Le point de bascule

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Phrase-résumée de “Le point de bascule” de Malcolm Gladwell : Malcolm Gladwell nous embarque dans une multitude d’histoires et de cas d’étude pour nous expliquer, d’une part, qu’on peut provoquer un succès fulgurant si on le conçoit comme une épidémie, et d’autre part, que ce sont parfois de tous petits changements qui peuvent tout faire basculer.

Par Malcolm Gladwell, 2016, 270 pages

Titre original : “The tipping point

Chronique et résumé de “Le point de bascule” de Malcolm Gladwell :

Introduction – Qu’est-ce que le point de bascule ?

Dans “Le point de bascule”, Malcolm Gladwell retrace et analyse les origines de plusieurs succès fulgurants. À travers ces histoires, il nous livre ce qui, selon lui, permet de créer, à coup sûr, de véritables effets “boule de neige”.

Le Point de bascule est l’histoire d’une idée, une idée toute simple : la meilleure façon de comprendre l’émergence des modes, le flux et le reflux des vagues de criminalité, la transformation de livres inconnus en best-sellers, l’augmentation du tabagisme chez les adolescents, le phénomène du bouche à oreille, ou tout autre changement mystérieux de la vie courante – la meilleure façon de comprendre tous ces processus, donc, consiste à les concevoir comme des épidémies. Les idées, les produits, les messages et les comportements se propagent exactement comme des virus.”

Ainsi, selon Malcolm Gladwell, pour créer un point de bascule, il faut appréhender les processus comme une épidémie. Cela implique alors trois grands principes que l’auteur propose de développer tout au long du livre :

  1. La contagion,
  2. L’ampleur des répercussions provoquées par des causes relativement mineures,
  3. La soudaineté des changements.

“La notion du point de bascule repose sur cette possible soudaineté du changement […]. Le point de bascule est un seuil, un point d’ébullition, le moment où une masse critique est atteinte.”

Chapitre 1- Les trois règles de l’épidémie, selon “Le Point de bascule

“Le point de bascule correspond à ce moment dramatique où, dans une épidémie, tout peut chavirer.”

Dans ce chapitre, Malcolm Gladwell nous emmène à Baltimore pour nous parler de l’effroyable épidémie de syphilis qui s’y est déroulée dans les années 1990. Plusieurs théories ont tenté d’expliquer cette épidémie. Trois causes principales en ressortent :

  • Le crack,
  • L’effondrement des services médicaux dans les quartiers défavorisés,
  • Les changements urbanistiques de ces quartiers.

Mais Malcolm Gladwell attire plutôt notre attention sur le fait que ce sont des changements modestes qui ont fait basculer la situation, transformant la maladie en épidémie. Fort de ce constat, il fournit une explication différente des raisons de déclenchement de cette épidémie, et d’une manière générale, de toute autre épidémie.

D’abord, il nous dit que l’épidémie est un exemple de progression géométrique :

“Pour bien comprendre le pouvoir de l’épidémie, nous devons renoncer à notre idée de proportionnalité.”

Ensuite, selon Malcolm Gladwell, la maladie cesse d’être circonscrite et l’épidémie déferle lorsqu’il y a un changement dans un des trois éléments qui la composent, à savoir :

  1. Les gens qui transmettent les agents infectieux,
  2. Les agents infectieux en soi,
  3. Le milieu dans lequel ils opèrent.

Malcolm Gladwell a appliqué ces trois vecteurs de changement au cas des épidémies sociales et les a baptisés :

  1. les oiseaux rares,
  2. l’adhérence,
  3. le contexte.

1.1 – Les oiseaux rares = les déclencheurs

Le principe 80/20 signifie que, dans toute situation, environ 80 % du “travail” est accompli par 20 % des protagonistes. Dans le cas des épidémies, cette disproportion est encore accentuée. En effet, un infime pourcentage d’intervenants (et par n’importe lesquels) fait, en réalité, la plus grande partie du travail :

“Les épidémies sociales fonctionnent exactement comme les épidémies de maladies. Elles sont déclenchées par les actions d’une poignée de gens qui se distinguent nettement de la masse par leur sociabilité, leur énergie, leurs connaissances ou leur influence.”

Ainsi, pour l’auteur, ces êtres exceptionnels sont les déclencheurs. Ce sont ce que l’auteur nomme des “oiseaux rares”. Le processus est le suivant : l’un de ces oiseaux rares découvre la tendance et, grâce à son réseau social, son énergie, son enthousiasme et sa personnalité, il répand la nouvelle.

1.2 – Le principe d’adhérence

Cette notion d’adhérence est très importante dans le déclenchement des épidémies sociales.

“Nous passons beaucoup de temps à réfléchir aux moyens de rendre nos messages plus contagieux, aux stratégies pour toucher le plus de gens possible. Or dans le processus de communication, la rétention du message compte autant, sinon plus, que sa diffusion. En effet, un message qui adhère à la mémoire, qui ne quitte pas l’esprit, a manifestement un impact.”

Selon le concept d’adhérence, il est possible de rendre inoubliable un message contagieux. Et le seul fait de modifier la présentation et l’organisation de l’information transmise crée parfois une énorme différence en matière d’impact.

1.3 – Le contexte d’une épidémie

Une épidémie est fortement influencée par son contexte, c’est-à-dire par :

  • Les circonstances,
  • Les conditions du milieu où elle évolue,
  • Les particularités de son environnement.

Chapitre 2 – Les oiseaux rares | Connecteurs, mavens et vendeurs

  • Le bouche à oreille, moyen de persuasion efficace

À travers l’histoire fascinante de Paul Revere qui a réussi à mettre toute une région sur le pied de guerre en l’espace d’une nuit de 1775, Malcolm Gladwell nous apporte un exemple incroyable de la puissance du bouche à oreille.

Toutefois, selon l’auteur, ce moyen de communication ne produit pas toujours un effet aussi spectaculaire. Pourtant, il reste celui que nous privilégions, et ce, même à une époque de communication de masse et de campagnes publicitaires à très gros budget.

Plusieurs directeurs de publicité considèrent qu’en raison de l’omniprésence du marketing, le bouche à oreille est devenu le seul moyen de persuasion qui soit encore efficace. Le phénomène demeure cependant très mystérieux. Les gens ne cessent de se transmettre toutes sortes de renseignements sans pour autant créer constamment des épidémies de bouche à oreille.

  • Alors comment se fait-il que seuls certains messages, seules certaines idées et tendances réussissent à faire basculer une situation ?

On est tenté de répondre que c’est parce que ces messages, idées et tendances font référence à une information sensationnelle. Mais Malcolm Gladwell s’est rendu compte qu’en réalité, le contenu n’est pas le seul facteur en cause.

En examinant les événements de l’histoire de Paul Revere notamment, l’auteur constate que Revere a fait basculer la situation avec exactement le même message que celui qu’a diffusé Dawes (l’autre protagoniste de l’histoire) et qui, pourtant, lui, n’a produit quasiment aucun effet. Et selon l’auteur, cette énorme différence tient à leur personnalité respective. Pour Malcolm Gladwell, Paul Revere est un oiseau rare, Dawes est “juste” un homme ordinaire !

Ainsi, l’auteur constate qu’en réalité, le succès de toute épidémie sociale repose avant tout sur l’intervention de personnes particulièrement sociables. Et nous côtoyons ces gens, chaque jour, sans mesurer pleinement l’impact que ces intervenants fascinants, ces oiseaux rares, peuvent avoir dans nos vies.

Selon Malcolm Gladwell, il existe trois types d’oiseaux rares qui jouent un rôle majeur dans les tendances, les modes et les goûts :

  • Le connecteur,
  • Le maven,
  • Le vendeur.

2.1 – Les connecteurs 

Les six degrés de séparation

À la fin des années 1960, le psychologue Stanley Milgram a entrepris une étude afin de comprendre pourquoi on dit que “le monde est petit” : autrement dit, comment une idée, une tendance ou une information réussit à se répandre dans toute une population ?

Ainsi, Milgram a créé une chaîne de lettres avec la participation de 160 habitants d’Omaha, aux États-Unis. Il a mentionné le nom et l’adresse d’un courtier à Sharon, dans un autre état américain. Puis, il a demandé à chaque sujet d’inscrire son propre nom sur la lettre et de l’expédier à un ami ou à une connaissance qui habitait plus près que lui du courtier. Ce premier destinataire devait faire de même, le deuxième aussi, tout comme le troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que la lettre parvienne enfin au courtier.

Au terme de l’expérience, le psychologue découvre que :

  • La plupart des lettres sont arrivées à destination en cinq ou six étapes. C’est qu’on appelle le concept de six degrés de séparation.

En fait, la plupart des gens n’ont pas des cercles d’amis particulièrement étendus et diversifiés. Nous n’allons pas loin pour trouver des amis. Pourtant, contrairement à ce qu’on imagine, cette expérience, tout comme d’autres décrites par Malcolm Gladwell, montrent toutes, qu’en moyenne, cinq intermédiaires suffisent pour connecter les gens entre eux.

  • Sur les 160 lettres que le courtier a reçues, environ 80 lui ont été remises par 3 personnes seulement.

Ainsi, en plus de nous révéler que nous sommes reliés au reste du monde par quelques degrés, l’hypothèse des six degrés de séparation démontre que c’est par l’entremise de quelques-uns seulement, par quelques oiseaux rares seulement, que nous sommes tous inter-reliés :

“Ces gens qui nous relient au monde, qui font le pont entre Omaha et Sharon, qui nous font entrer dans leur cercle d’amis, sur qui nous comptons bien plus que nous le croyons, sont les connecteurs, des rassembleurs.”

Les trois caractéristiques des connecteurs, selon “Le point de bascule

  • Un nombre impressionnant de connaissances

Seule une poignée de gens (provenant de tout horizon), ont vraiment le don d’entrer en relation avec les autres. L’auteur nous brosse les portraits de deux connecteurs, Lois Wesberg et Roger Horchow, en s’étonnant de la quantité colossale de connaissances qu’ils possèdent :

“Par une quelconque excentricité de la nature, les Lois Weisberg et Roger Horchow de ce monde sont doués pour entrer en relation avec les gens qu’ils rencontrent. Ils n’envisagent pas les choses de la même façon que la plupart d’entre nous. Ils voient et apprécient des possibles, tandis que nous sommes affairés à choisir qui nous voulons connaître et qui nous préférons rejeter parce qu’ils n’ont pas la bonne allure, n’habitent pas le bon quartier ou ne se sont pas manifestés depuis longtemps.”

L’auteur souligne la maîtrise de Roger Horshow dans la gestion de ses relations. Le secret, c’est que ces dernières ne se forment pas via des liens étroits, mais plutôt des liens amicaux superficiels :

“En général, […] on n’a ni le temps ni l’énergie d’entretenir de véritables amitiés avec tous les gens que l’on rencontre. Horchow est très différent. Les gens qui figurent dans son agenda ou son ordinateur sont des connaissances, des gens qu’il peut voir une fois par an, ou encore moins souvent. Il ne se soustrait pas aux obligations que cela implique. Il maîtrise ce que les sociologues nomment les liens faibles, soit des liens sociaux amicaux, mais superficiels.”

se connecter aux autres le monde est petit

  • Un degré de connexité très large

La force des connecteurs tient non seulement au nombre mais aussi au genre de personnes qu’ils connaissent. Les connecteurs sont des gens que nous pouvons tous contacter en quelques étapes, car, pour une raison ou pour une autre, ils sont rattachés à différents univers et sous-cultures :

“Le degré de connexité d’un connecteur repose sur les aspects intrinsèques de sa personnalité, soit une combinaison de curiosité, d’assurance, de sociabilité et d’énergie.”

Les connecteurs ont, en effet, le don de tisser des liens entre tous les univers qu’ils ont pénétrés. D’ailleurs, dans le profil de Lois Weisberg et de Roger Horchow, on remarque bien cette indéniable faculté de rassembler les gens.

  • La force des liens faibles

“Les relations superficielles représentent une source de pouvoir social, et plus on en a, plus on est puissant.”

Dans les années 1970, le sociologue Mark Granovetter s’est intéressé aux techniques de recherche d’emploi. Il s’est rendu compte que 56 % des centaines de travailleurs (qualifiés et techniciens) interrogés ont, en fait, déniché leur poste grâce à un contact. Et lorsqu’un contact personnel était utilisé, il s’agissait souvent d’un lien faible.

“Les gens n’obtiennent pas leur emploi par leurs amis, mais bien par leurs connaissances. Selon Granovetter, les liens faibles sont toujours plus importants que les liens étroits lorsqu’il est question de trouver un emploi, une information ou des idées.”

En effet, les amis intimes partagent les mêmes univers. Les gens qui se connaissent peu occupent, eux, des territoires différents et ont donc plus de chances de posséder des informations mutuellement exclusives. Pour décrire ce phénomène, Granovetter utilise une expression qui semble paradoxale : “la force des liens faibles”.

“Plus une personne se rapproche d’un connecteur, plus elle devient puissante, riche ou chanceuse. Le même principe s’applique aux restaurants, aux films, aux tendances ou à toute autre information qui circule de bouche à oreille : si un concept ou un produit se trouve dans l’environnement d’un connecteur, il a plus de chance d’être connu et apprécié.”

Lois Weisberg et Roger Horchow, qui sont passés maîtres dans l’art du lien faible, sont ainsi des connecteurs qui ont énormément d’influence. Pour que le pur bouche à oreille commence à fonctionner, il est nécessaire que quelqu’un comme eux intervienne.

2.2 – Le maven

Le connecteur n’est pas le seul protagoniste important dans une épidémie sociale. En effet, dans toute épidémie sociale, il y a les spécialistes des gens – les connecteurs – et il y a les spécialistes du renseignement : les “mavens”. Parfois, une même personne cumule ces deux fonctions. Les mavens se retrouvent dans tous les secteurs et dans toutes les couches de la société.

Le mot “maven” vient du yiddish et signifie “celui qui acquiert des connaissances”. Et, en effet, le savoir des mavens est crucial. Depuis quelques années, ces derniers suscitent d’ailleurs beaucoup d’intérêt chez les économistes car, en étant dépositaires de l’information, ils sont, selon les termes de l’auteur “les joueurs les plus importants de l’économie de marché”. Les économistes les appellent aussi les “justiciers des prix”.

Passionnés du marché, ces “mavens du marché” sont, en réalité, des clients qui surveillent les prix, connaissent les bonnes affaires, détiennent beaucoup d’informations sur les différents produits, prix ou endroits. Leurs motivations sont sociales. Le maven connecte les gens au marché et veut les aider à prendre les meilleures décisions. Il contribue ainsi au fonctionnement du marché, en maintenant, notamment, l’honnêteté du marché.

Pour Malcolm Gladwell, du fait qu’ils connaissent plus de choses que la majorité des gens et qu’ils ne soient pas avares de renseignements, les mavens possèdent un rôle essentiel dans le déclenchement des épidémies sociales :

“On suit toujours les conseils qu’il prodigue. Un connecteur pourra suggérer une auberge à une dizaine d’amis et la moitié d’entre eux seulement y séjournera. Un maven n’en parlera qu’à cinq personnes, mais en insistant tellement que les cinq y réserveront une chambre. Ce sont deux personnalités distinctes, dont les motifs sont différents. Mais elles ont toutes les deux le pouvoir de provoquer une épidémie de bouche à oreille.”

2.3 – Le vendeur

Le maven ne cherche pas à persuader à tout prix ; il est plutôt “un courtier en information” qui partage et négocie son savoir. La persuasion, nécessaire pour faire basculer une situation et la transformer en épidémie, se fait grâce à un troisième protagoniste : le vendeur.

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Un bon vendeur possède des aptitudes particulières. Tout d’abord, il se distingue d’un vendeur ordinaire par le nombre et la qualité des réponses qu’il peut donner aux objections soulevées par ses clients potentiels. Ensuite, plusieurs facteurs de persuasion, très subtils, entrent en jeu.

L’art subtil de la persuasion, expliqué dans “Le point de bascule

L’auteur nous explique ici que quelqu’un, ou quelque chose, devient convaincant grâce à :

  • Des éléments à priori insignifiants.
  • Les signaux non-verbaux et les circonstances entourant les paroles (parfois encore plus que les mots).
  • Le non-dit, le sens caché des choses, des détails invisibles à l’œil dont le vendeur n’a lui-même pas conscience.

Pour nous aider à comprendre ce dernier point, Malcolm Gladwell nous fait part ici d’une étude réalisée dans les années 1960 par William Condon et qui portait sur les microrythmes culturels dans les échanges verbaux. En visionnant des centaines de fois un segment de vidéo de trois personnes attablées en train de converser, Condon a constaté une “synchronie interactionnelle” entre les trois protagonistes. Autrement dit, leur conversation avait une “harmonie rythmique physique”.

Avec cette théorie, Malcolm Gladwell comprend alors ce qu’il s’est produit lors de sa rencontre avec Gau, un vendeur hors-pair (rencontre qu’il nous a raconté préalablement dans le livre). Selon lui, le charme qui a si facilement opéré est très probablement lié à la maîtrise du vendeur de ces microrythmes dans leur échange verbal :

“Quelqu’un qui a une personnalité persuasive est donc une personne qui impose son rythme et les conditions physiques de l’interaction. C’est Gau, pas moi, qui menait notre conversation, et c’est moi qui me suis ajusté à lui, non le contraire. Il m’a ni plus ni moins charmé. […] Pourtant, je ne voulais pas être séduit par Gau. J’étais justement sur mes gardes. Mais c’est l’essence même du vendeur : on ne peut pratiquement pas lui résister.”

Les vendeurs sont des transmetteurs

En plus de cette harmonie orale et physique, les êtres humains imitent les émotions des autres pour communiquer. C’est ce qu’on appelle le mimétisme moteur. Par exemple, si on se donne un coup de marteau sur le pouce, les témoins grimaceront : ils mimeront notre état émotif (c’est d’ailleurs ce qu’on appelle, aussi, souvent, l’empathie).

émotions communicatives le point de bascule

Selon Malcolm Gladwell, cette contagion émotionnelle suit le même mécanisme que la maladie contagieuse :

“Il y a des porteurs, soit des gens qui sont particulièrement expressifs, et il y a des gens qui sont particulièrement réceptifs. Les personnes qui excellent à exprimer leurs émotions et leurs sentiments sont ce que les psychologues appellent des transmetteurs.”

Selon l’auteur, ce transmetteur possède une personnalité mais aussi une physiologie particulières. Seules les personnes charismatiques peuvent infecter les autres de leurs émotions. Les recherches démontrent, à ce propos, qu’en très peu de temps, sans qu’un mot ne soit échangé, l’humeur d’un transmetteur peut gagner un non-transmetteur, alors que l’humeur des non-transmetteurs n’a aucun effet sur les transmetteurs.

2.4 – Trois phrases pour résumer ce que sont les connecteurs, mavens et vendeurs dans “Le point de bascule

Nous pouvons résumer ce chapitre en disant que, dans une épidémie sociale :

  • Le maven est la base de données : il compose le message.
  • Le connecteur tisse les liens entre les gens : il transmet le message.
  • Le vendeur persuade ceux qui hésitent encore à croire au message.

Chapitre 3 – Le principe d’adhérence, selon “Le Point de bascule

3.1 – Un message adhérent

Au-delà du messager (l’oiseau rare), il est indispensable, selon Malcolm Gladwell, que l’information véhiculée soit digne d’attention :

“Le contenu du message compte autant que le messager. Plus précisément, l’information doit adhérer à la mémoire, être inoubliable au point de provoquer un changement et d’inciter les gens à agir.”

Selon les spécialistes du marketing, c’est prouvé, il faut que les gens voient une annonce publicitaire au moins six fois avant de s’en souvenir. Mais pour véritablement faire adhérer leur message, il leur faut explorer d’autres moyens plus subtils.

Pour cela, Malcolm Gladwell nous raconte le vif succès que rencontra la campagne publicitaire de la maison Columbia, réalisée dans les années 1970, par Wunderman, grand spécialiste du marketing direct.

L’auteur nous révèle que cette campagne connut, en réalité, cette réussite extraordinaire grâce à un simple petit changement : un détail dans sa stratégie marketing. En effet, la publicité réalisée par Wunderman est devenue, de manière soudaine, étonnamment efficace dès lors qu’on a invité le téléspectateur à feuilleter un magazine TV pour y rechercher une case dorée (qu’il devait ensuite découper et envoyer pour gagner) :

“Grâce à la case dorée, les lecteurs-téléspectateurs faisaient désormais partie d’un système publicitaire interactif : ils n’étaient plus un simple auditoire, mais les participants d’une sorte de jeu.”

Ce que veut nous dire Malcolm Gladwell ici, c’est que :

“Souvent, les éléments qui permettent aux idées ou aux messages de déclencher des épidémies sont en apparence aussi insignifiants que la case dorée de Wunderman.”

Il nous relate d’autres résultats d’expériences qui montrent également qu’un changement subtil mais significatif dans la présentation de l’information suffit pour qu’une information devienne inoubliable.

3.2 – L’importance de la forme dans la diffusion du message

Les exemples de Sesame Street et Blue’s Clues

sesame street histoire du point de bascule

Dans ce chapitre du Point de bascule, Malcolm Gladwell nous décrit longuement l’épidémie d’apprentissage qu’une productrice de télévision américaine, Joan Ganz Cooney, a réussi à déclencher à la fin des années 60, avec son émission télévisée pour enfants, Sesame Street. Ainsi, à travers le récit de la création et de la diffusion de Sesame Street, on comprend que cette émission fut un véritable succès pour une simple et unique raison : ses créateurs ont réussi à rendre leur message adhérent, et ce via la télévision.

Malgré le succès déjà incroyable de Sesame Street, les créateurs de l’émission ont pourtant encore cherché à améliorer l’adhérence de leur message. Pour cela, ils :

  • Sont partis d’une découverte majeure faite dans les années 1960-70 par les pionniers de la recherche sur la télévision : lorsqu’ils regardent la télévision, les enfants aiment être intellectuellement et physiquement sollicités ; ils regardent la télévision non pas parce qu’ils sont stimulés par les images, le son, etc., mais parce qu’ils comprennent ce qui s’y passe. Et plus ils comprennent, plus ils se souviennent.
  • Ont exploité un point essentiel qu’ils ont appris de Sesame Street : pour un enfant d’âge préscolaire, la répétition est, contrairement aux adultes, essentielle ; elle est une occasion de porter un regard complètement nouveau sur une même chose.

Les créateurs de Sesame Street revoient donc la structure et le format de leur message selon ces nouvelles données. Ce travail mène à la création d’une nouvelle émission pour enfant, en 1996, Blue’s Clues. Cette série devient alors encore plus populaire !

Améliorer l’adhérence par les “bons” petits changements

En fait, ce que l’auteur met en lumière en retraçant les histoires de Sesame Street et de Blue’s Clues, c’est qu’en modifiant subtilement, mais de façon cruciale, la façon de présenter des idées aux enfants d’âge préscolaire, les créateurs des émissions ont réussi à surmonter les faiblesses de la télévision comme outil d’apprentissage et à rendre leurs messages inoubliables. Et ils ont, grâce à cela, pu améliorer l’adhérence de leur message de façon spectaculaire.

“Nous voulons tous croire que c’est le contenu de nos idées qui crée un impact. Mais les exemples ci-dessus tendent à démontrer qu’il faut plutôt se concentrer sur la forme. Dans chacun de ces cas, la situation a basculé parce que l’on a remanié la présentation des idées […]. Autrement dit, la frontière entre l’approbation et le rejet, entre le statu quo et le départ d’une épidémie, est parfois beaucoup plus étroite que l’on ne le croit.”

Selon le principe des oiseaux rares, il suffit de quelques personnes exceptionnelles pour déclencher une épidémie. Eh bien, le principe d’adhérence fonctionne de la même manière :

“Il existe une façon simple de formuler l’information afin de la rendre convaincante dans les bonnes circonstances. Il suffit de la trouver.”

Chapitre 4 – Le pouvoir du contexte (I) selon “Le point de bascule“| L’essor et la chute de la criminalité à New York

4.1 – La chute brutale et mystérieuse de la criminalité à New York

Pour démarrer ce chapitre, Malcolm Gladwell nous relate un fait divers de 1984 : l’histoire d’un homme, Goetz, qui fait feu et blesse ses quatre agresseurs dans le métro new-yorkais. En réalité, l’auteur nous relate cet événement pour nous plonger dans le climat de violence qui règne à New York dans les années 1980 : une très forte criminalité y sévit (plus de 2 000 meurtres et 600 000 crimes graves par année) et le métro y est complètement délabré.

Et pourtant, soudainement, la situation bascule… Après avoir atteint un sommet historique en 1990, le taux de criminalité chute brutalement (les meurtres diminuent de deux tiers entre 1992 et 1997), sans préavis et sans que rien ne change dans la population new-yorkaise. L’atmosphère de la ville s’améliore considérablement. Durant cette période, la violence décline aussi dans d’autres villes mais elle ne diminue nulle part ailleurs d’une manière aussi spectaculaire.

L’explication de ce phénomène, selon Malcolm Gladwell, se trouve dans le troisième élément de toute épidémie sociale : le contexte. Ce contexte réunit les conditions et les circonstances caractérisant le lieu et l’époque où se produit une épidémie. Il est tout aussi important que les deux autres éléments.

Selon l’auteur :

“D’une part, on n’est pas sensible au contexte, on y est extrêmement sensible. D’autre part, les changements contextuels qui peuvent déclencher une épidémie sont insoupçonnables.”

4.2 – La théorie du carreau cassé

théorie du carreau cassé explication de la hausse de la criminalité

  • Une fenêtre brisée ou un graffiti comme point de bascule

L’explication la plus plausible de la chute soudaine de la criminalité à New-York est, selon l’auteur, fournie par la théorie du carreau cassé, élaborée par les criminologues George Kelling et James Q. Wilson :

“Selon eux, le crime est l’inévitable conséquence du désordre. Les gens qui passent devant une maison dont une vitre est brisée mais jamais réparée finiront par conclure que personne ne s’en préoccupe ou que personne n’en est responsable. Bientôt, d’autres fenêtres seront fracassées, et le sentiment d’anarchie se répandra dans tout le voisinage, indiquant que rien ne va plus. Dans un contexte urbain, des problèmes relativement mineurs, comme les graffitis, l’agitation publique et le harcèlement des mendiants, encouragent une criminalité plus grave, au même titre que des carreaux cassés.”

Si l’on s’en tient à cette théorie, la criminalité, aussi contagieuse que les tendances de la mode, peut commencer par une fenêtre brisée et s’étendre à tout un quartier. Dans ce cas de figure, le point de bascule ne réside pas dans un type particulier de personne (connecteur ou maven), mais plutôt dans quelque chose du contexte, un graffiti par exemple :

“Ce n’est pas une personne, mais bien la caractéristique d’un milieu donné qui incite à adopter un certain comportement.”

  • Combattre la criminalité en modifiant d’infimes éléments contextuels

Pour appuyer son idée, Malcolm Gladwell nous raconte comment deux “simples” mesures prises par la commission new-yorkaise des transports ont permis au métro de la ville de retrouver de l’éclat, contribuant ainsi à nettement améliorer la sécurité et l’atmosphère de la ville. Ces deux mesures consistaient à :

  1. Prioriser le nettoyage des graffitis ;
  2. Sanctionner tous les usagers qui ne payaient pas leur ticket de transport.

“Pour Bratton et Giuliani [les responsables de la commission new-yorkaise des transports de l’époque], une chose est certaine : si le taux de criminalité urbaine et souterraine a chuté aussi rapidement et de façon aussi spectaculaire, c’est que l’on a combattu les délits mineurs, apparemment insignifiants, mais qui sont en fait autant de points de bascule vers la criminalité violente. La théorie du carreau cassé est fondée sur la prémisse selon laquelle une situation peut basculer si on modifie d’infimes éléments de l’environnement.”

Ainsi, alors que de nombreuses théories soutiennent que la criminalité est une question de personnalité – le criminel est une personne qui ignore les normes sociales -, la théorie du carreau cassé, elle, explique le crime par le contexte. Malcolm Gladwell précise, en effet, que :

“Le criminel n’est pas un individu isolé, qui agit comme il le fait pour des raisons personnelles, fondamentales et intrinsèques. Au contraire, il est extrêmement sensible à son environnement, très réceptif à toutes sortes de signaux et enclin à commettre des actes répréhensibles suivant sa perception du monde qui l’entoure.”

L’auteur différencie cet argument environnementaliste de celui avancé par les progressistes dans les années 1960, qui voyaient dans l’environnement plusieurs facteurs sociaux fondamentaux et considéraient donc que le crime était la conséquence de l’injustice sociale, des inégalités économiques, du chômage, du racisme ou encore de la négligence institutionnelle et sociale.

4.3 – Le rôle subtil du contexte

Dans cette partie, l’auteur relate diverses expériences psychologiques qui dégagent deux idées principales :

  • Tout comme l’état d’esprit peut être fortement influencé de manière imperceptible et sans raison apparente par certaines personnes (les oiseaux rares), le contexte joue, lui aussi, un rôle subtil.
  • Dans certaines situations, les prédispositions d’une personne peuvent être annihilées : on sait que des facteurs socio-éducatifs (parents, école, fréquentations, voisinage) et héréditaires (la génétique dicterait la moitié de notre comportement) impactent nos actions ; toutefois, les recherches soutiennent que, dans certains lieux, circonstances et conditions, tous ces antécédents peuvent être réduits à néant.

L’honnêteté, par exemple, n’est pas un trait de caractère fondamental. Elle est, en fait, considérablement influencée par la situation : des résultats d’études réalisées sur des enfants montrent, en effet, que dans une situation donnée, la tricherie dépend, d’une part, de son intelligence, de son âge et de ses antécédents familiaux et, d’autre part, de la nature même de la situation et de la façon dont l’enfant la perçoit.

À travers divers exemples, l’auteur montre qu’on a tendance à sous-estimer les effets d’une situation sur notre comportement, et que l’on va, à l’inverse, souvent surestimer l’importance des dispositions personnelles. Les psychologues appellent cette attitude : l'”erreur fondamentale d’attribution”.

4.4 – L’erreur fondamentale d’attribution

Pour étudier le principe d’erreur fondamentale d’attribution, deux psychologues américains, John Darley et Daniel Batson, ont effectué un test auprès d’un groupe de séminaristes, en s’inspirant de l’histoire du bon Samaritain.

Ce que nous raconte Malcolm Gladwell de leurs résultats dépeint, de façon éloquente, le pouvoir du contexte. Ce test dévoile, en effet, que le comportement est déterminé non pas tant par les convictions et les pensées que par le contexte immédiat. Le fait de leur dire “Oh ! Vous êtes en retard” ont réussi à rendre des personnes habituellement compatissantes insensibles à la souffrance d’autrui. Autrement dit, de simples mots les ont transformées.

“C’est l’essence même du processus de l’épidémie. Lorsque l’on désire faire basculer une situation au moyen d’un produit, d’une idée ou d’une attitude, on souhaite ni plus ni moins transformer les destinataires : on tente de les infecter, de les embarquer dans un courant, de les faire passer de l’hostilité à l’acceptation. Cela peut se faire grâce à l’influence d’un certain type de personnes extraordinairement sociables : les oiseaux rares. Cela peut se faire en augmentant le niveau d’adhérence d’un message, en rendant son contenu inoubliable au point qu’il adhère à l’esprit et incite à l’action. Mais cela peut aussi se faire en modifiant légèrement le contexte, bien que cette conception de l’influence aille à l’encontre des postulats les plus enracinés dans la nature humaine.”

4.5 – Agir sur le point de bascule contextuel

Selon la théorie traditionnelle, ce sont les prédispositions personnelles qui sont à l’origine de la violence : les troubles de la personnalité, les déficiences d’un ego surdimensionné, les malformations génétiques ou l’incapacité à supporter les frustrations.

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Toutefois, Malcolm Gladwell cite plusieurs études qui ont montré que ces influences ne seraient, pourtant, pas aussi déterminantes que celles du monde social et physique immédiat des individus (quartier, entourage). En fait, pour qu’une personne perturbée bascule dans la criminalité, il lui faut un déclencheur, et les études indiquent que ce déclencheur, ce point de bascule, peut résider dans le contexte immédiat, sous une forme parfois très banale.

Malcolm Gladwell stipule également, que selon la conception traditionnelle, même si l’on peut aider un criminel à s’améliorer, il est, par contre, presque impossible de prévenir le crime (on ne peut que mettre en place des mesures défensives). En revanche, lorsqu’on prend en considération l’importance du contexte et le fait que des éléments précis et mineurs permettent de largement diminuer la violence, le crime peut être compris mais aussi prévenu. Pour cela, il suffit, en effet, d’agir sur les points de bascule contextuels : réparer les carreaux cassés, nettoyer les graffitis et ainsi modifier les signaux qui incitent au crime.

Chapitre 5 – Le pouvoir du contexte (II) selon “Le point de bascule” | La barre des 150

Dans ce chapitre, Malcolm Gladwell nous décrit l’épidémie déclenchée par le roman intitulé Les Divins Secrets des petites Ya-Ya” de Rebecca Wells. Ce roman raconte l’histoire captivante d’une amitié et traite des relations entre mère et fille. C’est un récit réconfortant, qui touche les gens. Il est adhérent.

Ce que l’auteur souligne surtout à travers cet exemple, c’est le pouvoir du contexte dans le succès de ce roman, et plus particulièrement le rôle crucial du groupe, en tant qu’aspect du contexte, dans le déclenchement d’une épidémie.

5.1 – L’efficacité du groupe

Pour Malcolm Gladwell, la propagation d’un nouveau système de croyances est essentiellement le fait d’un prédicateur charismatique. cependant, il dépend aussi de la façon dont ce dernier va utiliser le pouvoir du groupe.

le pouvoir du groupe point de bascule

Pour illustrer cette idée, Malcolm Gladwell évoque l’épidémie de religion méthodiste qui s’est répandue en Angleterre et en Amérique du Nord vers la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe. Le fondateur de cette religion, John Wesley, était un connecteur qui établissait des liens non pas avec des personnes, mais avec des groupes. La nuance est subtile mais essentielle :

“Wesley savait que pour transformer de manière durable et exemplaire les croyances et les comportements des gens, il fallait pouvoir les entourer d’une communauté où leurs nouvelles convictions seraient mises en pratique, exprimées et encouragées.”

Et de la même manière, si le livre “Les Divins Secrets des petites Ya-Ya” est devenu aussi adhérent, c’est parce qu’on en parlait, comme nous le raconte l’auteur, d’un groupe de lecture à un autre. Les lectrices ont alors commencé à former leur propre communauté Ya-Ya, très unie, à l’image de celle du roman, multipliant ainsi son potentiel épidémique.

Oui, mais comment distinguer un groupe doté d’une réelle influence sociale d’un autre qui en est complètement dépourvu ? Pour y parvenir, l’auteur nous invite à comprendre ce qu’est le concept de “la barre des 150”.

5.2 – Les nombres 7 et 150

Plusieurs études scientifiques, développées dans cette partie par Malcolm Gladwell, font apparaître que l’être humain est restreint :

  • Sur le plan de sa capacité cognitive (règle des 7) :

La capacité cognitive désigne “l’espace du cerveau nécessaire au traitement de certains types d’informations”. Les expériences montrent que cette capacité (innée ou acquise) est limitée au nombre sept (par exemple, on note qu’en-dehors des grands joueurs de piano, la plupart des gens, se mettent à faire des erreurs après le sixième ton).

  • Sur le plan de sa capacité sociale (règle des 150) :

Des études prouvent que chez le primate, la taille du néocortex – région du cerveau lié à la pensée et au raisonnement complexes – est proportionnelle à la taille de son groupe social. Grâce à cette découverte, des anthropologues ont réussi à réaliser une équation qui permette de connaître la taille maximale du groupe social de la plupart des primates. Et selon cette formule, l’homme (l’Homo sapiens), obtient 147,8 soit environ 150. Ce nombre est donc le nombre maximal de personnes avec lesquelles l’être humain peut avoir une authentique relation sociale.

Ce qui est assez étonnant, c’est qu’en examinant différentes données anthropologiques et historiques, le nombre 150 revient constamment pour dénombrer les membres de toutes sortes d’organisations ou de communautés : unités militaires, colonies autosuffisantes huttériennes ou encore villages de sociétés de chasseurs-cueilleurs.

Pour l’auteur, il semblerait alors que :

“Pour qu’un groupe serve d’incubateur à un message contagieux […], il faut donc maintenir sa taille en deçà de 150. Sinon, des obstacles structurels se créent, et menacent son harmonie et sa cohésion.”

5.3 – Des exemples de la règle des 150

Malcolm Gladwell nous donne ici plusieurs exemples pour illustrer le fait que cette règle des 150 tient un rôle essentiel sur le groupe et donc sur sa capacité à servir d’incubateur à un message contagieux.

L’exemple des huttériens

L’auteur fait remarquer que, bien qu’ils aient pour objectif de vivre en colonie et en harmonie, les huttériens vont pourtant systématiquement se comporter très différemment et se diviser en plusieurs groupes étrangers les uns les autres dès que leur communauté dépasse les 150 membres.

L’exemple de Gore & Associates

Société privée américaine et fabricant de textile imperméable et câbles isolants, Gore & Associates est une entreprise qui n’a ni titre, ni poste, ni patron, organigramme, budget, ou encore plan stratégique complexe. Malcolm Gladwell nous livre ici comment, au-delà de sa culture de PME extraordinairement contagieuse et adhérente, la règle des 150 a permis à cette entreprise de devenir une société milliardaire comptant des milliers d’employés. En gros, pour assurer sa cohésion et répandre la même idéologie institutionnelle auprès de tous ses employés, Gore & Associates s’est scindé en plusieurs petites unités semi-autonomes.

5.4 – La puissance des petits groupes

Qu’elles soient mises en place par Gore & Associates, l’organisation militaire ou encore la communauté huttérienne, les petites divisions présentent tous deux avantages :

  • La pression par les pairs

Les liens qui assurent la cohésion des petits groupes correspondent ni plus ni moins à une forme de pression par les pairs : chaque membre connaît suffisamment les autres pour se préoccuper de ce qu’ils pensent de lui.

  • La mémoire transactionnelle

Le concept de mémoire transactionnelle a pour base la répartition du stockage des informations par les êtres humains. C’est quelque chose, par exemple, que font automatiquement les couples : lorsque deux personnes se connaissent bien, elles établissent implicitement un système commun de mémoire – une mémoire transactionnelle – basé sur le fait que chacun sait qui des deux est le plus susceptible de se souvenir de certains éléments. Dès lors, la mémoire transactionnelle a trait à l’intimité.

“Lorsque chaque personne au sein d’un groupe s’occupe de tâches et de faits précis reconnus par tous, une plus grande efficacité générale s’ensuit […]. Chacun devient inévitablement spécialiste de son secteur.”

Les conditions de travail chez Gore & Associates, par exemple, sont exactement celles de la mémoire transactionnelle. C’est la reconstitution, à l’échelle de l’entreprise, de l’intimité et de la confiance familiale :

“Connaître une personne chez Gore va au-delà de pouvoir dire si elle est gentille ou non. Cela signifie que l’on connaît ses aptitudes, ses spécialités, ses compétences, ses champs de connaissances, ses préférences et ses passions ; on sait ce qu’elle fait, ce qu’elle veut faire, ce qu’elle réussit le mieux.”

C’est ainsi que la mémoire transactionnelle, en nous amenant à nous concentrer sur ce que l’on réussit le mieux, est créatrice d’expertise !

Chapitre 6 – Première étude de cas réalisée dans “Le point de bascule” | Rumeurs, baskets et pouvoir de traduction

Dans ce chapitre, l’auteur examine les concepts de connecteur, de maven, d’adhérence et de contexte dans le cadre de cas plus complexes, tels que celui d’Airwalk.

Lorsqu’elle est fondée, au milieu des années 1980, Airwalk vend des chaussures dans la culture “plage et planche” au sud de la Californie. Mais dans les années 1990, en l’espace d’un an ou deux, Airwalk est propulsée bien au-delà de son marché local, et bascule sur le marché mondial.

6.1 – La diffusion : un mouvement par strates

Pour comprendre comment s’est déclenchée l’épidémie d’Airwalk, l’auteur fait référence au modèle de diffusion : une théorie sociologique qui permet d’interpréter la façon dont une idée, une innovation ou un produit se déplace au sein d’une population.

Ce modèle de diffusion retranscrit toutes les strates d’adoptants d’un produit, c’est-à-dire les cinq différents groupes de clients nivelés de la façon suivante :

  1. Des innovateurs : qu’on peut qualifier de “consommateurs aventureux”.
  2. Des adoptants précoces : ceux-ci analysent posément ce que font “ces fous d’innovateurs” avant de les suivre.

Les innovateurs et les adoptants précoces sont des visionnaires qui :

    • Cherchent des changements révolutionnaires, quelque chose qui leur conférera un atout par rapport à leurs concurrents.
    • Achètent les innovations technologiques avant même qu’elles soient mises au point ou éprouvées, ou que leur prix ait diminué.
  1. La majorité précoce : constituée par ceux qui se sont laissé convaincre en premier, après les adoptants précoces.
  2. La majorité tardive : il s’agit de la masse des sceptiques, qui n’essaieraient jamais une innovation sans l’approbation des membres les plus influents de leur communauté.
  3. Les retardataires : ce sont les plus traditionnels de tous les consommateurs, ceux qui ne voient pas de raison de changer.

Par ailleurs, Malcolm Gladwell nous fait remarquer que cette progression correspond exactement à la courbe d’une épidémie : “elle monte lentement, fait un crochet au moment où les adoptants précoces entrent en scène, et s’élève brusquement lorsque la majorité se manifeste, avant de retomber quand les retardataires arrivent petit à petit.”

6.2 – Le processus de traduction

le point de bascule les rumeurs et informations fake news

Les oiseaux rares : ces connecteurs “super-échangeurs”

À travers plusieurs exemples (dont la campagne publicitaire d’Airwalk), Malcolm Gladwell nous explique le concept de traduction en marketing : la traduction est le fait de traduire les idées des jeunes innovateurs de façon à les rendre compréhensibles pour la majorité. Elle est, en grande partie, réalisée par les oiseaux rares :

“Les oiseaux rares permettent aux innovations de franchir l’abîme entre les différents groupes d’adoptants. Ce sont des traducteurs. Ils prennent les idées et les données provenant d’un univers hautement spécialisé et les reformulent dans un langage accessible à tous.”

L’étude de la rumeur pour comprendre la traduction

L’étude des rumeurs, soit les messages les plus contagieux de tous, permet de décortiquer ce processus de traduction. En effet, dans une rumeur :

“Le souvenir de l’image ou de l’histoire gravite de façon marquée autour de ce qui est familier pour le sujet, conforme à sa culture et, par-dessus tout, significatif sur le plan émotif […]. Dans sa quête de sens, il [celui qui véhicule la rumeur] a tendance à condenser ou à ajouter des éléments de manière à obtenir une meilleure Gestalt, une meilleure conclusion, une configuration plus simple, plus significative.”

Malcolm Gladwell en conclut que la traduction possède les mêmes caractéristiques que la rumeur :

“Pour rendre une idée contagieuse, les mavens, les connecteurs et les vendeurs la modifient de façon à ce qu’elle ait plus de sens, en omettant les détails non pertinents et en exagérant les autres. Quiconque veut déclencher une épidémie, que ce soit une épidémie de produit, d’idée ou de comportement, doit donc exploiter cette aptitude qu’ont les oiseaux rares de traduire le message d’un innovateur dans un langage que le reste de la population comprendra.”

Chapitre 7 – Seconde étude de cas réalisée dans “Le point de bascule” | Suicide, tabagisme et cigarette adhérente

Dans ce chapitre, Malcolm Gladwell traite de deux phénomènes qu’il qualifie d’épidémiques chez les adolescents :

  • Le suicide : Malcolm Gladwell revient sur le cas des îles de Micronésie qui a vu, sans raison apparente, son taux de suicide, presque nul dans les années 1960, bondir et établir un record mondial dans les années 80. Considéré comme rare et pathologique en Occident, le suicide est désormais ancré dans la culture locale de la Micronésie comme un rituel adolescent, avec ses propres symboles et toujours les mêmes règles. En fait, dans ces communautés, au fur et à mesure que les suicides ont augmenté, l’idée suicidaire est devenue de plus en plus familière, voire fascinante pour les jeunes hommes. Son danger est aujourd’hui complètement banalisé.
  • Le tabagisme : Personne ne sait vraiment comment combattre le tabagisme adolescent. On a essayé plusieurs méthodes (restreindre la publicité ou encore augmenter le prix des cigarettes), mais celles-ci n’ont jamais été vraiment efficaces. Pire : alors que le mouvement antitabac est au plus fort depuis ces dix dernières années, le tabagisme n’a, selon l’auteur, jamais fait autant d’adeptes chez les jeunes.

Malcolm Gladwell décortique ces deux phénomènes au regard de quatre caractéristiques communes. Chez les jeunes, le suicide comme le tabagisme sont :

  • Le fruit de l’expérimentation, du mimétisme et de la rébellion ;
  • Mal compris ;
  • Dictés non pas par les principes rationnels du marché, mais par les règles de l’épidémie sociale ;
  • À combattre autrement qu’on l’a fait jusqu’à présent.

7.1 – Les épidémies de suicides

“Une histoire de suicide présentée dans les médias est l’équivalent d’une publicité sur une façon de mettre fin à ses problèmes.”

David Phillips, sociologue et chercheur spécialisé en matière de suicide, a mené de nombreuses études dans ce domaine. Il déclare :

“Lorsque, à l’angle d’une rue, j’attends que le feu passe au vert, je me demande parfois si je ne devrais pas traverser quand même […]. Puis quelqu’un d’autre le fait, et je l’imite. C’est comme si j’obtenais sa permission pour agir de façon délinquante. Je ne saurais dire s’il s’agit ou non d’une décision consciente”.

Phillips relate cette anecdote pour nous faire comprendre l’effet que peut générer la médiatisation d’un suicide : de la même manière que celui qui traverse la route sans tenir compte du feu, ce suicide aura effet d’entraînement : il va donner, en quelque sorte, la permission aux autres d’agir de façon délinquante. Et finalement, ces donneurs de permission jouent le même rôle que les vendeurs évoqués par l’auteur dans le chapitre 2 :

“Les gens dont le suicide est hautement médiatisé donnent à autrui la permission de mourir et agissent comme déclencheurs du point de bascule dans les épidémies de suicides.”

7.2 – Le tabagisme adolescent

Les initiateurs au tabagisme : des oiseaux rares

Selon Malcolm Gladwell :

  • La plupart des gens, lorsqu’ils décrivent leur toute première expérience de la cigarette, évoquent – en plus d’un souvenir d’enfance vif, précis et rempli d’émotion – une personne qui les a initiés à la cigarette.
  • Les fumeurs invétérés ont une personnalité particulière. Pour résumer, on retiendra que le “gros fumeur” réunit souvent les traits de caractère suivants : extraversion, bravade, précocité sexuelle, honnêteté, impulsivité, indifférence à l’opinion d’autrui, recherche de sensations. Autrement dit, la définition quasi parfaite :
    • Du genre de personne qui fascine les adolescents ;
    • D’une personnalité d’oiseaux rares extrêmement influents.
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Alors, quand on met en corrélation ces deux constats, on comprend qu’il est inévitable que les jeunes soient attirés par la cigarette. Car, en réalité, “fumer n’a jamais été cool, ce sont les fumeurs qui le sont.”

L’habitude adhérente qui fait passer du fumeur occasionnel au fumeur invétéré

“Le fait qu’un ado décide un beau jour de fumer dépend de son contact avec une personne qui lui a permis d’adopter un comportement déviant. Mais le fait qu’il recommence et en fasse une habitude découle d’un ensemble de facteurs totalement différents.”

Malcolm Gladwell rappelle ici que la contagion et l’adhérence sont deux processus différents, qui impliquent des stratégies différentes. En effet :

  • La contagion relève du messager,
  • L’adhérence procède du message. Et c’est elle qui va ici créer l’habitude, l’accoutumance :

“En tant qu’épidémie, le tabagisme adolescent illustre non seulement le principe des oiseaux rares, mais aussi celui de l’adhérence. […] L’expérience est si puissante et inoubliable qu’ils ne peuvent y renoncer. C’est une habitude adhérente.”

Selon Malcolm Gladwell, bien sûr, la nicotine peut entraîner cette accoutumance. Néanmoins, elle le fait seulement chez certaines personnes et à certains moments. Les fumeurs occasionnels, par exemple, maîtrisent leurs habitudes sans être dépendants : pour ces gens, le tabagisme est contagieux sans être adhérent.

Les stratégies pour mettre un terme à la propagation du tabagisme, décrites dans “Le point de bascule”

Ce qui rend la cigarette adhérente est complètement différent de ce qui la rend contagieuse. Pour vaincre le tabagisme, il faut donc décider à laquelle de ces deux composantes s’attaquer.

  • Première stratégie : rendre le tabagisme moins contagieux, en interdisant aux donneurs de permission de répandre le virus

Deux stratégies pourraient mettre un terme à la propagation du tabagisme. La première consisterait à :

    • Persuader les donneurs de permission de ne pas fumer, ce qui parait voué à l’échec compte-tenu de leur personnalité, en général, l’auteur l’a dit, indépendants, précoces et rebelles.
    • Convaincre tous ceux qui s’inspirent de ces oiseaux rares de regarder des adultes pour savoir ce qui est cool : cela n’est guère plus réaliste. En effet, l’auteur explique par de multiples exemples et études que les parents n’ont pas ce genre d’influence sur leurs enfants.
  • Deuxième stratégie : rendre le tabagisme moins adhérent, en transformant tous les fumeurs en fumeurs occasionnels

Puisque la stratégie visant à affaiblir le pouvoir du donneur de permission ne parait pas prometteuse, Malcolm Gladwell propose d’agir sur l’adhérence. Dans cette optique, il invite à réfléchir sur :

    • La corrélation existant entre le tabagisme et la dépression

La dépression constitue un déclencheur du point de bascule du tabagisme. Dès lors, une solution pour altérer le phénomène d’accoutumance serait de s’attaquer à cette vulnérabilité.

    • Le seuil de tolérance à la nicotine

La dépendance à la nicotine n’est pas instantanée, ni proportionnelle au nombre de cigarettes consommées. Comme avec toute autre drogue contagieuse, l’expérimentation et la consommation régulière sont deux comportements distincts.

En fait, ce que nous explique l’auteur, c’est qu’il existe un seuil de dépendance propre à chacun : en deçà d’un certain nombre de cigarettes, on ne s’accoutume pas à la nicotine ; au-delà, on devient dépendant. Par conséquent : le fumeur occasionnel est une personne qui ne fume jamais assez pour atteindre le seuil de dépendance. Le fumeur endurci est quelqu’un qui l’a franchi.

Selon Malcolm Gladwell, la solution serait alors d’obliger les fabricants de produits de tabac à réduire la quantité de nicotine dans les cigarettes, de sorte que les grands fumeurs absorbent une dose assez faible pour empêcher ou limiter le développement de la dépendance, mais suffisamment importante pour satisfaire le goût et stimuler les sens. Ainsi, la quantité de nicotine qu’ils consommeraient resterait au-dessous du seuil de dépendance et ceux-ci n’en feraient pas une habitude adhérente.

    • Autre point : s’assurer que l’expérimentation n’ait pas de conséquences graves

Par ailleurs, l’auteur souligne que le tabagisme adolescent est un phénomène qui participe essentiellement de la jeunesse. Il est lié au partage d’expériences émotives et est “l’expression de rituels impénétrables et irrationnels pour quiconque n’est pas ado”. Par conséquent, plutôt que d’essayer de s’opposer vainement à l’expérimentation, il semble plus judicieux de s’assurer que l’expérimentation n’ait pas de conséquences graves.

Malheureusement, il n’existera jamais de tentative de suicide sans risque. En revanche, on peut concevoir une façon de consommer le tabac, la moins adhérente possible, en faisant attention aux points de bascule de l’accoutumance.

Conclusion – Les leçons du Point de bascule | Cibler, tester, croire

“Il est possible d’accomplir de grandes choses avec peu de moyens.”

Dans sa conclusion, Malcolm Gladwell revient sur les deux leçons majeures du Point de bascule :

  • Première leçon du Point de bascule : pour déclencher une épidémie, il faut établir ses priorités.

La ténacité et l’acharnement ne sont pas toujours possibles. Parfois, on a besoin de raccourcis, de leviers, de points de bascule, qui exigent une nouvelle conception du monde et qui demande de cibler ses priorités.

Si, par exemple, on est intéressé par le bouche à oreille comme moyen de propagation, il faut consacrer l’essentiel de ses ressources aux connecteurs, aux vendeurs et aux mavens, car ce sont uniquement les oiseaux rares qui comptent dans ce cas.

  • Deuxième leçon du Point de bascule : ceux qui déclenchent des épidémies sociales ne se contentent pas de suivre leur intuition, ils la testent de façon délibérée.

Dans les épidémies sociales, la communication suit des règles imprévisibles. Dès lors, pour “réussir” une épidémie, il ne faut pas se fier à son intuition mais tester et croire que les gens, en réaction au bon stimulus, peuvent changer et se métamorphoser.

“En définitive, le point de bascule confirme le potentiel du changement et le pouvoir de l’action intelligente. Le monde peut sembler immuable, implacable. Il ne l’est pas. Une petite poussée au bon endroit peut le faire basculer.”

Postface – Les leçons de la mise en application

Dans cette dernière partie, Malcolm Gladwell nous affirme être convaincu que nous sommes sur le point d’entrer dans l’ère du bouche à oreille.

Selon lui, la technologie de l’informatique et la multitude de moyens d’accès à l’information vont, en effet, “nous amener à composer avec les complexités de la société moderne en nous fiant aux connecteurs, aux mavens et aux vendeurs”. Et selon lui, cette réalité fait partie de plusieurs changements sociaux à venir :

  • La montée de l’isolement (particulièrement chez les adolescents) ;
  • L’accroissement de la résistance.

Les épidémies d’isolement

Ici, Malcolm Gladwell revient sur le massacre de Columbine aux États-Unis, une fusillade scolaire, qui a eu lieu en 1999 et qui a été suivi, dans les 22 mois suivants, de dix-neuf incidents semblables (dix ont cependant pu être avortés).

Selon l’auteur, cette vague de violence scolaire ne s’explique pas par l’augmentation du niveau général de violence ou par le relâchement du tissu social. Pour lui, elle suit des règles internes mystérieuses, qui ne peuvent être comprises que dans l’univers fermé des adolescents. C’est une épidémie d’isolement.

“L’épidémie de fusillades […] a été déclenchée par la tragédie de Columbine et parce que le comportement autodestructeur, dramatique et ritualisé – qu’il s’agisse de suicide, de tabagisme, de fusillade ou d’évanouissement – est extrêmement contagieux chez les jeunes. […] Columbine est la plus éminente tragédie découlant du phénomène d’isolement chez les jeunes. Le déclencheur du point de bascule.”

L’accroissement de la résistance

  • L’effet télécopieur ou principe d’abondance

Le concept de résistance, créé par Kevin Kelly, est le suivant :

“Pour mettre au point le premier télécopieur, dit Kelly, on a investi des millions de dollars en recherche et développement. Le premier appareil se vendait environ 2 000 dollars. Mais il ne valait rien tant qu’il ne pouvait pas communiquer avec un autre télécopieur. Le deuxième télécopieur a donc accru la valeur du premier, le troisième encore plus, et ainsi de suite. “Puisque les télécopieurs forment un réseau, chaque nouvel appareil augmente la valeur de tous les autres”, écrit Kelly. En fait, lorsque l’on se procure un télécopieur, on achète l’accès à tout un réseau de télécopieurs, ce qui a infiniment plus de valeur que l’appareil en soi.”

Ce principe appelé “l’effet télécopieur” ou “le principe d’abondance” par Kevin Kelly est complètement opposé aux règles de l’économie traditionnelle voulant que la valeur provienne de la rareté (plus une chose rare devient disponible, plus sa valeur diminue). À l’inverse, dans une logique de réseau, le pouvoir et la valeur augmentent avec la quantité : plus on produit d’exemplaires d’un logiciel par exemple, plus il y aura d’utilisateurs dans le réseau et plus le programme sera influent.

  • La solution au problème de résistance : les oiseaux rares

“À leur manière, les épidémies sont des réseaux : un virus se propage d’une personne à une autre, et plus il y a de gens infectés, plus l’épidémie est puissante.”

Mais ce que Malcolm Gladwell souhaite souligner, dans cette logique de réseau, c’est qu’une fois qu’une personne a été atteinte d’une maladie contagieuse, celle-ci s’immunise et est en mesure d’y résister. Or, lorsqu’une multitude de gens sont immunisés contre une maladie, l’épidémie cesse. Toute épidémie comporte donc une possibilité de résistance !

Pour rendre son idée plus concrète, l’auteur nous donne l’exemple des courriels : plus on en a, plus on répond de façon sélective, tardive et brève. En fait, on résiste au phénomène du courrier électronique pour les raisons mêmes qui l’ont rendu attirant : parce qu’il permet de contacter les gens facilement et à faible coût.

C’est ainsi que submergés d’information, les gens vont résister à certaines formes de communication, préférant se fier aux conseils de personnes en qui ils ont confiance, qu’ils respectent et qu’ils admirent. L’auteur en conclut que la solution au problème de la résistance est la découverte des mavens, des connecteurs et des vendeurs !

Conclusion de “Le point de bascule ” de Malcolm Gladwell

  • Les trois idées de l’auteur à retenir !

Le message de Malcolm Gladwell dans “Le point de bascule” s’articule, à mon sens, autour de trois idées fortes :

    • La contagion, exercée par une poignée de protagonistes très singuliers, est le déclencheur commun de tous les phénomènes “boule de neige“.
    • Des changements mineurs, mais planifiés, produisent un maximum d’effet.
    • Ces changements ne sont pas lents et réguliers, mais soudains.

En fait, le message de Malcolm Gladwell me rappelle celui de beaucoup d’entrepreneurs qui disent que pour avoir des résultats, il ne faut pas forcément (ou, en tout cas, pas uniquement) travailler beaucoup, mais plutôt travailler intelligemment : ici, il s’agirait alors de travailler dans l’objectif de cibler et de satisfaire une clientèle faite de connecteurs, et de se focaliser sur des changements simples mais toutefois minutieusement étudiés.

  • Une conception qui apporte ses réflexions et ses clés de compréhension en matière de marketing et de communication 

Il y a beaucoup d’idées et de réflexions intéressantes à tirer du Point de bascule. Le lecteur aura matière à réfléchir en terme de stratégie de communication et de marketing, et même parfois de management : le concept d’adhérence, les strates de la diffusion, le rôle des connecteurs dans la communication de l’information, le processus de traduction, l’influence de l’environnement et l’erreur fondamentale d’attribution, la puissance et la montée en force du bouche à oreille (liée, en grande partie, aux réseaux sociaux).

Par ailleurs, au-delà des pistes stratégiques que ce livre suscite, et même si les exemples sont un peu “vieillots”, on y trouvera aussi de nombreuses clés pour comprendre le marketing viral et son phénomène de “buzz”, tout comme le processus de basculement de ce qu’on appelle une tendance de niche à une tendance de masse.

Enfin, “Le point de bascule” permet de mieux théoriser certains concepts très intéressants tels que la force des liens faibles, les six degrés de séparation, la théorie du carreau cassé, la barre des 150, le principe d’abondance, la mémoire transactionnelle, la pression par les pairs en management, etc.

  • Un sentiment parfois d’extrapolations et d’incohérences

Il y a beaucoup d’histoires, de faits divers, d’expériences scientifiques relatées et cela donne un style vivant à la lecture. Toutefois, l’auteur ne m’a pas toujours convaincu. J’ai eu l’impression, à certains moments, que ce dernier extrapolait, ou faisait délibérément correspondre les résultats des recherches mentionnées à ces idées par des raccourcis discutables. D’autre part, j’ai noté quelques incohérences d’un chapitre à l’autre : lorsqu’il mentionne, par exemple, que la nicotine ne crée pas d’accoutumance et qu’il propose, pourtant, comme solution à l’accoutumance de diminuer la quantité de nicotine dans les cigarettes.

  • Le talent d’écriture de l’auteur

Le point de bascule” se lit facilement, notamment grâce au style particulier qu’on connait de l’auteur qui a le don de raconter des histoires, tout en tissant des ponts entre chacune à tout moment dans le livre. On est alors transporté dans des univers tous complètement différents, des époques différentes, des champs d’analyse différents, sur un rythme palpitant.

Points forts :

  • L’idée qu’on n’a pas forcément besoin de beaucoup de choses pour tout faire basculer : le message est inspirant.
  • Des pistes de réflexion pratiques mais des données également théoriques très intéressantes, essentiellement en matière de stratégie marketing et de communication.
  • Le talent d’écriture de l’auteur : en nous racontant une multitude d’histoires et d’expériences scientifiques, l’auteur a l’art de nous faire passer d’un univers à un autre, de connecter les histoires entre elles et de les relier à ses idées conductrices.

Points faibles :

  • J’ai cru voir quelques extrapolations et incohérences concernant certains sujets (sur le tabagisme et l’influence du contexte notamment).
  • Il n’est pas toujours facile de faire le lien entre toutes les informations mentionnées.
  • Les études ou exemples censés étayer les dires de l’auteur datent de plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.

Ma note :

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1 Commentaire pour :

Le point de bascule


  • […] Il est rédacteur pour The New Yorker depuis 1996. Il a écrit cinq Best Sellers. The Tipping Point, le point de bascule ou comment de petites choses peuvent faire une grande diff&ea…, Blink ou pouvoir de la pensée sans penser,  Outliers, l’histoire du […]

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