Comme par magie

Comme par magie - Vivre sa créativité sans la craindre - Elizabeth Gilbert

Résumé de “Comme par magie” d’Elizabeth Gilbert : En partageant avec nous sa propre expérience d’écrivain, Elizabeth Gilbert nous livre sa philosophie de la créativité ; elle nous dévoile comment révéler les pépites créatives qui sommeillent en nous par une créativité pleine de magie à partager sans craintes, dans la joie et l’émerveillement.

Par Elizabeth Gilbert, 2017, 288 pages

Titre original : “Big magic | Creative living beyond fear

Chronique et résumé de “Comme par magied’Elizabeth Gilbert

Partie I – Courage

“Q : Qu’est-ce que la créativité ? R : La relation entre un être humain et le mystère de l’inspiration.”

1.1 – Une existence créative ou la quête de nos trésors cachés…

Elizabeth Gilbert commence son livre “Comme par magie” par le récit de vie de Jack Gilbert, un grand poète qui, refusant la célébrité, resta méconnu du grand public. Un jour, ce dernier posa la question suivante à une de ses étudiantes qui souhaitait devenir écrivain :

“Avez-vous le courage de donner le jour à cette œuvre ? Les trésors qui sont cachés en vous espèrent que vous répondrez oui.”

Elizabeth Gilbert raconte cette anecdote car il s’agit, selon elle, de la question pivot sur laquelle repose toute existence créative. Pour l’auteur, nous sommes, en effet, tous, les dépositaires vivants de trésors enfouis. Nous avons tous en nous quelque chose de merveilleux. Dès lors, l’existence créative, c’est cette quête qui mène à la découverte de nos pépites merveilleuses. Et le courage de se lancer dans cette quête est “ce qui distingue une vie banale d’une existence enchantée”.

Enfin, l’auteur résume en faisant référence au titre original de son ouvrage (“Big Magic”) :

“Le résultat souvent surprenant de cette quête, c’est ce que j’appelle la Grande Magie.”

1.2 – Une existence créative, c’est une existence magnifiée

“L’existence créative”, selon Elizabeth Gilbert, c’est une vie davantage gouvernée par la curiosité que par la peur.

Pour mieux comprendre, l’auteur nous raconte l’histoire de son amie Susan qui s’est remis au patinage sur glace après plusieurs décennies de vie. Patiner lui donne aujourd’hui la sensation d’être redevenue jeune mais surtout celle de vivre pleinement. Elle n’est plus une simple consommatrice qui ne remplirait que ses obligations et devoirs quotidiens.

Finalement, une existence créative est, selon les termes de l’auteure, une “existence magnifiée”, plus heureuse, plus vaste, et beaucoup plus intéressante. Et “vivre de cette manière – en donnant obstinément et inlassablement le jour aux pépites cachées en vous, est véritablement un art en soi.”

1.3 – La peur, un frein à la créativité

Dans “Comme par magie“, Elizabeth Gilbert espère nous donner la force de révéler les pépites enfouies en nous. Car, bien souvent, le manque de courage, la peur nous empêchent de vivre une existence créative. .

“Lorsque le courage se tarit, la créativité s’éteint avec lui. La peur est un cimetière où nos rêves vont mourir et se dessécher sous un soleil de plomb.”

Il est important de distinguer le courage de l’intrépidité :

  • Être courageux, c’est accomplir quelque chose qui fait peur.
  • Être intrépide, c’est ne pas comprendre le sens du mot “peur”.

En fait, nous avons besoin de notre peur. Celle-ci est nécessaire pour nous protéger des dangers. Cependant, elle est superflue dans le domaine de l’expression créative.

“La peur fera toujours son apparition – surtout quand vous essaierez d’être inventif ou novateur. Votre peur sera toujours déclenchée par votre créativité, parce que celle-ci vous demande de pénétrer dans le domaine des résultats incertains et que la peur déteste les incertitudes. […] C’est totalement naturel et humain. […] Cependant, c’est quelque chose qu’il faut savoir gérer.”

Pour Elizabeth Gilbert, pour laisser une place à la créativité dans sa vie, il faut aussi laisser de la place à la peur. Finalement moins on combat sa peur, moins elle “riposte”.

“Lorsque les gens essaient d’anéantir leur peur, ils finissent le plus souvent par tuer du même coup sans le vouloir leur créativité.”

Partie II – Enchantement

vision magique être créatif

2.1 – La vision magique d’Elizabeth Gilbert sur la créativité

Pour l’auteure, la créativité est entièrement fondée sur la pensée magique (dans le sens littéral du terme).

“Je fais référence au surnaturel, au mystique, à l’inexplicable, à l’irréel, au divin, au transcendant, à ce qui n’est pas de ce monde. Car la vérité est que je crois que la créativité est une force d’enchantement – et d’une origine pas entièrement humaine.”

La vision de l’auteure au sujet de la créativité n’a rien de scientifique. En effet, voici ci-dessous ce que celle-ci a décidé de croire concernant le fonctionnement de la créativité.

Notre planète est habitée par des êtres humains, des animaux, plantes, bactéries et virus, mais elle l’est également par des idées. Et selon l’auteure, les idées :

  • Sont “une forme de vie désincarnée, composée d’énergie”, totalement distinctes de nous, mais capables, toutefois, d’interagir avec nous.
  • N’ont pas de forme matérielle, mais ont une conscience et une volonté.
  • Sont mues par une unique pulsion : se révéler.

2.2 – Les idées tentent d’attirer notre attention

Selon “Comme par magie“, le seul moyen pour une idée de se révéler dans notre monde, c’est de collaborer avec un être humain. Une idée peut donc apparaître dans le réel uniquement par le biais de l’effort humain. Par conséquent, les idées sont constamment en train de “tournoyer autour de nous en quête de partenaires humains disponibles et consentants”. Puis, quand une idée estime avoir trouvé quelqu’un en mesure de la faire apparaître en ce monde, elle tente d’attirer son attention.

Apparaissent alors deux cas de figure :

  • Soit on est trop préoccupé ou distrait par nos problèmes personnels, nos angoisses ou nos devoirs, et donc pas réceptif : lorsqu’elle réalisera que nous ne l’avons pas du tout remarqué, l’idée partira à la recherche de quelqu’un d’autre.
  • Soit on est détendu, suffisamment ouvert, nos défenses sont relâchées : alors, la magie peut trouver un passage, et l’idée, nous sentant disponible, commencera à opérer sur nous en envoyant ses universels signaux d’inspiration physiques et émotionnels.

L’idée va, en effet, semer sur notre chemin des coïncidences et des présages afin de maintenir notre intérêt en éveil. Puis, elle nous demandera si l’on souhaite travailler avec elle. À ce stade, deux possibilités s’offrent à nous :

  • Soit on dit “non” : on est libéré, l’idée finira par partir ; il ne se passe rien du tout ; c’est ce que font la plupart des gens.
  • Soit on dit “oui” : c’est le branle-bas de combat, notre travail devient à la fois simple et difficile.

2.3 – Coopération plutôt que contrat de souffrance créative

Dans la civilisation occidentale contemporaine, le contrat créatif le plus répandu est encore apparemment celui de la souffrance. Elizabeth Gilbert explique ici que le stéréotype de l’Artiste Torturé qui n’envisage la créativité que dans la souffrance, est une voie ni très productive, ni en mesure d’apporter paix et satisfaction (à soi comme à son entourage). Elle est plutôt synonyme de vie brève, glamour et tragique.

Une autre manière de vivre sa créativité consiste à pleinement coopérer avec l’inspiration, humblement et joyeusement. Cela sous-entend qu’on élimine tous les obstacles qui nous empêchent de mener une existence des plus créative : éviter l’alcool, entretenir des relations plus saines, résister aux séductions du pompeux, de la culpabilité et de la honte…

2.4 – Comme par magie…

Elizabeth Gilbert nous raconte, dans cette partie de “Comme par magie“, l’épisode qu’elle qualifie comme étant le plus magique de sa vie.

Un jour, au hasard d’une discussion avec son compagnon à propos d’un fait divers en Amazonie, l’auteure se trouve éperdument inspirée par une idée de livre : un récit qui se déroulerait au Brésil dans les années soixante ! L’écrivain commence à écrire ce roman immédiatement, pleine d’enthousiasme, quand soudain, un drame personnel l’oblige à interrompre l’écriture de ce livre.

Deux ans plus tard, lorsqu’elle peut enfin reprendre le travail d’écriture de ce livre, Elizabeth Gilbert explique qu’elle n’y parvint pas : son idée s’était, selon elle, lassée d’attendre et l’avait quittée.

“Car telle est l’autre face du contrat avec la créativité : si l’inspiration a le droit de pénétrer en vous d’une manière inattendue, elle a aussi celui de vous quitter sans prévenir.”

Lorsque cela nous arrive, l’auteure conseille vivement d’aller de l’avant, de trouver une autre tâche pour se remettre au travail sans attendre :

“Occupez-vous. Surtout, soyez prêt. Ouvrez l’œil. Tendez l’oreille. Écoutez votre curiosité. Posez des questions. Humez l’air. Soyez ouvert à tout. Ayez foi dans cette miraculeuse vérité : de nouvelles et merveilleuses idées cherchent tous les jours des collaborateurs humains.”

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques années plus tard, une amie à elle, la célèbre romancière Ann Patchett, dépeint à Elizabeth un projet d’écriture en cours. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, le livre qu’était en train d’écrire Ann se trouve être exactement le même que le livre amazonien qu’avait commencé Elizabeth. À l’exception de l’époque dans laquelle évolue l’histoire, le récit est absolument identique : mêmes personnages, mêmes endroits, même intrigue, même romance.

Les deux artistes en concluent alors que l’idée s’est officiellement transmise le jour de leur première rencontre, lorsqu’elles ont échangé une bise…

2.5 – L’inspiration, cet étrange phénomène !

L’événement qu’elle a vécu avec son amie Ann conforte Elizabeth Gilbert dans l’idée qu’il est inutile de chercher à élucider cet étrange phénomène irrationnel et imprévisible qu’est l’inspiration.

“Je suis convaincue que l’inspiration essaiera toujours de travailler avec vous, mais que, si vous n’êtes pas disponible ou disposé, elle décidera de vous abandonner et partira en quête d’un autre collaborateur humain.”

C’est d’ailleurs comme cela que l’auteure explique pourquoi un jour, on s’aperçoit que quelqu’un d’autre a écrit notre livre, monté notre pièce, sorti notre disque, produit notre film, financé notre entreprise, lancé notre restaurant, breveté notre invention – bref, “donné corps d’une manière ou d’une autre à une étincelle d’inspiration que nous avons [vous avez] eue des années plus tôt, sans jamais la cultiver ni la mener à terme”. Et c’est ainsi qu’on voit des gens savourer des succès et des victoires que nous avons nous-mêmes désirés…

Dans ces cas-là, “Comme par magie” nous dissuade vivement de tomber dans le ressentiment, la jalousie, l’accusation, de nous en prendre au destin ou encore de se montrer en colère contre soi-même (on pense être une ratée puisque quelqu’un d‘autre que nous y est arrivé). Il n’est, en effet, ni question de vol, ni question de propriété, et il n’y a pas de tragédie ni de problème. Car pour Elizabeth Gilbert :

“Là d’où vient l’inspiration, il n’y a ni temps ni espace – ni non plus de compétition, d’ego ou de restrictions.”

2.6 – Travail acharné contre poudre de fées

travailler dur comme par magie

  • Discipline de travail

En réalité, l’inspiration n’est pas toujours aussi soudaine et évidente. En effet, Elizabeth Gilbert explique que, la plupart du temps, en tant qu’écrivain, elle doit respecter une certaine discipline de travail.

“Je m’assois à mon bureau et je travaille comme une fermière, et c’est ainsi que se font les choses. La plupart du temps, il n’y a pas le moindre soupçon de poudre de fées.”

  • Flow et génie
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Mais lorsque l’inspiration est là, par contre, l’auteur se dit “délicatement propulsée par quelque force extérieure”. Pour décrire cette sensation, certains utilisent le terme “flow” ou l’expression “être dans la zone”.

“Quand cette assistance arrive – cette sensation de trottoir roulant sous mes pieds, de trottoir roulant sous mes mots -, je suis transportée et je suis le mouvement. Dans ces moments-là, j’écris comme si je n’étais pas tout à fait moi-même. Je n’ai plus la notion du temps ni de l’espace et je ne sais plus qui je suis.”

Les Grecs et les Romains croyaient, eux, à l’idée d’un esprit divin de la créativité, une sorte d’elfe domestique qui vous aidait parfois dans votre travail. Ils l’appelaient “génie”. Pour ainsi dire, un individu exceptionnellement doué n’était pas un génie : il avait un génie !

  • Laissez l’inspiration venir et repartir

On l’a dit, l’inspiration créatrice n’est pas là en permanence. Chez l’auteure, il faut parfois que deux ans s’écoulent avant de retrouver cette “pure passion créative”. Et parfois, elle n’attend pas plus de dix minutes pour la retrouver. Ainsi, l’inspiration vient, on ne sait jamais quand ni d’où, puis elle repart, et on doit la laisser faire.

Elizabeth Gilbert nous dit travailler de l’une de ces deux manières : avec ou sans inspiration. Et c’est, selon elle, ce qu’il faut faire pour mener une existence pleinement créative.

“C’est ainsi que je veux passer ma vie : en collaborant du mieux que je peux avec des forces d’inspiration que je ne peux ni voir, ni prouver, ni commander, ni comprendre.”

Partie III – Permission

3.1 – Nous n’avons pas besoin de permission pour mener une existence créative

Dans cette troisième partie de “Comme par magie”, Elizabeth Gilbert revient sur son histoire familiale. Elle raconte ne pas avoir grandi dans une famille d’artistes, mais dans un milieu où l’on avait des métiers plus ordinaires. Pour autant, même s’ils se comportaient en bons citoyens, ses parents faisaient ce qui leur chantait dans la vie, et cela avec une merveilleuse insouciance. C’est sans doute cela, combiné à “l’impudente affirmation de soi” dont faisaient discrètement preuve ses parents qui lui donna l’idée de devenir écrivain.

Elle souligne :

“Jamais il ne me vint à l’esprit de demander à une quelconque autorité la permission de devenir écrivain. Je n’avais jamais vu personne dans ma famille demander à quiconque la permission de faire quoi que ce fût. On faisait simplement des trucs. C’est donc ainsi que je décidai d’agir : me lancer et faire des trucs.”

À travers son expérience, Elizabeth Gilbert souhaite nous dire que nul n’a besoin de la permission de personne pour mener une existence créative. Les humains sont des êtres créatifs depuis vraiment très longtemps, et c’est une pulsion entièrement naturelle :

“La créativité est la caractéristique de notre espèce. Nous possédons tout ce qu’il faut pour cela : les cinq sens, la curiosité, les pouces opposables, le rythme, le langage, l’enthousiasme et une connexion innée avec le divin.”

3.2 – Le culot créatif

Pour se sentir libre de créer et d’explorer, nous devons, selon l’auteur, cultiver un solide culot :

“Faire montre de culot créatif, ce n’est pas se comporter comme une princesse ou agir comme si le monde entier vous devait tout. Non, c’est simplement être convaincu que vous avez la permission d’être là et que – en étant tout simplement là – vous avez la permission d’avoir une vision et une expression personnelles.”

En effet, si l’on n’a pas cette volonté d’exister et de s’exprimer, on ne sera jamais capable de prendre le moindre risque créatif. On n’osera jamais quitter notre petit cocon protecteur et étouffant pour nous aventurer à la rencontre de la beauté et de l’inattendu.

C’est pourquoi, l’auteur nous invite à déclarer fermement notre intention :

“Parlez à vos voix intérieures les plus noires et négatives comme un négociateur à un psychopathe violent lors d’une prise d’otages : calmement, mais avec fermeté. Surtout, ne vous inclinez pas. Vous ne pouvez pas vous le permettre. La vie que vos négociations cherchent à sauver, après tout, c’est la vôtre.”

3.3 – Originalité contre authenticité

Dans cette partie de “Comme par magie”, Elizabeth Gilbert nous invite à ne pas rechercher à tout prix l’originalité lorsque l’on crée.

On craint, en effet, souvent de ne pas être assez original, d’avoir des idées banales et ordinaires, et donc indignes d’être réalisées. Et oui, il faut reconnaître que c’est souvent le cas : la plupart des choses ont déjà été faites. Toutefois, Elizabeth Gilbert insiste sur deux faits :

  • Ces choses – déjà réalisées – n’ont encore jamais été faites par nous ! Or, lorsqu’on exprime une idée à notre manière et avec notre passion, on se l’approprie, elle devient notre et donc différente du reste.
  • Les tentatives d’originalité peuvent parfois donner l’impression d’être forcées et maniérées, alors que l’authenticité résonne de manière plus discrète et émouvante.

Dès lors, l’auteur nous invite à dépasser cette peur et à se lancer :

“Exprimez simplement ce que vous voulez dire, et exprimez-le de tout votre cœur. Partagez ce que vous êtes poussé à partager. Si c’est assez authentique, croyez-moi, cela paraîtra original.”

L’auteur souligne deux autres points :

  • Non seulement, notre art n’a pas besoin d’être original, mais il n’a pas besoin, non plus, d’être important.
  • Quelles que soient nos raisons de créer, elles se suffisent à elles-mêmes.

“Alors faites ce qui illumine votre vie. Suivez ce qui vous fascine ou vous obsède. Ayez confiance. Créez ce qui provoque des révolutions dans votre cœur. Le reste se fera tout seul.”

3.4 – Les études artistiques

Dans cette partie de “Comme par magie”, Elizabeth Gilbert (qui ne possède aucun diplôme d’enseignement supérieur en écriture) nous met en garde sur le piège que peut représenter les études artistiques.

En réalisant des études artistiques, les étudiants en art ne recherchent, le plus souvent, qu’une preuve de leur légitimité : la preuve qu’ils sont de vrais créateurs parce que leur diplôme l’affirme. Autrement dit, ils ont besoin d’une validation.

Beaucoup de gens paient cher pour réaliser ces études supérieures en art, pensant investir pour leur avenir. Or, pour l’auteure, s’endetter lourdement pour financer des études peut générer beaucoup de stress et de soucis (alors qu’il s’agit normalement de joie et de libération).

Par ailleurs :

“L’art n’est pas un métier comme les professions ordinaires. Il n’y a pas de sécurité d’emploi dans la créativité, et il n’y en aura jamais.”

Ainsi, après avoir autant investi dans leurs études, beaucoup d’artistes ne trouvent pas immédiatement la réussite professionnelle. Ils peuvent alors avoir l’impression d’être des ratés.

3.5 – S’évader et explorer

Comme par magie” propose d’essayer plutôt cela :

“Au lieu de contracter des emprunts pour pouvoir aller dans une école d’art, essayez peut-être de vous plonger un peu plus profondément dans le monde, de l’explorer plus courageusement. Ou bien de plonger plus profondément en vous et vous explorer plus courageusement. Faites l’inventaire honnête du savoir que vous possédez déjà – les années que vous avez vécues, les épreuves que vous avez traversées, les compétences que vous avez acquises en route.”

L’auteur précise que cela est valable à n’importe quel âge : nous avons besoin des œuvres de tous pour enrichir et transformer notre vie. Ainsi :

  • Les jeunes devraient “ouvrir grand leurs yeux” et laisser le monde les éduquer autant que possible ; le monde a besoin qu’ils partagent leur créativité, leur fraîcheur et leur point de vue.
  • Les vieux devraient se sentir rassurés : le monde les a éduqué tout au long des années et ils en savent bien plus qu’on ne l’imagine. Ils sont ainsi prêts, et il est primordial qu’ils nous révèlent ce qu’ils savent et ce qu’ils ont appris, ce qu’ils ont vu et ressenti dans leur vie.

Par ailleurs, “Comme par magie” nous encourage à nous :

  • Libérer de toutes ces idées qui nous entravent et à cesser de nous demander ce dont nous avons besoin pour être légitimement créatif.
  • Inspirer de nos maîtres : ces derniers peuvent être n’importe où, et ne sont d’ailleurs pas nécessairement vivants (l’auteur nous met en garde toutefois : si géniaux que soient nos maîtres, viendra toujours le moment où on devra faire le travail par nous-même).

3.6 – Apprécier sa créativité

Elizabeth Gilbert remarque que les artistes se plaignent très souvent. Cette attitude est néfaste pour diverses raisons :

  • C’est agaçant et ennuyeux pour tout le monde.
  • Oui, c’est difficile de créer, mais si ça ne l’était pas, tout le monde le ferait et ce ne serait ni exceptionnel ni intéressant.
  • Cela s’avère totalement inutile puisque les gens, obsédés avant tout par leurs propres difficultés, n’écoutent jamais vraiment les lamentations des autres.
  • De cette manière, on fait fuir l’inspiration :

“Chaque fois que vous déplorez combien c’est difficile et épuisant d’être créatif, l’inspiration recule un peu plus, insultée.”

Elizabeth Gilbert nous conseille de suivre sa façon de faire : se dire qu’on adore son travail, et qu’on l’apprécie de tout son cœur dans tous ses aspects, à savoir “la souffrance comme l’extase, la réussite comme l’échec, la joie et la gêne, les passages à vide, le train-train quotidien, les cahots, toutes ces incertitudes et l’inanité de tout cela”.

3.7 – Le piège des cases et des réactions du public

demander approbation sur un travail créatif

  • Les étiquettes qu’on nous colle n’ont aucune importance

Nous pouvons tous être créatifs, mais beaucoup comparent leur talent et capacités avec les autres.

Là aussi, pour Elizabeth Gilbert, cette attitude est à éviter absolument. L’art est, selon elle, beaucoup trop subjectif pour pouvoir faire la différence entre grand art et art ordinaire, ou juger du potentiel de quiconque. Au lieu de nous soucier de ce genre de définitions et de distinctions, “Comme par magie” nous invite plutôt à nous contenter de créer ce que nous avons besoin de créer et à le partager.

“Laissez les autres vous enfermer dans une case tant qu’ils veulent. […] On vous fourrera dans toutes sortes de boîtes. On vous collera une étiquette : génie, escroc, amateur, imposteur, débutant, dépassé, dilettante, copieur, étoile montante, novateur. Il se peut qu’on se répande sur votre compte en flatteries ou en quolibets. […] Cela n’a absolument aucune importance !”

  • Les réactions créées chez les autres ne nous appartiennent pas

Ainsi, on devrait :

    • Ne jamais céder à l’illusion de croire qu’on a besoin de la bénédiction de quelqu’un pour produire son œuvre.
    • Simplement continuer à faire ce qui nous plaît sans même prendre le temps de répondre au jugement que les gens portent sur nous, car, en réalité, il ne nous concerne pas.

Pour illustrer ses propos, Elizabeth Gilbert raconte sa propre expérience lorsqu’elle a publié son célèbre best-seller “Mange, prie, aime“. Ce livre est devenu, en somme, “un immense écran sur lequel des millions de gens projetèrent leurs émotions les plus intenses, allant de la haine absolue à l’adulation aveugle”. Elle reçut des lettres disant : “Je déteste tout en vous” et d’autres déclarant : “Vous avez écrit mon livre de chevet.”

Conclusion : il n’est pas possible de se définir à partir des réactions du public. Lorsqu’on crée quelque chose et qu’on le rend public, il se peut qu’il provoque accidentellement une réaction, et c’est tout à fait naturel. C’est “l’éternel flux et reflux de l’action et de la réaction”. Mais nous ne devons absolument pas nous sentir responsable de la réaction :

“Reconnaître cet état de fait – reconnaître que la réaction ne vous appartient pas – est la seule manière saine de créer.”

3.8 – L’art n’est pas si sérieux

S’il y a un message omniprésent dans “Comme par magie”, c’est bien celui-là :

“L’expression artistique humaine est d’une rafraîchissante et bienheureuse superfluité. […] L’art n’a pas autant d’importance que nous nous donnons parfois l’illusion de croire.”

Ainsi, Elizabeth Gilbert a bien conscience que l’œuvre de sa vie est probablement inutile, mais cela ne la gêne absolument pas. Au contraire, cela montre que notre civilisation laisse encore de la place au luxe de l’imagination, de la beauté, de l’émotion et même de la frivolité. Et c’est en cela que l’auteur trouve la créativité magnifique : celle-ci est diamétralement opposée à tout ce qui dans la vie est essentiel ou incontournable. La créativité pure “est bien plus qu’une nécessité : c’est un cadeau. C’est la cerise sur le gâteau” nous dit l’auteur.

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3.9 – Des enjeux plus ou moins élevés

Dans certains endroits, comme sous les régimes totalitaires, l’expression créative peut avoir de très graves répercussions. Et les gens qui continuent avec courage et obstination à faire de l’art sont de véritables et admirables héros. Cependant, pour la plupart d’entre nous, notre expression créative ne comporte pas de risque. Il n’y a donc rien que l’on puisse qualifier d’”urgence artistique”. Et puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne pas faire de l’art ?

À ce propos, Elizabeth Gilbert cite l’exemple de Tom Waits. Celui-ci raconte comment, dans sa jeunesse, il s’est perdu dans le culte de la souffrance artistique (angoisses, tourments, alcoolisme, descentes aux enfers). Et cela parce qu’il voulait être considéré comme important, grave, porteur de sens, être profond et intense et espérait que son œuvre soit meilleure que celle des autres. Et c’est finalement en voyant ses enfants créer aussi librement qu’il a réalisé que ce n’était pas si important que cela.

En somme, pour l’auteur, fabriquer des œuvres, ne devrait pas être quelque chose “qui mérite qu’on se rende malade”. Et c’est pourquoi nous ferions mieux de nous détendre !

3.10 – Le paradoxe central

“L’art est absolument insignifiant. Cependant, il est également profondément signifiant.”

Voici le paradoxe que nous devons être capables de supporter et d’habiter si l’on souhaite mener une vie créative satisfaisante.

“Mon expression créative doit être la chose la plus importante au monde pour moi (si je dois être un artiste), et elle doit aussi n’avoir aucune importance (si je dois être un artiste sain d’esprit).”

Partie IV- Persistance

4.1 – Prononcer ses vœux et apprendre

Cette partie de “Comme par magie” commence ainsi :

“Aux alentours de mes seize ans, je fis le vœu de devenir écrivain. Je veux dire par là que je prononçai littéralement des vœux, à la manière dont une jeune femme d’une nature tout à fait différente pourrait prononcer ses vœux et devenir religieuse. […] J’étais disposée à procéder à tous les aménagements nécessaires pour pouvoir y parvenir.”

C’est ainsi qu’Elizabeth Gilbert nous confie avoir fait la promesse de devenir écrivain, promesse qu’elle n’a jamais rompue depuis. Elle relate ensuite comment elle s’est améliorée dans son art, tout doucement, s’obstinant à écrire chaque jour de sa vie entre l’âge de 20 et 30 ans, et ce, malgré qu’elle ne connaisse aucun succès tangible.

L’auteur précise, d’ailleurs, qu’il n’est jamais trop tard pour se lancer sur la voie de la création. Lorsqu’on est prêt à se lancer corps et âme dans n’importe quoi, on devient facilement un expert après 10 ans. Or, le moment pour commencer à se lancer dans cette existence créative et passionnée, c’est le moment où on le décide !

4.2 – La “tartine de merde”

Apprendre à supporter sa déception et sa frustration est un aspect fondamental du travail d’un individu créatif, du processus de création.

Car il se peut que tout se passe à merveille : on peut créer quelque chose de vraiment génial que tout le monde adore. Cependant, cela arrive assez rarement. De plus, chaque activité, même si elle semble passionnante et glamour au départ, s’accompagne de ce que l’auteur blogueur Mark Manson appelle sa “tartine de merde”, c’est-à-dire possède toujours des effets secondaires indésirables.

“Votre vie ne se résume pas à sauter d’un moment de grâce à un autre. La manière dont vous gérez les choses entre ces moments de grâce indique à quel point vous êtes passionné par votre vocation et si vous êtes bien équipé pour affronter les étranges exigences de l’existence créative. Tenir le coup durant toutes les phases de la création, c’est cela, le véritable travail.”

Dès lors, la question n’est pas tant : “Qu’est-ce qui vous passionne ?” mais plutôt “Qu’est-ce qui vous passionne suffisamment pour que vous puissiez supporter les aspects les plus désagréables de la tâche ?” Car si on aime et désire suffisamment quelque chose, cela ne nous gêne pas vraiment de manger la “tartine de merde” qui est servie avec.

4.3 – Continuer son travail habituel

On aimerait tous avoir une longue période que l’on consacrerait uniquement à créer en paix. Mais ce luxe n’est quasiment jamais à notre portée. Les exigences de la réalité sont toujours en train de nous déranger.

Une des questions qui se pose est alors la suivante : doit-on quitter son job habituel pour vivre de son art ? Elizabeth Gilbert nous donne son avis en nous racontant comment, elle, s’y est prise. Elle dit avoir choisi délibérément de s’accrocher à ses autres revenus de travail pendant longtemps avant de ne rien faire d’autre que d’écrire des livres. Pourquoi ? Parce qu’elle ne voulait pas que l’écriture ait l’écrasante responsabilité de la faire vivre. Elle refusait d’exiger de son art qu’il lui rapporte un revenu régulier.

Pour elle, les exigences financières sont une source de stress telle qu’elles peuvent exercer une pression importante envers notre créativité qui, elle, n’est ni régulière et impossible à anticiper. C’est pourquoi il est beaucoup plus judicieux d’accomplir ses projets artistiques sans quitter son travail habituel. Certains se lèvent, par exemple, très tôt pour travailler leur art. Il faut, pour cela, avoir une créativité qui compte suffisamment pour être prêts à faire tout un tas de sacrifices pour elle. L’auteur précise d’ailleurs que la grande majorité des gens font de l’art “dans des moments volés”, en empruntant du temps sur d’autres activités, et souvent en recourant à “des matériaux dédaignés”.

En somme, pour l’auteur, l’existence créative n’est pas toujours facile mais elle est toujours possible.

4.4 – Être l’amant passionné de sa créativité

Pourquoi les gens continuent-ils de créer lorsque c’est difficile, malcommode et qu’ils n’en retirent aucune gratification financière ? Tout simplement parce qu’ils sont amoureux…

Pour illustrer cette idée, Elizabeth Gilbert fait une comparaison avec ces gens qui ont une liaison extraconjugale : ceux-ci réussissent toujours à trouver le temps de se voir “pour se livrer à des ébats déchaînés et transgressifs” :

“Quand des gens ont une liaison, peu leur importe de perdre le sommeil ou de sauter des repas. Ils font tous les sacrifices nécessaires et défoncent tous les obstacles afin d’être seuls avec l’objet de leur passion et de leur obsession – parce que c’est important pour eux. Autorisez-vous à tomber amoureux comme cela de votre créativité et regardez ce que cela donne. Cessez de traiter votre créativité comme si vous étiez un vieux couple las et malheureux […] et commencez à poser sur elle le regard neuf d’un amant passionné. Même si vous n’avez qu’un quart d’heure par jour en tête à tête dans un escalier avec votre créativité, profitez-en.”

4.5 – Le perfectionnisme : une peur “haute couture”

la perfection un frein à la créativité

Le perfectionnisme fait partie des pires défauts pour celui qui veut mener une existence créative heureuse. Non seulement, il empêche les gens de terminer leur travail, mais il les empêche aussi souvent de le commencer.

“Le perfectionnisme n’est rien de plus qu’une version haut de gamme, haute couture, de la peur. […] Le perfectionnisme n’est rien d’autre qu’une profonde angoisse existentielle qui répète à l’envie : Je ne suis pas assez douée et je ne le serai jamais assez.”

Aussi, peu importe le temps qu’on passera à peaufiner quelque chose, il y aura toujours quelqu’un qui y trouvera un défaut. À un moment donné, il faut donc vraiment terminer son œuvre, la publier telle qu’elle est, pour pouvoir continuer à faire d’autres choses avec allégresse et détermination.

4.6 – La créativité nous permet de nous évader

Pour Elizabeth Gilbert, tout le monde possède un potentiel créatif. Que nous en fassions ou non un métier, nous avons tous besoin d’une activité qui ne soit pas terre-à-terre et qui nous fasse sortir du rôle fixé et restrictif que nous avons dans la société (mère, employé, voisin, frère, patron, etc.).

“Nous avons tous besoin de quelque chose qui nous aide à oublier un instant qui nous sommes – oublier temporairement notre âge, notre sexe, notre milieu socio – économique, nos devoirs, nos échecs et tout ce que nous avons perdu ou raté. Nous avons besoin de quelque chose qui nous emmène si loin de nous-mêmes que nous en oublions de manger, aller aux toilettes, tondre la pelouse, en vouloir à nos ennemis, ruminer nos incertitudes.”

Voilà ici, pour Elizabeth Gilbert, le plus grand bienfait de la créativité :

“En monopolisant totalement notre attention pendant une période brève et magique, elle nous soulage temporairement de la pesante et déplaisante obligation d’être ce que nous sommes. Mieux que tout, au terme de votre aventure créative, il vous reste un souvenir – quelque chose que vous avez fabriqué, quelque chose qui vous remémorera éternellement cette brève rencontre avec l’inspiration qui vous a transformé.”

4.7 – Le mieux est l’ennemi du bien

Au lieu d’être perfectionniste, “Comme par magie” nous invite simplement à faire tout ce que nous pouvons accomplir dans un temps raisonnable, et ce, du mieux possible. L’idée étant, avant tout, d’arriver au bout des choses, plutôt que de vouloir un travail parfait.

À ce propos, Elizabeth Gilbert cite sa mère qui avait coutume de dire qu'”un bon plan exécuté brutalement tout de suite vaut mieux qu’un plan parfait exécuté la semaine prochaine.” Ou alors qu'”un roman assez bon écrit violemment tout de suite vaut mieux qu’un roman parfait méticuleusement jamais écrit.”

4.8 – S’obstiner et recommencer

Dans cette partie de “Comme par magie”, Elizabeth Gilbert nous raconte avoir soumis un jour, une de ses histoires (“La voix de l’élan”), à la rédactrice en chef très respectée d’un célèbre magazine. Elizabeth Gilbert n’était, à ce moment-là, encore qu’une auteure inconnue. La rédactrice en chef refusa de publier son histoire qu’elle avait trouvée intéressante, mais “pas pour le magazine”. Pourtant, lorsque des années plus tard, après avoir rencontré le succès, Elizabeth Gilbert le lui proposa à nouveau, celle-ci fut enthousiasmée. Elle accepta immédiatement de publier son récit.

Cette anecdote enseigna alors à Elizabeth Gilbert trois leçons :

  • L’important n’est pas ce que l’on connaît, mais qui l’on connaît.

“Le talent ne signifie rien et ce sont les relations qui font tout, et le monde de la créativité – tout comme le reste du monde – est injuste et cruel.”

  • Cela est la preuve qu’on ne doit jamais renoncer, qu’un non ne signifie pas toujours non, et que des retournements miraculeux du destin peuvent arriver à ceux qui insistent.
  • Les gens qui “montent la garde aux portes de nos rêves” ne sont pas des automates. Ce sont simplement des gens.
Les lecteurs de cet article ont également lu :  Comment être tout

Pour Elizabeth Gilbert, rien ne nous permet de savoir ce qui captivera l’imagination d’un individu, ce qui provoquera la “divine collision de communion créative”. Il faut simplement l’aborder au moment opportun. Mais puisque ce moment est impossible à prévoir, il faut optimiser ses chances en s’obstinant et en recommençant, constamment :

“Vous vous acharnez, vous continuez votre quête, et puis parfois, à l’endroit et au moment où vous vous y attendez le moins, cela se passe bien.”

Partie V – Confiance

5.1 – Les êtres humains sont des co-créateurs de vie ?

Les êtres humains modernes ont perdu cette conscience que la terre communique avec nous tout autant que nous communiquons avec elle. Et, en n’ayant pas conscience de cette relation, ils passent à côté de quelque chose d’essentiel : leur potentiel de devenir des “co-créateurs” de vie.

En fait, Elizabeth Gilbert pense que La Terre demande nos dons en échange des siens. C’est ce que l’auteur appelle la nature réciproque de la vie et de la créativité : la Nature fournit la graine ; l’homme fournit le jardin ; ils sont mutuellement reconnaissants de l’aide qu’ils s’apportent.

5.2 – Souffrance, anges-gardiens et créativité

Elizabeth Gilbert développe ici une autre idée phare de son livre “Comme par magie”. Les créatifs croient souvent que la douleur est la seule expérience émotionnelle véritablement authentique. Mais c’est, selon elle, confondre autodestruction et engagement sérieux dans la créativité.

“Je crois que, telles les herbes sur les trottoirs, notre créativité pousse dans les fentes entre nos pathologies – pas sur nos pathologies elles-mêmes.”

Beaucoup d’artistes s’accrochent volontairement à leur souffrance, leur addiction, leurs peurs ou leurs démons, car ils ont peur que leur identité disparaisse s’ils y renoncent. L’auteur, elle, refuse de rechercher volontairement la souffrance au nom de l’authenticité artistique. Et elle nous invite à nous méfier de l’Artiste Tourmenté qui peut se révéler séduisant et pittoresque, glamour et romantique, mais qui n’est, parfois, qu’un personnage, justifiant ainsi un comportement parfois épouvantable.

En réalité, il est tout à fait possible de mener une existence créative tout en s’efforçant d’être “quelqu’un de bien” :

“Mon désir de travailler – de collaborer avec ma créativité aussi intimement et librement que je le peux – est ce qui me motive le plus puissamment à lutter contre la souffrance, par tous les moyens nécessaires, et à me construire une vie aussi saine, physiquement et mentalement, et stable que possible.”

Au lieu du culte du martyre artistique, l’auteur nous dit préférer placer sa confiance dans l’idée que son œuvre est une source d’amour et de jeu sans limites. Elle choisit ainsi de toujours aborder son travail dans une joie obstinée.

5.3 – Le martyr contre le roublard

Pour ne plus être dépendant de la souffrance créative, “Comme par magie” nous propose de rejeter le mode de vie du martyr pour adopter celui du roublard.

  • L’énergie du martyr est “sombre, solennelle, macho, hiérarchique, fondamentaliste, austère, impitoyable et profondément rigide”.
  • L’énergie du roublard est “légère, rusée, transgenre, transgressive, animiste, séditieuse, primale et perpétuellement changeante”.

“Le martyr finit toujours mort sous les décombres de la gloire, tandis que le roublard s’en va d’un pas guilleret savourer le lendemain.”

Ces derniers siècles, la créativité a été “kidnappée par les martyrs” et “retenue en otage dans le camp de la souffrance”. Pour l’auteur, il est temps de rendre la créativité aux roublards charmants et subversifs, qui arrivent au bout de leur tâche avec beaucoup de légèreté.

5.4 – La curiosité plutôt que la passion

De la même manière qu’elle refuse d’être une artiste tourmentée créant à travers la souffrance, Elizabeth Gilbert rejette l’apologie de la passion, car, selon elle, le secret de l’existence créative, ce n’est pas la passion mais la curiosité. Et ce, pour deux raisons :

  • Les enjeux de la curiosité sont bien moins élevés que ceux de la passion : en effet, comment trouve-t-on l’inspiration pour travailler quand notre passion est en berne ?
  • La curiosité nous permet de travailler de manière régulière et continuelle ; les émotions plus violentes sont, elles, passagères.

5.5 – L’ego ou le fantôme affamé

On a besoin de notre ego pour construire notre identité et revendiquer notre individualité. Mais il est dangereux de laisser notre ego nous diriger :

“Votre ego est un domestique merveilleux, mais c’est un patron épouvantable, car la seule chose qu’il désire c’est la gratification, encore et encore.”

Un ego mal maîtrisé est ce que les bouddhistes appellent un “fantôme affamé”, c’est-à-dire un être toujours insatisfait qui ne cesse de hurler et réclamer. Et honnêtement, nous avons tous, au fond de nous, cette partie que rien ne peut jamais satisfaire. Dès lors, pour la faire taire, “Comme par magie” nous suggère de ne pas se considérer uniquement comme un ego, mais aussi comme une âme ! Une âme qui ne soit ni guidée par des rêves de louanges, ni par la peur des critiques et qui, en définitive, ne souhaiterait que l’émerveillement.

“La créativité est la voie la plus directe vers l’émerveillement, c’est là que je me réfugie ; elle nourrit mon âme et fait taire le fantôme affamé – me sauvant ainsi de l’aspect le plus dangereux de moi-même.”

5.6 – Faites autre chose

Lorsque nous avons créé quelque chose qui n’a pas fonctionné, il est inutile de s’y accrocher. Mieux vaut oublier ce projet et passer à autre chose.

Selon “Comme par magie“, il ne sert à rien, en effet, de s’appesantir trop longtemps sur nos échecs. Ce qu’il faut, c’est, au contraire, nous occuper, trouver quelque chose à faire pour oublier l’angoisse et la pression. Et cela peut être n’importe quoi, y compris une activité créative complètement différente de ce que nous réalisons habituellement. Einstein appelait cette tactique consistant à ouvrir un canal mental en s’amusant avec un autre, le “jeu combinatoire”. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il jouait souvent du violon quand il peinait à résoudre une énigme mathématique. Après quelques heures de sonates, il parvenait généralement à la solution qu’il cherchait.

Pour Elizabeth Gilbert, l’astuce du jeu combinatoire fonctionne notamment parce qu’il fait taire notre ego et nos peurs. Elle précise, par ailleurs, qu’il ne s’agit pas de procrastination, mais (si l’intention est juste) de mouvement. Et l’inspiration est toujours attirée par le mouvement.

5.7 – Garder confiance à toute épreuve

“L’ultime geste de confiance créative – et c’est parfois le plus difficile – consiste à faire connaître au monde votre travail une fois qu’il est achevé.”

Il n’y a aucune garantie de succès dans le domaine créatif, pour personne. Dès lors, avoir confiance à toute épreuve, c’est :

  • Publier son travail quoi qu’il arrive.
  • Admettre que le résultat n’a pas d’importance et que nous sommes méritant, quel que soit ce résultat.
  • Continuer de partager son œuvre et ne jamais perdre confiance dans le processus créatif, même si on ne comprend pas le résultat.

Aussi, à la question qu’on retrouve très souvent dans les livres de développement personnel : “Que feriez-vous si vous saviez que vous ne pouvez pas échouer ?”, l’auteur préfère la question suivante : “Que feriez-vous si vous saviez que vous pourriez très bien échouer ?” Autrement dit, qu’aime-t-on assez pour que les mots “échec” et “succès” n’aient plus guère de sens.

Enfin, voilà comment Elizabeth Gilbert nous invite à “penser” notre art :

“Il faut s’obstiner. […] Vous l’avez créé, vous avez le droit de le montrer. Ne vous en excusez jamais, ne le justifiez jamais, n’en ayez jamais honte. Vous avez fait de votre mieux avec ce que vous saviez et ce que vous aviez dans le temps qui vous était imparti. […] Ce que vous ne devez surtout pas faire, c’est tourner les talons et partir.”

Conclusion de “Comme par magie” d’Elizabeth Gilbert

La conclusion de l’auteur…

Voici comment l’auteur conclut son ouvrage “Comme par magie” :

“La créativité est sacrée, et elle n’est pas sacrée. Ce que nous créons a énormément d’importance, et n’en a absolument aucune. Nous œuvrons dans la solitude, et nous sommes accompagnés par des esprits. Nous sommes terrifiés, et nous sommes courageux. L’art est une corvée épuisante, et un merveilleux privilège. […] Faites de la place dans votre âme pour que ces paradoxes soient tous tout aussi vrais et je vous promets que vous pourrez faire n’importe quoi.”

Joie, lâcher-prise et magie

Je pense que trois mots-clés se dégagent de l’approche du processus créatif décrit par Elizabeth Gilbert dans “Comme par magie” :

  • La joie

Elizabeth Gilbert nous livre sa manière d’appréhender l’art à travers sa propre expérience d’écrivain : aux antipodes de ces artistes torturés qui disent n’être inspirés qu’à travers une certaine souffrance, Elizabeth Gilbert, elle, vit sa créativité dans la joie de créer, le plaisir de s’exprimer. Ce sont la libération artistique, l’inattendu et le jeu qui nourrissent son inspiration.

  • Le lâcher-prise et légèreté

Tout au long de “Comme par magie” Elizabeth Gilbert nous invite finalement à nous laisser aller là où l’inspiration nous amène, sans se préoccuper du résultat ni se prendre au sérieux. L’idée est plutôt de savourer le plaisir de créer quelque chose qui sort de soi, de nos mains, de notre tête, de nos tripes, de vivre cet état extatique qu’est le flow et mettre de côté la perfection. À partir de là, le reste se fera tout seul.

  • La magie

Enfin, Elizabeth Gilbert nous apporte sa vision de la créativité : une conception de l’inspiration, des idées, du génie créatif que certains pourraient qualifier de saugrenue mais qu’elle considère, elle, comme de la magie au sens littéral !

Un livre léger et profond à la fois

Comme par magie” est un ouvrage tout autant léger que profond :

  • Léger grâce aux nombreuses anecdotes tirées du vécu de l’auteur. Celles-ci apportent beaucoup de fantaisie et de réalisme au récit (comme la rencontre nocturne avec un élan lors d’une sortie arrosée en pleine forêt, l’histoire de l’homme qui fait irruption en déguisement de homard lors d’une prestigieuse soirée médiévale, etc.).
  • Profond pour tous les points de réflexion évoqués au fil des chapitres. Ceux-ci nous poussent à méditer sur la façon de nous libérer pour vivre notre créativité sans la craindre.

Au final, “Comme par magie” est un livre inspirant, un véritable tremplin pour se lancer, se mettre ou se remettre dans une dynamique créatrice !

Points forts :

  • Le ton réaliste de l’auteure, léger et profond à la fois.
  • Son approche originale et lumineuse sur le côté magique de la créativité.
  • Les anecdotes qui rendent la lecture vivante et drôle.
  • La vision positive, amusante et joyeuse du processus de créativité : le plaisir avant tout !

Points faibles :

  • L’auteur parle, avant tout, de sa propre expérience en tant qu’écrivain.
  • Certes, le livre nous aide à remettre en marche la machine créatrice et la lecture est agréable, mais en dehors de cela, le fond reste assez abstrait et généraliste.

Ma note :

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