Les pervers narcissiques

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Phrase-résumée de “Les Pervers Narcissiques” de J-C Bouchoux : Véritable guide de survie destiné aux victimes pour comprendre les mécanismes du pervers narcissique et apprendre à fuir face à une situation destructrice.

Par Jean-Charles BOUCHOUX, 2011, 211 pages.

Note : cette chronique est une chronique invitée de Nadia Etourneau, du blog Les Allumées du Casque dans lequel elle partage son expérience de victime d’une « pervers narcissique ».

Chronique et résumé de “Les pervers narcissique” :

Les mécanismes du pervers narcissiques sont tellement subtils !
La victime est tellement normale !
Le scénario est tellement énorme !
Tout le monde “n’y voit que du feu” ! Au début…

Seules les victimes consultent ! Les pervers narcissiques vivent dans leur normalité !

Rentrons dans cet univers vital du pervers narcissique pour aider les victimes à sortir de cette emprise et à se reconstruire.

Chapitre 0 : Introduction

Qui est le pervers narcissique ?

Le pervers narcissique est un être complet, il a une palette de compétences à en faire pâlir quiconque ! L’auteur énumère une liste impressionnante :

  • Froid intérieurement
  • Ne connaît pas la culpabilité
  • Fait culpabiliser les autres
  • Ses valeurs et sentiments changent en fonction du contexte et de gens
  • Sait feindre la compassion et la sympathie
  • Aimable
  • Séducteur/Séductrice
  • Ponctuellement serviable (si cela lui est utile)
  • Voit toujours les besoins et les sentiments des autres
  • Egocentrique
  • Exige de l’autre la perfection
  • Menteur/Menteuse
  • Habile de la parole
  • Se sert du double sens des mots
  • Manipulateur/ Manipulatrice
  • Se positionne en victime pour se faire plaindre ou rendre l’autre mal à l’aise
  • Très logique
  • Peut-être jaloux/jalouse et infidèle
  • Ne supporte pas la critique (à son encontre)
  • Critique sans cesse (l’autre)

Le pervers narcissique se nourrit de l’image de sa victime. Plus il la dévalorise, plus il se sent fort et plus il se revalorise.
Il projette sur sa victime sa propre folie. Cet acte quotidien pousse la victime à la dépression, la violence, la perversion, la folie, la maladie jusqu’à l’acte ultime de la mort par suicide ou par accident.

Cependant, nous possédons tous le mécanisme de perversion. Nous découvrirons dans cette chronique, comment l’auteur présente une cartographie de ces mécanismes et ses origines.

Un peu d’histoire

Paul-Claude Racamier a inventé le concept de pervers narcissique dans les années 1950.

Harold Searles, aborde le sujet des processus inconscients entre le psychotique et son thérapeute dans son livre : “L’effort pour rendre l’autre fou”.

C’est Marie-France Hirigoyen, médecin psychiatre française, qui a popularisé le terme de perversion narcissique dans son ouvrage : “Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien”.

Les perversions narcissiques

Il est important de faire la distinction entre le langage commun et les termes abordés dans les concepts psychopathologiques.

Dans le langage commun :

  • Une personne séductrice est rapidement désignée comme “pervers”.  Une difficulté nous dérange, c’est un élément “pervers”.
  • “La perversion”, chacun possède sa propre définition : vicieux, corrompu, immoral, mauvais, libidineux, libertin, méchant…

Nous découvrirons les mécanismes psychologiques de la perversion et du pervers narcissique. Loin du langage commun, c’est un univers particulier. L’auteur parle “d’acception” [définition du Larousse : Signification particulière d’un mot selon le contexte où il est employé. (Le mot « agent » a deux acceptions différentes dans « l’agent règle la circulation » et « le complément d’agent ».)]

En psychopathologie, nous aborderons :

  • La définition et les concepts du pervers narcissique
  • Les mécanismes de la perversion narcissique, car le pervers utilise des outils particuliers
  • L’origine des perversions

Les victimes ont besoin d’un accompagnement spécifique. Il est important de procéder par ordre. Elles ont besoin de se réapproprier leur identité. Il est important de respecter une méthode douce et structurée.

Chapitre 1 : Du besoin au désir, l’énergie pulsionnelle

La psychanalyse étudie les origines et les déplacements des différentes énergies en présence dans le corps humain et des conflits engendrés lorsqu’elles sont confrontées les unes aux autres.

Qu’est-ce qu’une énergie ?

Elles se manifestent sous forme de pensées, de désirs ou d’aversions. Deux désirs de sens contraires peuvent générer des conflits (par exemple la faim et le désir de faire un régime).

L’énergie du désir

Pour comprendre comment fonctionne un pervers, il est important de comprendre la notion de pulsion.

Le principe de la psychanalyse est d’admettre l’existence de :

  • L’énergie physique : si nous devons porter un poids, notre muscle va produire une énergie. Cette énergie sera consommée pour produire l’effort et atteindre le but
  • L’énergie psychique : une pensée, un désir, une aversion va produire une énergie qu’il sera nécessaire de dépenser pour atteindre son but.

Donc, tout besoin, toutes productions mentales créent dans le corps trois états :

  • Une tension : c’est l’énergie psychique
  • Le passage à l’acte : dépenser cette énergie
  • L’état “sans tension” : le but est atteint, la tension est assouvie.

Il convient aussi de distinguer la charge de ces énergies. Elles n’ont pas le même poids. Retenons aussi, qu’il existe une interdépendance entre l’énergie physique et l’énergie psychique. “Trop de soucis nous mettent à plat et nous vident de notre énergie physique.”

Cet état de tension crée une pression que l’organisme est capable de supporter jusqu’à une certaine limite. Au-delà de cette limite, cette tension conduirait à la souffrance et mettrait l’organisme en danger, tant psychique que physique.

Nous fonctionnons tous de cette façon. En revanche, le pervers narcissique a ce besoin inconditionnel d’évacuer ses pulsions à l’extérieur. D’où l’importance de comprendre ce mécanisme.

Du besoin au désir

La pulsion s’organise en trois pôles :

  • Sa source : lieu du besoin
  • Son but : il est élaboré par le psychisme (le cerveau) en réponse à une demande physiologique (le corps)
  • Son objet : la chose grâce à laquelle le besoin est assouvi

Par exemple : avoir faim (la source) met le corps sous tension. Le corps (la demande physiologique) envoie un signal au cerveau (le psychisme).
Le cerveau crée un désir “j’ai envie d’un gâteau” → Manger le gâteau (l’objet) va être “le passage à l’acte” pour atteindre le but et revenir à l’état “sans tension”.

Le désir peut-il générer de la souffrance ?

Nous savons que tout désir, toute aversion, toutes productions mentales créent une tension. Nous avons un seuil de tolérance à supporter cette tension. L’organisme tend à la diminuer.

Selon les personnes, le curseur du seuil de tolérance peut-être complètement opposé. Voici un exemple cité par l’auteur :

“Imaginons qu’en vacances, une personne veuille prendre sa voiture et s’aperçoive qu’un pneu est crevé. Cela n’est pas très grave. Elle change la roue et le soir raconte ses déboires en riant à l’apéritif. Imaginons maintenant que cette personne apprend qu’elle est licenciée et que son conjoint la quitte. Elle bascule dans un état de tension très important. Simultanément, elle arrive à sa voiture et découvre que le pneu est crevé. Là, c’est la crise de nerfs. Un témoin ne comprendra pas qu’elle s’effondre pour si peu (ce qui, d’ailleurs, montre bien la difficulté qu’il y a à juger ce que vivent les autres).”

Sommes-nous tous égaux face à la pulsion

Tout désir non reconnu ou non satisfait créé une tension interne. Vers l’âge de six, sept ans, l’enfant apprend à remettre à plus tard son désir. Adulte, nous gérons nos conflits internes. Sauf, le pervers narcissique. Il a besoin d’expulser ses conflits internes.

Pulsion et perversion

Le terme perversion vient du latin « per vertare » et signifie invertir, changer de sens.

Il y a perversion, lorsque l’on change le but ou l’objet de la pulsion.

Où vont nos pulsions ?

Note : ça y est, nous entrons dans l’antre de la psychologie. Pour le non-initié, plonger directement dans ce concept est compliqué. L’objectif de cette chronique est de vous permettre de le comprendre de façon synthétique et simplifiée.

Les mécanismes de défense

Tout d’abord, nous avons cette notion du “conscient” et de “l’inconscient”. Nous sommes conscients d’être vivant. Et enfin, nous pensons que l’inconscient est inaccessible au conscient.

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Comment les définir ?

L’inconscient est composé d’une instance psychique appelée le “surmoi”.

Qu’est-ce que c’est ? C’est un espace dans lequel se distingue :

  • Les valeurs morales imposées au conscient
  • L’idéal du moi : c’est le modèle de référence. C’est l’image mentale que l’on se fait d’une personne qu’on idéalise, à laquelle on aspire à être.

Le conscient quant à lui représente :

  • Le ça, il est totalement inconscient. C’est une énergie pulsionnelle dirigée par le principe du plaisir. Il ne connaît ni loi, ni interdit. Les désirs du “ça” s’exprime dans le “moi”
  • Le moi, c’est notre conscience :
    • Il est soumis aux principes de la réalité.
    • Il a un moi idéal : il représente ce que l’on doit être pour être en conformité avec nos valeurs.
    • Une partie inconsciente contient les mécanismes de défense.

Lorsque nous avons une pulsion non-conforme aux valeurs de notre surmoi. Ce dernier va poser son veto. Le conscient va refouler la pulsion dans l’inconscient. La pulsion est une énergie psychique, elle va chercher à s’exprimer, car elle est génératrice de tension interne. Elle peut prendre différentes formes : les actes manqués, les lapsus, les rêves, les somatisations.

Les mécanismes de défense du moi permettent au conscient de rééquilibrer le psychisme. Nous utilisons tous des mécanismes de défense du moi, c’est normal. Là, où ce n’est pas normal, c’est lorsque nous utilisons toujours les mêmes mécanismes de défense du moi : c’est la boite à outils du pervers narcissique.

Le pervers et ses pulsions

Le pervers a besoin de passer à l’acte, incapable de contenir ses pulsions. Il connaît la loi et il sait ce qui est répréhensible. Pour cela, il va assouvir ses pulsions en toute impunité. Il ne peut pas refouler dans l’inconscient sa pulsion.

Focus de JC Bouchoux :

“Le pervers narcissique bien structuré est calme car il vous fait porter sa rage. C’est quelqu’un qui est apprécié en dehors de la relation intime. C’est quelqu’un qui bien souvent est admiré, qui sait s’adapter à son environnement, qui peut être extrêmement séducteur.”

Le pervers est maître dans l’art d’utiliser les mécanismes de défense du moi. Il existe trente-cinq à quarante mécanismes de défense. Une personne normalement structurée va jongler d’un outil à l’autre en fonction de son besoin, pour rééquilibrer son psychisme.

Le pervers, quant à lui, utilise trois outils :

  • Le déni : “Qui aime bien châtie bien”

C’est le refus de la réalité. Le pervers utilise ce mécanisme parce qu’il est incapable de refouler sa pulsion. En effet, il sait qu’elle est immorale donc, contraire aux valeurs. Il a besoin de passer à l’acte. Et, il va se donner bonne conscience en faisant supporter à l’autre la responsabilité de ses actes. Mais ce n’est pas tout, il doit aussi se couper en deux.

  • Le clivage

Nous sommes par nature divisés en deux : le conscient et l’inconscient. C’est le clivage vertical.
Il y a aussi le clivage “horizontal” : la personnalité est coupée en deux. L’exemple extrême du Docteur Jekyll et Mister Hyde.
Le pervers ne refoule toujours pas sa pulsion. Il va diviser en deux son image : il garde pour lui sa bonne image et va déverser sur l’autre sa mauvaise image.
En faisant cela, il culpabilise l’autre et rend sa victime responsable de ce qui lui arrive.

  • L’identification projective

C’est un mécanisme normal, l’enfant s’identifie à papa et à maman. Puis, il dépasse ce mécanisme lorsqu’il prend conscience de sa propre personnalité.
Le pervers rejette certains traits acquis de ses parents. Pour ne pas les ressentir, il va les rejeter sur l’autre. C’est comme ça que le pervers, après avoir déchargé sa pulsion sur sa victime, l’accuse et la rend responsable de ce qui lui arrive.

“Le pervers rejette sa culpabilité dans l’autre et conserve son illusion d’être quelqu’un de bien, voire d’être la victime.”

Chapitre 2 : La parole, terrain de prédilection du pervers narcissique

le pervers narcissique est séducteur et manipulateur par la parole

Nous avons vu comment il fonctionne au niveau de son psychisme.

  • Comment s’exprime-t-il ?

L’expression de la pensée, c’est la parole. L’art du pervers narcissique est de détourner la parole. Il joue sur le double sens des mots. Un comique va jouer sur les mots pour nous faire rire, un pervers le fera pour nous culpabiliser.

Le pervers sait communiquer de façon paradoxale. Il sait dire une chose et son contraire. Il noie sa victime dans un tas d’informations contradictoires, de façon à ce qu’elle ne puisse pas s’y retrouver. Au final, la victime se dit qu’elle a sûrement tort !

  • Pourquoi ?

Parce que le paradoxe entraîne le blocage des actes, de la pensée, des sentiments et de la perception de la réalité. Il empêche une élaboration mentale correcte.
De plus, le pervers l’utilise comme une arme récurrente. La victime n’y échappe pas si elle adhère.

A ce stade-là, le mécanisme est amorcé. Le pervers affaiblit sa victime, elle ne sait plus où est la réalité. Son système décisionnel est bloqué par les injonctions. Le pervers a tout loisir de déverser ses propres conflits dans l’autre. Il est dans la toute-puissance et le plaisir de la manipulation. Le pervers sait exactement où il en est, alors que sa victime est en pleine confusion.

Au-delà de la parole, le pervers sait détourner les circonstances. Pour justifier de son passage à l’acte, il sait créer les circonstances pour le reprocher à sa victime.

Chapitre 3 : Fragile Narcisse

Parce que le pervers narcissique n’a pas trouvé de modèle assez bon dans son enfance, pour se rassurer et se construire : il manque de confiance en lui et en son image. Pour compenser, il développe une image démesurée de lui-même.

Donc, cohabite en lui, une faible estime de soi liée au manque pendant son enfance et, une haute idée de son image, qu’il devra maintenir à tout prix. Pour cela, il va surjouer son personnage ou dévaloriser les autres.

Le narcissisme est l’amour que l’on se porte à soi-même. La conception que l’on se fait de soi et comment les autres nous perçoivent. Les psychologues parlent d’estime de soi.

Avoir une bonne image de soi est un atout dans la vie.

Alors, pourquoi le pervers doit-il démontrer que sa victime est mauvaise ?

Le pervers se juge à travers les autres.

Que se passe-t-il, lorsqu’un pervers rencontre une personne ayant une bonne estime de soi ?

La personne va malgré elle, car ce n’est pas du tout son intention, révéler le chaos du pervers, sa faille narcissique.

  • Comment ?

Le pervers va constater la médiocrité de sa propre estime de lui-même et de son image. Son niveau de valorisation est si faible par rapport à sa future victime. Cela crée un conflit chez lui. Il va devoir rééquilibrer son psychisme. Il va dévaloriser l’image de sa victime et revaloriser la sienne.

Pourquoi cette victime et pas une autre ?

Parce que l’agresseur admire sa victime. C’est surprenant, mais c’est parce que la victime est admirable que le pervers la prend. Il prend tout de sa victime sans rien lui donner en échange.

Chapitre 4 : Le pervers : un enfant dans un corps d’adulte

Pendant son évolution, l’enfant va dépasser trois stades :

  • Œdipien
  • De l’abandon
  • Du pouvoir sur l’autre

Sauf, le pervers narcissique : il revient au stade antérieur à l’Œdipe il reste bloqué à l’angoisse de l’abandon et au stade du pouvoir sur l’autre.

L’auteur stipule que :

“L’Œdipe sera structurant si le père est suffisamment bon et bienveillant et la mère permet à l’enfant de se détacher. Si le père est écrasant, inaccessible ou si la mère ne lui permet pas de se détacher, l’enfant régresse à un état antérieur, et ne dépasse pas l’Œdipe.”

Pourquoi qualifier le pervers narcissique d’enfant dans un corps d’adulte ?

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Il est resté à un état antérieur qui se manifeste par :

  • Aucune culpabilité, il n’a pas atteint le stade du “surmoi”
  • Une angoisse de l’abandon terrible dû au non-respect de l’idéal du moi (l’image qu’on lui renvoie de lui-même)
  • Un besoin constant de vérifier son pouvoir sur l’autre.

Chapitre 5 : Le deuil impossible

L’enfant doit renoncer à ses désirs et à l’image des parents idéaux pour dépasser le complexe d’Œdipe. C’est une période de deuil plus ou moins difficile mais nécessaire à notre évolution.

Le pervers est incapable de réaliser ce deuil. Il n’arrive pas à faire face à ses conflits. Il n’a pas dépassé le stade Œdipien.

En revanche, la victime devra passer par les stades du deuil pour se reconstruire : le déni – la colère – la dépression – l’acceptation.

Chapitre 6 : Les stratégies du pervers

Si l’enfant passe toutes les étapes d’évolution, notamment :

    • La phase de séparation (avec la mère)
    • La rencontre de sa propre image
    • La phase Œdipienne

L’adulte peut vivre selon sa propre image.

Le pervers quant à lui, a été empêché de s’identifier selon sa propre image, appelé : faille narcissique.

  • Quelles sont ses stratégies ?

Tout d’abord, un pervers n’est pas malade. Il est sans remords. Il ne connaît pas la souffrance. En effet, il fait porter son chaos, sa folie à sa victime. Et, il fait porter à l’autre ses failles. C’est la victime, devenue objet, qui va rapidement devenir malade.

En plus du déni, du clivage et de l’identification projective, il va assujettir sa victime. Comment ?

Il va tenter de l’isoler.

Le pervers narcissique ne doit pas permettre à sa victime de prendre de la distance. Il doit l’empêcher de fréquenter des personnes pour éviter de lui renvoyer l’aspect anormal de la relation.

Il a un lien de dépendance très fort.

“Le pervers narcissique a besoin d’une proximité, ses victimes sont donc des proches (un parent, un employeur, un collègue, un conjoint…). Il peut y avoir d’autres exemples comme un professeur et son élève, une relation hiérarchique dans l’armée. Le pervers narcissique a besoin de proximité et d’un lien difficile à rompre : lien de subordination, lien parental, lien filial, ou encore lien amoureux. Il englue sa victime en s’appuyant sur ce lien, sur cette proximité initiale.”

En effet, il va la manipuler et la contrôler.

Il veut absolument garder son objet dans lequel il déverse sa folie, ses angoisses. Mais l’objet pourrait lui revenir tel un boomerang. Pour cela, le pervers narcissique va dénigrer la parole de l’autre, il le garde sous contrôle.

Focus de JC Bouchoux :

“Le pervers doit absolument contrôler sa victime et dénigrer sa parole sous peine de la perdre et d’avoir à faire face à ses propres angoisses de deuil ou d’être mis en accusation par son souffre-douleur. Pour cela, il nous accuse très souvent de choses dont nous ne sommes pas coupables, nous emmène dans un flou artistique brouillant nos repères relationnels. On n’est pas loin de la tentative d’hypnose. Il nous adresse des injonctions paradoxales, nous assaille de fausses accusations…jusqu’au moment où notre cerveau démissionne. Nous ne savons alors plus où nous en sommes, nous ne savons plus qui nous sommes. Et là, il nous tient à sa merci.”

Il ne fantasme pas, il passe à l’acte.

Il a très peu de ressenti. Enfin, il vit de la jouissance dans sa relation avec son “souffre-douleur”. Alors, que vit la victime ?

Chapitre 7 : Les effets pervers sur la victime

La victime vit dans la confusion, elle ne peut plus penser par elle-même. Elle ne sait plus ce qu’elle doit croire. Elle subit un jeu de rôle sans fin, comme une vis sans fin :

jeu de rôle pervers narcissique victime

Souvent, le bourreau utilise la phase de séduction, puis la phase de dévalorisation. La victime séduite, abaisse sa garde. Lorsque le bourreau passe en phase 2, la victime est complètement réceptive.

Le pervers par ses attaques paradoxales conduit la victime vers la folie.

La victime va mettre en place des mécanismes de réponse à ses attaques :

    • La violence est une tentative d’expulsion de la toxicité du pervers
    • La dépression est un retournement sur soi de cette violence subie
    • La dépersonnalisation est une tentative d’évitement du conflit

En revanche, un pervers ne peut pas rendre un adulte pervers narcissique. Nous l’avons vu, la faille narcissique prend racine pendant l’enfance. Ce qui veut dire que nous ne naissons pas pervers narcissique, nous le devenons.

  • Comment aider nos enfants à ne pas devenir pervers ?

“Commençons par ne pas prendre nos enfants pour des objets ou pour le prolongement de nous-même. Traitons-les comme des sujets, donnons-leur ce dont ils ont besoin et ils trouveront leur chemin. Définissons les lois et faisons attention à ce que nous transmettons dans nos actes…”

Il semble, selon Christophe Carré, auteur du livre “la manipulation au quotidien” Ed Eyrolles 2007, qu’il y est une victime type. Le pervers et la victime ont une faille narcissique. Les deux se sont construits sur des critères radicalement opposés. Le pervers n’a pas de sentiment, la victime est amour. Le pervers est calculateur, la victime est confiante et naïve…

Chapitre 8 : Contrecarrer le pervers narcissique

Comment agir ?

La victime a besoin de nommer son bourreau de pervers narcissique → expliquer la situation avec les mots adaptés.

Interroger en miroir face aux injonctions → le pervers nous transmet une mauvaise image pour se valoriser. Il se donne le droit d’être supérieur et suffisamment intelligent. La victime cherche à se justifier.

Conseil de l’auteur : Le pervers démonte tous nos arguments. Il est important de ne pas se justifier et de couper court à la conversation. Renvoyez-le à sa condition : “De quel droit me dis-tu ça ? Qui es-tu pour me juger ? Es-tu si intelligent que je ne puisse voir que je ne le suis pas ?
Ça ne va pas lui plaire, il se sentira en danger. Mais, quand le pervers est démasqué, il s’en va…”

Renouer avec ses proches → c’est une action constructive : demander de l’aide, expliquer les événements, s’excuser sera un apprentissage structurant.

Remettre de la distance → partir se réfugier dans un environnement bienveillant et couper toutes communications. Il trouvera un nouvel objet sous peine de sombrer.

Conseil de l’auteur : S’il s’y oppose, c’est bien qu’il y a un problème. Prendre de la distance, mais aussi parler à une tierce personne (ami ou thérapeute) qui soit neutre. La parole est libératrice, elle permet à la victime de sortir de son état de dépendance et d’assujettissement.

Oser détester → le contraire entraîne la victime dans le processus de dépression. Pour sortir de la dépression, la victime doit passer par le processus de deuil et vivre sa colère.

Faire le ménage dans son entourage → il se fait naturellement à partir du moment où la victime fait un travail sur elle-même. Quand notre esprit change, le monde change.

Nommer un tiers → La loi est insupportable au pervers. Elle représente le père et vient s’insinuer dans la relation mère/enfant. Il agit en secret et à l’abri des regards. Il donne toujours l’illusion d’être une personne bien.

Conseil de l’auteur : Comment mettre de la distance ou couper les ponts quand il y a des enfants ? Il faut faire jouer pleinement leurs rôles à la loi, aux juges et aux avocats. Il ne faut pas reculer devant les moyens : déposer une main courante, porter plainte ou, en amont, nommer un tiers qui connaît la loi.

Combattre le pervers → l’idéal est de couper court à la relation. Le plus beau cadeau à se faire est de se protéger et de fuir

Sortir de la répétition → Si la victime a fui, faire un travail de remise en question sera nécessaire pour éviter de retomber dans un processus identique.

Ne plus chercher son image dans le regard de l’autre → Accepter notre image, apprendre à accepter nos défauts, nos qualités, nos manques. Nous connaître suffisamment nous évitera de croire ce que dit l’autre et croire en nous.

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Apprendre à désirer → La victime est toujours dans l’attente d’un retour de son image. Elle n’est pas capable de désirer elle-même. Le pervers le sait bien.
Alors, apprenons à nos enfants à désirer et arrêtons de leur demander d’agir pour nous faire plaisir et de s’inscrire dans notre désir : “Fais-moi plaisir, mange ta soupe ou fais tes devoirs…”

Renoncer à comprendre → Vouloir comprendre ce que l’autre dit, vouloir mettre du sens là où il n’y en a pas, contribue à glisser doucement dans la confusion. Renoncer à comprendre participe à sortir de cette confusion.

fuir face à un pervers narcissique

Chapitre 9 : Aux sources de la perversion

L’enfant aura du mal à se structurer quand il :

  • Ne connaît pas les limites
  • Ou vit des limites trop écrasantes
  • N’a pas besoin d’exprimer ses désirs

Poser des limites peut générer des conflits. Cependant, les conflits sont structurants…

Les travaux de différents psychanalystes montrent que l’enfant se structure aussi en réponse à son environnement, des réactions du visage de sa mère, du fantasme, du mythe d’Œdipe…

Chapitre 10 : Les chemins de la compassion

La victime vit dans l’illusion de croire qu’elle peut sauver son bourreau par :

  • Le pouvoir de la compassion
  • L’altruisme
  • Le pardon ou le déni

Et qui peut sauver une victime ?

Conseil pratique de JC Bouchoux : Si quelqu’un de notre famille ou un de nos amis va mal, nous pouvons lui prêter une oreille attentive et compatissante. Mais, rapidement, il serait bon que la personne rencontre quelqu’un de neutre.”

Chapitre 11 : Le pervers et sa victime : la valse délétère

A travers les études de cas traités dans son livre, l’auteur évoque des témoignages et parle :

  • D’une jeune fille qui a rejeté les symptômes pervers de sa mère
  • D’une victime désireuse de soigner son bourreau par amour
  • De la tentative de suicide d’une victime, le bourreau reste indifférent
  • De l’art du bourreau de prendre la place de sa victime dans sa vie

L’auteur, laisse la conclusion à Nelson Mandela, la voici :

“Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur, notre peur la plus profonde est que nous soyons puissants au-delà de toute limite. C’est notre propre lumière, et non pas notre obscurité, qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question : Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? […] Vous restreindre, vivre petit ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. […] elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus, elle est en chacun de nous et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même. En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres.”

Nelson Mandela – Discours d’investiture à la présidence – Prétoria, le 10 mai 1994

Conclusion sur “Les pervers narcissiques” de Jean-Charles Bouchoux :

Cela fait 10 ans que Jean-Charles BOUCHOUX traite le sujet des pervers narcissique. C’est un livre technique sur les mécanismes du psychisme et la psychopathologie, ce qui ne m’a pas dérangé à l’époque. Ayant suivi des modules de psychologie au Cnam, je comprenais facilement les concepts.

A cette époque, j’ai accepté de louer une chambre chez une personne proche de mon environnement. Mais ce n’était pas une amie. Elle avait aménagé son manoir en chambres d’hôte. Je fus ravie de louer cette chambre car j’appréciais cette dame.

Deux mois passent et je revois la scène, elle est gravée dans mon esprit ! Je subissais encore une injonction paradoxale et tout un coup mon cerveau me dit : “pourquoi tu as une aussi mauvaise opinion de toi depuis que tu es ici ?”

En fait, la confusion s’installait sans que je ne m’en rende compte et cette prise de conscience m’a permis d’aller parler à une amie infirmière en psychiatrie. Elle m’a écoutée et sa réponse a été simple et sans appel. “C’est une « pervers », tu dois fuir. Il faut fuir Nadia. Nadia fuit, c’est la seule solution !”

La troisième phrase m’a fait l’effet d’un faisceau électrique le long de ma colonne vertébrale. Je savais qu’elle avait raison ! Il fallait que je trouve une solution.

Mon contexte n’était pas favorable pour trouver un logement. Donc, j’ai utilisé l’évitement, d’être le moins en contact. J’évitais de manger avec elle, j’essayais d’être le moins présente possible. Sachez quand même qu’elle arrivait à me stresser, quand j’y repense cela paraît incroyable. L’emprise sur moi me surprenait, car je n’arrivais pas à sortir du stress.

Je vous raconte l’anecdote qui a marqué mon esprit pour toujours. J’ai passé une soirée chez une amie, il était deux heures du matin et elle me dit : “dors ici, ne prends pas la voiture et tu repars demain matin de bonne heure.” J’accepte sans aucune contrainte à l’esprit. Le lendemain matin, je pars, l’esprit tranquille et à mi-chemin d’un seul coup, je suis envahie d’un stress incontrôlable à l’idée d’arriver chez mon hôtesse.

Croyez-moi si vous voulez, j’avais le pied qui tremblait sur la pédale de l’accélérateur de la voiture. Le pire, c’est de savoir au fond de moi que j’allais devoir rendre des comptes, alors que je n’avais pas à le faire. Ce fut terrible, elle m’attendait sur le “pied de guerre”. Elle fut brillante pour me culpabiliser de ne pas l’avoir prévenue que je ne rentrais pas… Je vous passe les détails… J’ai abdiqué. J’ai coupé court à la conversation. Je lui ai dit ce qu’elle voulait entendre. Je me suis excusée sans le penser. J’ai donc arrêté de me justifier ! Un grand soupir de soulagement s’échappe de moi au moment où j’écris ces mots.

J’avais besoin de comprendre !

Ce livre sort en librairie à la même époque, je le vois par hasard et je l’achète, sachant que j’avais à faire à une « pervers narcissique ». Il m’a aidé à comprendre ce que je vivais. A m’exprimer avec les bons mots. Et surtout, à me déculpabiliser de ma responsabilité de ne rien avoir pressenti et de me faire vampiriser.

Je n’ai pas eu besoin d’être accompagnée par un professionnel pour me reconstruire. Les stratégies d’évitement et d’arrêter de me justifier (Chapitre 8) m’ont permises de préserver mon identité et mon image.

J’ai réussi à jongler quatre mois. Quand elle a vu qu’elle n’avait plus d’emprise sur moi, elle m’a convoquée. Elle a demandé à deux de ses amies d’être présentes et elle m’a mise à la porte “sur-le-champ”…

Ce fut un mal pour un grand bien…

Vous ne savez toujours pas si vous êtes une victime. Une autre histoire vécue vous attend, dans la rubrique “La Gazette”, du blog Les Allumées du Casque. Allez-y, cliquez ici et lisez !

Points forts :

Ce livre permet de…

  • Savoir si vous êtes face à un pervers narcissique
  • Comprendre comment fonctionne notre psychisme
  • Comprendre les mécanismes de son bourreau
  • Guider la victime
  • Comprendre qu’être victime ça se guérie
  • Comprendre que vous n’êtes pas seul à travers les témoignages

Points faibles :

  • La compréhension de la théorie de la psychanalyse est compliquée
  • Sans notion de psychologie, notamment freudienne, le lecteur peut rencontrer des difficultés à intégrer les concepts

La note de Nadia du blog Les Allumées du Casque :

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Les pervers narcissiques







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    Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.