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21 leçons pour le XXIe siècle

Couverture de 21 leçons pour le XXI sècle de Y. H. Harari

Résumé de « 21 leçons pour le XXIe siècle» de Yuval Noah Harari : l’auteur de Sapiens et d’Homo Deus revient avec un nouveau livre passionnant qui vous entraînera à réfléchir aux questions les plus brûlantes de notre monde contemporain.

Par Yuval Noah Harari, 2018, 375 pages.

Titre original : 21 Lessons for the 21st Century (2018).

Chronique et résumé de « 21 leçons pour le XXIe siècle» de Uval Noah Harari

21 leçons pour le XXIe siècle

Introduction

Ce livre est la suite de Sapiens et d’Homo deus. Alors que le premier explorait le passé et le deuxième l’avenir, celui-ci se penche sur notre présent en posant des questions et en proposant des « leçons ».

« Leur propos est de stimuler la réflexion et d’aider les lecteurs à participer à quelques-unes des grandes conversations de notre temps. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 12)

L’angle d’approche est global : ce sont de grandes questions sociales, politiques et techniques, notamment, qui sont traitées ici. Pour autant, l’auteur cherche à comprendre comment ces enjeux sont liés aux individus eux-mêmes, à leurs pensées comme à leurs émotions.

Ce livre est ambitieux, puisqu’il va jusqu’à poser la question du sens de l’existence dans les sociétés contemporaines. Mais pour Yuval Noah Harari, l’ambition est nécessaire, car il devient urgent de répondre à cette interrogation fondamentale.

Première partie Le défi technologique

Chapitre 1 — Désillusion

Les hommes vivent grâce à des récits. Le grand récit libéral parle de la lutte du peuple contre l’oppression des rois et des religieux ; il parle de l’émancipation de l’individu, de la libéralisation des marchés, de la mondialisation. Après la chute du communisme, il est devenu le récit dominant.

Pourtant, la crise financière de 2008 a calmé certains esprits, voire a créé une véritable désillusion. En 2016, cette perte de confiance a atteint le cœur de l’Occident libéral, avec le Brexit et l’élection de Donald Trump.

En 2018, tout se passe donc comme si le grand récit libéral était mort. Le sens de l’existence s’en trouve durablement affecté et certains crient à la catastrophe.

De l’éradication des moustiques à l’élimination des pensées

Le régime libéral — c’est-à-dire plus précisément ses institutions politiques, financières, juridiques — n’est pas bien équipé face aux changements technologiques les plus récents : Internet, Intelligence Artificielle, blockchain et plus fondamentalement encore, la fusion des révolutions de l’infotech et de la biotech (sur ce point, voir Homo deus).

Le phénix libéral

Pourtant, il n’y a pas vraiment d’offre de rechange : ni les illibéraux occidentaux, ni la Chine, ni la Russie, ni l’islamisme radical n’ont de solutions crédibles à proposer. Seulement des rêves nostalgiques qui ne peuvent qu’échouer face aux défis technologiques et écologiques. Alors que faire ?

« Il nous appartient […] de créer pour le monde un récit actualisé. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 34)

Chapitre 2 — Travail

Les machines remplacent traditionnellement la force physique, mécanique, de l’homme. Avec l’Intelligence Artificielle (IA), c’est la force cognitive qui est également remplacée. Sommes-nous à l’aube d’une grande transformation dans le monde du travail ?

Rien ne semble pouvoir échapper aux algorithmes artificiels, dans la mesure où il suffit aux ingénieurs de comprendre et copier nos propres comportements, qui sont eux-mêmes considérés par la science comme des algorithmes biochimiques.

C’est ainsi que les IA peuvent désormais faire preuve d’« intuition » et prédire les comportements d’autrui. Mais il y a plus. Les IA se connectent plus facilement et sont régulièrement mises à jour. Cela leur offre un avantage sur les humains.

Mozart dans la machine

L’art, comme les soins de proximité aux personnes, semble préservé de l’automation. Et c’est partiellement vrai, mais ne le sera pas indéfiniment.

La musique pourrait bien être la première à se transformer sous l’influence des IA : d’abord, en vous proposant des musiques existantes de façon toujours plus personnalisée, puis en vous proposant, pourquoi pas, des morceaux inédits composés rien que pour vous et vos états d’âme.

Nouveaux emplois ?

De nouveaux emplois se créent parallèlement à l’automatisation : pour la maintenance des machines, pour la recherche, etc. Des associations hommes-IA pourraient bien voir le jour un peu partout. Toutefois, il faudra souvent être très qualifié pour remplir ces fonctions.

Les personnes moins qualifiées auront des difficultés à se mettre à jour et, même si elles parviennent à acquérir les nouvelles compétences demandées, se retrouveront peut-être obsolètes à nouveau 10 ans plus tard. Le temps des emplois à vie semble derrière nous.

De l’exploitation à l’insignifiance

Le communisme avait pour projet de faire des prolétaires des acteurs politiques en leur montrant leur exploitation. Mais quid si vous devenez insignifiant, inutile plutôt qu’exploité ? Vous êtes alors un simple consommateur, et encore, car même les algorithmes peuvent se charger de ce rôle.

L’État pourrait vous donner un revenu de base universel ou vous payez pour les « travaux » que vous faites à la maison. Il pourrait aussi, à l’inverse, vous offrir tous les services universels de base gratuitement (éducation, transports, etc.).

Qu’est-ce qui est universel ?

Souvent, ces programmes, lorsqu’ils ont été testés, l’ont été au niveau municipal ou national. En outre, ils ont été expérimentés dans des pays riches où le changement de compétence n’est pas un problème majeur.

Là où les personnes pourront difficilement se reconvertir, à savoir dans les pays en voie de développement disposant peu de ressources en éducation, la situation risque d’être bien pire. Privés de leurs revenus par les pays riches (qui les remplaceront par des robots), que feront-ils ?

Accepterons-nous, occidentaux, de leur fournir un « revenu de base universel » ou des « services de base universels » ? La question est rhétorique : l’auteur n’y croit pas beaucoup, pour ne pas dire pas du tout.

Qu’est-ce qui est de base ?

Il n’existe pas de définition univoque des besoins de base. En outre, les êtres humains sont d’éternels insatisfaits. Il ne sera donc pas facile de mettre en place ce type de programmes.

Mais surtout, Sapiens a besoin de sens : l’avenir est-il au retour de la communauté et de la recherche spirituelle ? Peut-être. En tout cas, nous devrions nous en préoccuper autant, voire davantage que du chômage de masse.

Chapitre 3 — Liberté

« Le récit libéral chérit la liberté humaine au point d’en faire sa valeur numéro un. Pour lui, toute autorité procède en définitive du libre arbitre des individus, tel qu’il s’exprime dans leurs sentiments, leurs désirs et leurs choix. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 62)

Dans le domaine politique, économique et personnel, la liberté a le dernier mot. Or, comment l’individu se décide-t-il et fait-il usage de sa liberté (lors des élections, de sa consommation ou des choix liés à sa vie privée) ? Par ses sentiments. Il écoute son cœur et tranche à partir de ce qu’il ressent au fond de lui.

Mais que se passerait-il si, un jour, certaines organisations devenaient capables de manipuler nos sentiments en profondeur ?

Écoute l’algorithme

Les recherches scientifiques montrent que les sentiments (peur, désir, indignation, etc.) sont des formes de calcul finalement assez semblables aux algorithmes développés artificiellement. Ce sont des algorithmes biochimiques. Seules leur rapidité d’exécution et leur complexité nous font oublier de quoi il s’agit.

Si le calcul algorithmique est au fondement de la liberté, alors c’est à lui que nous devons nous en remettre ; c’est lui qui a autorité. Et dans ce cas, les algorithmes artificiels des ordinateurs peuvent très bien se coupler avec les algorithmes biochimiques pour nous « aider » à prendre des décisions plus informées.

Le drame de la décision

Les capteurs biométriques sont capables de récolter des données sur nos sensations et nos émotions. Ils sont bien plus fiables que nos déclarations officielles. Si nous laissions des dispositifs techniques prendre et utiliser ces données, les marques qui les utilisent pourraient bien finir par décider pour nous sur beaucoup de sujets (du choix d’un film sur Netflix à des décisions plus existentielles).

La confiance en nos propres sentiments pourrait donc bien diminuer au profit de notre foi en la capacité des algorithmes à « guider » notre existence. Que se passera-t-il lorsque nous laisserons une IA nous proposer le meilleur choix d’études ou de partenaire ?

La voiture philosophe

À l’avenir, les voitures autonomes pourraient bien se charger de résoudre nos dilemmes éthiques. Yuval Noah Harari prend l’exemple suivant : en tant que conducteur, accepteriez-vous de mourir dans un accident de voiture, percuté par un camion, pour sauver deux enfants traversant la route ?

Les logiciels compliqués des automobiles du futur pourraient bien être programmés pour prendre une décision à votre place. Ou vous pourriez, au moins dans un premier temps, opter pour votre type de voiture préférée. Préférez-vous la voiture « égoïste », qui vous sauve la vie, ou la voiture « altruiste » qui sauve celle des enfants ?

Dictatures digitales

Les systèmes de voitures autonomes sont une chose. Mais que penser des systèmes d’armes autonomes ou des systèmes de surveillance autonomes ? Des gouvernements plus ou moins malveillants pourraient bien être tentés par leur exploitation massive.

Malheureusement, cette possibilité n’est pas tellement improbable. Des dirigeants peu sympathiques pourraient avoir de bien mauvaises idées. En outre, l’IA donne un avantage nouveau aux régimes dictatoriaux, parce qu’elle rend la centralisation des données beaucoup plus efficace (grâce à sa puissance de calcul).

Intelligence artificielle et bêtise naturelle

Intelligence et conscience sont deux choses différentes.

« L’intelligence est la capacité de résoudre des problèmes ; la conscience, la capacité d’éprouver de la douleur et de la joie, de l’amour et de la colère. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 87)

Chez les humains, conscience et intelligence sont souvent couplées. Mais une IA peut très bien être brillante sans en être consciente. Elle devra seulement être capable d’analyser les sentiments humains.

D’où une préconisation de l’auteur : il importe de faire avancer la conscience humaine en même temps que l’intelligence artificielle. Pour résister aux sollicitations toujours plus précises des IA (qui cherchent à nous vendre des voitures ou à nous faire voter dans tel ou tel sens), nous avons besoin de cultiver notre conscience.

Chapitre 4 — Égalité

Au cours de l’histoire de l’humanité, les inégalités se sont accrues. Sauf au XXe siècle. Au siècle précédent, de grands efforts ont en effet été réalisés pour réduire les inégalités. Mais cela n’a pas suffi. Aujourd’hui, cela pourrait même s’aggraver.

Comment ? En créant des inégalités qui ne seraient plus seulement économiques ou idéologiques, mais aussi biologiques. Grâce à l’évolution des biotechnologies, notamment, les plus riches pourraient se transformer pour devenir plus créatifs, plus intelligents, en meilleure santé plus longtemps.

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Qui possède les data ?

« Si nous voulons empêcher la concentration de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une petite élite, la clé est de réglementer la propriété des data. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 95)

Prenons le cas de la santé. Nous donnons de plus en plus d’informations à des programmes publics et privés. Mais à qui appartiennent ces données ? Sont-elles notre propriété ou celle des organisations qui les récoltent ?

À qui devons-nous nous fier ? Aux grandes entreprises ou aux États ? Il semble préférable d’opter pour la propriété personnelle des data. Mais comment penser la propriété personnelle des data, qui sont à la fois partout et nulle part ?

le défi politique 21 leçons pour le 21ème siècle

Deuxième partie Le défi politique

Chapitre 5 — Communauté

Le constat d’un manque de communauté est largement partagé. C’est un fait : beaucoup d’êtres humains se sentent perdus, isolés et aliénés ; manquant de liens d’appartenance. Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a lui-même proposé de créer des communautés grâce à l’IA de son réseau social.

Bien sûr, cette affirmation est à prendre avec précaution. En 2018, le scandale de Cambridge Analytica a montré que l’entreprise était capable de vendre nos données à qui voulait manipuler l’opinion publique.

Et pourtant, il faut prendre la proposition au sérieux, car il est assez rare de voir des institutions privées faire des déclarations idéologiques de ce type. Facebook va-t-il vraiment recréer des sentiments d’appartenance grâce aux groupes Facebook ? C’est une affaire à suivre.

En-ligne contre hors-ligne

L’un des problèmes liés à cette promesse est le fossé entre le « en-ligne » et le « hors-ligne ». Facebook imagine surtout des communautés en ligne. Son modèle économique vise à capturer toujours plus l’attention des personnes pour les faire consommer, quitte à leur enlever l’énergie de sortir de chez eux.

Sera-t-il capable de changer de modèle afin de proposer un usage plus sain des réseaux sociaux, qui encouragerait les activités (non commerciales) hors ligne plutôt que les achats en ligne ? C’est peu sûr.

Par ailleurs, il faudrait aussi qu’il revoie son modèle fiscal. Jusqu’à présent, il pratique l’évasion fiscale et il peut le justifier plus facilement parce qu’il se fait une idée dématérialisée de ses utilisateurs. Mais s’il se rendait vraiment compte que ceux-ci ont un corps hors ligne, ne devrait-il pas participer à la construction des hôpitaux, des routes et des égouts (tout ce que permet la récolte des impôts) ?

Chapitre 6 — Civilisation

Sommes-nous condamnés à subir le « choc des civilisations » ? L’Occident est-il en lutte contre l’Orient ou le monde musulman ? Ce n’est pas l’avis de Yuval Noah Harari.

Pourquoi ? Car, selon lui, cette thèse largement véhiculée du « choc des civilisations » est fausse. Pour plusieurs raisons.

D’abord, car le fondamentalisme islamique n’a rien d’un mouvement séculaire plongeant ses racines dans le Moyen-Âge musulman : c’est une idéologie toute neuve, créée par des gens ayant lu aussi bien le Coran que les grands intellectuels européens.

Ensuite, parce qu’aucune civilisation n’a d’identité fixe. Chaque société se réinvente constamment et crée son histoire en donnant sens aux transformations qu’elle subit ou provoque.

Allemands et gorilles

Contrairement aux espèces biologiques, qui se séparent sans jamais fusionner (impossible de fusionner avec nos cousins gorilles, avec qui nous partageons pourtant des ancêtres communs), les sociétés humaines ont tendance à se regrouper.

La France, par exemple, est la réunion de plusieurs peuples (les Bretons, Gascons, Provençaux, etc.). Elle est en passe de fusionner dans une identité européenne.

Certes, les fusions ne durent pas toujours (le Brexit l’a montré). Néanmoins, ce mouvement est puissant et se poursuit. La « mondialisation » crée des liens toujours plus forts entre groupes distincts et engendre une uniformisation des pratiques.

Olympiades médiévales

Faites cette expérience de pensée. Imaginez organiser des Jeux olympiques il y a 1000 ans. Impossible de savoir qui concourt contre qui (il n’y a pas d’États qui se reconnaissent comme égaux), il n’existe pas de sports communs, rien qui puisse réunir tous ces peuples.

Regardez aujourd’hui. Ce sont des centaines d’États qui participent. Tous ont des drapeaux très similaires, des hymnes qui se ressemblent. Tous se reconnaissent (à peu près) et font appel aux mêmes instances internationales.

Aujourd’hui, nous vivons dans un même paradigme politique mondial, hérité des Occidentaux (et souvent imposé par eux).

Un dollar pour les gouverner tous

Il en va de même au niveau économique et au niveau sanitaire. Le capitalisme s’est progressivement imposé dans toutes les régions du monde, à quelques nuances près. La médecine dite « moderne » également.

« Les gens que nous combattons le plus sont souvent les membres de notre famille. L’identité se définit par des conflits et des dilemmes plus que par des accords. Que signifie être européen en 2018 ? Non pas avoir la peau blanche, croire en Jésus-Christ ou défendre la liberté. C’est plutôt débattre avec véhémence de l’immigration, de l’Union européenne et des limites du capitalisme. C’est aussi se demander jusqu’à l’obsession “Qu’est-ce qui définit mon identité ?” et s’inquiéter d’une population vieillissante, du consumérisme effréné et du réchauffement climatique. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 126)

En ce sens, nous nous ressemblons de plus en plus. De plus en plus, en effet, les problèmes qui nous animent sont similaires, qu’on soit Chinois ou Péruvien.

Chapitre 7 — Nationalisme

Nous l’avons vu : aucune nation n’est gravée dans le marbre. Chaque nation est une construction historique.

Le nationalisme a quelques bons côtés, puisqu’il permet de faire passer les intérêts nationaux avant les intérêts familiaux (élargissement de l’empathie) via le système des impôts, notamment. Par contre, l’ultranationalisme pose problème, car il est une source majeure de conflits.

Face aux défis du monde contemporain, la solution nationaliste semble peu appropriée.

Le défi nucléaire

La course à l’armement nucléaire a créé une situation inédite durant la deuxième moitié du XXe siècle. L’humanité a craint pour elle-même. Finalement, un nouvel ordre mondial a vu le jour, où la paix l’a emporté.

Mais la montée des nationalismes pourrait bien rebattre les cartes et engendrer de nouvelles angoisses.

Le défi écologique

L’isolationnisme nationaliste est sans doute encore plus dangereux lorsqu’il s’agit du défi écologique et, en particulier, du réchauffement climatique. Contrairement à la menace nucléaire qui est potentielle, le changement climatique est une réalité en train de se produire.

Et il se fiche bien des frontières entre États. Les actions d’un pays rejaillissent sur d’autres. C’est pourquoi il est essentiel de s’entendre au niveau global.

Le défi technologique

À nouveau, aucune réponse nationaliste ne peut être apportée aux problèmes évoqués dans les chapitres antérieurs à propos de la dictature digitale et de la fusion des technologies de l’information et des biotechnologies.

Vaisseau spatial Terre

« Alors que nous avons désormais une écologie mondiale, une économie mondiale et une science mondiale, nous nous accrochons à la seule politique nationale. Ce décalage empêche le système politique de s’attaquer efficacement à nos grands problèmes. L’efficacité politique requiert soit de démondialiser l’écologie, l’économie et la marche de la science, soit de mondialiser notre politique. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 143)

Pour Yuval Noah Harari, cela passe surtout par une prise en compte des enjeux globaux au niveau local et national, avant même de penser à la création d’un « gouvernement mondial ».

Chapitre 8 — Religion

La religion peut-elle nous aider à régler certains problèmes ? Pour répondre à cette question, il faut distinguer entre problèmes :

  1. Techniques ;
  2. Politiques ;
  3. Identitaires.
Problèmes techniques : l’agriculture chrétienne

Jadis, les peuples priaient leur Dieu (ou leurs dieux) pour faire tomber la pluie ou rétablir la santé d’un enfant malade. Aujourd’hui, la science nous donne de bien meilleurs résultats et la religion n’est plus aussi pertinente dans ce domaine.

Problèmes politiques : économie musulmane

Comme dans le cas des problèmes techniques, la religion ne joue pas de rôle prioritaire ici. En fait, elle a plutôt une fonction de « vernis » ou de justification. Après avoir pensé ou résolu les problèmes politico-économiques grâce aux théories des meilleurs auteurs contemporains, certains dirigeants religieux vont chercher des parties des Écritures (Bible, Coran ou autre) qui leur donnent raison. Mais en tant que telle, la religion n’a rien à dire sur les grands enjeux politiques de notre temps.

Problèmes d’identité : lignes dans le sable

Quand il s’agit de séparer le « nous » du « eux », en revanche, les religions ont encore quelque chose à dire. Encore de nos jours, beaucoup de personnes se reconnaissent comme faisant partie de telle ou telle communauté religieuse, à l’exception de toute autre.

Le Japon est l’exemple type du pays qui a réussi une double tâche : se moderniser (grâce à la science, au marché et aux doctrines politiques contemporaines) et créer une unité nationale grâce à une version remaniée de la religion locale, le shinto. Cela a très bien fonctionné : les Japonais sont à la fois modernes et fermement attachés à leurs coutumes et leur pays.

Les servantes du nationalisme

Malheureusement, les religions aident à maintenir l’unité nationale et créent souvent un repli identitaire, là où les enjeux du monde contemporain nécessitent des réponses globales. Il n’est donc pas certain que les religions puissent nous aider à faire face.

Chapitre 9 — Immigration

« Pour éclairer le sujet, peut-être serait-il utile de considérer l’immigration comme un accord avec trois conditions ou clauses fondamentales :

Le pays d’accueil laisse entrer les migrants [Clause 1]. En contrepartie, les immigrés doivent embrasser au moins les normes et valeurs centrales du pays d’accueil, même si cela les oblige à abandonner certaines de leurs normes et valeurs traditionnelles. Si les immigrés s’assimilent suffisamment, ils deviennent avec le temps des membres égaux et à part entière du pays d’accueil. “Eux” deviennent “Nous”. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 158)

Toutefois, chaque clause pose des problèmes spécifiques. En outre, nous confondons souvent les questions qui relèvent de l’une ou de l’autre. Dans ce chapitre, l’auteur tente d’y mettre un peu d’ordre.

Du racisme au culturisme

Par ailleurs, Yuval Noah Harari pointe deux types d’idéologies importantes pour penser l’immigration.

  • Le racisme, d’un côté, cherche à fonder les différences (et la hiérarchie) entre peuples sur des données biologiques (le concept de « race »).
  • Le « culturisme » considère en revanche ces différences comme « culturelles ». Ce qui pose aussi des problèmes.

Aujourd’hui, le culturisme prospère. Certaines données « culturelles » (par exemple, parler franchement plutôt que taire les conflits) empêchent certaines personnes d’évoluer dans le pays qui les accueille. Les individus se trouvent « catalogués » en fonction de préjugés culturels.

La question de l’immigration doit être résolue de façon démocratique, en prenant compte cette double contrainte : il est impossible de forcer un peuple à accepter l’immigration et chaque peuple a des obligations vis-à-vis des autres populations.

Désespoir et espoir leçons pour le XXIe siècle

Troisième partie Désespoir et espoir

Chapitre 10 — Terrorisme

Installer la terreur est une stratégie efficace. Malgré le peu de morts à mettre au compteur du terrorisme, comparativement aux dégâts du sucre sur la santé par exemple, celui-ci effraie et mène à l’irrationalité.

Si l’on calcule froidement, le terrorisme fait peu de victimes, notamment au regard des guerres traditionnelles. Mais l’espoir des terroristes est de nous faire peur, de nous rendre fous, confus et agressifs.

Rebattre les cartes

Conclusion : les terroristes sont faibles. Ils n’ont d’autre moyen que de nous terroriser. Mais ils laissent intacts nos moyens de défense et de riposte. Ce sont des « créateurs de spectacles », plutôt que des stratèges militaires.

La réponse à donner tient elle aussi du théâtre. Surtout, il importe de se souvenir que « rien de ce que font les terroristes ne peut nous vaincre ». Seule notre peur peut le faire ; il faut donc démontrer que la situation est sous contrôle et que les terroristes n’ont pas prise sur nos émotions.

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Une petite pièce dans un grand pot vide

Pourtant, parfois l’État s’énerve. Pourquoi ? Parce qu’il a fondé sa légitimité sur la sécurité publique. Et comme il a pacifié, au cours des siècles, la sphère publique à l’intérieur, il craint que celle-ci soit mise en péril à partir de l’extérieur et que sa population ne se rebelle contre lui s’il n’agit pas.

Terrorisme nucléaire

Le rapport de force change effectivement si les terroristes acquièrent des capacités nucléaires, biologiques (bioterrorisme) ou informatiques (cyberterrorisme). Bien sûr, ces risques doivent être regardés avec une attention toute particulière. Mais ils ne doivent pas détourner notre regard (et nos ressources) d’enjeux plus cruciaux tels que le réchauffement climatique.

Chapitre 11 — Guerre

La guerre classique couve depuis la crise financière de 2018. Certains croient à un retour aux années 1910, lorsqu’un choc économique éclata et conduisit à la Première Guerre mondiale.

Mais la situation n’est plus la même. À l’époque, les pays savouraient les guerres victorieuses ; aujourd’hui, les pays ont le plus grand mal à vaincre et les conflits laissent désormais un goût trop amer.

Vu du Kremlin

La Russie fait figure d’exception. Elle mène une politique guerrière. Toutefois, elle vise à limiter l’étendue des conflits qu’elle crée, du moins jusqu’à présent (NB. l’auteur écrit en 2018).

Par ailleurs, l’État de Poutine n’a ni technologie « dernier cri » informatique et biotechnologique (bien qu’elle soit assez douée en matière de cyberguerre) ni idéologie susceptible de séduire un grand nombre de personnes hors Russie.

L’art perdu de gagner les guerres

Il est plus difficile — et moins intéressant — de gagner des guerres aujourd’hui, car :

  • La richesse d’un pays est aujourd’hui surtout immatérielle, ce qui se conquiert difficilement ;
  • Les risques en matière de cyberguerre et d’armes nucléaires font reculer les plus agressifs.
La marche de la folie

Yuval Noah Harari n’écarte toutefois pas le risque de la guerre. Quelle en serait la raison ? La bêtise humaine :

« La bêtise humaine est une des forces les plus importantes de l’histoire, mais nous avons tendance à en faire peu de cas. Politiciens, généraux et savants traitent le monde comme une grande partie d’échecs […]. Le problème est que le monde est bien plus compliqué qu’un échiquier et que la rationalité humaine n’a pas les moyens de le comprendre réellement. Même les dirigeants rationnels finissent donc souvent par faire des choses très idiotes. » (21 leçons pour le 21e siècle, p. 198)

Chapitre 12 — Humilité

Une bonne dose d’humilité permet d’éteindre pas mal d’idioties et d’agressivité mal placée vis-à-vis des étrangers. Tous les peuples se croient les meilleurs et les plus grands. Pourtant, rien ne vaut une petite remise à niveau ! L’auteur prend le cas des Juifs (étant Juif lui-même, il préfère critiquer les siens plutôt qu’autrui).

La mère de Freud

L’histoire des Juifs a beau être importante à leurs yeux, elle n’a pas l’importance mondiale qu’ils lui donnent souvent. Certes, la religion juive a inspiré les religions chrétiennes et musulmanes, mais celles-ci ont eu, finalement, une influence beaucoup plus capitale.

L’éthique avant la Bible

Les Juifs ont tendance à croire aussi qu’ils sont à la source de l’éthique, parce qu’Abraham et Moïse ont créé des codes moraux. Mais c’est faux. Avant eux, des groupes d’hommes avaient déjà leurs propres traditions en cette matière. Même les animaux suivent des règles éthiques que les éthologues observent chaque jour avec plus de précision.

Naissance du sectarisme

Peut-être le judaïsme a-t-il innové en matière de monothéisme ? Là aussi, l’histoire permet d’en douter. En Égypte déjà, des signes de monothéisme peuvent être attestés.

Et puis surtout, la croyance en un Dieu unique n’est peut-être pas une idée dont ils devraient avoir tant envie de se vanter, car les religions de ce type n’ont pas vraiment été des modèles d’acceptation d’autrui.

Physique juive, biologie chrétienne

Peut-être que les Juifs devraient se glorifier des grands noms qui, au cours des siècles et particulièrement des deux siècles passés, ont marqué l’histoire des sciences ? Pourtant, ces penseurs (Spinoza, Einstein ou Freud, pour ne citer que les plus connus) se sont inscrits dans des traditions qui ne venaient pas du judaïsme lui-même : la révolution scientifique, par exemple, n’a pas pris ses racines dans le monde juif.

Chapitre 13 — Dieu

Il y a le Dieu des philosophes et le Dieu des croyants. Le premier désigne une source de perplexité sur le monde ; le second un fondement pour créer des règles de vie très strictes et concrètes.

C’est une chose de s’étonner du mystère de l’existence, une autre de créer un ordre social. Souvent, un livre sacré sert aux croyants pour établir leurs coutumes. Et ils aiment donner un nom à Dieu et s’en servir. Les curieux et les philosophes n’ont pas besoin des noms ni des doctrines établies.

Éthique sans Dieu

La croyance en Dieu (ou en des dieux) peut bien sûr nous pousser à faire des choses bien. Mais il n’y a pas forcément besoin d’y croire pour agir de façon bonne. Pour l’auteur, la morale signifie avant tout « réduire la souffrance » (p. 219).

Par ailleurs, l’homme cherche aussi à prendre soin des autres. Pourquoi ? Parce que, en tant qu’animal social, c’est aussi la condition de son bien-être. Mais le souci d’autrui peut se passer de religion.

Nous pouvons prendre conscience de l’importance des autres (de nos frères jusqu’à l’étranger) par des théories plus simples.

Chapitre 14 — Laïcité

La laïcité n’est pas l’absence de religion. C’est un code éthique et un idéal social. Bien sûr, il est difficile d’être à la hauteur d’un idéal. Mais on peut chercher à le suivre du mieux que l’on peut.

L’idéal laïque

« Qu’est-ce donc que l’idéal laïque ? Les laïcs sont d’abord et avant tout attachés à la vérité, laquelle repose sur l’observation et la preuve plutôt que sur la simple foi. Les laïques s’efforcent de ne pas confondre vérité et croyance […]. De plus, les laïques ne sanctifient aucun groupe, aucune personne, ni aucun livre comme s’il était le seul gardien de la vérité. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 223)

Yuval Noah Harari cite d’autres caractéristiques :

  • La compassion ;
  • L’absence de commandements divins absolus ;
  • Un attachement profond à l’égalité ;
  • La liberté de penser, de chercher, d’expérimenter ;
  • La responsabilité.
Staline était-il laïque ?

Oui, si nous considérons que la laïcité se réduit à une absence de croyance en dieu. Non, si nous la regardons comme l’idéal décrit rapidement plus haut.

La doctrine des droits de l’homme peut être considérée comme le « dogme » de la laïcité. Celui-ci a certainement joué un rôle bénéfique lors des derniers siècles, mais il n’est plus sûr qu’il soit adapté.

Connaître l’ombre

La laïcité a eu ses effets pervers (dont le stalinisme et l’impérialisme occidental, entre autres). Aucun crédo, pas même celui des laïques, n’existe sans part d’ombre. D’où l’importance de la réflexivité et de l’humilité (ou de la modestie).

Mieux vaut faire confiance à ceux ou celles « qui font aveu d’ignorance » qu’à celles ou ceux « qui revendiquent l’infaillibilité » (p. 233).

les mythes et idéologies XXIe siècle

Quatrième partie Vérité

Chapitre 15 — Ignorance

Rationalité et individualité sont des mythes inventés par l’idéologie libérale. L’individu ne pense pas seul et uniquement par lui-même, pas plus qu’il ne décide en prenant toutes les options en compte. Il vit et pense en groupe. Et souvent, il est ignorant des causes et des conséquences de ses actes ou des choses qui l’entourent. Il pense savoir, mais il s’illusionne.

Le monde, par ailleurs, se complexifie. Mais est-ce par un afflux constant de données qu’on va leur faire comprendre les enjeux contemporains ? Non. C’est en racontant des histoires à des groupes.

Le trou noir du pouvoir

Les dirigeants privés et publics du monde n’en savent pas nécessairement plus. Ils sont trop occupés. Ils veulent agir vite, sur base de discours rapidement énoncés. Le pouvoir dénature la vérité. En fait, ils sont pris dans un dilemme :

  • Soit ils restent au centre du pouvoir et n’acquièrent qu’un savoir très déformé ;
  • Soit ils se risquent à la périphérie (où sont les idées originales et intéressantes) et perdent leur précieux temps.

Chapitre 16 — Justice

« La justice requiert non seulement un ensemble de valeurs abstraites, mais aussi la compréhension de relations concrètes de cause à effet. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 244)

Dans un monde qui se globalise, il est de plus en plus difficile de comprendre ces relations. Suis-je à blâmer parce que je mange de la viande ou porte tels vêtements ? D’où viennent-ils ?

Voler les rivières

Ni la morale du devoir (agir en fonction d’une règle) ni la morale conséquentialiste (agir en fonction de la conséquence de nos actes) ne fonctionne très bien aujourd’hui, car nous ne savons plus très bien ce que nous faisons réellement.

La morale de l’intention (être jugé à partir de notre volonté de bien faire) ou la morale du savoir (faire tout pour connaître une situation donnée) sont, elles aussi, délicates à appliquer.

Alors que les problèmes deviennent globaux, comment prendre tous les points de vue en compte et sortir de nos biais structurels ou de nos préjugés individuels ?

Réduire ou nier ?

Pour tenter de comprendre et évaluer le monde, quatre stratégies sont souvent employées :

  1. Réduire le problème à quelque chose de plus simple ;
  2. Proposer un récit touchant ;
  3. Tisser des théories du complot ;
  4. Créer un dogme qui rassure.

Comment se redonner (individuellement et collectivement) les moyens de savoir et d’évaluer ?

Chapitre 17 — Post-vérité

La propagande et la désinformation ne datent pas d’hier. Peut-être que Trump et Poutine se servent de nouveaux moyens, mais ils n’en ont certainement pas inventé le concept.

L’espèce post-vérité

Mais la fiction n’est-elle pas le propre de l’homme ? Dans Sapiens, Yuvah Noah Harari soutenait déjà cette thèse. Ce sont les fictions qui permettent aux communautés humaines de coopérer efficacement. En tant que fictions, les fake news ne sont donc pas vraiment nouvelles.

Mensonge un jour, vérité toujours

Les propagandes nazie et stalienne l’avaient déjà théorisé et en avaient fait la preuve : il suffit de répéter suffisamment un mensonge pour qu’il devienne la vérité. Leurs fictions ont généré des meurtres de masse.

Aujourd’hui, il est difficile de savoir que croire, mais il n’est pas sûr que la situation soit pire qu’auparavant. On peut espérer que les fake news diffusées sur Facebook et Tweeter ne provoqueront sans doute pas de meurtres de masse.

En fait, la vérité est toujours passée au second plan face au pouvoir et à la volonté de transformer le monde. Ce sont les fictions (et les conventions, qui leur ressemblent beaucoup) qui dirigent le monde humain.

S’extraire de la machine à laver le cerveau

« Tout cela ne veut pas dire que les fake news ne soient pas un problème grave ni que les politiciens ou les prêtres aient toute liberté de débiter des mensonges. On aurait aussi complètement tort de conclure que tout n’est que fake news, que tout effort pour découvrir la vérité est voué à l’échec, et qu’il n’y a pas la moindre différence entre le journalisme sérieux et la propagande. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 262)

Il importe de développer son esprit critique et de reconnaître les sources d’information les plus fiables.

Chapitre 18 — Science-fiction

La science-fiction peut-elle nous aider ? Comme les hommes coopèrent grâce aux fictions, mais qu’ils ont aussi besoin de savoir ce qu’il se passe dans le monde, est-ce que le genre « science-fiction » ne pourrait pas lui convenir ? De fait, il a déjà un grand succès. Mais il faudrait peut-être que les scénaristes fassent un peu mieux leur travail.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Sources of Power / Les sources du pouvoir
Vivre dans une bulle

Dans Matrix et The Truman Show, qui sont pourtant de bons films, les protagonistes se retrouvent dans des matrices. Le problème est qu’ils sortent de la matrice pour trouver leur vrai moi. Mais existe-t-il quelque chose comme un « vrai moi » ?

Par ailleurs, lorsqu’ils découvrent enfin le « vrai monde », il est fait de la même matière (des douleurs, des conflits, de l’amour, etc.). Il pourrait très bien être une autre matrice.

Disney perd la foi dans le libre arbitre

Le film de Pixar et Disney, Inside out (Vice-versa en français) raconte l’histoire de Riley ou plutôt de ses émotions. L’histoire est basée sur les recherches neuroscientifiques récentes et montre que l’individu est une histoire complexe et une interaction continue entre différentes émotions.

Un autre exemple est donné par l’auteur : Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Ce classique de la littérature de science-fiction est encensé par Yuval Noah Harari qui y voit une projection inquiétante.

éducation choisir les informations leçons pour le XXIe siècle

Cinquième partie Résilience

Chapitre 19 — Éducation

Le monde se modifie plus vite qu’il ne l’a jamais fait. Par ailleurs, nous sommes saturés d’informations. L’éducation doit donc se concentrer sur la façon de sélectionner entre les bonnes et les mauvaises informations ; elle doit donc aussi aider à créer du sens.

La pression monte

L’adulte de demain devra se réinventer plus souvent et plus rapidement qu’aucun autre être humain jusqu’à présent. Les mutations — encore inconnues, dans leur sens précis — qui vont survenir dans les années à venir vont sans doute forcer de nombreux individus à réapprendre de nouveaux métiers et à faire face à des situations complètement neuves.

Faire preuve de « souplesse mentale » et d’« équilibre émotionnel » devient donc vital. Mais ce n’est pas facile à enseigner !

Hacker les humains

Pour éviter de se faire manipuler par les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes intrusives de marketing, il faudra apprendre à encore mieux se connaître. Oui, il faut résister à la tentative de Coca-Cola, Baidu ou Amazon (pour ne citer qu’eux) de vous hacker, c’est-à-dire de manipuler vos émotions, vos choix, vos objectifs.

Chapitre 20 — Sens

Les récits (nationalistes, religieux, romantiques, etc.) donnent sens à nos vies. Les bons récits vous captivent en vous donnant un rôle dans un scénario plus vaste. Vous ne pensez plus à demander pourquoi suivre ce récit-là et ce qui le rend si important. Vous êtes pris dans les détails de l’histoire.

Le poids de la toiture

Mettre en doute les récits bien établis est une entreprise dangereuse.

« Dès lors que des identités personnelles et des systèmes sociaux entiers sont construits sur un récit, il devient impensable d’en douter — non du fait des preuves qui l’étaieraient, mais parce que son effondrement déclencherait un cataclysme personnel et social. Dans l’histoire, la toiture a parfois plus d’importance que les fondations. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 302)

Hocus pocus et industrie de la croyance

Comment maintenir la croyance dans les récits ? Par les rituels. En investissant certains objets concrets de pouvoirs abstraits liés au récit, celles et ceux qui accomplissent le rituel donnent à voir (et à croire) l’invisible. Le vin devient sang du Christ, par exemple.

Les meilleurs rituels sont liés au sacrifice (de soi ou d’un autre). Pourquoi ? Parce qu’un sacrifice implique la souffrance, qui est quelque chose d’indubitable. « Si je souffre (ou que je fais souffrir), c’est que le récit doit être vrai. »

L’auteur donne beaucoup d’exemples éclairants pour mieux comprendre ces processus rituels. Il dit aussi que, souvent, l’exécution de rituels et de sacrifices se substitue à la poursuite de l’idéal fourni par le récit.

Le portefeuille de l’identité

L’identité de chaque individu est multiple : plusieurs récits s’y entrecroisent et, parfois, se contredisent. Mais l’esprit a la fâcheuse tendance à ne pas reconnaître ces contradictions ou à les refouler. D’où des discours parfois incohérents, mais auxquels les « fidèles » de toutes sortes croient néanmoins dur comme fer — ou font semblant d’y croire.

Le supermarché d’Elseneur

Le libéralisme est lui aussi un récit. C’est le récit selon lequel l’univers n’a pas de sens, mais moi, qui suis libre, je peux lui en donner un. Comment ? En suivant ma sensibilité, en explorant mon intériorité et en transformant le monde selon mes idées.

Il y a pourtant un problème, selon Yuval Noah Harari : le « moi », comme la « liberté », sont des chimères elles aussi. Vous n’êtes pas maître de vous-même, de vos désirs, de vos émotions.

Vous pouvez tenter de créer un récit cohérent de vous-même, de votre histoire personnelle, voire créer votre personal branding sur les réseaux sociaux, mais cela ne correspondra jamais à qui vous êtes, ni ne vous donnera un véritable contrôle sur les tempêtes émotionnelles et les douleurs qui vous traversent.

Pas un récit

Le bouddhisme affirme lui aussi que l’univers n’a pas de sens. Mais il affirme aussi qu’il n’y a pas à en créer un et que l’être humain n’est donc pas plus porteur de sens qu’un autre être. En d’autres termes, le bouddhisme refuse le récit.

Bien sûr, ce refus du récit peut lui-même devenir un récit qui servira divers intérêts (il y a pléthore d’exemples de bouddhistes qui utilisent le bouddhisme comme une histoire servant diverses fins).

L’épreuve de la réalité

Pourtant, le bouddhisme, et tout particulièrement la méditation, selon Yuval Noah Harari, met le doigt sur quelque chose d’essentiel : la simple réalité des corps.

La question essentielle n’est plus « Quel sens donner à la vie ? », mais « Comment venir à bout de la souffrance ? ». Lorsque vous vous demandez si vous êtes face à un récit ou face à la réalité, demandez-vous si cette chose peut ou non souffrir.

Chapitre 21 — Méditation

Dans ce dernier chapitre, Yuval Noah Harari raconte sa propre expérience et cherche à exposer plus clairement l’origine de ses vues sur le monde. Il raconte comment, après une adolescence difficile et des études universitaires qui le laissaient insatisfait, il fit la rencontre de la méditation grâce à un ami.

L’observation de soi que requiert la méditation le changea profondément. En méditant, il se met en contact avec le réel. Et il le dit : la clarté que lui apporte cette pratique lui a permis d’écrire ses ouvrages. Il ne dit pas que c’est la panacée, mais que ça a marché pour lui.

Creuser aux deux extrémités

Pris simplement, la méditation est l’observation de son esprit. C’est une activité très différente de celle des neurosciences qui étudient le cerveau. C’est aussi très différent de la philosophie ou des discussions théoriques.

Dans la forme que l’auteur connaît et pratique, il s’agit seulement d’« observer les sensations corporelles et les réactions mentales de manière méthodique, continue et objective, pour découvrir les configurations élémentaires de l’esprit » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 335).

Cette connaissance de soi risque de devenir de plus en plus difficile à l’avenir. Voulez-vous commencer maintenant ?

rencontre avec la méditation leçons du XXIe siècle

Conclusion sur « 21 leçons pour le XXIe siècle» de Yuval Noah Harari :

Ce qu’il faut retenir de « 21 leçons pour le XXIe siècle» de Yuval Noah Harari 

Mettons tout d’abord en garde contre un risque de mésinterprétation, signalée dès l’introduction par l’auteur :

« Une bonne partie du livre traite des insuffisances de la vision libérale du monde et du système démocratique. Non que je tienne la démocratie libérale pour plus problématique que d’autres : je crois plutôt qu’elle est le modèle politique le plus réussi et le plus polyvalent que les hommes aient élaboré jusqu’ici pour relever les défis du monde moderne. S’il ne convient peut-être pas à chaque société à chaque étape de son développement, il a prouvé sa valeur dans plus de sociétés et plus de situations que toutes les solutions de rechange. Quand on examine les nouveaux défis qui nous attendent, il est donc nécessaire de comprendre les limites de la démocratie libérale et de voir comment adapter et améliorer ses institutions actuelles. » (21 leçons pour le XXIe siècle, p. 16)

Il ne faut donc pas confondre le livre de Yuval Noah Harari avec un pamphlet antilibéral. Il ne l’est pas et ne veut surtout pas servir de caution aux critiques venues des régimes illibéraux. Ce qui est souhaité par l’auteur, c’est d’abord un renouvellement des institutions libérales et démocratiques. Même si, pour ce faire, celles-ci doivent être critiquées !

Mais surtout, ce que l’auteur souhaite, c’est nous faire prendre conscience des enjeux et nous initier à la pensée sur le monde et sur nous-mêmes.

Points forts :

  • Un livre qui prolonge Sapiens et Homo deus en explorant les questions restées en suspens ;
  • Une organisation claire avec un découpage en chapitres courts, traitant d’une seule question à la fois ;
  • De nombreux exemples passionnants (on apprend beaucoup de choses) ;
  • L’humour et la clarté de style typique de l’auteur !

Point faible :

  • Je n’en ai pas trouvé.

Ma note :

Le petit guide pratique du livre 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari

Autres caractéristiques de la laïcité :

  • La compassion ;
  • L’absence de commandements divins absolus ;
  • Un attachement profond à l’égalité ;
  • La liberté de penser, de chercher, d’expérimenter ;
  • La responsabilité.

Foire Aux Questions (FAQ) du livre 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari

1. Comment le public a accueilli le livre 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari ?

Ce livre a été très bien accueilli par le public avec une acceptation largement au-dessus de la moyenne.

2. Quel fut l’impact du livre 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari ?

Ce livre aborde le XXIe siècle sous tous les angles : politique, social, technologique, environnemental, religieux et existentiel.

3. À qui s’adresse le livre 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari ?

Cet ouvrage s’adresse à toute personne désirant apprendre quelque chose de nouveau.

4. Quelle est la puissance du paysage culturel ?

Le paysage culturel possède une véritable puissance : il nous pousse à vivre une vie sans risque où la sécurité apporte l’ennui puis la stagnation.

5. C’est quoi creuser aux deux extrémités ?

Dans la forme que l’auteur connaît et pratique, il s’agit seulement d’« observer les sensations corporelles et les réactions mentales de manière méthodique, continue et objective, pour découvrir les configurations élémentaires de l’esprit. 

L’art perdu de gagner les guerres vs deux types d’idéologies importantes pour penser l’immigration

L’art perdu de gagner les guerresDeux types d’idéologies importantes pour penser l’immigration
La richesse d’un pays est aujourd’hui surtout immatérielle, ce qui se conquiert difficilementLe racisme, d’un côté, cherche à fonder les différences (et la hiérarchie) entre peuples sur des données biologiques (le concept de « race »).
Les risques en matière de cyberguerre et d’armes nucléaires font reculer les plus agressifsLe « culturisme » considère en revanche ces différences comme « culturelles ». Ce qui pose aussi des problèmes.

Qui est Yuval Noah Harari ?

Il est né à Haïfa, en Israël, en 1976. Il a obtenu son doctorat à l’université d’Oxford en 2002 et est actuellement chargé de cours au département d’histoire de l’université hébraïque de Jérusalem. Il est spécialisé dans l’histoire mondiale, l’histoire médiévale et l’histoire militaire. Ses recherches actuelles portent sur des questions très générales en histoire : quelle est la relation entre l’histoire et la biologie ? Quelle est la différence essentielle entre l’Homo sapiens et les autres animaux ? Y a-t-il une justice dans l’histoire ? L’histoire a-t-elle une direction ? Les humains sont-ils plus heureux au fil du temps ? Le professeur Harari a remporté le prix Polonsky pour la créativité et l’originalité à deux reprises, en 2009 et 2012. En 2011, il a également reçu le prix Moncado de la Society for Military History, qui récompense les meilleurs articles sur l’histoire militaire. Un an plus tard, il a été élu membre de l’Académie israélienne des jeunes scientifiques.

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