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L’Individu Souverain

Résumé de « L’individu Souverain – Maîtriser la transition vers l’ère de l’information » de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg : Dans ce livre les auteurs explorent la plus grande transition économique et politique des siècles à savoir le passage d’une société industrielle à une société fondée sur l’information. Ils annoncent la fin de l’État-nation et l’avènement de la souveraineté individuelle.

Par James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, 1997, 448 pages.

Titre original : The Sovereign Individual – Mastering the transition to the Information Age

Table des matières

Chronique et résumé de « L’individu Souverain » de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg

Chapitre 1 – La transition de l’année 2000 | La 4ème étape de la société humaine

révolution de l'information the sovereign individual

1.1 – La révolution de l’information : quatrième étape de la société humaine

Dans ce livre de 1997 (ayez bien cette année en tête en lisant cette chronique, car le livre en devient encore plus impressionnant 🙂 ), James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, auteurs du livre « L’individu Souverain« , souhaitent démontrer que nous arrivons à la fin de l’ère moderne des Etats-Nations occidentaux.

  • Les 3 étapes de l’humanité (avant une révolution radicale et rapide)

Selon les auteurs de « L’individu Souverain« , nous sommes à l’aube d’une révolution radicale. Celle-ci sera plus rapide et plus profonde que celles traversées auparavant.

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg reviennent sur les trois étapes essentielles que l’humanité a connues jusqu’alors :

    • Première étape ⇒ une société qui repose sur la chasse et la cueillette,
    • Seconde étape ⇒ une société qui repose sur l’agriculture,
    • Troisième étape ⇒ une société industrielle.

Ces étapes représentent des phases distinctes dans l’évolution de l’humanité et dans le contrôle de la violence.

  • La révolution de l’information sera la quatrième étape

Selon James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, le potentiel existant dans lÉtat-nation tel que nous le connaissons s’érode de jour en jour. En témoignent la chute des valeurs morales et la hausse de la corruption parmi les leaders des gouvernements occidentaux. Cette conjoncture augure d’un changement majeur dans nos sociétés actuelles : une véritable révolution. 

Avec « L’individu Souverain« , les auteurs veulent donc nous éclairer sur le changement que nous allons vivre. Ceci afin de mieux profiter des nouvelles opportunités qui nous seront offertes. Car selon eux, cette révolution modifiera non seulement toute la configuration de l’économie mondiale actuelle, mais se déroulera aussi de façon beaucoup plus rapide que les précédentes transitions.

Le changement sera universel, immédiat et créera une véritable cassure avec le passé.

1.2 – L’ascension de l’individu souverain

Désormais, les nouveautés techniques et économiques ne seront plus restreintes à une petite partie du monde. Cette nouvelle société promet la possibilité, pour celles et ceux qui ont la capacité de s’éduquer et de se motiver, d’atteindre leurs objectifs et de réussir en dépit de leur âge, de leur ethnicité et de leur sexe. La réussite devient désormais accessible à tous ceux qui souhaitent s’en sortir.

Les auteurs développent ici quatre points principaux. Ils nous expliquent ainsi que, dans cette nouvelle ère de l’information :

  • Les idées seront un moyen d’enrichissement. Le mérite, où qu’il soit, sera récompensé comme jamais il ne l’a été. Le capital physique ne sera plus un obstacle pour accéder à de nouvelles richesses. Les personnes brillantes et ambitieuses prospèreront et seront le véritable reflet de la souveraineté individuelle.
  • L’autonomie individuelle et l’égalité des opportunités domineront. Cela signifie que désormais, les humains seront responsables de leurs actions et de leur vie. Les gouvernements ne pourront plus imposer certaines contraintes au risque de voir partir leurs meilleurs éléments.
  • La réalité virtuelle des technologies de l’information élargira le domaine des souhaits humains pour que presque tout ce qui peut être imaginé semble réel.

En somme, la transition numérique affaiblira les gouvernements et libèrera l’individu qui capitalisera sur la souveraineté individuelle (moins de contraintes, plus de contrôle privé sur les ressources…).

1.3 – La fin des Nations

  • Des États affaiblis par les nouvelles technologies 

Le processus par lequel l’État-nation s’est développé au cours des cinq derniers siècles sera inversé par la nouvelle technologie de l’ère de l’information : on l’a vu, l’État en ressortira affaibli. Ce dernier devra donc faire face à des individus autonomes avec la même diplomatie que dans ses relations avec les autres gouvernements. Et dans le but d’endiguer cette croissance technologique, il utilisera des moyens secrets et parfois violents pour empêcher la propagation de ces nouvelles technologies.

« Les gouvernements bafoueront les droits de l’homme, censureront l’information et saboteront les technologies utiles, et pire encore »

(« Governments will violate human rights, censor the free flow of information, sabotage useful technologies, and worse. »)

  • Trois prédictions qui montrent la perte de pouvoir des Nations

Les auteurs du livre « L’individu Souverain » énoncent trois prédictions importantes :

    • Les nouvelles technologies vont entraîner une révolution complète : elle modifiera nos outils, remodèlera notre morale, modifiera nos perceptions, rendra nos lois obsolètes, bouleversera notre façon de travailler. Notre travail ne consistera plus, par exemple, à occuper un « poste » mais à réaliser une « tâche » (ils anticipent donc très bien, plus d’une décennie avant que ce terme ne devienne à la mode, « l’Ubérisation » de l’économie).
    • Une grande partie du commerce mondial migrera vers le nouveau domaine du cyberespace, où les gouvernements n’auront aucun pouvoir d’action. Dans ce cyberespace, les menaces de violence physique qui constituent le fond de la politique depuis toujours disparaitront. Tout le monde s’y rencontrera sur un pied d’égalité.
    • Le cyberespace constituera une juridiction définitivement offshore ouverte à tous. Selon les auteurs :

« Le cyberespace est la juridiction offshore ultime. Une économie sans impôts. Les Bermudes dans le ciel paré de diamants. Une fois que le plus grand havre fiscal sera entièrement ouvert aux affaires, tous les fonds seront essentiellement des fonds offshore à la discrétion de leur propriétaire. Cela aura des effets en cascade. L’État s’est habitué à traiter ses contribuables comme un agriculteur s’occupe de ses vaches. Les gardant dans un champ pour les traire. Bientôt, les vaches auront des ailes. »

(« Cyberspace is the ultimate offshore jurisdiction. An economy with no taxes. Bermuda in the sky with diamonds. When this greatest tax haven of them all is fully open business, all funds will essentially be offshore funds at the discretion of their owner. This will have cascading consequences. The state has grown used to treating its taxpayers as a farmer treats his cows, keeping them in a filed to be milked. Soon, the cows will have wings »). 

  • Les mesures totalitaires des États face aux dangers des technologies et des cybermonnaies

Les auteurs du livre « L’individu Souverain » expliquent que, dans un premier temps, l‘État prendra des mesures désespérées pour « attacher son troupeau en fuite », pour restreindre l’accès aux technologies libératrices. Mais si cela fonctionne, cela ne marchera qu’un temps. L’État sera finalement dans l’incapacité de faire face. Même en augmentant ses recettes fiscales, il ne pourra plus continuer à s’acquitter de ses dépenses.

À l’ère de l’information, l’émergence des cybermonnaies permettra aux individus de s’affranchir du monopole détenu par les États. Face à cette indépendance monétaire nouvelle où tout un chacun pourra mener sa propre politique monétaire, les gouvernements occidentaux vont chercher à supprimer la cyberéconomie par des moyens totalitaires.

« Leur importance [celle des États] pour contrôler la richesse du monde sera transcendée par des algorithmes mathématiques qui n’ont pas d’existence physique. Dans le nouveau millénaire, le cyberargent contrôlé par les marchés privés remplacera la monnaie fiduciaire émise par les gouvernements. […] Manquant de leur marge de manœuvre habituelle pour taxer et gonfler leurs recettes, les gouvernements, même dans les pays traditionnellement civils, deviendront méchants. L’impôt sur le revenu devenant irrécouvrable, des méthodes d’exaction plus anciennes et plus arbitraires referont surface. »

(« Their importance for controlling the world’s wealth will be transcended by mathematical algorithms that have no physical existence. In the new millennium, cybermoney controlled by private markets will supersede fiat money issued by governments. […] Lacking their accustomed scope to tax and inflate, governments, even in traditionally civil countries, will turn nasty. As income tax becomes uncollectible, older and more arbitrary methods of exaction will resurface. »)

1.4 – Des réactions hostiles de part et d’autre

Si ces nouvelles technologies représentent l’avantage de la libération et de l’autonomie pour certains, d’autres verront, dans celles-ci, une réelle menace.

C’est le cas des « talents moyens » des pays actuellement riches et ceux qui bénéficient des revenus distribués par les États. En effet, ces derniers auront tendance à être méfiants face à cette nouvelle configuration, nouvelle liberté et face à ceux prônant la souveraineté individuelle. Cette réaction négative voit son origine dans ce que les auteurs appellent « l’anachronisme moral« , c’est-à-dire « l’application de restrictions morales tirées d’une étape de la vie économique aux circonstances d’une autre« .

En somme, toutes nouvelles avancées entrainent un changement des valeurs morales. Mais :

« Tout comme une société agricole ne pouvait pas vivre selon les règles morales d’une bande d’Esquimaux migratrice, la société de l’information ne peut pas satisfaire les impératifs moraux qui ont émergé pour faciliter le succès d’un État industriel militant du 20ème siècle. »

(« Just as a farming society could not live by the moral rules of a migratory Eskimo band, so the Information Society cannot satisfy moral imperatives that emerged to facilitate the success of a militant twentieth-century industrial state. »)

Pour autant, cette société d’information ne sera pas non plus forcément bien acceptée par les personnes qui en tireront profit. Il est fort probable qu’eux aussi doutent et méprisent les innovations qui minent l’État-nation. Car tout changement radical reste effrayant pour l’humain. Cela a toujours été ainsi. Et cette transition, plus rapide que nos capacités morales et économiques, entrainera, avec elle, des réactions radicales :

« Vous pouvez vous attendre à voir une résistance féroce et indignée à la révolution de l’information, malgré sa grande promesse de libérer l’avenir. »

(« You can expect to see a fierce and indignant Revolution, notwithstanding its great promise to liberate the future. »)

1.5 – La souveraineté par les marchés : l’individu ne sera plus un « citoyen » mais un « client »

  • La « dénationalisation » de l’individu ⇒ privatisation des services et autonomie des individus

Pour les auteurs du livre « L’individu Souverain« , la restructuration radicale de la nature de la souveraineté et la mort de la politique causeront la privatisation de presque tous les services actuellement contrôlés par les gouvernements. De fait, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg croient en l’arrivée imminente d’une souveraineté économique individuelle, à savoir la souveraineté par les marchés.

Les individus vont gagner énormément d’autonomie tandis que les États-nations vont faire faillite et verront leur autorité grandement s’éroder :

« Le pouvoir qu’ils [les gouvernements] conservent est le pouvoir d’anéantir, pas de commander. »

(« The power they retain is the power to obliterate, not to command »). 

De la même manière que les chemins des fers et des mines nationalisées ont été rapidement privatisés dans le monde entier, nous assisterons à la « dénationalisation » de l’individu qui ne sera plus un citoyen, mais un client.

  • La commercialisation de la souveraineté et l’affirmation des cybercommunautés

La commercialisation de la souveraineté entrainera de profonds changements dans la définition de la citoyenneté d’un État-nation.

En effet, les citoyens pourront offrir leurs services de n’importe où grâce à l’augmentation de la bande passante. Ils ne seront plus uniquement des redevables qui doivent payer des impôts, mais avant tout des souverains individuels et des clients pour les gouvernements.

Les auteurs mentionnent, pour illustrer leurs propos, la reconnaissance de la souveraineté virtuelle du réseau mondial de téléphonie cellulaire Iridium. En effet, pour permettre l’acheminement des appels vers les abonnés partout sur la planète, il a fallu reconnaître Iridium comme un pays virtuel, et donc comme une souveraineté virtuelle, par la communauté mondiale.

Si cette bande passante continue d’augmenter – et c’est ce que pressentent les auteurs pour les années à venir au moment de l’écriture de leur livre en 1997 – elle devrait techniquement inclure une communauté virtuelle ayant ses propres lois : le métavers (notez à nouveau l’anticipation étonnante des auteurs à ce sujet). Lorsque ce sera le cas, les nouvelles cybercommunautés seront riches et compétentes, capables de s’affirmer grâce à des capacités de communication et une guerre de l’information de grande envergure.

  • La fragmentation de la souveraineté et le déclin de l’identité nationale

Dans le système des États-nations, les frontières entre les territoires sont fixes et claires. À l’ère de l’information, ces frontières physiques redeviendront floues et la souveraineté va se fragmenter. De nouvelles entités émergeront et pourront contrôler richesses et puissance militaire sans pour autant ne contrôler aucun territoire fixe. Ces entités seront organisées sur des principes n’ayant aucun rapport avec la nationalité (comme c’était le cas de certaines corporations religieuses au Moyen-Âge comme les chevaliers hospitaliers : de toutes origines ethniques confondues, leurs membres ne tiraient aucune autorité de l’identité nationale).

Vont également renaître des associations de marchands et d’individus riches avec des pouvoirs semi-souverains (du même type que la confédération de marchands de la Hanse ou « Ligue hanséatique » au Moyen-Âge). Ces « républiques marchandes du cyberespace » offriront une protection et participeront au respect des contrats.

  • La fin de la social-democratie et nouveau regard sur le monde

Selon James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, « les illusions de la démocratie sociale qui ont autrefois ravi et motivé les esprits les plus doués » sont devenues anachroniques aujourd’hui. C’est pourquoi, les auteurs nous conseillent de regarder le monde autrement, de l’extérieur. Puis, de ré-analyser toutes ces choses que nous avons probablement prises pour acquises et ainsi arriver à une nouvelle compréhension. Pour les auteurs, cette démarche est cruciale parce que, lancent-ils :

« Si vous ne parvenez pas à transcender la pensée conventionnelle à un moment où la pensée conventionnelle perd le contact avec la réalité, alors vous serez plus susceptible de devenir la proie de l’épidémie de désorientation qui vous attend. La désorientation engendre des erreurs qui pourraient menacer votre entreprise, vos investissements et votre mode de vie. »

(« If you fail to transcend conventional thinking at a time when conventional thinking is losing touch with reality, then you will be more likely to fall prey to an epidemic of disorientation that lies ahead. Disorientation breeds mistakes that could threaten your business, your investments, and your way of life. »)

1.6 – Les prédictions des auteurs dans leurs deux précédents ouvrages  

Pour terminer le premier chapitre de leur livre « L’individu Souverain« , les auteurs évoquent leurs précédents ouvrages : « Blood in the Streets » publié en 1987 et « The Great Reckoning » publié en 1991.

Dans ces deux ouvrages, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg rappellent avoir expliqué que :

    • Les causes les plus importantes du changement étaient subtiles et se trouvaient selon eux dans le climat, la topographie, les microbes et la technologie.
    • La violence était une variable cruciale au centre de leur théorie de la mégapolitique.

Les auteurs listent ensuite les prédictions énoncées dans leurs deux précédents livres, en 1987 et 1991. Accueillies avec hostilité, souvent même moquées ou considérées comme des absurdités, ces prévisions ont pourtant été confirmées pour la plus grande partie d’entre elles.

  • Les prédictions qui se sont réalisées

Il s’agit, selon les auteurs, de :

    • Le déclin de la prédominance américaine, entrainant, avec lui, de nombreux déséquilibres économiques et un krack boursier de grande envergure.
    • L’effondrement du communisme et la mort de l’Union soviétique, entrainant un avenir de désordre civil croissant, une hyperinflation et une baisse du niveau de vie au sein de la Russie et des républiques soviétiques.
    • Le désarmement mondial.
    • L’effondrement du marché boursier japonais.
    • L’effondrement des marchés de l’immobilier.
    • La baisse des salaires moyens, une redéfinition des conditions de redistribution des revenus, la réduction des prestations sociales.
    • Le remplacement du marxisme par l’Islam militant comme idéologie principale de confrontation avec l’Occident.
    • La recrudescence du terrorisme et une violence criminelle généralisée.
  • Les prédictions qui n’ont pas (encore ?) eu lieu 

Les auteurs indiquent que d’autres prédictions n’ont pas eu lieu, ou ne se sont, en tout cas, pas encore produites. Attention, il s’agit de ce qui ne s’est pas déroulé à l’heure où les auteurs écrivent la dernière édition de leur livre en 1997, pas au moment où j’écris ce résumé, à savoir :

    • L’effondrement du système de commandement et de contrôle dans l’ex-Union Soviétique entrainant la propagation des armes nucléaires entre les mains de mini-États, de terroristes et gangs criminels.
    • La corruption de certains systèmes politiques avec l’argent de la drogue.
Les lecteurs de cet article ont également lu :  Notre système éducatif est-il obsolète ?

Les auteurs précisent que prédire l’avenir a toujours été une entreprise audacieuse et osée, qui provoque à juste titre le scepticisme. Mais pour eux, c’est avant tout un exercice de pensée. Leurs déductions s’avéreront peut-être à côté de la plaque. Toujours est-il qu’ils ont à coeur de nous fournir « une analyse sobre et détachée des questions qui pourraient s’avérer d’une grande importance » pour nous. Ce ne sont, en effet, pas des prophéties énigmatiques mais bien de leurs points de vue qu’il s’agit, et qu’ils se sentent obligés de partager.

1.7 – Les inquiétudes liées aux données informatiques 

Les auteurs de « L’individu Souverain » terminent ce premier chapitre en évoquant la corruption des données informatiques : à l’ère de l’information, il sera possible de faire des ravages en sabotant les données des systèmes essentiels dont dépend le fonctionnement de la société. Par exemple, au lieu d’abattre un avion, un adversaire militaire pourrait corrompre des données cruciales pour son fonctionnement, et ce en toute sécurité.

Les auteurs concluent ce premier chapitre en soulignant que pour comprendre le fonctionnement du monde, nous devons avoir conscience que la société humaine obéit aux mathématiques des processus naturels. Et que la société humaine, comme d’autres systèmes complexes dans la nature, est caractérisée par des cycles et des discontinuités. Cela signifie que certaines caractéristiques de l’histoire ont tendance à se répéter, et que les changements les plus importants, lorsqu’ils se produisent, peuvent être brusques plutôt que progressifs. Et c’est donc en partie parce qu’ils ont analysé ces cycles que les auteurs ont la conviction que l’an 2000 « sera un point d’inflexion entre l’Ancien Monde et un Nouveau Monde à venir«  (« We believe it will be an inflection point between the Old World and a New World to come« ).

Chapitre 2 – Les transformations mégapolitiques dans une perspective historique

les changements de l'ère de l'information

2.1 – Le déclin du monde moderne selon « L’individu Souverain« 

Au moment de l’écriture de leur livre, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg expliquent assister au déclin de l’Âge moderne amorcé avec la chute du mur de Berlin et la fin de l’empire soviétique. Aujourd’hui, la quatrième étape appelée « post-moderne », « cyberéconomie » ou encore « ère de l’information » et évoquée dans le premier chapitre est en fait en train d’arriver à grande vitesse :

« L’État-nation a un avenir compté en années et en jours, non plus en siècles et en décennies. »

(« The nation-state has a future numbered in years and days, and no longer in centuries and decades. »)

  • Le tabou des prévisions

La difficulté d’acceptation de certaines prévisions réside dans le fait qu’un système, qu’il soit fort ou faible, n’acceptera pas de voir ses règles remplacées. Plus un système approche de sa fin, plus les gens seront réticents au fait d’adhérer à ses lois. C’est la raison pour laquelle les organisations découragent ou minimisent les analyses qui anticipent sa disparition. Et c’est pour cela que les grandes transitions dans l’histoire sont rarement repérées, ou ne le sont que rétrospectivement, des décennies et même parfois des siècles après qu’elles se soient produites. Les auteurs mentionnent longuement la chute de Rome comme exemple : l’histoire montre que les pouvoirs en place ont nié que Rome était tombée pendant de nombreuses décennies. Ainsi, même après la fin de son existence, l’Empire romain a continué d’exister au travers des histoires présentées au public.  

  • Apprendre à regarder au-delà de ce qui est perceptible

L’unique façon de comprendre ou de constater la potentielle fin d’un système reste donc de la comprendre par soi-même. Cela nécessite de regarder au-delà de l’évidence, de ne pas se limiter à ce qui est perceptible. En cela, l’histoire reste et restera un professeur incroyable.

  • Les causes fondamentales du changement ne sont pas conscientes

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg évoquent les réflexions et analyses de plusieurs spécialistes sur l’avenir et la société qui sont, à leur sens, erronées et superficielles.

Ils expliquent ensuite pourquoi, contrairement à la croyance commune, les causes fondamentales du changement ne sont pas de l’ordre du conscient. Les transitions sont rarement motivées par des souhaits humains, autrement dit par le fait que des gens en ont marre d’un mode de vie et voudraient en changer. En effet, aucun homme préhistorique n’a jamais dit : « Je suis fatigué de vivre à l’époque préhistorique, je préfèrerais la vie d’un paysan dans un village agricole« . C’est le processus inverse qui se passe. C’est le changement qui provoque une désorientation générale et de nouveaux besoins chez les individus :

« Si leurs points de vue [des individus] changent brusquement, cela indique probablement qu’ils ont été confrontés à un certain écart avec leurs conditions familières : une invasion, une peste, un changement climatique soudain ou une révolution technologique qui modifie leurs moyens de subsistance ou leur capacité à se défendre. »

(« If their views do change abruptly, it probably indicates that they have been confronted by some departure from familiar conditions : an invasion, a plague, a sudden climatic shift, or a technological revolution that alters their livelihoods or their ability to defend themselves. »)

2.2 – La vie sans vision du futur

Nous l’avons vu, si nous ne percevons pas les grandes transitions de l’histoire, cela s’explique, en partie, par le fait que nous ne souhaitons pas les voir. L’absence de connaissances de nos ancêtres explique également pourquoi leur regard sur l’avenir était faux.

  • Apprendre du passé

Le gros avantage que dispose la société actuelle par rapport au passé est celui de posséder la connaissance. La science et les mathématiques nous ont aidés à comprendre la nature et ses causes à effets. Le développement de la politique, de l’informatique et l’économie nous ont permis de saisir le fonctionnement des systèmes complexes, dynamiques ainsi que les actions humaines (la logique de la violence notamment).

Les auteurs soulignent alors que, sur la base des analyses du passé, nous pouvons aujourd’hui anticiper le degré d’impact des changements. Car avec la connaissance, il est facile de prévoir certains comportements. Alors certes, nous ne sommes pas en mesure de prédire une explosion atomique, un acte terroriste, la frappe d’un astéroïde, une éruption volcanique soudaine ou encore l’émergence d’une nouvelle maladie, mais nous pouvons tirer des conclusions de ce qui est déjà connu. Par exemple, si vous laissez tomber un billet de 500 $ dans la rue, il y a de fortes chances que quelqu’un le ramasse et le prenne pour lui. Plus globalement, savoir que les gens réagissent aux coûts et aux récompenses est, parmi d’autres, un élément essentiel de prévisions.

  • Les caractéristiques des transitions mégapolitiques 

Les auteurs de « L’individu Souverain«  analysent plusieurs des caractéristiques communes à toutes transitions mégapolitiques. Voici 7 points synthétisés que les auteurs proposent de retenir pour mieux comprendre la révolution de l’information :

    • Des changements dans les fondements mégapolitiques du pouvoir interviennent toujours bien en amont de la révolution réelle.
    • Les revenus diminuent généralement lorsqu’une transition majeure commence.
    • Durant cette période, avoir une vision différente est souvent considéré comme tabou, car les gens sont presque toujours aveugles aux changements.
    • Les grandes révolutions s’accompagnent souvent d’une révolution culturelle pouvant entraîner des conflits entre les adeptes des anciennes valeurs et ceux des nouvelles valeurs.
    • Les grandes transitions ne sont pas populaires car elles remettent en question les impératifs moraux établis.
    • La corruption, le déclin moral et l’inefficacité semblent être des caractéristiques importantes des dernières étapes d’un système.
    • Probablement à cause de la croissance technologique, chaque transition qui s’est déroulée dans l’histoire a laissé moins de temps d’adaptation qu’en a laissé la précédente.

L’histoire s’accélérant, il est aujourd’hui vraiment utile de faire des prévisions sur les implications des transitions, car elles auront des répercussions sur un horizon bien plus réduit : l’espace d’une seule vie.

2.3 – Les 4 facteurs mégapolitiques qui précipitent les révolutions dans l’utilisation de la violence

La notion de mégapolitique permet de mieux comprendre certains des évènements majeurs de l’histoire (la trajectoire des gouvernements, les guerres, les modèles de prospérité économique et de déclin…). C’est pourquoi, pour James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, il est essentiel de connaître les facteurs qui conduisent les révolutions à employer la violence.  

Ces variables peuvent être regroupées sous 4 catégories :

  • La topographie,
  • Le climat,
  • Les microbes,
  • La technologie (la catégorie plus impactante)

Les auteurs de « L’individu Souverain«  illustrent ces quatre facteurs avec de nombreux exemples du passé.

Chapitre 3 – À l’est de l’Eden | La révolution agricole et la sophistication de la violence

Les auteurs de « L’individu Souverain » mettent en évidence comment l’apparition de l’agriculture, apparue vers 9 000 avant Jésus-Christ, a permis à l’humanité d’entrer dans une nouvelle ère. Avec elle est née la civilisation.

3.1 – Des changements à l’origine de la violence

La révolution agricole a été la première grande révolution économique et sociale. Elle a transformé la logique de la violence : partout où l’agriculture s’est enracinée, la violence est devenue une caractéristique importante de la vie sociale.

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg expliquent d’abord longuement comment fonctionnait la société primitive avant l’agriculture. Ceci afin de mieux comprendre en quoi l’avènement de l’agriculture a créé une dynamique radicalement différente de celle qu’impliquait la recherche de nourriture.

recherche de nourriture début de la civilisation agriculture

Dans la société primitive (chasse et cueillette), l’accès aux ressources est commun (pas de propriété), les outils nécessaires sont moindres, il n’y a pas d’intérêt à épargner puisque rien à acheter, travailler au-delà du strict minimum a un impact négatif (les excès réduisaient au contraire les chances de trouver de la nourriture). La société agricole a été à l’origine de changements majeurs : régime alimentaire, organisation de la vie économique, procédés de culture, stockage des ressources, domestication des animaux, immobilisations des terres, sédentarité et regroupement des populations, concurrence et contrôle des terres, etc.

3.2 – Propriété privée et naissance des inégalités

Par ailleurs, le passage vers la société agricole sédentaire a entraîné, avec elle, l’apparition de :

  • La propriété privée : un individu travaillant sur ses terres toute une saison ne laisse pas quelqu’un prendre ses cultures.
  • La notion d’inégalité : il devenait désormais possible de voler quelque chose aux autres que nous n’avions pas.

En ce sens, la révolution agricole a accru la coercition et a donné lieu à l’émergence de la violence : pillages, raids, guerres, etc.

Dans la deuxième partie de ce chapitre de « L’individu Souverain« , les auteurs continuent d’expliquer de façon très détaillée et documentée en quoi le contexte de cette révolution a contribué de plus en plus à une recrudescence importante de la violence.

Chapitre 4 – Les derniers jours de la politique | Parallèle entre le déclin de l’Église et de l’État

Dans le quatrième chapitre de « L’individu Souverain« , James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg montrent que la révolution de l’information risque d’entraîner la mort de la politique comme cela a été le cas avec l’Église il y a plusieurs siècles de cela.

déclin de l'église parallèle

En effet, à la fin du XVème siècle, la population s’est montrée très dédaigneuse envers l’Église qui était considérée comme corrompue et amorale. Ce dédain est un indicateur : les avancées technologiques ont tendance à changer les normes morales et provoquent un certain mépris vis-à-vis des anciennes institutions qui tendent à les perpétuer.

4.1 – La réforme laïque

C’est la prise de conscience que les politiques et membres de l’Église effectuaient des actions inutiles qui a accéléré ce besoin de réforme. Avant cela, l’Église a aidé à la reprise de l’économie qui faisait suite à l’anarchie. Elle s’est montrée indispensable comme l’État-nation à notre époque. Mais de la même façon que l’Église a ensuite été remplacée parce qu’elle était devenue un frein à la croissance et la productivité, les auteurs supposent que l’État-nation sera remplacé par de nouvelles formes de souverainetés.

4.2 – Un parallèle entre la chevalerie et la citoyenneté

Plusieurs idées sont développées. Les auteurs : 

  • Évoquent les similarités entre les chevaliers qui prêtaient serment, de manière insensée parfois, et les citoyens prêts à accepter de payer des impôts et des taxes en contrepartie de leur citoyenneté.
  • Expliquent pourquoi la chevalerie et la citoyenneté ont toutes les deux en commun le fait de tuer les gens et risquer la mort.
  • Pensent que, de la même manière que nous trouvons aujourd’hui la flagellation ou les privations pratiquées dans le passé ridicules, il est fort probable que, dans le futur, les individus trouvent notre comportement moderne ridicule.

4.3 – La naissance de l’âge industriel

L’industrie trouve son émergence dans l’apparition des armes à poudre et de l’imprimerie.

  • La perte de pouvoir de l’Eglise causée par l’imprimerie 

L’imprimerie, qui a permis la production en masse et donc la diffusion des informations à un coût plus faible que par le passé, a ouvert la porte à de nouveaux horizons intellectuelsAvec l’apparition de l’imprimerie, le savoir était disponible pour tous et a diminué le pouvoir de l’Église qui avait le monopole des mots de Dieu. Cela a même créé de l’espace pour les hérétiques, ce que l’église a tenté de censurer. Mais l’effet a été inverse. Les liens féodaux et le rapport à l’église ont été changés par les ouvrages qui relataient l’histoire de ces nouveaux riches qui avaient réussi en partant de rien.

Finalement, la production de masse de livres a mis un terme au monopole de l’écrit détenu par l’Église, réduisant ainsi fortement son pouvoir.

  • Parallèle avec aujourd’hui

Pour James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, la révolution de l’information détruira le monopole de l’État-nation tout comme la révolution des poudres à canon et de l’imprimerie a détruit celui de l’Église. Aujourd’hui comme hier, les productifs sont ceux qui supportent le fardeau croissant de la redistribution des revenus. 

Tout comme l’Église, l’État-nation détient le monopole de la règlementation et ne s’en sert pas pour améliorer la productivité. Il l’utilise essentiellement dans le but de générer des revenus. C’est cela qui a entraîné le mépris de la population à l’encontre de l’Église, de la bureaucratie et aujourd’hui des politiciens qui dépensent l’argent public dans des futilités.

4.4 – L’hypocrisie de l’Église

Au fil des années, la population s’est rendu compte de l’hypocrisie de l’Église qui était pourtant sacrée. L’état de corruption de l’Église à la fin du XVème siècle et la hausse des impôts et indulgences pour renflouer ses caisses ont entraîné doucement sa fin, avec une réduction de son impact.

La fin du XVème siècle a été une époque de confusion, de désillusion, de pessimisme et de désespoir comme c’est le cas aujourd’hui.

Chapitre 5 – La vie et la mort de l’État-nation selon « L’individu Souverain« 

5.1 – Les décombres de l’histoire

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg commencent le cinquième chapitre du livre « L’individu Souverain » en évoquant la chute du mur de Berlin en 1989 qu’ils décrivent comme le véritable symbole de :

  • L’ère de l’État-nation : ces murs étaient édifiés pour maintenir le monopole et extraire les richesses des citoyens.
  • La mort du communisme, et ce pour l’ensemble du système mondial : le triomphe de l’État comme véhicule d’organisation de la violence n’était pas une idéologie voulue par la société, mais rendue possible grâce à la logique de la violence.

Les auteurs soulignent ensuite deux points :

  • La poudre à canon et les armes ont permis aux états de s’étendre plus facilement, entrainant un recours élevé à la violence. Et seuls les grands gouvernements ayant une maîtrise des ressources pouvaient rivaliser sur les champs de bataille.
  • La révolution mégapolitique qui a tué le communisme risque de détruire l’État-providence démocratique comme nous l’avons connue au XXème siècle.

5.2 – Une gouvernance en termes économiques plutôt que politiques

Les auteurs de « L’individu Souverain » font ici référence aux travaux de l’historien économiste Frederic Lane. Ce dernier a étudié la possibilité d’un gouvernement pensé en termes économiques plutôt que politiques. De ce point de vue, il existerait trois groupes de personnes pour lesquelles sont pensés les gouvernements :

état nation politique économique

  • Les propriétaires

C’est rare à l’heure actuelle mais, il arrive encore qu’une unique personne soit à la tête d’un gouvernement. Il s’agit souvent d’un chef héréditaire qui possède le pays (ex. : le sultan de Brunei ou le sheik de Dubaï qui gèrent leur pays un peu comme une entreprise). L’objectif des propriétaires du gouvernement est de maximiser les profits et de réduire les coûts. De cette façon, ils libèrent des ressources pour des investissements qui stimulent la croissance. Et même si ces ressources étaient dépensées pour une consommation ostentatoire, ils aideraient à créer et alimenter de nouveaux marchés au lieu de les gaspiller dans une « protection » inefficace.

  • Les employés

La politique d’un gouvernement dirigé par ses employés favorise l’augmentation de l’emploi, s’oppose à sa diminution et résiste à la baisse des taxes (auxquelles ils contribuent moins que les entrepreneurs) et des coûts. Ils ont, par ailleurs, rarement tendance à diminuer les coûts du gouvernement ou les prix facturés aux clients.

  • Les clients

Les gouvernements gérés par des clients ont déjà existé par le passé comme à Venise, à l’époque médiévale. C’est un groupe de marchands en recherche de protection qui contrôlait alors le gouvernement vénitien. Ces marchands étaient les clients d’un service de protection fourni par le gouvernement (ils le payaient pour ce service). Mais, ils ne cherchaient pas à jouir du contrôle du monopole de la violence. D’autres exemples sont cités comme les démocraties et les républiques à franchise limitée, et plus particulièrement la République américaine dans sa période fondatrice, où seuls ceux qui payaient étaient autorisés à voter. Ces gouvernements auront tendance à réduire les coûts d’exploitation et les impôts autant que possible.

5.3 – Les électeurs en tant que clients

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg terminent ce chapitre en nous proposant d’imaginer un scénario : que se passerait-il si, en tant que client, nous allions dans un magasin pour acheter des meubles par exemple, et que les vendeurs prenaient notre argent puis qu’ils ignoraient notre demande et consultaient les autres sur la façon dont nous dépensons notre argent ? Nous serions (à juste titre) contrariés. Ce ne serait pas « normal ou justifiable que les employés du magasin soutiennent que vous ne méritez pas les meubles et que les meubles devraient plutôt être expédiés à quelqu’un plus digne que vous. » (« You would not think it normal or justifiable if the employees of the store argued that you really did not deserve the furniture, and that it should be shipped instead to someone whom they found more worthy »).

Eh bien, ce scénario est similaire à ce qui se passe dans nos relations avec les gouvernements. Là où nous devrions trouver, comme un client, scandaleux de ne pas obtenir satisfaction, là où les clients peuvent obliger les fournisseurs à être efficaces, les électeurs, eux, ne sont pourtant pas en mesure de dominer. Pourquoi ? À cause de la force de coercition des gouvernements. Ceux qui payent pour la protection contre la violence ne sont pas en mesure de refuser des ressources au souverain. En refusant, ils s’exposent à la violence d’un groupe agressif.

Les auteurs de « L’individu Souverain » évoquent enfin d’autres scénarios avant de revenir rapidement sur les raisons du succès de l’Etat-nation démocratique au cours des deux derniers siècles.

Chapitre 6 – Les mégapolitiques de l’ère de l’information | Le triomphe de l’efficience sur le pouvoir

Dans ce sixième chapitre de « L’individu Souverain« , les auteurs expliquent que la technologie a profondément bouleversé la logique de la violence, de l’extorsion et de la protection. Par exemple, les syndicats et grèves seront, pour les auteurs, de véritables anachronismes à l’ère de l’information.

triomphe efficience vs pouvoir

6.1 – Violence, extorsion et protection ne pourront plus s’exercer comme avant

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg développent trois principales réflexions pour montrer qu’à l’ère de l’information, violence, extorsion et protection ne pourront plus s’exercer comme avant. 

  • L’équilibre entre protection et extorsion modifié

Les technologies de l’information vont rendre la protection des actifs plus facile et l’extorsion plus difficile. Elles vont permettre de créer des actifs hors de portée de nombreuses formes de coercition.

  • L’exploitation productive de la complexité des systèmes

Le développement des microprocesseurs et des algorithmes seront la source de grandes avancées en matière de calcul et de mathématiques. Ces progrès nous amèneront à mieux comprendre les systèmes qui deviennent, sur tous les plans, de plus en plus complexes. La configuration des économies et des sociétés en sera bouleversée. Les individus souverains pourront exploiter la complexité des systèmes de manière productive.

  • L’apparition de nouvelles formes d’entreprises plus agiles et virtuelles

Les microtechnologies offrent de nouvelles possibilités comme celles de créer des entreprises plus petites et plus agiles (« more footloose« ). À l’ère de l’information, les auteurs annoncent que :

« Beaucoup [d’entreprises] traiteront de services ou de produits nécessitant peu de ressources naturelles, et pourraient être menées de presque n’importe où sur la planète, sans être assujetties à un endroit spécifique, comme le serait une mine ou un port.« 

(« many deals in services or products with negligible, these businesses could be conducted almost anywhere on the planet. They are not trapped at a specific location, like a mine or a port.« )

Ces entreprises seront, par conséquent, moins susceptibles d’être taxées par les syndicats ou politiciens.

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Les sociétés virtuelles se développeront. Celles-ci seront également moins vulnérables à la violence car elles auront désormais la possibilité de se domicilier dans n’importe quelle juridiction. Elles pourront ainsi s’adapter au marché et fuir en cas de tentatives d’extorsion.

6.2 – Déchiffrer la logique de la violence et de l’extorsion

Les auteurs de « L’individu Souverain » dépeignent ensuite l’évolution de la violence et de l’extorsion à travers les évolutions technologiques du XXème siècle. Ils reviennent notamment sur l’exploitation des capitalistes par les travailleurs, l’extorsion organisée sur le lieu de travail, les phases de la logique de la violence.

Enfin, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg soulignent trois autres nouveautés de l’ère de l’information qui augurent des changements fondamentaux dans la logique de la violence :

  • Il nous sera désormais possible d’enquêter et même de riposter contre ceux qui exercent la violence.
  • Les technologies de l’information permettront la création et la protection d’actifs qui échapperont au monopole territorial de tous gouvernements sur la violence.
  • Les pillages seront facilités par la baisse de pouvoir et l’instabilité de certains gouvernements (monopole local de la coercition affaibli).

Chapitre 7 – Transcender la localité | L’émergence d’une cyberéconomie

cyberéconomie sédentarité et normes à respecter

7.1 – La tyrannie du lieu

  • Sur un plan social

Pour parler du cyberespace, nombreux sont ceux qui utilisent l’expression d' »autoroute de l’information » en référence aux autoroutes traditionnelles. Définir cette cyberéconomie comme une autoroute montre à quel point nous avons besoin de nous rattacher à un lieu, comme si nous ne pouvions nous soustraire à la sédentarité dont nous sommes restés esclaves parce que considérée pendant longtemps comme une norme à respecter.

  • Sur un plan économique

Les difficultés physiques de communication et pour nous déplacer, aggravées par des compétences linguistiques limitées, ont réduit, jusqu’à présent, notre horizon d’action. Nous étions obligés de nous maintenir dans une localité avec pour conséquence des marchés étroits. Les coûts élevés se sont maintenus à cause de la faible concurrence. Les compétences spécialisées manquaient.

  • Sur un plan politique

Le célèbre slogan des années 1980 « penser globalement mais agir localement » montre combien la logique de la politique était tournée vers les avantages de la production locale. La possibilité d’exercer un contrôle de la violence par un groupe au niveau local s’estompait dès lors que les frontières étaient dépassées. Ceci explique notamment pourquoi il n’y a jamais eu de gouvernance mondiale.

Mais aujourd’hui, la cyberéconomie nous permet de transcender la localité !

7.2 – Le cyberespace transcende la localité 

  • Un nouvel espace social, sans territoire, où peut s’exprimer la liberté économique et intellectuelle 

L’arrivée de la cyberéconomie bouleverse l’organisation économique du monde. Simplement parce qu’avec elle, il devient possible, pour une entreprise, de s’installer n’importe où, d’utiliser des ressources de n’importe où pour produire un produit qui peut être vendu n’importe où.

Ainsi :

« Le cyberespace transcende la localité. Cela n’implique rien de moins que le partage instantané de données partout et nulle part à la fois. L’économie de l’information émergente repose sur les interconnexions entre les millions d’utilisateurs de millions d’ordinateurs. Son essence réside dans les nouvelles possibilités qui découlent de ces connexions. Comme l’a dit John Perry Barlow, « ce que le Net offre, c’est la promesse d’un nouvel espace social, mondial et anti-souverain, au sein duquel n’importe qui, n’importe où, peut exprimer au reste de l’humanité tout ce qu’il croit sans crainte. Il y a dans ces nouveaux médias une préfiguration de la liberté intellectuelle et économique qui pourrait défaire tous les pouvoirs autoritaires sur terre. »

(« Cyberspace transcends locality. It involves nothing less than the instantaneous sharing of data everywhere and nowhere at once. The emerging information economy is based in the interconnections linking and relinking millions of users of millions of computers. Its essence lies in the new possibilities that arise from these connections. As John Perry Barlow put it, “What the Net offers is the promise of a new social space, global and anti-sovereign, within which anybody, anywhere can express to the rest of humanity whatever he or she believes without fear. There is in these new media a foreshadowing of the intellectual and economic liberty that might undo all the authoritarian powers on earth. »)

  • Des possibilités économiques infinies, non terrestres

Chaque fois que les élites sont menacées, elles ont eu tendance à minimiser l’impact de la cyberéconomie, la décrivant uniquement comme un moyen possible d’améliorer la communication. La nouvelle technologie crée pourtant des possibilités infinies, non terrestres, pour l’activité économique. Elle nous amène à « penser globalement et à agir globalement ». À l’heure de la technologie de l’information, le potentiel des revenus sera complètement déconnecté d’un lieu géographique.

7.3 – L’évolution en 3 étapes de la cyberéconomie selon « L’individu Souverain« 

Les auteurs de l’ouvrage « L’individu Souverain » décrivent l’évolution de la cyberéconomie en 3 étapes (notez encore une fois les propos visionnaires des auteurs qui datent, je le rappelle, de 1997) :

  • Première étape ⇒ l’utilisation d’internet comme simple outil d’information.
  • Deuxième étape ⇒ l’utilisation d’internet pour du commerce en ligne, qui, à ce stade, restera soumis à l’impôt sur le revenu.
  • Troisième étape ⇒ la création d’un véritable espace « cybercommerce » où les revenus iront directement dans une cyberbanque.

Ce schéma des étapes de la révolution de l’information n’est qu’une ébauche de ce que pourrait être la transformation économique la plus profonde de tous les temps.

7.4 – Le cyberespace et la mondialisation, selon « L’individu Souverain » écrit en 1997

Dans la nouvelle ère de l’information telle que décrite dans « L’individu Souverain » en 1997, certains avantages existants deviendront obsolètes, tandis que de nouveaux avantages apparaitront.

Les prédictions de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg énoncées il y a plus de 20 ans étaient les suivantes.

  • Les changements en matière de communication  

    • La baisse des coûts de communication : elle offrira la possibilité de faire des affaires de n’importe où, sans aucune difficulté.
    • Une communication convergente : l’ensemble des moyens de communication connus comme la télé, l’ordinateur ou le téléphone disposeront bientôt d’éléments comparables, rendant leurs différences de moins en moins perceptibles. Les auteurs citent l’exemple de l’ordinateur notamment, qui permettra à la fois de communiquer via internet (comme un téléphone) ou de regarder des films (comme une télévision). Ou de notre télé à qui nous pourrons parler ou communiquer des données (comme à un téléphone ou à un ordinateur). Tous ces appareils seront interactifs.
    • Internet sans fil : dans cette nouvelle ère de l’information, internet sera affranchi de câbles, permettant son usage d’où nous le souhaitons sans subir de contraintes excessives. Les problèmes techniques qui en découleront, comme la batterie ou la bande passante seront traités et des solutions seront trouvées.
    • Des fournisseurs sans frontières : l’expansion de la puissance de calcul permettra de meilleures technologies de compressions accélérant le flux de données. Les fournisseurs pourront alors débiter les comptes des usagers chargés sur des ordinateurs personnels simplement et rapidement.
    • La personnalisation d’un espace virtuel : nous serons en mesure de sélectionner nos médias, choisir nos programmes selon nos intérêts et nos instructions, faire des achats sur mesure…
  • Les avancées qualitatives à venir, grâce à la réalité virtuelle

Grâce à internet, certaines choses jusque-là impossibles de par les frontières et la langue seront accessibles à tous. Les technologies de l’information permettront à des personnes situées n’importe où dans le monde d’interagir, de faire des affaires ou d’avoir accès à des services même dans un domaine aussi délicat que la chirurgie.

    • L’accès aux connaissances : assister à un cours à Oxford, visiter le Louvre en 3D, sera désormais possible.
    • Des cybervisites chez le médecin : nous pourrons consulter un médecin numérique, autrement dit un système numérique ayant une connaissance encyclopédique des maladies, des symptômes et des antidotes existants. Ce médecin numérique aura accès à nos antécédents médicaux sous forme cryptée, ce qui lui permettra d’établir un diagnostic pertinent.
    • La naissance de la cyberchirurgie : les chirurgiens pourront utiliser des sondes moins invasives avec des micro-incisions. Ces avancées technologiques permettront de réaliser des opérations jusque-là impossibles. L’obligation que le chirurgien et le patient soient dans la même pièce ne sera plus requise. La cyberchirurgie pose la question de l’avenir des hôpitaux et des médecins. Elle impliquera l’intervention aussi d’avocats numériques.
    • La consultation d’urgence : un patient qui doit être opéré en urgence pourra faire appel à des assistants numériques pour choisir le meilleur chirurgien en fonction de ses taux de réussite dans les cas similaires.

7.5 – Du monopole des gouvernements à la concurrence

Les auteurs de « L’individu Souverain » affirment qu’aucun gouvernement ne pourra monopoliser cette cyberéconomie.

De plus, les technologies de l’information fourniront une protection des actifs financiers moins coûteuse que celle des gouvernements.

Les gouvernements ont pris l’habitude d’imposer leurs services de protection aux prix qu’ils souhaitent, et ce malgré qu’ils soient de mauvaise qualité et hors de prix. Cette nouvelle dynamique économique ne permettra plus aux gouvernements d’imposer des prix de monopole.

7.6 – La cybermonnaie

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg assurent qu’avec la création du cybercommerce, le « cyber-argent » émergera dans le cyberespace.

Anticipant ainsi, en 1997, l’émergence des crypto-monnaies, les auteurs affirment déjà que cette nouvelle forme de monnaie, constituée de séquences cryptées garantissant l’anonymat, jouera un rôle capital dans l’économie mondiale. La cybermonnaie permettrait, en effet, des transactions et investissements plus importants.  

Dans « L’individu Souverain« , ils déclarent que ce cyberargent dénationalisé aura plusieurs conséquences de taille.

  • L’éradication de l’inflation  

« La conséquence la plus importante de la nouvelle monnaie numérique sera certainement la fin de l’inflation et le désendettement du système financier. »

(« Surely the most momentous consequence of the new digital money will be the end of inflation and the deleverage of the financial system. »)

Les individus souverains pourront traiter au-delà des frontières sans tolérer la pratique de l’inflation par les gouvernements. L’utilisation du nouveau système monétaire impliquera probablement un coût de transaction, mais celui-ci sera moindre par rapport à la pénalité inflationniste annuelle imposée par les États-nations. Sachant en plus que les prix ont de fortes chances de diminuer avec le déclin des monopoles et l’intensification de la concurrence sur le marché mondial.

  • L’effet levier dans les systèmes bancaires

« L’arrivée de la monnaie numérique ne va pas seulement vaincre l’inflation, elle va aussi contracter l’effet de levier dans les systèmes bancaires du monde entier. »

(« The emergence of digital money will not only defeat inflation once and for all; it will also contract leverage in the banking systems of the world. »)

Partout dans le monde, les gens pourront transférer leurs fonds directement via Internet. Aucun gouvernement n’aura le pouvoir de réguler. Les gouvernements perdront progressivement une grande partie de leur capacité indirecte à réquisitionner les ressources.

  • Une crise budgétaire et des taux d’intérêt plus élevés

Nous devons, lancent les auteurs de « L’individu Souverain« , nous attendre à une crise budgétaire majeure. Pourquoi ? Parce que les gouvernements vont très vite être confrontés à, d’une part, une forte baisse des recettes fiscales et à la quasi-élimination de l’effet de levier dans le système monétaire. D’autre part, ils auront toujours des passifs non capitalisés et des attentes en matière de dépenses sociales héritées de l’ère industrielle. La conséquence économique de cette crise de transition comprendra probablement une flambée ponctuelle des taux d’intérêt réels.

  • La concurrence envers les monopoles monétaires

Les gouvernements devront faire face à une concurrence sérieuse envers leurs monopoles monétaires. Ils vont alors chercher à sous-évaluer les cybermonnaies payantes en resserrant les crédits et en offrant aux épargnants des rendements plus élevés en monnaie nationale. D’autres stratégies seront mises en place selon les gouvernements.

En conclusion de ce septième chapitre, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg soulignent que, pour la première fois dans l’histoire, les conditions mégapolitiques permettront aux investisseurs et aux entrepreneurs les plus doués, plutôt qu’aux spécialistes de la violence, de contrôler le capital.

La cyberéconomie deviendra rapidement la nouvelle norme. Et se développera avec des taux de croissance bien plus élevés que ceux de l’économie conventionnelle dominée par les États-nations.

Chapitre 8 – La fin des économies égalitaires | La révolution de la capacité de rémunération dans un monde sans emploi

Dans « L’individu Souverain », l’ère de l’information ne signifie pas uniquement l’utilisation d’ordinateurs de manière exponentielle. Il s’agit avant tout d’une révolution dans les modes de vie, les institutions et la distribution des ressources.

La situation géographique aura désormais moins d’impact et ceux qui ont utilisé la contrainte d’un tel avantage pour redistribuer leurs revenus sont destinés à perdre leur pouvoir.

8.1 – Des changements dans la répartition des revenus, statuts et capacités

Les auteurs de « L’individu Souverain » restituent longuement les travaux de l’anthropologue allemand Otto Ammon qui s’est intéressé à la relation qui existe entre la répartition des capacités, des revenus et des statuts

gestion des revenus répartition des ressources

Poursuivant leur argumentaire, les auteurs annoncent ensuite deux grands changements à venir à l’ère de l’information :

  • Moins de gens feront plus de travail : les compétences nécessaires lors de l’ère de l’usine seront différentes de celles qui seront exigées par l’ère de l’information. Les individus souverains de l’économie de l’information seront les maîtres des compétences spécialisées telles que l’entrepreneuriat ou l’investissement. Dès lors, les plus riches gagneront plus et feront une grande partie du travail mondial, bien plus que par le passé.
  • La plupart des gens profiteront de la mort de la politique : les régions qui n’ont pu profiter des avantages de l’industrialisme profiteront des marchés libres et pourront désormais voir leurs revenus augmenter. La fin du recours à la violence offrira une réelle mobilité aux individus. Ceux qui ont vécu dans des juridictions contraignantes entrainant leur pauvreté sont ceux qui auront le plus à y gagner.

8.2 – Des changements dans la logique de l’organisation des entreprises

Le huitième chapitre du livre « L’individu Souverain » partage les changements attendus dans l’organisation des entreprises :

  • La sophistication des équipements informatiques va changer les modes de production vers plus de qualité (rapidité, vitesse, etc.). Les processus de contrôle et de coordination des activités complexes seront largement automatisés, entraînant une baisse des coûts. Tout ceci aura pour conséquence de réduire les économies d’échelle et de dissoudre les grandes organisations en les rendant moins importantes.
  • La concurrence mondiale offerte par l’ère de l’information permettra une augmentation des ressources de personnes talentueuses et ce, où qu’elles soient. Ceci laissera aux gens des possibilités d’évolution positive dans la cyberéconomie. Les individus capables de créer une valeur économique significative pourront conserver cette valeur ajoutée pour eux-mêmes. Les sociétés pourront sous-traiter avec ces personnes plutôt que de leur offrir un poste au sein de leur entreprise. Cette dynamique offrira une meilleure égalité des chances. La notion de talent sera primordiale.
  • Les activités seront développées autour de « projets ». Ainsi, la plupart des fonctions auparavant « internes » de l’entreprise seront sous-traitées à des entrepreneurs indépendants. Le travail sera davantage des « tâches » ou du « travail à la pièce » plutôt que des postes au sein d’organisations. Les frontières artificielles entre les professions et les emplois eux-mêmes deviendront alors anachroniques. Les entreprises « permanentes » et physiques vont finir par se dissoudre pour laisser place à des sociétés virtuelles.
  • La richesse générée par le secteur privé qui, jusqu’à présent, était réquisitionnée par l’État-nation sera conservée, à la place, par ceux qui la gagnent. Ainsi, des quantités croissantes de richesse se retrouveront entre les mains des entrepreneurs et des investisseurs en capital-risque les plus compétents du monde entier.
  • À l’ère de l’information, seules les villes qui offrent une vraie qualité de vie seront viables. Les gouvernements où les prix et les impôts sont faibles deviendront une destination de choix pour la domiciliation et la création de richesses. La baisse des coûts de l’information permettra de comparer beaucoup plus facilement les caractéristiques de produits jusque-là difficiles à analyser (comme les assurances par exemple) et de déceler ainsi les anomalies de prix locales.

Chapitre 9 – Nationalisme, réaction et nouveaux luddites

Pour James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, les changements mégapolitiques occasionnés par l’avènement des technologies de l’information entraînent avec elle un changement institutionnel radical.

La privatisation et la concurrence mondiale accrue de la souveraineté individuelle impliqueront une révolution dans la compréhension du monde

révolution compréhension du monde

9.1 – La grande transformation

Les auteurs « L’individu Souverain » font ici une sorte de récapitulatif des transformations profondes qui vont s’opérer à l’ère de l’information :

  • Le microtraitement entrainera des changements considérables dans l’organisation économique (voir les chapitres précédents).
  • Les organisations qui opèrent à l’intérieur plutôt qu’au-delà des frontières géographiques vont décliner. Moins de ressources seront gaspillées en lobbying.
  • Des mouvements de sécession généralisés vont naître dans de nombreuses régions du globe.
  • Le statut et le pouvoir des élites traditionnelles vont perdre en importance, tout comme le respect accordé aux symboles et aux croyances qui justifient l’État-nation. Il faut alors s’attendre à une réaction nationaliste violente de la part de ceux qui vont perdre leurs statut, revenu et pouvoir (suspicion et opposition à la mondialisation et à la pénétration des économies locales, hostilité à l’égard de l’immigration, haine populaire de l’élite de l’information, des riches et des personnes bien éduquées, plaintes quant à la fuite des capitaux et la disparition des emplois, recours aux guerres et à des actes de « nettoyage ethnique »…). Ces réactions nationalistes culmineront durant les premières décennies du millénaire puis s’estomperont devant l’émergence d’une nouvelle identité et l’efficacité des souverainetés fragmentées (qui s’avérera bien meilleure que le « pouvoir massé de l’État-nation »).
  • L’évasion des individus souverains du pouvoir de l’État (sans que ce dernier ne puisse rien y faire) provoquera des attaques contre les nouvelles technologies et tous ceux qui les utilisent. Ces attaques proviendront en majorité de personnes aux compétences moyennes.
  • Dès qu’il connaîtra une crise budgétaire (et cela arrivera au regard des la quantité de prestations médicales et de retraite à venir), un État-nation finira par s’effondrer.

9.2 – Vers un effondrement du nationalisme, malgré les résistances

Les auteurs font ici un parallèle avec la Renaissance : tout comme l’État-nation d’aujourd’hui, l’Église était, à l’époque, dans une position dominante. Peu d’Européens de l’ère de la Renaissance auraient douté de la suprématie de l’Église. Pourtant, cette dernière a commencé son déclin suite à la révolution technologique des années 1490.

De la même façon, les auteurs pensent que d’ici la fin du premier quart de siècle, des millions d’individus auront retiré leurs allégeances à l’État-nation pour affirmer leur propre souveraineté et leur droit de choisir une forme de gouvernance. Et ce, même si les gens continuent d’envisager la nation comme leur « maison » et comme une « sorte de famille ».

Selon James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, l’idée que les individus doivent faire partie d’une communauté « inventée » appelée « nation » finira alors par être considérée comme excentrique et déraisonnable.

Les auteurs partagent ensuite une longue réflexion sur le nationalisme et toutes les questions inhérentes au sujet (la culture, la linguistique, la parenté, l’identité, la génétique, l’épigénétique, la sociobiologie, l’altruisme, etc.).

9.3 – Échapper à l’État-nation

  • La fuite des élites

Pour les auteurs de « L’individu Souverain« , toute personne voulant saisir « le potentiel libérateur » de la cyberéconomie devrait commencer à se faire une place dans plusieurs juridictions autres que celle du pays dans lequel elle réside.

Même si l’État-nation conserve encore une emprise forte sur la notion de groupe d’appartenance, les auteurs sont convaincus que beaucoup d’individus ne tarderont pas à se rendre compte des opportunités de la souveraineté individuelle. Les partisans de l’État-nation ont d’ailleurs déjà commencé à se plaindre du détachement des « élites cognitives ».

Parmi les personnes critiques, les auteurs citent le sociologue et historien Christopher Lasch. Ce dernier admet tout à fait que les personnes hautement qualifiées ont tout intérêt à fuir l’État-nation. Car si l’on analyse les coûts et avantages de façon lucide, on se rend bien compte que, pour ces derniers, la citoyenneté est obsolète. Pour eux, injecter de l’argent dans l’investissement privé est bien plus rentable que de payer un programme national de sécurité sociale ou les impôts sur le revenu. Malgré cela, Christopher Lasch déplore cette attitude. Il considère que c’est une « trahison » que de « transcender la tyrannie du lieu » et « d’abandonner les non-éclairés ».

Pourtant, malgré les attaques, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg l’assurent : les individus souverains de l’avenir profiteront des opportunités économiques de la transition dont s’offusquent les personnes critiques en s’installant dans les juridictions les plus rentables. Et bien que contraire à la logique du nationalisme, leur choix motivera les autres individus à faire de même. Et au final, pour saisir de nouvelles opportunités, tout le monde finira, comme cela a toujours été le cas dans l’histoire de la civilisation occidentale, par modifier son mode de vie, ses techniques de production, et même son lieu de résidence.

  • La « dénationalisation de l’individu »

La citoyenneté deviendra moins attrayante à mesure que de nouvelles institutions émergeront avec des choix de services que seuls les États proposent actuellement. Mais ce processus sera lent et se fera par étapes.

Même si l’ère de l’État-nation est révolue à leurs yeux, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg ne peuvent affirmer que l’attrait du nationalisme se calmera immédiatement. Ce sentiment d’appartenance, que nous ressentons par exemple durant les fêtes de Noël en famille ou lors de victoires sportives de notre équipe nationale, est un sentiment puissant qu’il sera difficile de supprimer. En fait, cette volonté d’appartenir à un groupe, matérialisée par de nombreux symboles (nationalité, drapeau, hymne…), restera ancrée dans l’imagination de la majorité des personnes adultes.

  • Les perdants de l’ère de l’information

« Alors que l’État-nation est mis au défi et commence à vaciller, il ne sera plus en mesure de tenir les promesses d’avantages matériels qui sont au coeur du soutien populaire. […] L’État ne sera plus en mesure de garantir à ses citoyens une scolarité à faible coût ou gratuite, et encore moins des soins médicaux, une assurance chômage et des retraites en échange d’un service militaire mal payé. »

(« As the nation-state is challenged and begins to wobble, it will no longer be able to fulfill the promises of material benefits that are central to popular support. The de facto bargain struck at the time of the French Revolution will lapse. The state will no longer be capable of guaranteeing its citizens low-cost or free schooling, much less medical care, unemployment insurance, and pensions in exchange for otherwise poorly paid military service. »)

C’est pourquoi, les plus grands perdants de l’ère de l’information seront les consommateurs fiscaux. C’est-à-dire ceux qui n’ont pas d’épargne, qui ont déposé une grande partie de leurs revenus dans une juridiction politique nationale et qui comptent sur le gouvernement pour couvrir leurs soins médicaux et leurs prestations de retraite. Ces derniers payeront le prix des recettes fiscales plus faibles et subiront, de fait, une baisse de leur niveau de vie.

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Chapitre 10 – Le crépuscule de la démocratie

Les auteurs de « L’individu Souverain » commencent ce chapitre en faisant un lien entre la démocratie et le communisme. Selon eux, bien que complètement différents, ces deux systèmes ont un point commun : la démocratie subira le même sort que le communisme : elle disparaîtra. Et ce, à cause de la dispersion des ressources dans la cyberéconomie, hors de portée de la politique. La mort de la démocratie entraînera, avec elle, la fin de sa forme la plus représentative, à savoir le Congrès ou Parlement.

10.1 – L’émergence de nouvelles institutions et formes de gouvernance

Dans la cyberéconomie, le fait de voter pour des représentants selon leur localisation deviendra obsolète. La communication instantanée dans le monde entier nous permettra désormais de faire des affaires avec quiconque malgré les frontières géographiques. La société acquerra sa mobilité.

En découleront de nouvelles formes de gouvernances :

  • Au lieu d’élire des politiciens dont la logique est d’optimiser les votes et non pas d’analyser les problèmes de façon cohérente, il sera possible de choisir un leader en fonction de ses résultats et ses compétences à diriger et le sanctionner faute de résultats.
  • Le nouveau système laissera des possibilités de choix aux individus.

« Au lieu d’un choix collectif dans le cadre contraint de la production de masse, la consommation de masse, l’éducation de masse, les médias de masse, le divertissement de masse et tout le reste, les technologies de l’information faciliteront le choix authentique et la consommation de services de souveraineté personnalisés. »

(« Instead of collective choice within the constrained setting of mass production, mass consumption, mass education, mass media, mass entertainment, and all the rest, information technology will facilitate genuine, consumer choice of customized sovereignty services. »)

Cette configuration poussera à un gouvernement plus entrepreneur, dans lequel l’expression de nos opinions sera facilitée.

  • Les gouvernements du futur pourront être construits « à la carte » en fonction des besoins des clients.
  • Les citoyens pourront contrôler les gouvernements et ainsi limiter les dérives et problèmes liés à une mauvaise gestion en le sanctionnant par son retrait immédiat.

10.2 – Les opposants à la souveraineté individuelle

Comme à chaque changement, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg suspectent de voir arriver de fervents croyants de la démocratie, qui pointeront du doigt les échecs à venir de cette nouvelle ère de l’information plus concurrentielle et moins solidaire. De la même manière que les Grecs pensaient que les lois étaient divines, les croyants de la démocratie argumenteront contre la viabilité du système.

Les opposants ne se plaindront pas uniquement de la perte d’emploi générée par ces nouvelles technologies. Ils lutteront pour que les revenus soient mis en commun au profit de la communauté, car les citoyens, dans les États-nations, représentent des actifs rentables, pas des clients à satisfaire, comme ce serait le cas dans une souveraineté individuelle. Les opposants déploreront aussi que l’ère de l’information permette aux gens de placer leurs ressources hors de portée de la contrainte politique. En ce sens, elle nie la démocratie.

L’ère de l’information s’axera, elle, sur l’entrepreneuriat les clients auront le choix. Des entrepreneurs indépendants sans emploi avec des entreprises durables paieront des salaires en fonction du talent et des compétences. Et ils résorberont ainsi doucement les politiques actuelles. Finalement, les apologistes de la coercition s’indigneront de l’éclipse des biens publics.

Chapitre 11 – La morale et la criminalité dans « l’économie naturelle » de l’ère de l’information

11.1 – Une période de décadence

Dans le dernier chapitre de leur livre « L’individu Souverain« , James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg abordent la période de corruption intense et de décadence que l’époque de l’État-nation moderne va vivre au moment de sa chute.

Le contexte de la fin d’une époque favorise les dérives. Non seulement les individus pourront combiner des objectifs publics à des fins criminelles, mais en plus, il sera de plus en plus difficile de discerner le vrai du faux des informations issues des nouvelles technologies. Selon les auteurs, cette nouvelle époque amène avec elle de nouvelles formes d’agressionsNous nous dirigeons rapidement vers une guerre de l’information

11.2 – Réflexions sur la moralité et l’éthique du passage de l’ère industrielle à l’ère de l’information

L’ensemble des sociétés fortes comme nous les connaissons reposent sur des bases morales très solides. La réussite du développement de certains pays réside dans leur éthique qui encourage les vertus économiques de l’autonomie, du travail acharné, de la responsabilité familiale et sociale, de l’épargne et de l’honnêteté. Il est donc assez évident d’affirmer que les cultures avec un fort cadre moral auront tendance à mieux réussir.

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg terminent leur livre « L’individu Souverain » en nous proposant une longue réflexion détaillée sur les questions d’ordre moral et éthique qu’implique le passage d’une ère industrielle à une ère de l’information.

Conclusion de « L’individu Souverain » de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg

transformation numérique the sovereign individual

La transformation numérique déjà précisément décrite il y a plus de 25 ans dans ce livre d’anticipation étonnant

Déjà connus pour leur bestseller international « The Great Reckoning » publié en 1991, les auteurs et investisseurs James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg proposent, avec « L’individu Souverain« , un ouvrage d’anticipation fascinant.

Sur la base unique d’évènements historiques et d’analyses, les auteurs nous décrivent, en effet, une des plus grandes transitions économique et politique depuis des siècles : le passage d’une société industrielle, basée sur le concept d’État-nation, à une société de l’information, impulsée par les nouvelles technologies.

Cette transition numérique que les auteurs ont appelée « la quatrième étape de la société humaine » sera l’une des plus importantes de l’Histoire. Elle libérera, selon eux, les individus comme jamais auparavant. Elle affaiblira irrévocablement le pouvoir des gouvernements pour capitaliser sur la souveraineté individuelle.

« L’individu Souverain » publié dans sa dernière version en 1997, anticipe cette rupture avec une incroyable justesse.

Les prévisions qui se sont révélées justes

Il faut reconnaître le talent visionnaire des auteurs au regard de la quantité de prévisions qui se sont avérées correctes. Voici les 8 plus flagrantes à mon sens :

1/ L’émergence de la cyberéconomie

En 1997, les auteurs prédisaient que les nouvelles technologies allaient bouleverser nos façons de travailler, nos outils, nos perceptions, remodeler la morale et rendre nos lois obsolètes. On sait aujourd’hui que l’analyse des auteurs s’est avérée très juste.

Avec la démocratisation d’internet, et encore plus, depuis l’arrivée de l’intelligence artificielle, de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée dans notre quotidien, nous sommes bel et bien au coeur de la cyberéconomie. Et l’arrivée très prochaine des mondes virtuels sera probablement une nouvelle étape charnière dans la numérisation de la société.

Alors qu’ils n’étaient pas encore entrés dans le troisième millénaire, James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg en anticipaient d’ailleurs déjà la venue lorsqu’ils parlaient d’une réalité et d’une communauté virtuelle qui posséderait ses propres lois. La création du métavers et l’ascension du Web 3.0 témoignent ici des propos encore une fois visionnaires des auteurs.

2/ Le séisme des communications

Les moyens de communication ont explosé depuis la fin du second millénaire, comme l’avaient prédit les auteurs à cette époque. Et ce, tant en matière d’équipements que de réseaux de communication.

Parmi les avènements attendus par James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg, certains ont déjà fait leur temps : l’internet sans fil et l’accélération du flux des données (comme la 5G), la personnalisation des espaces virtuels (création de sites internet, d’e-commerces, de comptes personnalisés avec avatars…) existent depuis un certain nombre d’années.

La baisse des coûts également présagée par les auteurs s’est avérée aussi incroyable qu’imaginée : on peut aujourd’hui communiquer avec des personnes de l’autre côté de la planète à moindre coût, voire gratuitement, grâce aux smartphones, réseaux sociaux, emailing, applications interactives, etc.

Enfin, les fonctionnalités avancées et convergentes des équipements en matière de communication évoquées par les auteurs font aujourd’hui partie de notre quotidien. L’Iot (Internet of Things), par exemple, permet des interconnexions entre Internet et des objets, lieux ou environnements. Les communications actuelles reposent toutes pleinement sur la connectivité et l’immersivité.

3/ L’arrivée des cybermonnaies

Il y a déjà plus de 20 ans, les auteurs évoquaient l’ampleur qu’allaient prendre les cybermonnaies décentralisées dans l’économie mondiale. Ils avaient déjà prédit l’impact de ces cybermonnaies sur le système bancaire traditionnel et sur le pouvoir des États. Et en effet, le boom phénoménal des cryptomonnaies laisse penser qu’elles seront très bientôt un moyen de paiement courant et qu’elles représenteront une monnaie de poids dans l’économie mondiale. De plus en plus d’acteurs majeurs investissent sur les cryptomonnaies, obligeant les États à se positionner rapidement au risque sinon de se faire dépasser.

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg indiquaient enfin que les cybermonnaies seraient constituées de séquences cryptées garantissant l’anonymat et permettant la réalisation des transactions les plus importantes. Cette description est en tout point similaire à la technologie blockchain qui permet de stocker et de transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle.

4/ La migration du commerce mondial vers le cyberespace

Les auteurs annonçaient, en 1997, une migration du commerce de grande envergure dans le cyberespace, et ce, sans que les gouvernements n’aient de réel pouvoir d’action. La montée du commerce en ligne (ou cybercommerce) s’est amorcée il y a déjà plusieurs années pour exploser pendant la crise sanitaire du Covid-19 de 2020. Les périodes de confinement dans le monde entier liées à la pandémie semblent avoir été un point de bascule dans le changement de nos habitudes. Depuis, la courbe exponentielle des activités en ligne ne cesse de s’accentuer, sans que personne ne puisse l’arrêter…

Notons aussi la démocratisation des transactions en ligne, via des systèmes user-friendly, des plateformes de paiement et des banques en ligne, qui ont grandement aidé à la mondialisation du commerce. Et qui permettent aujourd’hui d’acheter des produits partout sur la planète en un seul clic !

C’est ce qui explique aussi, comme l’avaient anticipé les auteurs, que les marchés libres se soient considérablement développés ces dernières années.

5/ Le développement d’entreprises virtuelles et agiles

James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg indiquaient que les entreprises traditionnelles allaient pivoter vers plus d’agilité. Ils soulignaient un changement majeur : les entreprises allaient « transcender la localité » et se libérer de ce que les auteurs appellent la « tyrannie du lieu ». Encore une fois, les auteurs ont vu juste : les opportunités de créer des business virtuels ont rendu possible le travail depuis n’importe où, de délocaliser les entreprises. De nouveaux business models sont ainsi nés tels que le dropshipping.

L’apparition du startupping montre comment les nouvelles entreprises ont compris l’importance de s’adapter aux tendances du marché et aux exigences numériques. Le web-entrepreneuriat désormais à portée de tous est en grande partie à l’origine de l’explosion de l’auto-entrepreneuriat (en tant qu’infopreneur notamment) et du freelancing, présagée par James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg. Et comme le faisaient remarquer les auteurs, parce qu’elles peuvent être domiciliées n’importe où et s’adapter pleinement au marché, ces nouvelles formes d’entreprises sont, en effet, moins susceptibles d’être taxées et moins vulnérables à la violence.

Même les entreprises plus traditionnelles ont modifié leurs modes de travail en intégrant les nouvelles technologies : stockage et partage de données sur le cloud, intranet, communications à distance, automatisation des tâches… Là encore, la crise du Covid-19 de 2020 a été une année pivot en ce sens. Elle a modifié les habitudes professionnelles et a ouvert de nouvelles possibilités qui devraient encore davantage se développer à l’avenir : télétravail, réunions en visio, etc.

6/ L’ascension de l’individu souverain

En 1997 déjà, les auteurs développaient au moins trois idées dans ce sens :

    • Les gouvernements, selon eux, seraient amenés à entretenir des relations diplomatiques avec de grands entrepreneurs de la même façon qu’ils le font avec des pays.

Cette idée se vérifie quand on voit, aujourd’hui, ces chefs d’entreprise, en marge de toute organisation politique, devenir des interlocuteurs de taille sur les questions diplomatiques du monde. Prenez l’exemple d’Elon Musk qui joue, avec ses entreprises SpaceX et Tesla, un rôle majeur dans l’avenir mondial de l’aérospatial, des finances, de la transition énergétique et prend même position dans certains conflits armés (en décidant, par exemple, d’activer le service internet par satellite Starlink dès le début de la guerre en Ukraine). C’est aussi le cas de Mark Zuckerberg qui détient le plus gros réseau social au monde (Meta). Ce géant de l’information est devenu un acteur puissant dans les affaires politiques du monde, notamment parce qu’il peut bannir de ses réseaux (Facebook, WhatApp, Instagram) n’importe qui n’importe quand, et parce qu’il possède un grand nombre de données sur le monde et ses marchés.

    • La concurrence mondiale et le recours à la sous-traitance allaient, selon les auteurs, affaiblir les élites traditionnelles de l’État-nation.

En effet, la privatisation de nombreux secteurs d’activités appartenant autrefois à l’État uniquement, fait que les citoyens sont de plus en plus considérés comme des clients à satisfaire. Et comme le prévoyaient les auteurs, en faisant leur propre choix, les individus deviennent plus autonomes et responsables. C’est pour cette raison que de plus en plus de personnes et d’entreprises font appel à des acteurs privés plutôt qu’aux services publics en perte de vitesse.

Par ailleurs, le recours de plus en plus important à la sous-traitance va dans le sens des prévisions de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg. De plus en plus d’entreprises ont recours aux services proposés par des freelances ou consultants embauchés ou payés pour une mission très spécifique ou un projet. De la même façon, nous avons vu fleurir, il y a déjà plusieurs années, de nouveaux intitulés de postes de « chargés de mission » ou « coordinateur de projet ». Les notions de « talent » et de « mérite récompensé » gagnent en importance en entreprise, alors qu’elles restent secondaires dans le secteur public.

Il est intéressant de faire référence ici à l’ouvrage « Cités Libres » de Titus Gebel qui développe également cette idée du remplacement de l’État-nation par de nouveaux concepts de villes libres « prestataires de service public ». Ce livre mentionne plusieurs initiatives encore marginales mais très sérieuses et surtout déjà en cours dans divers endroits du globe à ce sujet :

7/ Une guerre de l’information de grande envergure

Les auteurs nous ont avisés d’une guerre de l’information de grande envergure. Les médias et réseaux sociaux en ligne sont, en effet, souvent un véhicule de propagande et le lieu d’une véritable guerre d’information (on l’a constaté dans les analyses liées à la pandémie de Covid-19, dans les récents conflits armés mondiaux, la montée des idéologies et autres enjeux planétaires…). S’il est aujourd’hui devenu possible d’accéder aux connaissances très facilement, Internet est aussi devenu un puissant outil de diffusion d’informations en tout genre et de manipulation.

8/ Des réactions hostiles 

Les auteurs nous avaient également alertés des réactions critiques et hostiles envers les personnes qui chercheraient à fuir les États-nations pour saisir des opportunités économiques. Ces réactions sont déjà perceptibles. Comme stipulé dans « L’Individu Souverain« , les individus souverains en quête d’une nouvelle liberté et cherchant à s’échapper du pouvoir de l’État (sans que ce dernier ne puisse rien y faire) sont souvent attaquées pour leur « trahison » envers la communauté nationale.

9/ Un affaiblissement de l’État-nation tout-puissant, et une explosion de ses coûts et de son endettement

Pour les auteurs, la démocratie représentative devait être remplacée par une démocratie de choix sur le cybermarché. La tendance est bien réelle. La concurrence mondiale et la privatisation des services en sont les signes précurseurs. Mais les auteurs allaient plus loin. Ils annonçaient que les État-nations connaîtraient une crise budgétaire qui signerait le début de leur décadence.

Et c’est effectivement prendre peu de risques d’affirmer d’ores et déjà que l’État ne sera pas en mesure de faire face aux dépenses de retraites et de santé dans un avenir relativement proche (le système de santé périclite déjà à vitesse grand V), comme l’on peut le voir en extrapolant ces courbes montrant le pourcentage du PIB de plusieurs pays majeurs dédiés aux dépenses sociales :

 

Et le ratio de la dette des pays de l’OCDE comparé au PIB :

Comme vous pouvez le voir, l’endettement moyen des pays les plus industrialisés est de 95% du PIB, ce qui est énorme : cette étude de la banque mondiale montre que, pour chaque pourcentage de dette au-dessus de 77% par rapport au PIB, la croissance de l’économie en est ralentie de 0,017 %.

Nous assistons donc à une explosion des coûts de santé et de retraite, avec une diminution des taux d’impôts et une augmentation (colossale) des dettes des pays, dettes qui se sont encore plus creusées avec le COVID.

Les prédictions qui ne se sont pas réalisées (mais qui pourraient bien l’être prochainement)

prédiction individu souverain

1/ Une économie sans impôt

Parce qu’elle nous affranchit de la localité, la cyberéconomie offre de plus en plus de possibilités. Notamment, celle de s’extraire de certaines régulations fiscales. Si les individus et les entreprises peuvent se domicilier aujourd’hui là où la fiscalité est la plus avantageuse et choisir de payer des services privés pour bénéficier d’une couverture santé ou d’une éducation, la majeure partie du monde reste encore loin d’une économie sans impôt. La tendance existe, et nous avons pu voir les GAFAM et autres grandes entreprises du web faire de l’optimisation fiscale très aggressive, dès le début de leur expansion internationale.

De plus on peut voir que le taux des impôts sur les sociétés baissent bien dans de nombreux pays depuis 2000 :

Taux de l'impôt sur les sociétés entre 2000 et 2008

Mais la mort de la social democraty et le cyberespace des juridictions offshore annoncés par James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg ne sont pas encore d’actualité.

2/ Le déclin de l’identité nationale et l’effondrement du nationalisme

Comme les auteurs l’avaient prédit dans les premières décennies du troisième millénaire, on semble assister à un regain de nationalisme ou patriotisme dans certaines parties du monde. Ce phénomène s’inscrit probablement dans une réaction de peur de perdre un statut et des revenus issus de la redistribution. Pour autant, les auteurs parlent d’une deuxième phase censée amener la chute de ce nationalisme et du respect accordé aux symboles et aux croyances justifiant l’État-nation. Il est difficile de l’affirmer, mais à ce jour, peu de signes laissent penser que cette phase ait vraiment démarré.

3/ La création de républiques marchandes du cyberespace

Les auteurs parlent enfin de la création de républiques marchandes du cyberespace. Ce type d’entités sans territoire fixe ne semblent pas encore exister. Toutefois, elles pourraient naître avec l’avènement des métavers.

Devenir un individu souverain à l’ère de l’information : une question pleinement actuelle

Le livre « L’individu Souverain«  de James Dale Davidson et Lord William Rees-Mogg n’a jamais été aussi actuel. Les auteurs y parlent de la fin de l’État-nation à l’heure où déjà beaucoup de citoyens considèrent le système politique archaïque et les hommes politiques inutiles. En exposant un argumentaire dense et riche de réflexions sur les mécanismes qui vont éroder le pouvoir de l’État, « L’individu Souverain« , pourtant publié en 1997, est absolument moderne.

Il faut s’armer d’un certain courage pour s’attaquer à ce livre, un pavé difficile d’accès. Mais au terme de cette lecture, votre effort sera récompensé par la justesse d’analyse rare et exceptionnelle que propose un tel ouvrage.

Points forts :

  • Les analyses visionnaires et très détaillées des auteurs.
  • Les réflexions denses et riches, les propos très documentés et élaborés sur la base d’éléments à la fois sociétaux, économiques, philosophiques, historiques…
  • Un ouvrage qui offre une grille de lecture complète sur l’avenir et l’évolution de l’humanité.

Points faibles :

  • Le sujet technique et compliqué en fait une lecture qui n’est pas facile d’accès ;
  • Le livre n’a pas été publié en français ;
  • L’ouvrage est très dense, avec des répétitions.

Ma note :

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1 Commentaire pour :

L’Individu Souverain

  • Léa

    9 Oct 2022 à 14:00

    J’ai tellement adoré! Merci de l’avoir partagé avec nous! Super review

    Répondre









    Les commentaires postés avec une adresse email non valide ne seront pas publiés

    Bienvenue sur mon blog spécialisé dans des livres rares, des livres exigeants qui ont tous une énorme qualité : ils peuvent vous faire changer de vie. Ces livres ont fait l’objet d’une sélection rigoureuse, je les ai tous lus et choisis parmi des centaines d’autres.

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