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IA 2042

Résumé de « IA 2042 — Dix scénarios pour notre futur » de Kai-Fu Lee et Chen Qiufan : un livre qui mêle les talents de conteur de Chen Qiufan aux connaissances de Kai-Fu Lee en matière d’intelligence artificielle afin de proposer dix visions possibles des sociétés boostées à l’IA — pour le meilleur… et pas vraiment pour le pire !

Par Kai-Fu Lee et Chen Qiufan, 2022, 499 pages.

Titre original : « AI 2041 — Ten Visions for Our Future » (2021)

Chronique et résumé de « IA 2042 — Dix scénarios pour notre futur » de Kai-Fu Lee et Chen Qiufan

Introduction par Kai-Fu Lee : La véritable histoire de l’IA

C’est John McCarthy qui invente le terme d’intelligence artificielle (IA) à l’occasion du célèbre « Projet de recherche d’été sur l’intelligence artificielle » à Darmouth, en 1956.

Pendant longtemps, l’IA s’est cantonnée au monde universitaire. Mais récemment, elle a fait sa grande apparition publique. Voici deux dates marquantes, liées à l’avènement d’un nouveau type d’IA liée à l’apprentissage profond ou deep learning :

  • 2016 = AlphaGo bat un humain au jeu de go, un jeu de société plus complexe que les échecs ;
  • 2020 = l’IA résout un problème scientifique, à savoir le repliement des protéines.

Depuis quelques années, le deep learning a énormément progressé grâce à :

  • L’augmentation de la puissance de calcul ;
  • L’augmentation des données et des capacités de stockage de celles-ci.

La valeur économique de l’IA est en train de monter en flèche. Pourquoi ? Notamment car cette technologie est « omni-usage », c’est-à-dire disponible pour un très grand nombre d’applications.

Dans ce texte, les auteurs cherchent à proposer une série de « fictions scientifiques ». Ils se servent des ressources du récit fictif pour faire de la prospective sérieuse.

« Ce livre s’appuie sur une IA réaliste, c’est-à-dire sur des technologies qui existent déjà, ou dont on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’elles arrivent à maturité dans les vingt prochaines années. »

(IA 2042, Introduction par Kai-Fu Lee)

L’objectif est de penser l’avenir de l’humanité et de l’IA afin de nous aider à relever les défis qui nous attendent avec réalisme et optimisme.

Introduction par Chen Quifan : Comment apprendre à ne plus s’inquiéter et accueillir l’avenir avec imagination

Alors que Kai-Fu Lee est le scientifique de l’aventure, Chen Quifan est l’auteur de fiction. À eux deux, ils combinent les talents pour raconter avec justesse et imagination les avenirs possibles d’une humanité boostée à l’IA.

L’auteur de science-fiction (SF) rappelle la loi d’Amara :

« Nous avons tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à en sous-estimer l’effet à long terme. »

(IA 2042, Introduction par Chen Qiufan)

La SF a depuis longtemps mis en scène les relations homme-machine et l’irruption d’intelligences artificielles. Grâce à elle, nous pouvons explorer toutes les questions qui nous concernent au plus près.

Elle est d’ailleurs, selon Yuval Noah Harari, l’auteur de Homo Deus, « le genre artistique le plus important » de notre époque.

En fait, les scientifiques et les ingénieurs s’inspirent également de la SF pour construire leurs théories et leurs nouvelles technologies. De cette façon, la littérature change le monde. Mais elle le fait aussi car elle nous permet, à tous, d’avoir plus d’esprit critique.

Voici les enjeux des nouvelles qui suivent :

  • Anticiper avec réalisme les développements techniques ;
  • Imaginer l’avenir des êtres humains et des institutions sociales ;
  • Poser des questions pour faire réfléchir.

Espérons que ce pari soit réussi et que vous preniez plaisir à la lecture de ces 10 courtes histoires ! Après chacune d’entre elle, Kai-Fu Lee fait le point sur les développements techniques liés à l’IA.

1 — L’éléphant doré

La première histoire se passe en Inde.

Au niveau technologique, plusieurs évolutions ont eu lieu. La plus importante d’entre elles — développée dans la nouvelle — consiste en une assurance en ligne nommée Ganesh, du nom du dieu de la mythologie indienne.

Cette assurance est proposée en lien avec une série d’applications (shopping, santé, etc.). Pourquoi ? Car celles-ci permettent à l’assurance de récolter un grand nombre de données sur ces utilisateurs.

Quel est l’objectif ? Proposer des polices d’assurance adaptées aux comportements des clients. L’idée est de faire baisser les polices d’assurance en faisant baisser, en même temps, les risques. Grâce à ces applications, l’assurance donne de nombreux conseils pour préserver sa santé physique, mentale et financière.

Sur le plan social, l’histoire insiste sur l’abolition plus ou moins réussie des castes. Les intouchables, à savoir la caste la plus basse et dénigrée d’Inde, n’ont pas accès aux mêmes services et continuent de vivre dans des conditions moins avantageuses, même après les lois passées pour contrer ce phénomène, dès les années 2010.

À travers une histoire d’amour entre deux adolescents, la question principale posée par cette nouvelle est la suivante : comment éviter que ces algorithmes — qui utilisent les données pour fournir des conseils personnalisés — ne reproduisent les inégalités sociales ?

L’analyse de Kai-Fu Lee

Certaines applications que nous connaissons déjà sur nos smartphones utilisent l’apprentissage profond pour transformer nos données en recommandations ou conseils personnalisés. C’est le cas, par exemple, pour Facebook ou Spotify, pour n’en citer que deux parmi d’autres.

Dans cette partie, le scientifique explique en détail ce qu’est le deep learning et les « réseaux de neurones artificiels » qui en assurent le fonctionnement. Vous pouvez également retrouver ces informations, plus détaillées encore, dans la chronique de L’intelligence artificielle pour les nuls !

Les résultats stupéfiants de l’apprentissage profond ne doivent pas nous masquer les limites et les problèmes de cette technologie. Voici les points mis en évidence par le chercheur et investisseur :

  • Une grande puissance de calcul est nécessaire ;
  • Il ne faut surtout pas confondre le fonctionnement du cerveau humain et de ces réseaux de neurones artificiels ;
  • L’IA a besoin de grandes quantités de données pertinentes et d’un objectif assez précis et concret (ce qui est appelé la « fonction objectif »).

Deux exemples de domaines de développement de l’IA sont proposés :

  1. Internet (en particulier via Facebook et Amazon) ;
  2. La finance et ce qui est maintenant appelé la fintech, à savoir l’alliance des technologies de pointe et de la finance et du monde de l’assurance (avec des sociétés comme Waterdrop en Chine ou Lemonade aux États-Unis).
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Enfin, l’auteur aborde les problèmes liés à ce type d’application :

  • Manipulation des utilisateurs ;
  • Perpétuation des préjugés (au centre de la nouvelle « L’éléphant doré ») ;
  • Impossibilité de justifier ou d’expliquer les choix pris par l’IA.
Derrière les masques, une nouvelle de IA 2042

2 — Derrière les masques

La deuxième nouvelle a lieu au Nigeria.

Sur le plan technologique, les deux innovations majeures mises en avant ici sont :

  • Les progrès de la reconnaissance facile via les caméras de sécurité ;
  • L’amélioration des logiciels de création audio et surtout vidéo. Ceux-ci permettant notamment de créer des deep fakes, ces trucages très difficiles à reconnaître.

Au niveau social, nous apprenons beaucoup de choses sur ce pays et, notamment, les conflits entre les peuples Igbo et les Yoruba qui divisent le pays. L’usage des trucages vidéo est ici utilisé à des fins de manipulation politique.

L’histoire suit un jeune homme Igbo pauvre, qui est recruté pour monter un deep fake contre les dirigeants Yoruba, mais qui va se rebeller et décider, finalement, de suivre une autre voie, plus positive pour l’avenir de son pays.

L’analyse de Kai-Fu Lee

Le chercheur explique ici comment fonctionne la vision par ordinateur. Celle-ci, pour fonctionner, doit résoudre bien des problèmes, en termes de :

  • Capture et traitement d’images ;
  • Détection d’objets et segmentation d’images ;
  • Reconnaissance d’objets ;
  • Suivi d’objets en mouvement ;
  • Reconnaissance des gestes et des mouvements ;
  • Compréhension des scènes.

Il y a, à l’heure actuelle, pléthore d’applications qui utilisent la vision par ordinateur, de la reconnaissance facile à la navigation autonome d’automobiles (voir en particulier la nouvelle 6, « Le pilote sacré »), en passant par l’édition de contenu.

Pour ce dernier type d’application, les ingénieurs utilisent la technologie dite des réseaux neuronaux convolutifs (CNN pour convolutional neural networks) et celle des réseaux antagonistes génératifs (generative adversial networks ou GAN).

Kai-Fu Lee prévoit que ces technologies évolueront suffisamment, dans vingt ans, pour créer des trucages vidéos indétectables à l’oeil nu. D’où l’importance de développer des logiciels antitrucage. Ceux-ci seront sans doute intégrés dans de nombreux domaines de la vie de tous les jours.

Voici sa conviction :

« Tout comme nous avons su remédier au problème de spams et des virus grâce à des innovations technologiques, nous garantirons de même la sécurité de l’IA la majorité du temps (car il est vrai que les attaques de spam et de virus n’ont pas totalement disparu). Les vulnérabilités d’origine technologique ont toujours été compensées en tout ou partie grâce à de nouveaux progrès technologiques. »

(IA 2042, Chapitre 2)

3 — Les jumeaux

Le cadre du troisième récit est le Sri Lanka.

Ici, la question technologique est liée à l’usage de l’IA dans l’éducation. Avec le développement des IA génératives et de la réalité virtuelle, il sera possible — selon les auteurs — de développer des assistants éducatifs qui aideront les jeunes à rapprendre leurs leçons, à réaliser leurs devoirs et, aussi, à se divertir.

Mais quelles sont les conséquences de ces technologies sur les relations sociales ? Et comment ces technologies pourront-elles se développer en des sens différents, pour laisser place à la diversité, notamment en termes de sensibilité et d’apprentissage ?

Dans l’histoire présentée, deux jumeaux sont adoptés par des familles différentes. L’un se développe avec une forte volonté et un sens de la compétition exacerbé. L’autre, atteint d’autisme, recherche plutôt l’évasion dans des mondes artistiques et oniriques qu’il crée lui-même de toutes pièces grâce à l’IA.

Bien sûr, une rivalité surgit entre les deux…

L’analyse de Kai-Fu Lee

C’est le fonctionnement du traitement automatique du langage naturel qui est exposé ici par le scientifique. L’auteur explique ce qu’est la méthode d’apprentissage supervisé (TALN) et quel est son usage pour le traitement du langage.

Plus récemment, la méthode d’apprentissage auto-supervisé a permis à Google et OpenAI de créer les chatbots conversationnels que nous connaissons sous le nom de ChatGPT ou Gemini. Ces progrès de l’IA conversationnelle peuvent déboucher sur des applications étonnantes, comme des « professeurs IA » !

« Peut-être que dans vingt ans, GPT-23, ayant lu chaque mot jamais écrit et vu chaque vidéo jamais produite, sera à même de construire son propre modèle du monde. Ce transducteur de séquence omniscient contiendra toutes les connaissances accumulées sur l’histoire humaine. Il ne nous restera plus qu’à lui poser les bonnes questions. »

(IA 2042, Chapitre 3)

Cela dit, Kai-Fu Lee est prudent lorsqu’il s’agit de prédire « la singularité » (moment où l’intelligence humaine sera surpassée par celle des machines). Pour lui, cela n’arrivera pas de si tôt. Encore une fois, il insiste sur la différence entre cerveau humain et cerveau artificiel.

Neurones artificiels et apprentissage profond

4 — L’amour sans contact

Nous voici en Chine pour la quatrième histoire !

Ici, la technologie de l’IA vient s’associer à la robotique. Il y a beaucoup de robots ménagers dans ce récit, mais pas seulement. Le plus important, c’est le développement de toute une série de méthodes et objets liés au domaine de la santé et, plus largement, à la vie domestique.

Au niveau social, l’enjeu de ce récit est celui de la lutte contre les pandémies et de nos réactions face à leurs conséquences, notamment en termes de distanciation sociale.

Voici l’intrigue : Chen Nam est amoureuse d’un Brésilien nommé Garcia. Ils ne sont jamais vu « en vrai », car la jeune femme a peur de sortir de chez elle à cause des variants de la Covid. À l’aide de complices et d’un plan ingénieux, son compagnon va toutefois lui permettre de sortir de la « cage dorée » de son appartement… et mettre leur amour à l’épreuve.

L’analyse de Kai-Fu Lee

« Je considère que nous sommes aujourd’hui à l’orée d’une nouvelle révolution en matière de soins. En effet, la numérisation va permettre de déployer encore davantage toutes les technologies dépendantes des données dans des domaines comme l’informatique, la communication, la robotique, la science des données et, par-dessus tout, l’IA. »

L’auteur prévoir l’accélération ou l’apparition de :

  • Processus de numérisation des bases de données et des processus liés à la santé ;
  • Technologies intimement liées au numérique et à l’IA (depuis les outils simples de mesure des indicateurs de santé comme la fréquence cardiaque, jusqu’à des outils de séquençage ADN, etc.).

La découverte de médicaments se fera de plus en plus rapide et de plus en plus personnalisée. Le tout, selon l’auteur, à moindre prix ! Par ailleurs, les diagnostics seront facilités et fournis avec plus de précision grâce à l’IA.

Le rôle des médecins évoluera vers un rôle de « soignants compatissants et de communicants d’informations médicales ».

Dans la suite de cette partie, le chercheur introduit également aux grands principes de fonctionnement de la robotique et aux applications industrielles et commerciales qui vont en découler dans les décennies à venir. Enfin, il se penche sur la numérisation de la vie personnelle et professionnelle.

5 — Mon idole fantôme

La nouvelle « Mon idole fantôme » prend place au Japon.

La RX est un acronyme utilisé pour regrouper les différents types de mélanges entre réalité et « virtualité ». Il y en a trois principaux :

  • RV ou réalité virtuelle (immersion dans un monde numérique) ;
  • RA ou réalité augmentée (superposition d’éléments virtuels dans un environnement réel) ;
  • RM ou réalité mixte, qui introduit un degré supérieur d’intrication entre ces deux « mondes ».

Ces technologies vont probablement bouleverser bien des domaines de notre vie sociale. Mais ici, c’est le domaine du divertissement qui est étudié. Il est possible de créer des jeux et des expériences divertissantes d’une ampleur encore jamais vue.

Dans l’histoire conçue par Chen Qiufan, une fan nommée Aiko participe à un jeu grandeur nature qui concerne la prétendue mort mystérieuse de son idole : le chanteur Hiroshi. Parviendra-t-elle à s’habituer à la présence de l’avatar 3D virtuel de sa star préférée et à résoudre l’énigme de sa disparition ?

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L’analyse de Kai-Fu Lee

Il y a plusieurs technologies qui se retrouvent d’une nouvelle à l’autre et qui donnent à penser qu’elles seront à coup sûr présentes dans nos vies de demain pour l’auteur :

  • Le smartstream ou successeur du smartphone.
  • Les lunettes et mêmes lentilles XR.

Le premier sera le support de toutes nos applications, comme il l’est déjà. Mais il gagnera en puissance de calcul et en nombre de données au point de devenir ultra-performant et personnalisé (comme cela est montré dans le chapitre 1 avec le système d’assurance).

Les secondes nous intéressent davantage ici. Grâce à elles, nous pourrons nous immerger dans les différents niveaux de RX à tout moment de la journée. Le personnage principal de l’histoire dit même qu’elle se sent « aveugle » sans elles.

Dans IA 2042, Kai-Fu Lee prend le temps d’expliquer les ressorts techniques de ces nouvelles technologies et leurs limites, tant fonctionnelles qu’éthiques — tout particulièrement la question de la conservation des données.

Il aborde aussi la question des gants haptiques et des technologies qui nous permettront de connecter nos autres sens (en plus de la vie) au monde numérique.

Robot IA

6 — Le pilote sacré

Nous sommes de retour au Sri Lanka pour cette nouvelle.

La réalité virtuelle ressemble à un jeu. Mais l’est-elle uniquement ? Certes, du divertissement peut être créé à partir d’elle, mais aussi bien d’autres choses. Et si la réalité virtuelle, couplée à la technologie de la voiture autonome, pouvait nous aider à guider à distance les voitures des personnes comme c’est déjà le cas pour les drones ?

La réalité sociale du Sri Lanka est faite de tensions politiques et parfois d’attentats terroristes. Mais c’est un pays qui se développe et qui bénéficiera de technologies de pointe dans vingt ans.

Dans cette histoire, un jeune prodige des jeux vidéo nommé Chamal est recruté par une entreprise pour effectuer des missions spéciales qu’il prend au départ pour un simple jeu vidéo. Avant de s’apercevoir que c’est loin d’être le cas !

L’analyse de Kai-Fu Lee

Grâce à cette histoire, nous plongeons encore plus profondément dans l’univers de la RX, tout en y intégrant une autre technologie : celle des voitures autonomes.

L’idée de base des auteurs consiste à affirmer que le cinquième stade de la voiture autonome (pour un rappel des cinq stades de la voiture autonome, lire la chronique Elon Musk : L’homme qui défie la science) sera complètement atteint en 2042.

Toutefois, il se peut qu’une « reprise en manuel » soit nécessaire de temps à autre, surtout lors de crises majeures (catastrophes naturelles, attentats, etc.) qui peuvent brouiller les systèmes d’IA, voire les rendre inopérants. L’hypothèse faite ici est que des pilotes « à distance » prennent le relais dans ces situations.

Au-delà de cette possibilité (qui relève ici de la fiction), Kai-Fu Lee étudie les retombées positives et négatives de la voiture autonome. Puis, il passe en revue les freins éthiques et juridiques qui pourraient ralentir les progrès techniques — comme la question de savoir qui est responsable en cas d’accident avec une voiture autonome, par exemple.

Pour l’auteur :

« Élargir la conscience que nous avons de ces questions toutes légitimes, et en débattre, est indispensable. Il nous faut résoudre ces difficultés le plus vite possible afin d’être prêts pour les technologies d’automatisation de la conduire, le jour où elles parviendront à maturité. »

(IA 2042, Chapitre 6)

7 — Apocalypse quantique

L’Islande, mais aussi l’Europe entière, est au cœur de ce septième chapitre.

La technologie mise en avant ici n’est pas à proprement parler celle de l’IA, même si elle lui est liée. Il s’agit de l’informatique quantique. Si cette technologie arrive à maturité, elle pourrait bien révolutionner l’IA en la dotant d’une puissance de calcul jamais atteinte.

La question sociale posée ici est celle de l’usage volontairement néfaste des technologies. L’un des mantra répétés dans tout l’ouvrage c’est que la technologie n’est pas bonne ou mauvaise en soi, mais qu’elle dépend de ce que les humains en font.

Quid si quelqu’un — ou une organisation — décide de faire le mal ?

Dans la nouvelle « Apocalypse quantique », un scientifique devenu fou cherche à « punir » la société en utilisant un ordinateur quantique et une armée de drones autonomes. Deux spécialistes que tout oppose — une jeune femme hacker et un fonctionnaire chargé de cybersécurité — vont se retrouver en charge de sauver l’humanité !

L’analyse de Kai-Fu Lee

« L’informatique quantique a, d’après moi, 80 % de chance de fonctionner en 2042. Si c’est le cas, son impact sur l’humanité pourrait dépasser celui de l’IA. Comme la machine à vapeur, l’électricité, l’informatique et l’IA? C’est une technologie extrêmement polyvalente capable de bouleverser la compréhension que nous avons de la nature et de nous aider à réaliser des progrès scientifiques spectaculaires. »

(IA 2042, Chapitre 7)

Le spécialiste de l’IA expose les grands principes de l’informatique quantique puis pose la question de la sécurité. En effet, l’informatique quantique, par sa puissance de calcul exceptionnelle, pourrait « hacker » tous les systèmes de sécurité actuels, y compris — par exemple — les systèmes de protection des bitcoins.

Un autre thème traité dans la suite de cette partie concerne les armes autonomes. Pour plus d’information sur ce sujet, vous pouvez également lire la chronique du livre À nous d’écrire l’avenir de l’ancien patron de Google Eric Schmidt.

Pour les auteurs, il est de la plus grande importance de limiter leur prolifération.

8 — Le sauveur d’emplois

Les États-Unis accueillent cette huitième histoire.

L’intelligence artificielle s’est infiltrée dans tous les secteurs, tous les métiers. C’est notamment l’épidémie qui a accéléré cet engouement des entreprises pour le recours à l’IA. Le problème est avant tout social : que faire de toutes ces personnes qui se retrouvent sans emploi ?

Plusieurs propositions sont faites, comme le revenu universel de base (RUB). Mais l’histoire propose une autre solution : le reclassement dans des emplois plus qualifiés ou moins sujets aux pressions de l’IA. Toutefois, cette solution est très imparfaite et de nombreux travailleurs ne trouvent pas de nouveaux emplois stables.

L’histoire se concentre sur le travail d’une spécialiste en reclassement et du patron de l’entreprise, Michael Sauveur. Un jour, une étonnante nouvelle fait irruption dans leur quotidien : une autre firme promet un reclassement de 100 % des travailleurs licenciés !

Arnaque ? Promesse en l’air ? Quel est le « truc » de cette concurrente ? Eh bien, elle est de faire travailler « pour de faux » les travailleurs désœuvrés. Un scandale ? Oui ! À moins que la société consente à quelques petites modifications…

L’analyse de Kai-Fu Lee

Le problème économique de la perte massive d’emplois en raison du développement et de l’adoption de l’IA dans de nombreux secteurs d’activité est très présent dans l’actualité. C’est un problème structurel à résoudre au plus vite.

Nous avons appris à aimer travailler et à donner sens à notre existence grâce à notre travail. Oui, pour nous, êtres humains du XXe et du début du XXIe siècle, le travail est une valeur ; se réaliser dans un métier nous construit comme individu et nous positionne dans la société.

Dans ces circonstances, le chômage de masse est un véritable enjeu, non seulement social et économique, mais aussi existentiel. Le RUB est l’une des solutions qui est avancée ces dernières années, mais il se peut que ce ne soit pas suffisant, car les gens risquent de se tourner vers des activités destructrices (addictions de toutes sortes, etc.).

L’une des clés consiste à repérer clairement les domaines où l’IA aura le plus de mal à s’intégrer et à rechercher ce type de poste. En l’occurrence, Kai-Fu Lee dégage trois grandes qualités qui seront toujours requises :

  1. La créativité ;
  2. L’empathie ;
  3. La dextérité.
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La reconversion professionnelle va devenir une obligation pour nombre d’entre nous, au moins une fois durant notre carrière. Au-delà, le chercheur nous invite à repenser le contrat social sur lequel reposent nos sociétés occidentales et suggère un plan en trois étapes :

  1. Réapprendre (l’acquisition de compétences utiles et peu prises en charge par l’IA) ;
  2. Recalibrer (la définition de nouveaux emplois liés à l’IA et générer une symbiose humain-machine) ;
  3. Renaître (le développement d’une société curieuse et ouverte, qui poursuit la visée du progrès).
réseau de neurones artificiels

9 — L’île du bonheur

Le royaume du Qatar offre le cadre de cet avant-dernier récit.

Et si une technologie pouvait nous rendre heureux ? Si l’IA pouvait être assez fine pour capter vos moindres désirs — même les plus abstraits — et vous fournir le bonheur sur un plateau d’argent ? Telle est l’hypothèse mise à l’épreuve dans cette nouvelle.

Au niveau social, nous nous trouvons dans un milieu de milliardaires. Le Prince héritier du Qatar, en souverain bienveillant, veut le bonheur de son peuple et teste sa nouvelle technologie — une IA à prétention omnisciente — auprès d’un riche, très riche public trié sur le volet.

Viktor, jeune quarantenaire russe ayant fait fortune dans les jeux en ligne, notamment, est l’un des évités du royaume. Avec d’autres, il doit demeurer dans une île où tous leurs désirs pourront prendre forme. Pourtant, loin de les combler, l’IA leur fait perdre le goût à la vie, au point qu’ils cherchent à s’enfuir.

Pourquoi ?

L’analyse de Kai-Fu Lee

C’est probablement parce que l’IA développée par le Prince ne parvient qu’à subvenir aux besoins hédonistes et non aux besoins eudémoniques. Quelle est la différence ?

  • Besoins hédonistes = les deux premiers paliers de la pyramide de Maslow environ (besoins physiologiques, sécurité et pour une part, besoins de liens sociaux).
  • Besoins eudémonistes = les trois derniers paliers (besoins d’amour et d’appartenance, d’estime et d’accomplissement de soi).

Il est très difficile — mais pas impossible selon les auteurs — de concevoir une IA qui répondrait à toute cette palette de désirs, et surtout aux besoins eudémonistes, qui sont les plus abstraits et les plus propres à l’humain. Ce ne sera sans doute pas encore une réalité en 2042.

Pour que cela puisse se faire, il faudrait résoudre à minima trois épineux problèmes :

  1. Celui de la mesure de notre bonheur ;
  2. Celui du stockage des données et de leur protection ;
  3. Et enfin, celui de l’entité qui conservera nos données.

Kai-Fu Lee estime que les visées de ceux qui récoltent nos données et nos propres objectifs doivent se rejoindre. C’est ce qu’ils nomment une « IA de confiance », c’est-à-dire qui cherchera à optimiser la même « fonction objectif » que nous.

C’est le contraire qui se passe aujourd’hui avec Google ou Facebook, par exemple. Dans la mesure où ces entreprises orientent l’IA vers la maximisation du profit, leurs objectifs ne sont pas convergents avec les nôtres.

Mais il est possible de penser des solutions qui facilitent la confiance entre les deux parties et qui nous permettent, ainsi, de livrer sans trop de remords nos données.

« Que cette entité de confiance soit une monarchie éclairée, une coopérative open source ou un système de blockchain distribué, nous pourrions retirer de cette puissante IA des bienfaits sans précédent, tout en ayant bon espoir que de nouvelles avancées technologiques sécuriseraient chaque jour davantage nos données. »

(IA 2042, Chapitre 9)

10 — Horizon plénitude

Un voyage en Australie nous est proposé pour clore ces nouvelles.

La technologie en jeu ici est une IA qui sert une politique publique de remise à l’emploi des jeunes et, notamment, des jeunes les plus défavorisés issus le plus souvent de la minorité indigène, les aborigènes. Ce système vise à proposer des travaux aux jeunes en l’échange de récompenses et d’une valorisation sociale.

Cette technologie est censée venir en aide à ces jeunes qui n’ont plus de travail (notamment à cause de l’IA), en tablant sur la qualité d’empathie et le besoin de reconnaissance sociale et de développement personnel.

Dans « Horizon Plénitude », Keira est une jeune qui va s’occuper d’une biologiste célèbre à la retraite, Johanna Campbell. Un lien fort se noue entre les deux femmes malgré des débuts difficiles. Peu à peu, chacune aide l’autre à surmonter ses difficultés et — pour Keira — à trouver sa voie.

L’analyse de Kai-Fu Lee

Le type de société qui est dépeint dans cette histoire n’est possible que dans un pays qui aurait mis en place une forme souple de gratuité de tous les services publics, générée notamment grâce à la baisse des coûts liés aux énergies propres. L’Australie est un bon candidat, mais beaucoup de chemin reste à faire !

Kai-Fu Lee expose l’intérêt des énergies renouvelables et aussi l’innovation en matière de nouveaux matériaux de construction et de consommation (il aborde par exemple le thème de la viande de synthèse).

Nous pourrions vivre dans une société d’abondance grâce au progrès scientifique et technique. Mais c’est aussi une question d’allocation juste et raisonnée des ressources qui est en cause (évitement du gaspillage et allocation des logements vides, par exemple).

Dernier point — et non des moindres — évoqué par l’auteur : la fin de l’argent. Pouvons-nous imaginer un monde où l’argent n’aurait plus la place qu’il a aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr, mais pour Kai-Fu Lee, c’est bien vers cet horizon de la plénitude que nous devons nous diriger.

IA : Vers une fin heureuse ?

« L’intelligence artificielle renferme la promesse d’un avenir radieux pour l’humanité […]. L’IA créera une richesse prodigieuse et, en symbiose avec les humains, amplifiera nos capacités. Elle améliorera nos façons de travailler, de jouer et de communiquer, nous affranchira des tâches routinières et nous fera entrer dans l’ère de la plénitude. »

(IA 2042, « IA : Vers une fin heureuse ? »)

Le plus important est de comprendre que nous ne sommes pas les jouets de l’histoire ; nous pouvons contribuer au changement en nous investissant dans de nouveaux métiers ou dans des initiatives citoyennes et politiques.

Bien sûr, le voyage ne sera pas sans risque. Mais, pour les deux auteurs de IA 2042, l’aventure en vaut assurément la chandelle !

IA : vers une fin heureuse ?

Conclusion sur « IA 2042 — Dix scénarios pour notre futur » de Kai-Fu Lee et Chen Qiufan :

Ce qu’il faut penser de « IA 2042 — Dix scénarios pour notre futur » de Kai-Fu Lee et Chen Qiufan :

Voici un livre très bien construit qui permet au lecteur de se familiariser avec un grand nombre de concepts techniques et de cerner leurs enjeux de façon divertissante et concrète, grâce aux histoires fictives.

Les auteurs sont résolument optimistes et cherchent à convaincre leurs lecteurs de les suivre sur le chemin de la confiance vis-à-vis de l’IA. Il ne faut donc pas y voir un livre uniquement « réaliste », comme ils le prétendent au début. C’est bien un livre engagé en faveur de l’IA que vous lirez ici !

Il y a pour eux de bonnes raisons d’être optimiste de façon réaliste et mesurée. Et c’est ce qu’ils s’évertuent à montrer au fil des pages, en voyant comment les difficultés, aussi bien techniques qu’éthiques, pourraient être surmontées.

En résumé, IA 2042 est un ouvrage à mettre entre toutes les mains, surtout celles qui n’ont pas encore eu d’introduction technique à l’intelligence artificielle !

🤖 Vous voulez en lire plus de Kai-Fu Lee ? Découvrez IA : La plus grande mutation de l’histoire

Points forts :

  • Un livre vraiment accessible malgré un thème assez technique ;
  • Une construction très intéressante, entre fiction, explications et prédictions ;
  • Une réelle expertise de l’auteur, spécialiste internationalement reconnu sur le sujet.

Point faible :

  • Si l’IA vous donne la chair de poule ou des boutons d’énervement, ce livre n’est pas fait pour vous !

Ma note :

★★★★★

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