Le livre anti toxique

le livre anti toxique

Phrase-résumée de “ Le livre antitoxique ” : Diminuer son exposition aux polluants du quotidien est une bonne pratique de santé indispensable, en particulier pour les personnes sensibles comme les enfants.

Par le Docteur Laurent Chevallier, 2013, 308 pages.

Note : Cette chronique invitée a été écrite par Guillaume, du blog Santé des enfants et environnement.

Chronique et résumé de Le livre antitoxique 

Le Dr Laurent Chevallier est médecin nutritionniste, praticien au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Montpellier. Il est l’auteur d’une dizaine de livres à destination du grand public, traitant de santé environnementale.

La santé environnementale, parfois aussi appelée « santé-environnement », est l’étude des aspects de la santé qui peuvent être influencés par la qualité de l’air qu’on respire, de l’eau qu’on boit, des aliments qu’on mange, des matières qu’on met au contact de la peau, etc. Le plus souvent, la santé environnementale traite des maladies et des troubles liés à une dégradation de l’environnement.

Le livre antitoxique décrit les risques associés aux polluants présents dans l’environnement quotidien, auxquels la population générale est exposée en routine. L’auteur y présente des conseils pratiques permettant à chacun de se protéger.

Introduction : les enjeux liés aux polluants du quotidien

Façonné par plusieurs millions d’années d’évolution dans un environnement naturel, notre corps est perturbé par une exposition à de nombreuses substances chimiques de synthèse. Ces substances sont présentes autour de nous, dans notre environnement de tous les jours ; elles peuvent produire des effets même à de faibles concentrations.

Cette exposition à des polluants pourrait être une des principales causes de la forte augmentation de certaines maladies chroniques, parfois appelées « maladies de civilisation » : diabète, allergies, surpoids, cancers, infertilité… La plupart des gens ignore combien leurs organismes sont contaminés à leur insu, tout comme l’est notre environnement : eau, air, sol, animaux, etc.

Estimer précisément les risques liés à ces polluants est une tâche complexe, un défi scientifique majeur, notamment pour les raisons suivantes :

  • De nombreuses substances sont rejetées dans l’environnement sans avoir fait l’objet d’évaluations sanitaires suffisantes. Par exemple, concernant le marché européen, un des plus réglementairement encadrés au monde, les informations sur la toxicité des substances sont encore très fragmentaires. Selon le rapport parlementaire n°652 de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques, pour 21 % de ces substances on ne possède aucune donnée, pour 65 % très peu de données, pour 11 % des informations minimales… Seules 3 % ont été totalement testées ;
  • Le nombre de substances à étudier est proprement gigantesque… et ne cesse d’augmenter ! Par exemple, plus de 100 000 substances différentes sont déjà présentes sur le marché européen… et le niveau de production de nouvelles substances industrielles dépasse les moyens disponibles pour les étudier précisément ;
  • Les études de toxicité existantes portent chacune sur l’exposition à une (unique) substance, considérée individuellement. Or, dans la vie réelle, une personne est exposée à un mélange de substances, parfois appelé « cocktail de substances ». Dans un mélange, les substances peuvent entrer en synergie (négative), générant une toxicité plus élevée que la somme des toxicités respectives. Ces « effets cocktails » ne sont pas évalués dans les études réglementaires actuelles ;
  • Certains nouveaux supports d’exposition sont aujourd’hui (très) imparfaitement connus. C’est typiquement le cas des nanoparticules, c’est-à-dire des particules dont la taille est de l’ordre du milliardième de mètre. Quand une substance se présente sous la forme d’une particule si petite, elle peut traverser les barrières de protection du corps et atteindre certains tissus qui n’étaient pas exposés auparavant.
  • Certaines périodes sont plus critiques que d’autres. Il s’agit principalement des périodes où le corps se trouve dans des phases intenses de construction : vie intra-utérine, premières années de vie, adolescence, etc. Ces périodes sont appelées « fenêtres de vulnérabilité ». Pendant ces périodes, si une exposition a perturbé l’élaboration de certains tissus, il n’est souvent plus possible de « revenir en arrière » par la suite : l’individu possèdera un corps présentant des anomalies et dont certaines fonctions seront restreintes ;
  • Depuis les années 70, la gestion des produits chimiques se base sur le principe de Paracelse, souvent connu sous la forme « C’est la dose qui fait le poison ». Selon ce principe :
    • Plus le niveau d’exposition est grand, plus le risque sanitaire est grand ;
    • Il existe un seuil en dessous duquel aucun effet délétère n’est observé.Actuellement, ce principe est remis en cause par la notion de « perturbateur endocrinien ». Ce type de substances peut perturber le fonctionnement du système hormonal, même à des concentrations infinitésimales, précisément celles auxquelles agissent les hormones. Dans ce cadre, les risques sanitaires :
    • Varient grandement selon l’âge d’exposition ;
    • Peuvent paradoxalement être augmentés par une diminution du niveau d’exposition ;
    • Peuvent se transmettre aux générations suivantes, c’est-à-dire à des personnes qui n’auront jamais été directement exposées.

Lorsque ce mécanisme de toxicité est impliqué, définir une limite d’exposition sécuritaire s’avère une tâche délicate. exposition aux produits toxiques quotidien - Le livre anti toxique

Dans ce contexte, les pouvoirs publics et les obligations réglementaires ne sont pas en mesure d’assurer une protection suffisante des personnes, en particulier celles des populations les plus sensibles : femmes enceintes, enfants, personnes âgés, personnes immunodéficientes… Par le passé, certaines catastrophes humaines et économiques ont été les conséquences directes de ce manque de maitrise : amiante dans les bâtiments, chlordécone aux Antilles, perchloroéthylène dans les pressings…

Heureusement, agir efficacement au niveau individuel est possible, grâce à certaines bonnes pratiques simples. Ces bonnes pratiques permettent d’éviter ou de diminuer les expositions ; certaines d’entre elles sont présentées dans les paragraphes thématiques suivants.

Chapitre 1 : Les polluants pouvant se trouver dans les produits alimentaires

En matière d’alimentation, le terme « produits industriels » désigne des produits alimentaires fabriqués dans des usines, par des entreprises, à partir de vrais aliments et de substances de synthèse. Cette fabrication peut comporter des transformations (broyage, extraction de certaines composantes, cuissons à hautes températures, hachage, émulsification, pasteurisation…), des mélanges, des ajouts de substances chimiques artificielles, etc.

Concernant ces produits, plusieurs aspects font classiquement l’objet de préoccupations :

  • Certains composés utiles, présents dans les matières brutes de départ, peuvent ne plus s’y trouver : vitamines, minéraux, composés phytochimiques, fibres…
  • Certaines substances préoccupantes peuvent y être ajoutées : conservateurs, colorants, exhausteurs de goût, agents de texture, édulcorants, émulsifiants, sucre raffiné, huiles raffinées riches en acides gras oméga 6, acides gras « trans » issus d’une hydrogénation partielle…
  • Certaines substances préoccupantes peuvent migrer depuis les emballages vers les produits alimentaires : bisphénols, phtalates…
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Concernant les aliments issus du monde vivant, parfois appelés « vrais aliments », les conditions de culture et d’élevage intensifs peuvent y introduire des substances toxiques : pesticides, résidus de médicaments, hormones de croissance… condition de culture anti toxique - Le livre anti toxique

Pour éviter ou diminuer les expositions à risque, certaines bonnes pratiques peuvent être mises en œuvre. Elles comprennent :

  • Privilégier les vrais aliments, bruts ou peu transformés, issus de l’agriculture biologique ;
  • Si des produits industriels sont achetés, lire les étiquettes et éviter ceux contenant les additifs considérés comme les plus préoccupants. Par exemple : BHA, tartrazine, benzoate de sodium, aluminium… Une liste détaillée est fournie en annexe du livre. Pour les personnes qui jugent l’exercice trop fastidieux, une règle simple peut être adoptée en première approche : éviter les produits alimentaires contenant plus de trois additifs ;
  • Ne pas cuire ou réchauffer les produits alimentaires dans leur emballage plastique. De même, avant une élévation significative de température, retirer les films plastiques souples à usage domestique ;
  • Ne pas choisir des aliments qui ont longtemps séjournés au contact de matières plastiques. C’est le cas, par exemple, de certaines boîtes de conserve comprenant un revêtement en plastique ;
  • En cas de besoin d’acheter des conserves, préférer celles fabriquées dans des bocaux en verre ;
  • Éviter les contenants en plastiques de classe 3, 6 ou (surtout) 7. Cette classe figure dans le triangle en relief de tout plastique potentiellement recyclable.
    D’après les données actuellement disponibles [Note de Guillaume : l’auteur ne précise pas ici de référence. Pour ceux qui veulent approfondir ce sujet, la fiche Raising Healthy Children [1] du Centre pour la santé environnementale des enfants de l’Université du Mont Sinaï de New-York, rédigé par le célèbre pédiatre Philip Landrigan, me semble sera une référence utile), les plastiques les plus sûrs semblent être ceux des classes 2, 4 et 5 ;
  • Éviter d’utiliser des ustensiles de cuisine en aluminium et les moules en silicone ;
  • Éviter les ustensiles de cuisson présentant un revêtement antiadhésif : la plupart du temps, un filet d’huile suffit pour que les aliments n’attachent pas ;
  • Privilégier les ustensiles de cuisine en verre, en inox, en céramique (la vraie – logo NF, normes françaises) ou en fonte émaillée ;
  • Éviter de consommer le gras des animaux issus de l’élevage conventionnel (viandes grasses, charcuteries…), car certains des polluants les plus préoccupants (dioxines, PCB, mercure…) ont tendance à s’y accumuler ; ils sont dits « lipophiles ». Pour profiter des bonnes graisses des poissons (acides gras oméga-3), privilégier ceux qui se trouvent au bas de la chaine alimentaire aquatique, là où la bioaccumulation est la plus faible : sardines, maquereaux, anchois, harengs… En parallèle, éviter les gros poissons prédateurs les plus pollués : bar commun, esturgeon, mérou oualioua, rascasse du Pacifique, requin, scorpène, thon rouge…

Christophe Brusset soulève également plusieurs points importants concernant les abuts de l’industrie agroalimentaire dans son livre Vous êtes fous d’avaler ça.

Chapitre 2 : Les polluants pouvant se trouver dans l’eau de boisson

Faut-il plutôt consommer de l’eau du robinet ou des eaux embouteillées ? Fournir une réponse simple est délicat : pour ces deux types d’eau, l’affirmation « tout est sous contrôle » est inexacte.

Concernant l’eau du robinet :

  • Certains virus (rotavirus…) et certains parasites (giardia…) résistent à la chloration habituelle de l’eau. Cette résistance explique de nombreuses épidémies de gastro-entérites. Certes bénignes, elles peuvent néanmoins aggraver un état de santé instable chez des individus vulnérables, notamment les personnes âgées ou les jeunes enfants ;
  • Le coût des filtres peut être significatif, pour le budget et pour l’environnement, alors que les bénéfices ne sont pas réellement démontrés. Par ailleurs, des sels d’argent contenus dans certaines cartouches pourraient être relargués dans l’eau.

De même, l’efficacité des osmoseurs est questionnable. Et puis, en pratique, ils s’avèrent souvent mal réglés ;

  • Des substances toxiques peuvent être détectées dans l’eau du robinet : pesticides, aluminium, plomb, etc. Ces substances proviennent des différentes étapes de la chaine de production : prélèvement dans des rivières et des nappes phréatiques contaminées, traitement des eaux utilisant des produits chimiques, distribution de l’eau avec des canalisations dont les matériaux relarguent certaines substances…

D’un autre côté, les eaux embouteillées peuvent exposer à de l’antimoine, substance utilisée dans la fabrication des bouteilles en plastique. L’antimoine est suspecté d’être un perturbateur endocrinien. eau en bouteille ou eau du robinet - Le livre anti toxique

Du point de vue sanitaire, l’eau embouteillée en verre constitue l’idéal pour la consommation. Néanmoins, ce choix est associé à un fort impact environnemental ; c’est également le cas des bouteilles en plastique. A la date de rédaction du Livre anti toxique (2013), aucune étude n’a formellement démontré que la consommation d’eau du robinet pouvait entraîner des maladies, en dehors de ponctuelles infections microbiennes. Au regard des enjeux à la fois sanitaires et environnementaux, la balance semble pencher en faveur de l’eau du robinet.

Chapitre 3 : Les polluants pouvant se trouver dans l’air intérieur des maisons

L’air intérieur des maisons est souvent plus pollué que l’air ambiant extérieur, pour plusieurs raisons :

  • Un bâtiment n’est pas hermétique : l’air extérieur se retrouve à l’intérieur des maisons. Le plus souvent, les polluants de l’air extérieur sont donc aussi présents dans l’air intérieur ;
  • La qualité de l’air intérieur est également dégradée par des émissions de polluants présentes dans les habitations. Par exemple, plusieurs produits de consommation courante peuvent émettre des substances volatiles toxiques. Les produits les plus fréquemment cités comprennent les pesticides à usage domestiques (herbicides, antimoustiques, antipoux, antifourmis…), les produits de bricolage, les produits ménagers, les meubles, les matelas, les désodorisants…
  • Contrairement au cas de l’air extérieur, le volume restreint d’une habitation ne permet qu’une dilution partielle de ces émissions intérieures.

qualité de l'air intérieur - Le livre anti toxique Pour éviter ou diminuer les expositions à risque, certaines bonnes pratiques peuvent être mises en œuvre. Elles comprennent :

  • Aérer régulièrement toutes les pièces, afin de renouveler l’air intérieur ;
  • Interdire le tabagisme dans la maison ;
  • Privilégier les alternatives naturelles aux produits chimiques industriels. Par exemple, concernant les produits ménagers, préférer l’utilisation de bicarbonate de soude, de citron, de vinaigre blanc… ; concernant l’entretien des meubles en bois, privilégier l’utilisation de cire d’abeille vierge ; concernant les produits anti-fourmis, opter pour le sel ou le marc de café…
  • Éviter les cuissons à fortes températures, telles que les fritures et les cuissons au gril ;
  • Préférer les meubles en bois massif ; les bois agglomérés sont à éviter autant que possible, car les colles qu’ils contiennent peuvent émettre des substances toxiques dans l’air intérieur. Si un meuble en aggloméré vient d’être acheté, le laisser quelques semaines dans une pièce non habitée (garage, cabanon…) permet aux composés volatils de s’évaporer sans exposer les habitants ;
  • Attendre 15 jours avant de dormir dans une chambre qui vient d’être repeinte.
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Chapitre 4 : Les polluants pouvant se trouver dans les textiles

Les textiles qui sont au contact de notre peau peuvent être contaminés par de nombreuses substances chimiques. C’est tout particulièrement le cas des vêtements.

Ces substances sont principalement issues :

  • Des procédés de fabrication textile ;
  • Des traitements liés à leur transport et à leur stockage. Ces traitements ont notamment pour objectif de maitriser l’apparition de moisissures ;
  • Des traitements leur apportant certaines propriétés pratiques : résistance au feu, antifroissage, imperméabilisation, décoration comprenant des plastiques et des encres suspectes…

Certaines de ces substances sont toxiques : elles exposent la peau à certains risques. Certaines peuvent aussi traverser la peau et atteindre l’intérieur de l’organisme. Les étiquettes des vêtements ne fournissent pas les informations permettant d’identifier les substances préoccupantes, et donc de s’en protéger.

Aujourd’hui, la plupart des vêtements commercialisés proviennent de pays dont la législation sur le travail et l’environnement est trop laxiste. Par exemple, certains pays d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Afrique utilisent encore des produits qui sont aujourd’hui interdits en Europe. textile produits interdits - Le livre anti toxique

Pour éviter ou diminuer les expositions à risque, certaines bonnes pratiques peuvent être mises en œuvre. Elles comprennent :

  • Privilégier les vêtements écolabellisés ;
  • Pour les vêtements qui ne sont pas écolabellisés, privilégier ceux dont la culture de la matière première a nécessité moins de pesticides que le coton classique. Par exemple : le lin et le chanvre ;
  • Privilégier les matières naturelles aux fibres synthétiques ;
  • Éviter les vêtements comprenant des impressions plastifiées, en particulier les tee-shirts et les pyjamas pour enfants ;
  • Éviter l’achat de textiles dont les propriétés suggèrent un traitement par des produits chimiques : antitaches, antistatiques, antifeu, antirétrécissement, antiodeurs, antibactériens, infroissables, imperméabilisés…
  • Après l’achat d’un textile, le laver avant sa première utilisation.

Chapitre 5 : Les polluants pouvant se trouver dans les cosmétiques

Dans les produits cosmétiques industriels, de nombreux principes actifs se basent sur des substances chimiques de synthèse. Dans le cadre d’une exposition de routine, plusieurs de ces substances pourraient présenter une toxicité préoccupante : triclosan, phénoxyéthanols, phtalates, butylhydroxyanisole, nanoparticules, sels d’argent, parfums de synthèse…

Les études de toxicité des produits de soin peuvent être jugées insuffisantes, en particulier pour les enfants de moins de 3 ans : cette période fait partie des fenêtres de vulnérabilité évoquées plus haut et, de plus, elle correspond à une phase où la peau est à la fois plus sensible et moins protectrice de l’organisme. toxicité produits de soin maquillage - Le livre anti toxique

Pour éviter ou diminuer les expositions à risque, certaines bonnes pratiques peuvent être mises en œuvre. Elles comprennent :

  • Limiter l’usage des crèmes solaires, en privilégiant une exposition progressive. Les excès d’exposition au soleil peuvent être évités avec des vêtements amples et un chapeau, en s’abritant sous un parasol…
  • Privilégier les cosmétiques écolabellisés. L’affichage « Ecocert » est un des mieux encadrés. Ces produits ne contiennent ni nanoparticules ni substances figurant parmi les familles les plus préoccupantes ;
  • Opter pour un style de vie sain et un style de beauté simple, conduisant à utiliser peu de produits cosmétiques. Sauf cas particulier, les produits de base pourraient se résumer à un savon brut (Marseille, Alep… sans additif), un shampooing bio et, en cas de besoin, une crème hydratante bio pour le visage ;
  • Limiter l’utilisation de parfums et d’eaux de toilette. Ils font partie des cosmétiques suspectés de contenir le plus de perturbateurs endocriniens ; pourtant, l’affichage de leur composition exacte n’est pas une obligation réglementaire.

Mes chroniques des livres Conditionnés pour trop manger de Brian Wansink et EAT : chroniques d’un fauve dans la jungle alimentaire de Gilles Lartigot sont aussi des articles à lire concernant l’alimentation à notre époque.

Conclusion sur “Le livre antitoxique”

Comme pour la plupart des chercheurs, ceux de l’industrie chimique ont pour objectif de créer de la nouveauté, des produits innovants, des nouvelles substances chimiques… Dans une certaine mesure, leur métier consiste à être des pionniers dans leur domaine et donc à prendre des risques. Selon l’auteur, dans un contexte de forte compétition économique, beaucoup de chercheurs voient la notion de précaution avant tout comme un frein. Chez eux, la précaution peut faire écho à des images peu valorisantes : une attitude timorée, conservatrice, voire opportuniste. Mais la précaution peut être conçue différemment ; elle peut être intégrée dans une démarche scientifique, tout aussi noble et stimulante. Le chercheur innove en fabriquant de nouveaux outils, mais aussi en s’assurant que l’objet créé est respectueux de la santé et de l’environnement.

Parfois, une nouvelle substance présente à la fois des bénéfices significatifs et des impacts non-négligeables pour la santé et l’environnement. Dans ce cas, les impacts doivent faire l’objet d’une évaluation, afin de pouvoir être mis en regard des bénéfices et éclairer la prise de décision finale. L’exemple des médicaments illustre cet équilibre subtil entre les avantages du progrès et les risques encourus : le développement d’un médicament porte à la fois sur la dimension « efficacité » et sur la dimension « toxicité » ; au final, son autorisation dépend du rapport entre bénéfices et risques. Ce même principe pourrait s’appliquer à tout type de progrès technologiques et à tout type de substances pouvant se retrouver au contact des personnes. Pourtant, aujourd’hui, pour beaucoup de substances dont la toxicité sur l’homme est avérée ou fortement suspectée, l’exposition n’est pas connue… et les bénéfices associés peuvent être questionnés.

De plus, en pratique, une analyse « bénéfices / risques » peut s’avérer difficile à mettre en œuvre. Concrètement, si les niveaux de toxicité et de risques liés à une substance peuvent être évalués, de manière plus ou moins satisfaisante, ceux des mélanges de substances et de leurs « effets cocktails » est bien plus complexe. Lorsqu’un chercheur conçoit une nouvelle substance chimique, comment déterminer les interactions potentielles avec les milliers d’autres substances présentes dans notre environnement ? Des centaines de molécules sont présentes dans une particule diesel, dans la fumée de tabac, sur les vêtements…

Dans tous les cas, si les soupçons sont forts, il parait inacceptable d’attendre d’avoir l’ensemble des preuves avant d’agir. Sans cette action de précaution, des impacts sanitaires ou environnementaux significatifs pourraient déjà avoir eu lieu au moment où le stade des certitudes serait atteint… et parfois même, ces impacts ne seraient plus réversibles.

A partir de quand faut-il agir ? Quel niveau de preuves (incomplètes) doit être jugé suffisant ? Une partie de la réponse peut venir de la recherche scientifique, qui devrait pouvoir proposer des critères objectifs et des méthodes de décision. Une autre partie relève du type de société que les citoyens choisissent, plus ou moins bien retranscrite par des autorités pilotées par un processus démocratique. Quel que soit le type de société considéré, il présuppose un rapport aux risques liés aux innovations technologiques. innovations technologiques - Le livre anti toxique

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A titre individuel, dans un contexte de fortes incertitudes, la gestion des risques par les pouvoirs publics peut apparaitre insuffisamment protectrice, ponctuellement ou d’une manière générale. C’est particulièrement le cas pour les populations se trouvant dans une fenêtre de vulnérabilité : femmes enceintes, nourrissons, enfants, adolescents… Dans ce cadre, le minimum devrait être d’informer le public des données disponibles et des questionnements en cours ; chacun pourrait alors estimer, en fonction de sa personnalité et des spécificités de son cas particulier, la pertinence de modifier ses habitudes de consommation et ses comportements.  À mon sens, c’est là l’intérêt principal du Livre anti toxique de Laurent Chevallier : permettre à ceux qui désirent prendre le moins de risques possible, grâce à de l’information sur les dangers potentiels et grâce à des conseils concrets, d’adopter des pratiques en adéquation avec le mode de vie qu’ils ont choisi.

Quelle que soit notre personnalité, ce positionnement de prudence me parait être bien adapté au rôle de parents, pour au moins deux raisons :

  • Les effets des polluants au cours des fenêtres de vulnérabilité (vie intra-utérine, premières années de vie, adolescence…) peuvent être dramatiques et se manifester plusieurs années après l’exposition. Les études de toxicité actuelles sont insuffisantes pour le cas des enfants, je suis d’accord avec l’auteur sur ce point ;
  • La personnalité des enfants se construit petit à petit ; ils n’ont pas encore développé un réel point de vue sur ce que devrait être un risque acceptable : comment savoir quelle sera l’appréciation des risques par les adultes qu’ils deviendront ? Dans le doute, seule une attitude de prudence me parait pouvoir être retenue.

La santé environnementale est au cœur de mon métier et de mon activité de blogueur. Les pratiques qui sont présentées dans ce livre n’étaient pas nouvelles pour moi ; j’ai déjà eu l’occasion de présenter celles qui me paraissent les plus pertinentes pour les enfants. Par exemple, celles permettant de protéger les enfants des polluants issus des jouets. Néanmoins, je peux témoigner qu’il a littéralement changé la vie de deux personnes autour de moi, deux jeunes mères de famille. Le livre antitoxique a été l’occasion pour elles de prendre conscience de l’ampleur du problème et de la gravité des conséquences potentielles ; elles ont décidé d’appliquer de nombreux conseils pratiques, directement après l’avoir achevé ; plus généralement, elles ont témoigné de leur volonté de se renseigner d’avantages sur les polluants auxquels sont exposés leurs enfants, de moins faire une confiance « aveugle » aux autorités.

Recensées dans un seul et même livre, ces bonnes pratiques peuvent faire l’objet d’un fort enthousiasme, car elles s’articulent autour d’un principe simple et de plus en plus reconnu : revenir aux produits naturels et à une certaine forme de simplicité. Néanmoins, le grand nombre de changements qu’elles supposent peut faire un peu peur ! Dans des situations particulières, certaines bonnes pratiques peuvent même être tout simplement inapplicables. Il me semble qu’on touche ici à une limite de l’exercice, et c’est peut-être, paradoxalement, ce que m’a le plus apporté ce livre : pouvons-nous éviter toutes les pollutions du quotidien ? Dans l’environnement moderne classique, probablement pas.

La prévention me semble bien être une priorité. C’est la première étape essentielle, qui peut être menée dans la mesure de nos possibilités et de nos contraintes du moment. Néanmoins, elle n’est probablement plus suffisante aujourd’hui, notamment pour les personnes les plus sensibles. L’enjeu devient alors de construire un corps plus robuste, de stimuler les capacités naturelles à neutraliser et éliminer les polluants, les systèmes de détoxification naturelle. En tant que père de famille, il s’agit d’un des grands sujets que je souhaite approfondir, pour contribuer à offrir la meilleure santé possible à mes enfants. Je partage les résultats de mes recherches au fil de l’eau.

Mais attention, il me semble très important de ne pas réduire « l’environnement » à une potentielle source de pollutions. Un environnement naturel a beaucoup à apporter à nos enfants, notamment du point de vue de la santé, aussi bien physique que psychique : ces aspects me semblent devoir également faire partie du champ de la santé environnementale. Les bienfaits potentiels de la nature sont nombreux : stimulation du système immunitaire, bien-être émotionnel, apprentissage de la gestion des risques, santé des yeux… et même élimination de certaines substances toxiques ! 🙂 De nombreuses pratiques simples permettent de (re)mettre les enfants au contact de la nature, par exemple grimper aux arbres.

Points forts :

  • Un panorama des principales sources d’exposition aux polluants du quotidien. Ce panorama permet de mieux appréhender l’aspect « multi-dimensions » du sujet ;
  • Des bonnes pratiques concrètes, directement applicables dans la vie de tous les jours ;
  • Des propositions détaillées d’alternatives moins toxiques, à fabriquer soi-même à partir de matières naturelles brutes. Le livre propose en autres des solutions de cosmétiques, produits ménagers, produits repoussants les espèces nuisibles.

Points faibles :

  • Un ton militant qui pourra gêner certains lecteurs. Les cibles des critiques de l’auteur sont les pouvoirs publics, certains secteurs industriels et certains scientifiques, jugés en position de conflit d’intérêt ;
  • Une liste de risques et de recommandations assez longues, qui peut effrayer au final. Une priorisation des risques, en l’état des connaissances, même imparfaite, permettrait de pouvoir commencer par l’essentiel, puis de s’améliorer progressivement sans se décourager.

La note de Guillaume, du blog Santé des enfants et environnement :

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Version poche :

Je vous invite aussi à visionner ma vidéo intitulée “8 astuces SIMPLES pour vivre plus LONGTEMPS et en BONNE santé :)” qui accompagne très bien cet chronique sur Le livre anti toxique 🙂:

Êtes-vous plein de toxines? Voici les 6 indices que votre corps doit est détoxifié:

[1] http://www.mountsinai.org/static_files/MSMC/Files/Patient%20Care/Children/Childrens%20Environmental%20Health%20Center/Fact%20Sheet%20-%20Back%20to%20School%20QA.pdf

Photos par UCL Mathematical and Physical Sciences, AgriLife Today, Images by John ‘K’, Advait Supnekar, Clariant International Ltd., Biblioteca de Arte, kathleen.bence.

Recherches utilisées pour trouver cet article :

pourquoi on ne doit pas boire dans les boîtes de produits chimiques comme les herbicides
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4 Commentaires pour :

Le livre anti toxique

  • Aurore

    21 Sep 2017 à 08:49

    Merci pour tous ces conseils pratiques !
    Je crois qu’il ne fait plus trop de doute que nous et notre famille sommes entourés de substances pas très recommandables. Depuis que j’ai des enfants, j’ai l’impression d’en voir partout !

    Répondre



    • Guillaume

      22 Sep 2017 à 16:11

      Bonjour Aurore. 

      L’arrivée d’un enfant est souvent l’occasion pour les nouveaux parents de se poser des questions sur ces sujets “polluants du quotidien”, “santé-environnement”, etc. même pour ceux qui n’y montraient pas d’intérêt auparavant ! 🙂 C’est ce que j’observe autour de moi ; d’une certaine manière c’est aussi un peu mon cas.

      Reste à trouver un bon équilibre entre implication et (potentielle) anxiété. J’essaye de rédiger mes articles en ce sens.

      Répondre



    • Karine

      22 Sep 2017 à 09:07

      J’ai vu une interview de lui. J’ai moyennement aimé le ton militant, mais je suis ressortie avec quelques recommandations pratiques.
      Plutôt contente au final

      Répondre



      • Guillaume

        22 Sep 2017 à 09:19

        (Fonction “répondre” a priori HS, donc je réponds avec un nouveau commentaire)
        @Karine : à ce stade de mes recherches personnelles, il me semble que les acteurs les plus audibles sont souvent aussi les plus militants, dans le cas de la santé environnementale en France. Autour de moi, je constate que certaines personnes accordent moins d’importance au fond lorsqu’ils estiment que la forme est excessive. Peut-être toi aussi ?
        Voici deux livres qui me paraissent écrit par des auteurs au ton plus neutre : Environnement et grossesse (2011) de René Frydman et Santé et environnement – Que sais-je ? (2012) de William Dab

        Répondre









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