

Michel Desmurget : Auteur du livre La fabrique du crétin digital.

Michel Desmurget est un chercheur français spécialisé dans les neurosciences cognitives. Né d’un père français et d’une mère allemande, Michel Desmurget est titulaire d’un doctorat en neurosciences et chercheur au CNRS au Centre de neurosciences cognitives de Lyon. Il a vécu près de huit ans aux États-Unis, où il a travaillé pour plusieurs universités américaines, dont le MIT, l’université Emory et l’université de Californie à San Francisco.

En 2011, il est nommé directeur de recherche à l’INSERM. Lors de l’émission « La Tête au carré » de France Inter du 12 mai 2011, sur le thème « L’influence de la télévision », il a déclaré que « la science se construit sur les cendres du bon sens ». Il a écrit le livre TV Lobotomy – la vérité scientifique sur les effets de la télévision (2011), qui dénonce les effets néfastes de la télévision sur la santé et le développement cognitif, notamment chez les enfants. Il a également mené des recherches sur les effets de différents régimes amaigrissants sur l’organisme et relate ses expériences dans son livre L’Anti-régime, maigrir pour de bon (2015).

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Format Poche :

Recherches utilisées pour trouver cet article :
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